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Sécurité, économie, influence : comment AFRICOM redéfinit sa présence en Afrique

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Lors d’un point de presse numérique organisé le 3 février 2026 par le Département d’État américain, le général Dagvin Anderson, commandant de l’US Africa Command (AFRICOM), et le sergent-major Garric Banfield ont exposé les priorités stratégiques des États-Unis sur le continent africain. Il ont insisté sur le renforcement de la coopération militaire avec les États africains face à la menace terroriste croissante, tout en articulant davantage sécurité et développement économique.

Nommé à la tête de l’AFRICOM en août 2025, le général Anderson a rappelé sa connaissance ancienne du continent et les déplacements récents qu’il a effectués en Afrique de l’Est, notamment en Éthiopie, au Kenya et à Djibouti. Ces visites, menées aux côtés du sous-secrétaire d’État Christopher Landau, visaient à identifier les convergences entre investissements économiques et stabilité sécuritaire. « La sécurité conduit à la stabilité, la stabilité crée des opportunités d’investissement, et ces investissements mènent à la prospérité », a-t-il souligné.

Terrorisme : une menace centrale

AFRICOM considère la progression de groupes comme Al-Qaida, Daech et les Chabab comme la principale menace sécuritaire sur le continent, notamment dans le Sahel, la Corne de l’Afrique et le golfe de Guinée. Le général Anderson a évoqué les discussions menées avec plusieurs chefs d’État africains, dont les présidents kényan William Ruto, djiboutien Ismaïl Omar Guelleh et le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed, autour d’une réponse régionale coordonnée.

En Somalie, les frappes aériennes américaines ont augmenté en 2025 afin de soutenir les forces locales contre l’État islamique dans les monts Golis. Selon AFRICOM, ces opérations ont permis de réduire les zones d’influence du groupe terroriste et de maintenir une pression constante sur ses dirigeants.

Mais Washington affirme vouloir aller au-delà des frappes. Le sergent-major Banfield a mis en avant le développement de capacités de surveillance maritime pour lutter contre les trafics d’armes, la piraterie et la pêche illégale, notamment en mer Rouge et dans le golfe d’Aden.

Des exercices militaires multinationaux

AFRICOM prévoit plusieurs grands exercices conjoints en 2026, axés sur l’interopérabilité entre forces africaines, européennes et américaines.
Parmi eux :

  • African Lion, au Maroc, en Tunisie, au Ghana et au Sénégal, avec la participation de 19 pays africains ;
  • Cutlass Express, au Mozambique, dédié à la sécurité maritime en Afrique de l’Est ;
  • Justified Accord, organisé au Kenya ;
  • Flintlock, exercice des forces spéciales, prévu en Côte d’Ivoire et en Libye, réunissant plus de 40 pays partenaires.

Ces manœuvres visent à renforcer les capacités locales face aux menaces transnationales, notamment le terrorisme et les trafics.

Sécurité et économie, un nouveau discours américain

Au-delà de l’approche militaire, le général Anderson a aussi mis l’accent sur une évolution stratégique : intégrer davantage les leviers économiques à l’action sécuritaire. Il a cité en exemple le corridor de Lobito, reliant l’Angola à la Zambie et à la RDC, combinant infrastructures portuaires, ferroviaires et minières.

« Nous cherchons des investissements qui ont un impact direct sur la sécurité », a-t-il expliqué, évoquant également des projets au Mozambique, en Libye et en Afrique australe. AFRICOM travaille désormais avec d’autres départements américains – Commerce, État et Défense – pour mieux coordonner ces initiatives.

Le Nigeria, le Maroc et la Tunisie figurent parmi les partenaires jugés « clés » par Washington. Le Maroc et la Tunisie souhaitent développer des centres d’excellence régionaux pour la formation antiterroriste, tandis que le Nigeria bénéficie d’un appui renforcé en matière de renseignement et de surveillance.

Pour AFRICOM, l’objectif reste de favoriser « l’indépendance opérationnelle » des armées africaines. « Nous voulons travailler avec des partenaires volontaires et capables », a résumé le général Anderson.

Une Afrique au centre des priorités sécuritaires américaines

Si le ton se veut coopératif, ce point de presse confirme que l’Afrique demeure un théâtre stratégique pour les États-Unis, dans un contexte de montée des violences terroristes, de rivalités géopolitiques et d’instabilités régionales. AFRICOM affirme désormais vouloir conjuguer réponse militaire, coopération régionale et investissements économiques pour répondre à ces défis.

Une approche que Washington présente comme un partenariat gagnant-gagnant, mais qui continue d’alimenter, sur le continent, les débats sur la présence militaire étrangère et la souveraineté sécuritaire des États africains.

A.D


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