Le Mali ne ploie pas. Il vacille sous les secousses de la guerre, des ingérences et des fractures internes, mais il demeure debout. Il est de ces peuples que l’on voudrait réduire au silence, de ces terres que l’on tente de morceler, d’effacer, d’aliéner. Pourtant, sous les ruines des bibliothèques incendiées, au cœur des villages meurtris, dans les chants des anciens et la révolte des jeunes, une vérité obstinée subsiste : le Mali est vivant.
L’histoire de ce pays ne s’écrit ni avec la plume tremblante du fatalisme, ni avec l’encre amère de la résignation. Elle se forge dans le tambour du griot, dans la parole inaltérable du peuple, dans cette force invisible qui unit les ethnies, les générations, les espoirs. Car lorsque l’oppresseur cherche à fragmenter, la culture malienne se fait rempart. Elle est cet instinct de survie collectif, ce refus de disparaître, cette main tendue entre Peuls et Dogons, ce cousinage à plaisanterie qui, sous ses airs de légèreté, neutralise la rancœur avant qu’elle ne devienne poison.
On tente d’asservir ce pays par les armes, par l’économie, par la peur. Mais que valent les balles face à un peuple qui se sait héritier d’une civilisation qui fut phare ? Que valent les interdictions face à Salif Keïta chantant la dignité d’un continent ? Que valent les frontières tracées sur des cartes étrangères face aux danses qui unissent, aux légendes qui enseignent, aux festivals qui rappellent que l’oubli est un luxe que le Mali ne peut se permettre ?
Le président de la transition, le général Assimi Goïta, a décrété 2025 comme l’année de la culture. Ce n’est pas un simple hommage, c’est un acte de résistance. Car la culture, au Mali, n’est pas une parure, une fioriture pour temps de paix. Elle est une arme. Une arme que l’on ne peut confisquer, que l’on ne peut briser, une arme qui appartient au peuple et à lui seul.
Alors que les canons tonnent, que les manipulateurs s’agitent, que les prédateurs économiques scrutent ce territoire avec avidité, le Mali répond par son identité. Il répond par la transmission, par la mémoire, par la fierté. Et tant que cette culture vivra, le Mali, lui aussi, vivra.
Bakary Fomba
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