Quatorze personnes ont été arrêtées et présentées à un juge à Dakar, accusées notamment de « pédophilie en bande organisée », à l’issue d’une vaste enquête menée par la police sénégalaise en coopération avec la justice française. Les autorités affirment avoir démantelé un réseau pédocriminel transnational opérant entre le Sénégal et la France, actif depuis plusieurs années.
Dans un communiqué publié le 8 février, la police sénégalaise indique que la Division des investigations criminelles (DIC) a « réalisé un coup de filet majeur » contre un groupe structuré, dont les ramifications s’étendaient de Dakar et Kaolack jusqu’à la France. Les quatorze personnes interpellées, toutes de nationalité sénégalaise, ont été déférées devant le parquet de Dakar pour de lourdes charges, parmi lesquelles figurent la pédophilie en bande organisée, le proxénétisme, le viol de mineurs de moins de 15 ans, des actes contre nature ainsi que la transmission volontaire du VIH-sida.
Selon les éléments communiqués par les enquêteurs, le réseau est soupçonné d’avoir exploité sexuellement de jeunes garçons, contraints à des rapports sexuels non protégés, souvent filmés, avec des hommes décrits comme étant « pour la plupart séropositifs ». Ces faits se seraient déroulés sur plusieurs années, depuis au moins 2017.
Un commanditaire présumé arrêté en France
Au cœur du dossier figure un ressortissant français, présenté comme le commanditaire présumé du réseau. Cet homme, originaire de Picardie, a été interpellé à Beauvais en avril 2025 dans le cadre d’une enquête judiciaire ouverte en France pour pédopornographie. L’arrestation a permis de mettre au jour l’existence d’un réseau aux ramifications sénégalaises, conduisant la justice française à délivrer une commission rogatoire internationale.
Les investigations menées au Sénégal, en collaboration étroite avec une délégation française composée de magistrats instructeurs et d’officiers de police, ont révélé que quatre des suspects sénégalais agissaient « sur instruction » du Français interpellé. Leur rôle consistait à recruter de jeunes garçons, à les initier à des pratiques sexuelles, à filmer les actes et à transmettre les images à leur interlocuteur en France. En échange, ils recevaient des sommes d’argent envoyées notamment par des services de transfert internationaux.
Perquisitions et saisies à Dakar et Kaolack
Les arrestations ont été menées à l’issue de perquisitions dans plusieurs quartiers de Dakar ainsi que dans la ville de Kaolack, située à environ 200 kilomètres au sud-est de la capitale. Les enquêteurs ont saisi des téléphones, des ordinateurs, des documents médicaux, des médicaments antirétroviraux ainsi que divers objets utilisés lors des rapports sexuels. Ces éléments confirment, selon la police, que certains membres du réseau étaient porteurs du VIH.
Parmi les personnes mises en cause figurent des profils variés : étudiants, fonctionnaires, tailleurs, tous résidant à Dakar ou à Kaolack. Les autorités sénégalaises précisent que l’enquête se poursuit afin d’identifier d’éventuels autres complices, tant au Sénégal qu’à l’étranger.
Coopération judiciaire et suites possibles
Cette affaire s’inscrit dans le cadre de la coopération judiciaire internationale entre le Sénégal et la France, régulièrement mobilisée dans la lutte contre la criminalité transnationale. Les personnes concernées par la procédure judiciaire ouverte en France pourraient, le cas échéant, faire l’objet de demandes d’extradition, selon les autorités.
Au Sénégal, ce dossier ravive les préoccupations liées à la protection des mineurs et à la lutte contre les violences sexuelles, dans un contexte où les autorités affirment vouloir renforcer les dispositifs de prévention, de répression et de coopération internationale face à des réseaux criminels de plus en plus structurés.
A.D
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