Avec l’instauration du Fonds de réhabilitation, de sécurisation des sites miniers artisanaux et de lutte contre l’usage des produits chimiques prohibés, le Mali amorce un tournant dans la gouvernance de son secteur extractif. Alimenté par les redevances des exploitants, ce mécanisme entend lutter contre les pratiques toxiques, d’encadrer l’orpaillage et d’inscrire durablement l’activité minière dans la vision stratégique « Mali 2063 ».
Au cœur de la refondation du secteur extractif, les autorités maliennes entendent remettre de l’ordre dans l’orpaillage artisanal. À travers l’Article 96 du Code minier de 2023, Bamako institue un mécanisme de financement inédit : un fonds dédié à la réhabilitation des sites miniers artisanaux, à leur sécurisation et à la lutte contre l’usage de produits chimiques prohibés. Une réforme qui s’inscrit dans une ambition plus large de transformation durable, en écho à la vision stratégique « Mali 2063 », « MALI KURA ƝƐTAASIRA KA BƐN SAN 2063 MA. »
Un levier financier pour encadrer l’orpaillage
Le dispositif repose sur une architecture simple mais structurante : 50 % de la redevance forfaitaire acquittée par les titulaires de permis d’exploitation artisanale et de carrière alimentent directement ce fonds. Les ressources ainsi mobilisées sont ensuite reversées aux structures étatiques chargées de superviser le secteur.
L’objectif est de corriger les dérives d’une activité souvent informelle, marquée par des pratiques à risque pour l’environnement et les populations. L’orpaillage artisanal, pilier économique pour de nombreuses communautés rurales, s’est en effet développé au fil des années en marge de tout encadrement rigoureux, laissant derrière lui des sites dégradés et des risques sanitaires accrus.
Lutter contre les dérives et réparer les dommages
Le champ d’intervention du fonds est vaste. Il couvre en priorité la lutte contre l’utilisation de substances chimiques interdites, notamment celles employées dans le traitement de l’or et aux conséquences environnementales dévastatrices.
Mais l’ambition va au-delà de la seule régulation. Le texte prévoit également : la fermeture et la réhabilitation des sites miniers artisanaux en fin d’exploitation ou abandonnés ; la sécurisation des zones d’extraction, souvent théâtre d’accidents et de conflits. Il prévoit aussi la lutte contre le travail des enfants, fléau persistant dans certaines zones aurifères ; la sensibilisation et l’encadrement des exploitants artisanaux.
Autant de volets qui traduisent une volonté de concilier exploitation des ressources et responsabilité sociale.
Pour garantir l’efficacité du mécanisme, un décret en Conseil des ministres doit préciser les modalités d’organisation et de fonctionnement du fonds. Une étape cruciale pour assurer la transparence dans la gestion des ressources et l’efficacité des interventions sur le terrain.
Au-delà de l’outil financier, c’est toute la gouvernance du secteur minier artisanal qui est appelée à évoluer. L’enjeu est de passer d’une logique d’exploitation opportuniste à une approche structurée, intégrée dans les politiques publiques de développement.
« Kanku Musa Seginna » : le pari d’un nouvel âge d’or
Cette réforme s’inscrit dans une vision stratégique de long terme portée par les autorités maliennes. Dans le document prospectif « Mali 2063 », un volet entier est consacré au secteur minier sous l’appellation évocatrice « Kanku Musa Seginna » — référence au retour de l’âge d’or de l’empereur Kankou Moussa.
L’ambition est de faire de l’activité minière un moteur de développement durable, à la fois économique, social et environnemental. Une attention particulière est accordée aux régions et aux communautés directement concernées par l’exploitation, souvent premières victimes de ses externalités négatives.
Dans un pays où l’or demeure l’une des principales richesses, la gestion du secteur artisanal apparaît plus que jamais comme un enjeu stratégique. Entre impératif économique et exigences sociales, le Mali entend désormais transformer une exploitation souvent anarchique en levier durable de développement.
Chiencoro Diarra
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