L’arrestation de Nicolás Maduro par les forces américaines, le 3 janvier 2026, est un tournant géopolitique majeur, mais aussi un révélateur saisissant du double standard médiatique et diplomatique occidental. Tandis que Washington célèbre une « opération de libération démocratique », nombre d’observateurs y voient un coup d’État en bonne et due forme, mais on préfère des termes plus diplomatique puisqu’il s’agit d’un renversement anticonstitutionnel mené au mépris du droit international par l’une des grandes puissances du monde. Mais lorsqu’il s’agit de l’Afrique, tous les termes péjoratifs sont employés pour qualifier les auteurs et leur opération.
« […] Les milliardaires sont […] les rédacteurs en chef du monde. Si le monde était un journal, ils en définiraient la ligne éditoriale. Ceci pour des raisons structurelles évidentes : les idées ont besoin d’argent pour se diffuser. », écrit Myret Zaki. Une analogie qui explique exactement comment le monde est gouvernée. Les plus puissants font les lois qui sont appliquées sur les autres mais dont eux-mêmes sont épargnés. Le bien et le mal devient toujours relatif. Le vocabulaire même est taillé sur mesure selon qu’il s’agit d’un puissant ou d’un faible. C’est cela le nouveau multilatéralisme respectant le droit international et protégeant les plus faibles contre les puissants.
Lénine avait raison de le dire : « L’impérialisme est le stade suprême du capitalisme ». Quoi de plus normal si l’on sait que « Les États-Unis sont gouvernés par les superriches », selon Francis Fukuyama. Quelques heures après les frappes massives menées contre le Venezuela et le coup d’Etat militaire contre le président Nicolás Maduro, le putschiste Donald Trump est apparu triomphal devant les caméras depuis sa résidence de Mar-a-Lago, en Floride. Le président américain a revendiqué le coup d’Etat en des termes spectaculaires, la qualifiant d’« assaut comme on n’en avait pas vu depuis la Seconde Guerre mondiale ». « Tard, hier soir, et tôt, ce matin, à ma demande, les forces armées américaines ont conduit une opération militaire extraordinaire dans la capitale du Venezuela », a-t-il déclaré, présentant cette intervention comme un acte de justice internationale destiné à « confronter à la justice le dictateur hors-la-loi Nicolás Maduro ».
Un putsch qualifié d’arrestation
Poursuivant sur un ton de conquérant, Donald Trump a annoncé que les États-Unis « allaient désormais diriger le Venezuela » et y déployer des compagnies pétrolières américaines afin de « réparer les infrastructures pétrolières vétustes et relancer l’économie du pays ». Cette déclaration rappelle les logiques d’occupation et de spoliation économique des interventions américaines passées en Amérique latine, de l’Irak à Panama. Derrière le discours de justice se cache une reprise en main directe des ressources stratégiques du Venezuela. Que reste-t-il donc du modèle démocratique enseigné dans les grandes écoles de sciences politiques ? Que reste-t-il de la souveraineté des Etats et de leur droit fondamental de disposer d’eux-mêmes ? Lorsque les Etats ne peuvent plus exercer leur souveraineté sur leur territoire, difficile de parler de liberté ou de souveraineté.
Dans la plupart des grands médias occidentaux ou dans le langage des diplomates occidentaux, le mot « putsch » n’apparaît nulle part. Donald Trump, qui vient de renverser un président en exercice, n’est pas qualifié de « putschiste » ou de « chef d’État renversant un gouvernement souverain par la force ». On parle pudiquement d’« opération spéciale », de « capture ciblée », voire d’« action antiterroriste ». Un lexique soigneusement choisi, bien éloigné de celui utilisé lorsqu’un renversement de pouvoir a lieu en Afrique ou en Amérique latine sans l’aval de l’Occident.
Quand l’Afrique n’a pas droit au même vocabulaire
Dans les faits, le déroulement de l’opération ne laisse place à aucun doute. Des unités d’élite américaines — notamment la Delta Force — ont mené des frappes coordonnées sur Caracas et plusieurs villes du Venezuela avant d’arrêter le président Maduro et son épouse, Cilia Flores. Ce coup d’Etat, conduit sans aucun mandat du Conseil de sécurité des Nations unies, constitue une violation flagrante de la souveraineté vénézuélienne et du droit international.
L’annonce triomphale de Donald Trump sur son réseau Truth Social — « Les États-Unis ont capturé Maduro et mis fin à son règne » — a provoqué un séisme diplomatique. Caracas dénonce un « acte impérialiste » et exige la libération immédiate de son président. La vice-présidente Delcy Rodríguez parle d’une « agression d’État » et réclame une « preuve de vie ».
Mais dans les chancelleries occidentales, le silence domine. À Bruxelles, à Londres ou à Paris, l’on « observe la situation avec attention ». Aucun mot de condamnation, aucune allusion à un coup d’État.
Le président français Emmanuel Macron s’est exprimé sur le réseau social X sans aucune condamnation de ce coup de force. Au contraire, il s’en réjouit et réaffirme son accompagnement au peuple vénézuelien : « Le peuple vénézuélien est aujourd’hui débarrassé de la dictature de Nicolás Maduro et ne peut que s’en réjouir. En confisquant le pouvoir et en piétinant les libertés fondamentales, Nicolás Maduro a porté une atteinte grave à la dignité de son propre peuple. La transition à venir doit être pacifique, démocratique et respectueuse de la volonté du peuple vénézuélien. Nous souhaitons que le Président Edmundo González Urrutia, élu en 2024, puisse assurer au plus vite cette transition. »
La retenue lexicale contraste fortement avec le ton habituellement employé lorsque des événements similaires se produisent en Afrique. Au Mali, au Niger, au Burkina Faso, au Gabon ou en Guinée, les prises de pouvoir militaires de 2020 à 2023 ont immédiatement été qualifiées de « putschs » et leurs auteurs de « juntes militaires ». Les dirigeants africains ont été bannis des forums internationaux, leurs États sanctionnés, leurs économies asphyxiées au nom de la « défense de la démocratie ». On se demande finalement de quelle démocratie défend-on ? Sûrement une démocratie deux poids, deux mesures. Les puissants font la démocratie mais ne violent jamais ses principes. Toute violation par ceux-bin est vu comme une restauration des principes démocratiques.
Mais à Caracas, point de telles indignations. Aucune voix occidentale ne parle de « coup d’État américain » ni ne qualifie Donald Trump de « putschiste ». Au contraire, certains éditorialistes saluent même la « restauration de la démocratie » au Venezuela. Ce deux poids, deux mesures met en lumière un biais profond : celui d’un multilatéralisme sélectif, où la souveraineté des nations du Sud reste conditionnelle, suspendue à l’approbation des puissances du Nord.
Vers la fin du multilatéralisme ?
Ce coup de force américain, survenu sans l’aval des Nations unies ni consultation du Congrès, illustre la fragilité d’un ordre mondial que beaucoup jugeaient déjà moribond. Entre la guerre en Ukraine, les frappes américaines au Nigeria contre des positions de l’État islamique, et désormais l’intervention au Venezuela, les équilibres internationaux vacillent.
Le retour assumé des logiques impériales pose une question vertigineuse : le monde entre-t-il dans une ère post-multilatérale, où les puissances imposent leur loi sans retenue ? À Caracas comme à Bamako, la conviction que la souveraineté ne se quémande plus, mais qu’elle se défend, émerge.
A.D
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