Entre diplomatie culturelle, célébration patriotique et stratégie de relance du secteur artistique, les autorités maliennes multiplient les gestes pour faire de la culture un levier politique et identitaire.
Le ministre de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie hôtelière et du Tourisme, Mamou Daffé, a réceptionné le 18 février au Musée national du Mali plusieurs œuvres offertes au président de la transition, le général d’armée Assimi Goïta. Les pièces, signées notamment par Ismaël Diabaté et par une artiste exposée lors du salon Ségou’Art, s’inscrivent dans une démarche mêlant reconnaissance artistique et message politique.

La culture comme instrument d’État
L’œuvre intitulée « AES » rend hommage aux dirigeants de la Confédération des États du Sahel — dont Ibrahim Traoré et Abdourahamane Tiani — présentés comme les artisans d’une nouvelle ère fondée sur la souveraineté et l’union régionale. Une seconde création, « Sen-sanu-man », signée Mariam Ibrahim Maïga, célèbre quant à elle l’armée malienne et le sacrifice de ses soldats.

Au nom du chef de l’État, Mamou Daffé a salué un geste « hautement patriotique ». Il a souligné que ces donations participent à la valorisation du patrimoine contemporain national. La cérémonie s’inscrit dans une stratégie plus large visant à repositionner la culture au centre du projet politique. Les autorités ont en effet placé les années 2026-2027 sous le signe de « l’éducation et de la culture », dans la continuité d’une précédente « Année de la culture » destinée à redynamiser les industries créatives.
Dans cette logique, le ministre a appelé la direction du musée à intensifier ses efforts pour rendre l’institution plus attractive, à travers de nouveaux récits muséographiques et une programmation capable d’élargir le public. L’objectif est de transformer ce haut lieu patrimonial en vitrine du renouveau culturel malien.
Les artistes en quête de structuration
La veille de la cérémonie, le ministre avait reçu une délégation de la Fédération des Artistes du Mali, conduite par son président Adama Traoré. Les représentants du secteur sont venus présenter un plan d’action destiné à renforcer la place des créateurs dans le développement national. Ils plaidaient pour une meilleure structuration de la filière et un accompagnement institutionnel accru.

Le ministre a salué cette initiative. Il a surtout promis un appui aux réformes et mis un accent particulier sur la nécessité de consolider les partenariats public-privé engagés ces dernières années. Pour les autorités, la professionnalisation du secteur artistique constitue un levier économique autant qu’un enjeu d’influence symbolique.
Dans un contexte politique marqué par la recomposition régionale et la quête de souveraineté, l’investissement dans la culture est un outil de légitimation interne et de projection internationale. Les dons d’œuvres au sommet de l’État, la mobilisation des artistes et la revitalisation des institutions patrimoniales visent à faire de la création artistique un vecteur d’unité nationale et d’affirmation identitaire.
Chiencoro Diarra
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