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Le monde au bord du gouffre : vers une troisième guerre mondiale inévitable ?

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Face à la recrudescence des tensions entre grandes puissances (de Kiev à Caracas, de Gaza à Taïwan), le monde glisse inexorablement vers un nouveau point de rupture. A l’instar de 1914 ou de 1939, les rivalités économiques, idéologiques et militaires s’entremêlent, dans une indifférence diplomatique assourdissant. La Troisième Guerre mondiale n’est plus une hypothèse lointaine, mais une perspective que l’effritement de l’ONU rend chaque jour plus plausible. À l’image de la Société des Nations avant 1939, l’Organisation des Nations unies semble atteindre la fin de son cycle historique. Seule une refondation du multilatéralisme, tant prôné, pourrait encore éviter à l’humanité de sombrer à nouveau dans le chaos.

Quelques jours après coup de force américain contre le président vénézuélien Nicolás Maduro, Kim Jong-un a saisi l’occasion pour justifier la stratégie nucléaire de Pyongyang. « La récente crise géopolitique et les événements internationaux complexes montrent pourquoi cela est nécessaire », a-t-il déclaré, selon l’agence KCNA, en allusion directe à cette opération.

Une planète divisée en blocs antagonistes

Le dirigeant nord-coréen a affirmé que d’importants progrès avaient été réalisés pour préparer les forces nucléaires de son pays « à une guerre réelle », insistant sur la nécessité de renforcer la dissuasion face à ce qu’il qualifie d’« impérialisme sans limite ». Une manière à peine voilée de rappeler que dans un monde où les puissants renversent les chefs d’État qui leur résistent, seuls les États dotés d’une capacité nucléaire peuvent garantir leur survie.

L’humanité marche à nouveau sur un fil. En observant la multiplication des foyers de tension (de l’Ukraine au Proche-Orient, du Venezuela au Sahel, de la mer de Chine à la mer Rouge), il devient difficile d’écarter l’hypothèse d’un basculement global. Le monde entre, lentement mais sûrement, dans une phase que les historiens du futur pourraient nommer l’avant-guerre mondiale.

Comme en 1914, la planète est aujourd’hui divisée en blocs antagonistes. D’un côté, les puissances occidentales, sous leadership américain, déterminées à préserver un ordre international qu’elles ont façonné. De l’autre, un axe hétérogène de nations émergentes (Russie, Chine, Iran, Corée du Nord, mais aussi des États du Sud désormais rétifs à la domination unipolaire), qui contestent ouvertement cette hégémonie. Les affrontements sont encore périphériques, indirects, mais ils se multiplient. Chacun croit pouvoir contenir la tension, mais chacun se trompe.

Les causes lointaines d’un désastre annoncé

Les grandes guerres ne surgissent jamais d’un coup. Elles s’enracinent dans des déséquilibres accumulés, des humiliations, des méfiances et des malentendus qui finissent par exploser. Avant 1914, il y eut les rivalités coloniales et la course aux armements. Avant 1939, il y eut la crise économique, les sanctions, les traités inéquitables. Aujourd’hui, ce sont la fragmentation du multilatéralisme, la prolifération des conflits hybrides et la guerre de l’information qui nourrissent le même engrenage fatal.

Les sanctions économiques imposées à la Russie, l’escalade militaire au Proche-Orient, les opérations américaines en Amérique latine et les tensions sino-américaines en mer de Chine ne sont que les manifestations visibles d’un désordre plus profond : la fin d’un monde. L’ordre né de 1945, construit sur la dissuasion et les institutions internationales, s’effrite. L’ONU, à l’image de la Société des Nations avant elle, semble désormais impuissante à prévenir les crises et à réguler les ambitions.

L’ONU, un géant fatigué

Tout comme la Société des Nations dans les années 1930, l’Organisation des Nations unies a atteint la fin de son cycle historique. Prisonnière du droit de veto, paralysée par les intérêts de ses membres permanents, incapable de parler d’une seule voix sur Gaza, Kiev ou Caracas, ou encore des situations politiques en Afrique où les plaintes se multiplient sur la composition même de l’organisation qui ne compte pas de membres permanents parmi les Africains, l’ONU est aujourd’hui réduite à un rôle symbolique. Les grandes puissances s’affranchissent des résolutions, les interventions unilatérales se multiplient, et les peuples du Sud constatent que la promesse d’un monde régi par le droit s’efface devant le retour de la force.

En effet, la politisation des droits de l’homme est une réalité que nul ne saurait refuser aujourd’hui. Les droits semblent écrits par les plus forts pour mieux entretenir leur domination sur les plus faibles, les seuls censés violés la « volonté générale ». Le retour de « l’état de nature » hobbésien est un aspect craintif puisque annonciateur de la chute de l’humanité dans son état primitif, qui est une stade de non droit, où seule la loi du plus fort règne en souverain absolu. Dans un tel état, les questions de propreté privée deviennent une chimère. Car les uns s’en prennent aux autres dans le but d’extorquer leur richesse. Dans cet de « guerre de tous contre tous », il faut craindre un choc planétaire tragique, aux conséquences dévastatrices et inoubliables comme les deux bombes largués sur Hiroshima et Nagasaki. 

L’ONU doit donc renaître ou disparaître. Renaître, c’est accepter de se réformer en profondeur, de reconnaître le poids démographique, économique et politique des nations africaines et asiatiques, et d’imposer une gouvernance mondiale réellement équitable. Lors du 2ème sommet Russie-Afrique à Saint-pétersburg en 2023, le président malien de la transition avait pourtant formulé la demande dans son intervention : « Le Mali reste attaché à la coopération internationale, au multilatéralisme et à un ordre international fondé sur des règles justes et équitables. » Le Mali allait plus loin en demandant une réforme de l’ONU: « La multiplication des crises et des conflits en dépit de limplication de la communauté internationale plaide en faveur dune nouvelle architecture de la sécurité internationale qui passera forcement par une réforme du Conseil de Sécurité de lONU. » Sans cela, le système international continuera de glisser vers la loi du plus fort, et la guerre mondiale ne sera plus une hypothèse, mais une échéance.

L’Afrique face à la recomposition du monde

Dans ce contexte d’instabilité globale, le continent africain, notamment les États de la Confédération du Sahel (AES), ne peut rester simple spectateur. La militarisation des rivalités internationales sur son sol, la guerre informationnelle et les batailles d’influence économique rappellent que l’Afrique est redevenue un champ de compétition mondiale. Chose que rappelle la période des colonisations où les grandes puissances avaient « partagé le monde » entre elle. Un ordre qui semble aujourd’hui révolu en raison de la révolte des dominés. 

Hegel, dans sa dialectique du maître et de l’esclave, expliquait pourtant ce phénomène. La domination, une fois qu’elle atteint un certain stade, l’on assiste à un renversement au cours duquel le dominé devient le dominant. « Le Maître force l’Esclave à travailler. Et en travaillant, l’Esclave devient maître de la Nature. Or, il n’est devenu l’Esclave du Maître que parce que – au prime abord – il était esclave de la Nature, en se solidarisant avec elle et en se subordonnant à ses lois par l’acceptation de l’instinct de conservation. En devenant par le travail maître de la Nature, l’Esclave se libère donc de sa propre nature, de son propre instinct qui le liait à la Nature et qui faisait de lui l’Esclave du Maître. En libérant l’Esclave de la Nature, le travail le libère donc aussi de lui-même, de sa nature d’Esclave : il le libère du Maître. », écrit Hegel dans la phénoménologie de l’Esprit. 

Cette dialectique du Maître et de l’Esclave pourrait survenir dans le nouveau basculement du monde. Le vaincu pourrait ainsi devenir le vainqueur. L’Afrique peut donc être un laboratoire de paix. En prônant une diplomatie de non-alignement, en affirmant la souveraineté culturelle et économique, les États africains peuvent offrir une voie alternative à la bipolarisation. Une voie fondée sur la coopération entre peuples et non sur la domination entre blocs.

Une humanité à la croisée des chemins

Le monde de 2026 ressemble étrangement à celui de 1938 : les puissances s’arment, les alliances se durcissent, la peur s’installe. L’histoire bégaie, mais elle ne se répète jamais à l’identique. L’humanité a encore le choix entre la raison et le chaos.

Pour l’heure, le compte à rebours semble enclenché. Si l’ONU ne se réinvente pas, si les grandes puissances persistent dans leur surdité, et si les nations du Sud ne s’unissent pas pour refonder un ordre juste, alors la Troisième Guerre mondiale ne sera plus une crainte académique. Elle deviendra une tragédie inévitable.

« La seule chose que nous apprenons de l’histoire, disait Hegel, c’est que nous n’apprenons rien de l’histoire». Ces propos du philosophe allemand soulignent avec acuité que malgré les leçons tirées des événements passés, les nations et les individus tendent à répéter les mêmes erreurs, car l’expérience historique ne se traduit pas toujours en sagesse pratique pour le présent et l’avenir. Mais peut-être est-il encore temps de lui donner tort.

Selon les philosophes Adorno et Horkheimer, les grands théoriciens de la rationalité, la rationalité moderne, lorsqu’elle se sépare de l’éthique, engendre la barbarie sous des formes toujours plus perfectionnées. La Troisième Guerre mondiale, si elle éclate, ne sera pas le triomphe de la folie, mais celui d’une raison sans conscience. Le progrès technique et politique, s’il n’est pas guidé par la morale et la conscience, ramène l’humanité à la barbarie — non plus primitive, mais rationalisée. Ce qui a fait dire à Rabelais que « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme. »

Le monde, pris entre impérialismes concurrents et effondrement du multilatéralisme, court vers cette Troisième Guerre mondiale civilisée en apparence, mais barbare dans son essence. « L’humanité, au lieu de s’élever à un état véritablement humain, s’enfonce dans une nouvelle forme de barbarie. », déplorait déjà Theodor W. Adorno & Max Horkheimer. 

Chiencoro Diarra 


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