Home A la Une Dr Bréma Ely Dicko sur le DIM : « Le volume et la portée des recommandations sont considérables »

Dr Bréma Ely Dicko sur le DIM : « Le volume et la portée des recommandations sont considérables »

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Le Dialogue inter-Maliens pour la paix et la réconciliation, initié par le président de la transition, le 31 décembre 2023, s’est achevé avec la remise du rapport final le 13 mai 2024, marquant un tournant dans la quête de stabilité et d’unité au Mali. Dr Brema Ely Dicko, chercheur à l’Université des Lettres et des Sciences Humaines (ULSH) de Bamako et participant au dialogue, nous détaille les objectifs et les aspirations profondes de ce dialogue crucial pour l’avenir du pays, révélant les espoirs et les défis d’une nation en reconstruction.

Sahel Kunafoni : Pouvez-vous nous expliquer les principaux objectifs du Dialogue inter-Maliens pour la paix et la réconciliation que vous avez récemment conclu ?

Brema Ely Dicko : L’objectif principal du Dialogue inter-Maliens était de contribuer à la restauration de la paix, à la cohésion sociale et à renforcer le vivre ensemble dans toutes les régions du Mali. Cette initiative visait à réunir toutes les parties maliennes pour discuter et trouver des solutions aux défis persistants auxquels notre pays est confronté, notamment les tensions intercommunautaires et la violence. Il s’agissait d’un effort pour bâtir des ponts entre différentes communautés et d’assurer que chaque voix malienne puisse contribuer à la trajectoire future du pays dans un esprit d’unité et de compréhension mutuelle.

Comment ces objectifs reflètent-ils les aspirations du peuple malien dans le contexte actuel ?

Les aspirations des Maliens sont principalement la lutte contre la corruption. Ils aspirent à un État qui garantit un accès aux services sociaux de base, à un État capable de lutter contre l’insécurité, le terrorisme, de résoudre les conflits intra-communautaires, et de combattre l’esclavage par ascendance, notamment dans la région de Kayes. Toutes ces préoccupations ont été discutées lors du dialogue. Chaque commune, basée sur cinq fiches thématiques, a abordé ses propres problèmes et formulé ses recommandations. Il en va de même pour les régions. Ainsi, les objectifs du dialogue coïncident avec les attentes des populations.

Quelles mesures ont été prises pour garantir un processus véritablement inclusif ?

La question de l’inclusivité ne signifie pas nécessairement que tous les intéressés vont s’asseoir à la même table. Nous avons pris diverses initiatives pour rendre le dialogue aussi inclusif que possible. 

Premièrement, dans l’organisation même du Comité de pilotage. En observant sa composition, vous trouvez des représentants des jeunes, des femmes, de certains partis politiques, et des associations culturelles comme Jina Dogon, Tabital Pulaku, Irganda, Soninké, Bomu, entre autres.

Il y a également des représentants des institutions, des ministères, des retraités, d’anciens ministres, de députés et de membres du CNT. Des universitaires, des associations de femmes, de jeunesse, et des représentants religieux, y compris de l’Église Catholique, de l’Église Protestante et du Haut Conseil Islamique, sont aussi inclus. Les personnes vivant avec un handicap étaient également représentées. Le comité était donc un groupe composite qui englobait les membres de tous les groupes ethniques du Mali, reflétant véritablement la diversité de la société malienne.

Le second aspect est que le Comité de pilotage a créé différentes plateformes permettant aux Maliens de poser des questions et de contribuer, où qu’ils soient. Par ailleurs, nous avons organisé des rencontres avec tous les représentants des corps professionnels au Mali, qu’il s’agisse de jeunes, de femmes, ou d’organisations syndicales. Des visites ont également été effectuées aux domiciles des anciens chefs d’État et des rencontres ont été organisées avec les anciens premiers ministres.

Même si certains leaders, actuellement sous mandat d’arrêt international, sont en fuite dans certains pays voisins, ils auraient pu participer en déléguant des personnes au niveau des communes et des régions, ou au moins en envoyant leurs contributions par internet.

D’autre part, nous avons également facilité la participation des déplacés internes, des réfugiés et des Maliens de l’étranger. De ce point de vue, la diversité ethnique, de profils et d’autres caractéristiques des participants venant de divers horizons est remarquable.

Quelle analyse faites-vous des recommandations principales qui ont émergé des débats, notamment celles concernant la prolongation de la transition et la candidature du colonel Goïta ?

Ce sont des participants qui ont demandé cela. Je ne leur ai pas demandé la motivation qui a fait qu’ils l’ont demandée. Je respecte leur point de vue. Il appartient aux six colonels d’accepter cette recommandation. Cela ne m’engage pas.

Comment ces recommandations vont-elles influencer le futur politique et social du Mali ?

À mon avis, le volume et la portée des recommandations sont considérables. Le document de synthèse seul contient au moins 300 recommandations. Elles touchent à plusieurs domaines cruciaux comme la gouvernance, la lutte contre la corruption, l’amélioration de l’accès aux services sociaux de base, l’amélioration des relations entre administrateurs et administrés, le recrutement et la formation des forces armées, et l’amélioration de la collaboration entre les citoyens et les forces armées maliennes (FAMa). Elles abordent également la nécessité de créer un cadre unique de dialogue avec la diaspora malienne, de valoriser nos ressources naturelles, d’établir une raffinerie d’or et de promouvoir un développement durable.

Ces recommandations, si elles sont mises en œuvre efficacement, pourraient significativement revitaliser l’économie malienne, rapprocher les citoyens des administrateurs et assurer une gestion de l’État plus juste et efficace. En somme, elles pourraient contribuer à une amélioration tangible de l’atmosphère sociale au Mali, en réduisant les frustrations et en renforçant la cohésion nationale.

Quelles sont les stratégies envisagées pour lutter contre les milices d’autodéfense et renforcer les capacités des autorités locales dans la gestion des conflits ?

La problématique des milices d’autodéfense au Mali est abordée avec une résolution claire dans le cadre du Dialogue inter-Maliens. Une des recommandations principales est la dissolution de toutes les milices et groupes d’autodéfense présents sur le territoire. Cette mesure concerne aussi bien les divers acteurs et mouvements armés qui ont participé au processus de paix et qui sont intégrés dans des structures telles que la Plateforme signataire de l’accord de paix, que ceux regroupés au sein de la Coordination des mouvements de l’Azawad.

En outre, il pourrait être envisagé de présenter des projets de loi spécifiques au Conseil national de la transition. Ces projets de loi visent à formaliser les décisions prises et à assurer leur mise en œuvre effective. Le Conseil national de la transition examinera ces projets et procédera aux auditions nécessaires pour leur adoption. Ces mesures législatives seront essentielles pour renforcer les capacités des autorités locales dans la gestion des conflits et pour assurer une paix durable sur le territoire malien.

Quels mécanismes seront mis en place pour suivre la mise en œuvre des recommandations du Dialogue ?

Pour le suivi de la mise en œuvre des recommandations issues du Dialogue inter-Maliens, aucun mécanisme spécifique n’est encore défini. Cela reste sous la responsabilité du Président de la transition, qui a initialement instauré un Comité de pilotage pour mener le dialogue sans interférence extérieure. Il pourrait demander en Conseil des ministres que chaque ministère concerné prenne en charge l’application des recommandations relevant de ses attributions. Cette approche assurerait que les différentes composantes du gouvernement travaillent de manière coordonnée pour concrétiser les objectifs du dialogue, alignées sur les besoins et les prérogatives spécifiques de chaque ministère.

Quelles sont les prochaines étapes pour le Mali à la suite de ce dialogue ?

Les prochaines étapes pour le Mali, suite à ce dialogue, pourrait débuter par une session du Conseil de ministres où pourrait être présentées les recommandations les plus significatives issues du dialogue. Suite à cette présentation, une discussion approfondie pourrait avoir lieu pour déterminer les actions spécifiques à entreprendre au sein de chaque ministère concerné. Cette démarche vise à assurer que chaque segment du gouvernement est impliqué et responsable de la mise en œuvre des mesures suggérées, en adéquation avec leur domaine d’expertise et de compétence.

Comment voyez-vous l’avenir du Mali dans le contexte des décisions prises lors de ce dialogue ?

L’avenir du Mali, dans le contexte des décisions prises lors du récent dialogue, est marqué par une série d’initiatives stratégiques qui pourraient redéfinir la trajectoire du pays vers la stabilité et la paix. Tout d’abord, l’instauration d’un dialogue doctrinal avec les groupes terroristes est prévue, nécessitant la formation d’un comité d’érudits pour en établir les fondements. Cet effort vise à ouvrir des canaux de communication avec des figures clés telles que Amadou Kouffa et Iyad Ag Ghaly.

Par ailleurs, il est essentiel de renforcer les liens avec tous les mouvements armés à travers des mesures de confiance et des négociations directes, en particulier avec les leaders de la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA). Ces dialogues pourraient jouer un rôle crucial dans la diminution des tensions et la promotion de la cohésion nationale.

Enfin, la situation politique à Bamako pourrait également connaître une évolution significative par la levée de la suspension des activités des partis politiques et la revitalisation du calendrier électoral. Ces mesures, couplées à des concertations étendues entre les autorités de transition, la classe politique et la société civile, contribueront à apaiser le climat politique et à encourager une participation plus large dans le processus démocratique.

Ces étapes, si correctement mises en œuvre, devraient contribuer à un climat plus stable et pacifique au Mali, permettant au pays de surmonter les défis actuels et de progresser vers un avenir prometteur.

Propos recueillis et retranscrits par Bakary Fomba

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