Accueil » Blog » A la Une » Commissariat universitaire : le Sénégal s’inspire-t-il du modèle du Mali ?

Commissariat universitaire : le Sénégal s’inspire-t-il du modèle du Mali ?

0 comments 25 views 3 minutes read

Après la mort d’un étudiant à Dakar, le gouvernement sénégalais envisage l’installation d’un commissariat universitaire. Une piste qui rappelle les choix sécuritaires opérés ces dernières années au Mali, où la violence estudiantine avait profondément marqué la gouvernance des universités.

La tension monte autour de la question sécuritaire dans l’enseignement supérieur au Sénégal. Mardi 24 février, le Premier ministre Ousmane Sonko était auditionné devant l’Assemblée nationale du Sénégal lors d’une séance de questions d’actualité dominée par plusieurs dossiers sensibles, dont la crise universitaire.

La mort d’un étudiant survenue le 9 février après l’intervention des forces de l’ordre sur le campus de l’Université Cheikh Anta Diop, dans un contexte de contestation liée aux bourses, était au centre des discussions. Interpellé par les députés, le chef du gouvernement a annoncé vouloir « renforcer la sécurité à l’université » et étudier la possibilité d’installer un commissariat dans l’enceinte du campus social. Il a également évoqué la délocalisation partielle du site, expliquant que la concentration de 25 000 étudiants dans un même espace constitue un facteur de risque.

Le précédent malien en toile de fond

Cette orientation n’est pas sans rappeler les mesures adoptées ces dernières années au Mali, notamment à Bamako, où les autorités ont fini par mettre en place des postes de police aux abords des universités pour faire face à une violence chronique. Depuis le début des années 2000, l’espace universitaire bamakois était régulièrement secoué par des affrontements entre groupes étudiants, des agressions et des intrusions extérieures, poussant l’État à instaurer des dispositifs de sécurisation dédiés.

Ces postes, implantés à proximité mais hors des campus afin de respecter le principe de franchise universitaire, visaient à permettre des interventions rapides, contrôler les accès et protéger les infrastructures publiques. Présentés comme des « pôles de sécurité spécialisés », ils étaient articulés avec les commissariats territoriaux et les autorités académiques.

Cette stratégie était un moyen de lutter contre l’impunité et les violences dans l’espace universitaire.

L’exemple de l’AEEM, symbole d’un tournant

La question sécuritaire dans les universités maliennes a pris une dimension politique en mars 2024 avec la dissolution de l’Association des élèves et étudiants du Mali, organisation historique née lors des mobilisations démocratiques contre le régime de Moussa Traoré au début des années 1990.

Accusée par les autorités d’être devenue un foyer de violences, de racket et d’affrontements armés entre factions rivales, l’association a été dissoute après un nouvel épisode meurtrier survenu fin février 2024. Le gouvernement a justifié cette décision par la nécessité de restaurer l’ordre dans les établissements scolaires et universitaires.

Pour ses partisans, cette dissolution a permis de briser un système paralysant les cours et sapant l’autorité académique.

L’hypothèse d’un commissariat universitaire au Sénégal ouvre ainsi un débat déjà bien connu ailleurs sur le continent : comment concilier protection des étudiants et respect de l’autonomie académique ? Dans plusieurs pays africains, la création d’unités de police dédiées aux universités a suscité des interrogations similaires, entre impératif d’ordre public et crainte d’un contrôle politique des mobilisations estudiantines.

Une question régionale

À Dakar comme à Bamako, les autorités avancent l’argument de la prévention des violences, de la sécurisation des biens publics et la garantie de la continuité pédagogique. Mais l’expérience malienne montre que ces dispositifs, s’ils répondent à une demande réelle de sécurité, s’accompagnent presque toujours d’un débat plus large sur la gouvernance universitaire et la place de la contestation étudiante.

La réflexion engagée par le gouvernement sénégalais s’inscrit finalement dans la problématique régionale de la massification de l’enseignement supérieur en Afrique de l’Ouest, combinée à la précarité sociale et à la politisation des mouvements étudiants. Une situation qui transforme les campus en espaces sensibles où se jouent à la fois des enjeux éducatifs, sociaux et sécuritaires.

Reste à savoir si Dakar adoptera réellement une approche inspirée du modèle malien ou s’il inventera un dispositif propre. Il est toutefois certaine que la sécurité universitaire, autrefois marginale dans les politiques publiques, s’impose désormais comme une question centrale dans la gestion des systèmes éducatifs africains.

Chiencoro Diarra 


En savoir plus sur Sahel Tribune

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Veuillez laisser un petit commentaire pour nous encourager dans notre dynamique !