Accueil » Blog » Actu » À Bamako, Assimi Goïta remet l’étendard à la Force unifiée du Sahel : naissance d’un outil militaire confédéral

À Bamako, Assimi Goïta remet l’étendard à la Force unifiée du Sahel : naissance d’un outil militaire confédéral

0 comments 283 views 4 minutes read

Dans une cérémonie à haute portée symbolique tenue à Bamako le 20 décembre 2025, le président malien Assimi Goïta a remis l’étendard à la Force unifiée de l’Alliance des États du Sahel (AES). Cet acte fondateur, salué par les dirigeants du Burkina Faso et du Niger, consacre la montée en puissance d’une structure militaire confédérale destinée à défendre la souveraineté régionale face aux menaces terroristes et aux ingérences extérieures.

Entouré de ses homologues ministres venus du Burkina Faso et du Niger, des chefs d’état-major des trois armées, de diplomates et d’attachés de défense étrangers, le général Assimi Goïta a présidé la cérémonie solennelle de lancement de la FU-AES, force multinationale de 5 000 hommes placée sous commandement conjoint.

La remise de l’étendard, symbole d’unité et d’engagement, marque « le démarrage opérationnel de la Force unifiée », a déclaré le président Goïta, qui préside également la Confédération des États du Sahel depuis sa création à Niamey en juillet 2024.

L’événement, tenu en marge de la première session confédérale du Conseil des ministres de l’AES, s’inscrit dans la phase d’institutionnalisation accélérée du bloc sahélien formé par le Mali, le Burkina Faso et le Niger, après leur retrait de la CEDEAO en 2025.

D’une coordination militaire à une armée confédérale

Depuis deux ans, les opérations conjointes Yéréko I et Yéréko II ont prouvé la capacité des armées malienne, burkinabè et nigérienne à coordonner des offensives transfrontalières d’envergure. Ces campagnes, menées dans la zone des trois frontières, ont permis « la neutralisation de plusieurs chefs terroristes et la destruction de sanctuaires criminels », a rappelé Goïta, saluant la « planification rigoureuse et le partage efficace du renseignement » entre les trois armées.

Mais la création d’une force permanente unifiée, dotée d’un état-major intégré et d’une chaîne de commandement confédérale, constitue une étape sans précédent dans l’histoire militaire du Sahel. Son commandement a été confié au général de brigade Daouda Traoré, vétéran reconnu pour son expérience de terrain et son pragmatisme opérationnel.

Un outil militaire et politique

Dans son discours, le chef de l’État malien a mis un accent particulier sur la « portée historique » de cette initiative, qu’il considère comme l’acte fondateur d’une souveraineté sahélienne consolidée. Face à la multiplication des menaces – terroristes, économiques, informationnelles –, le président a appelé, à l’ouverture de la première session inaugurale du Conseil confédéral des ministres de l’AES, à une « anticipation stratégique permanente », tout en annonçant la création d’un écosystème médiatique AES (radio, télévision, presse écrite) destiné à renforcer la souveraineté informationnelle et à contrer la guerre de désinformation.

« L’AES est une réalité irréversible », a martelé Assimi Goïta, rendant hommage aux militaires tombés au combat et saluant le soutien constant des populations du Mali, du Burkina Faso et du Niger.

Pour le général de corps d’armée Sadio Camara, ministre malien de la Défense, la cérémonie consacre « un moment décisif de l’histoire du Sahel ». « La paix, la sécurité et la souveraineté ne se délèguent pas », a-t-il déclaré, rappelant que la FU-AES est le fruit d’une « mutualisation stratégique fondée sur les valeurs sahéliennes de solidarité, d’entraide et de dignité ».

L’étendard remis à la Force unifiée, symbole de mémoire et de sacrifice, a été présenté comme le drapeau du courage sahélien, celui d’une génération d’États décidée à ne plus subir les schémas imposés de l’extérieur.

Un Sahel en quête d’autonomie stratégique

Avec cette cérémonie, l’AES franchit une étape supplémentaire vers l’autonomisation de sa sécurité collective, alors même que le retrait des forces étrangères (Barkhane, MINUSMA) a redéfini les équilibres régionaux. En s’appuyant sur la coopération avec la Russie et d’autres partenaires non occidentaux, les trois pays entendent désormais assumer seuls la défense de leur espace, au nom d’une souveraineté qu’ils veulent pleine et entière.

Au-delà du symbole militaire, la FU-AES est l’embryon d’une armée confédérale du Sahel — une idée jadis utopique, désormais devenue une réponse politique à l’instabilité chronique de la région.

En conclusion de la cérémonie, Assimi Goïta a appelé à transformer l’unité militaire en solidarité politique durable, rappelant que l’objectif ultime de la Confédération est de bâtir « un espace de stabilité, de dignité et de prospérité partagée ».

La rédaction 


En savoir plus sur Sahel Tribune

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Veuillez laisser un petit commentaire pour nous encourager dans notre dynamique !