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	<title>Archives des science &#8212; Sahel Tribune</title>
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	<description>Sahel Tribune – Votre regard sur le Sahel, autrement.</description>
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	<title>Archives des science &#8212; Sahel Tribune</title>
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		<title>Tribune. La post-vérité ou l’âge adulte impossible de l’humanité</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Fousseni TOGOLA]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 10 Feb 2026 08:47:05 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actu]]></category>
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					<description><![CDATA[<p><strong>🔗 Découvrez plus sur notre blog :</strong> <a href="https://votresite.com">Sahel Tribune</a></p>
<p>Plongez dans la géopolitique des fake news et examinez comment la technologie alimente la guerre des récits à travers le globe.</p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>🔗 Découvrez plus sur notre blog :</strong> <a href="https://votresite.com">Sahel Tribune</a></p>

<p><strong><em>Jamais l’humanité n’a produit autant de données, de rapports et de savoirs. Jamais pourtant la vérité n’a semblé aussi fragile. À l’ère de la post-vérité, la désinformation ne relève plus de l’exception mais d’un système, nourri par les intérêts, la technologie et la guerre des récits.</em></strong></p>



<p>Nous vivons à l’ère de l’abondance informationnelle. De 2016 à 2022, le nombre d’articles scientifiques publiés dans le monde est passé d&rsquo;environ 1,9 million par an à 2,8 millions, selon une <a href="https://www.univ-grenoble-alpes.fr/actualites/a-la-une/actualites-recherche/l-edition-scientifique-sous-pression-1323788.kjsp" target="_blank" rel="noreferrer noopener">étude</a> publiée en septembre 2023. Le volume total d’informations numériques produites – rapports institutionnels, documents techniques, études d’ONG, notes de cabinets de conseil ou de think tanks – atteint près de 913 exaoctets par an. Jamais l’humanité n’a autant écrit, documenté, chiffré. Jamais, pourtant, la vérité n’a paru aussi insaisissable.</p>



<h2 class="wp-block-heading" id="h-l-ordre-moral-de-la-post-verite"><strong>L’ordre moral de la post-vérité</strong></h2>



<p>Car cette inflation documentaire ne signifie pas <a href="https://www.vrin.fr/livre/9782251453361/levolution-de-la-connaissance" target="_blank" rel="noreferrer noopener">accumulation de savoir</a>. Elle accompagne, au contraire, une diffusion accélérée de la désinformation. Derrière chaque rapport, chaque étude, chaque chiffre, se cachent désormais des intérêts, des stratégies, des agendas. La <a href="https://shs.cairn.info/sauver-marx--9782707151315-page-220?lang=fr" target="_blank" rel="noreferrer noopener">connaissance</a> n’échappe plus à la logique marchande. Elle se finance, se commande, se vend. La science elle-même se voit sommée de produire des résultats compatibles avec les attentes de ses bailleurs. La vérité devient alors secondaire. Ce qui compte, c’est ce qui convainc, ce qui rassure, ce qui sert.</p>



<p>Dans ce monde, le mensonge n’avance plus masqué. Il se pare des atours de la vérité. La vérité, elle, se retrouve du côté du plus fort – non pas celui qui a raison, mais celui qui parle le mieux. Celui qui parle le mieux est souvent celui qui paie le plus. Ainsi se construit l’ordre moral de la post-vérité.</p>



<p>La célèbre maxime attribuée à Voltaire – « <em>Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai pour que vous puissiez le dire</em> » – semble aujourd’hui avoir muté. Elle pourrait se reformuler ainsi : <em>« Je sais que ce que vous dites est faux, mais je me battrai pour que cela soit cru comme vrai. »</em> Tel est le serment tacite de nombreux producteurs de discours dans l’économie contemporaine de l’information.</p>



<h2 class="wp-block-heading" id="h-la-verite-devient-bicephale"><strong>La vérité devient bicéphale</strong></h2>



<p>Les données, loin d’éclairer le réel, répondent de plus en plus à des objectifs politiques, économiques ou idéologiques. La vérité est sacrifiée sur l’autel d’intérêts égoïstes. Nous entrons dans un régime de relativisme radical où une affirmation, même fausse, est défendue comme une vérité absolue par ses auteurs, tandis que ses adversaires la rejetteront même si elle est avérée. La vérité devient bicéphale, oscillant sans cesse entre croyance et rejet.</p>



<p>Faut-il alors donner raison à Platon, qui distinguait le monde parfait des idées et le monde imparfait des <a href="https://saheltribune.com/vivons-nous-dans-un-fake-monde/">apparences</a> ? L’accès à la vérité est devenu un combat. Non plus un chemin rationnel, mais une lutte asymétrique. Cette lutte est symptomatique de <a href="https://www.amazon.fr/Fake-monde-Fousseni-Togola/dp/2312144808" target="_blank" rel="noreferrer noopener">l’imperfection de notre monde</a>. Le philosophe Karl Popper l’avait pourtant rappelé : il n’existe pas de vérité absolue en science. Il n’y a que des hypothèses provisoires, destinées à être réfutées. Nous ne faisons que nous rapprocher de la vérité sans jamais la saisir pleinement. Cette <em>vraisemblance</em> – cette « <a href="https://philosciences.com/verisimilitude#:~:text=Pour%20Popper,%20si%20une%20th%C3%A9orie,forme%20d'une%20objectivit%C3%A9%20croissante." target="_blank" rel="noreferrer noopener">verisimilitude</a><em> »</em> – dit quelque chose de fondamental : notre imperfection.</p>



<p>Thomas Kuhn parlera de <a href="https://shs.cairn.info/la-societe-un-monde-incertain--9782705665722-page-3?lang=fr" target="_blank" rel="noreferrer noopener">changements de paradigmes</a>. Gaston Bachelard, « <em>d’obstacles épistémologiques</em> ». Ces <a href="https://www.philomag.com/articles/lobstacle-epistemologique-chez-bachelard-cest-quoi" target="_blank" rel="noreferrer noopener">préjugés</a> intimes qui nous poussent à confondre opinion et vérité. Le progrès de la connaissance s’est toujours construit sur les ruines de certitudes anciennes. Mais encore faut-il accepter cette fragilité.</p>



<h2 class="wp-block-heading" id="h-la-pandemie-du-clic"><strong>La pandémie du clic</strong></h2>



<p>Dans le champ géopolitique et militaire, la vérité alternative n’est pas une nouveauté. Elle a toujours été une arme. Sun Tzu en avait fait un <a href="https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/les-enjeux-internationaux/sun-tzu-et-l-art-de-la-guerre-le-premier-traite-de-strategie-militaire-9741979" target="_blank" rel="noreferrer noopener">principe stratégique</a> : tromper l’adversaire, l’épuiser psychologiquement, brouiller ses repères. Ce qui a changé, c’est l’échelle. Avec Internet et les réseaux sociaux, la désinformation n’est plus l’apanage des États ou des presses militantes. Elle est devenue industrielle, virale, instantanée. Une véritable pandémie du clic.</p>



<p>Désormais, rapports officiels, communiqués, déclarations publiques, articles de presse eux-mêmes doivent être lus avec suspicion. Ils dissimulent souvent des intentions de nuisance ou la défense d’intérêts particuliers. L’impartialité, notamment dans le champ médiatique, tend à devenir un mot creux. Voilà la «<a href="https://www.lecourrierdelatlas.com/myret-zaki-la-gouvernance-des-medias-doit-etre-pluraliste-integre-et-transparente/" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><em>désinformation venant d’en-haut</em></a> », dont parle Myret Zaki. Chaque média est arrimé à une ligne, un financement, une vision du monde – consciemment ou non.</p>



<p>En Afrique comme dans toutes les zones de conflits, la guerre offre une illustration brutale de cette bataille des récits. Des rapports contradictoires s’affrontent. Certains dénoncent des violations des droits humains, d’autres les minimisent ou les contestent. Qui dit vrai ? Qui dit le contraire ? Nous sommes dans l’ère de la «&nbsp;<em>géopolitique des fake news</em>&nbsp;». L’expression sûrement pas encore.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading" id="h-la-politique-etrangere-de-la-desinformation"><strong>La politique étrangère de la désinformation</strong></h2>



<p>Dans <a href="https://www.amazon.fr/Gouverner-par-Fake-News-internationaux/dp/2315009561/ref=sr_1_1?__mk_fr_FR=%C3%85M%C3%85%C5%BD%C3%95%C3%91&amp;crid=13NLKRD9Z1ZLM&amp;dib=eyJ2IjoiMSJ9.FbINg_xoFNOHZfTY9KOqpLHMR1kdcITRiLVvfCEG2Yg.ewzR3ux4AoYDAYimK0lx_JzQLSXjoMb1rvHwuANxctM&amp;dib_tag=se&amp;keywords=Gouverner+par+les+fake+news&amp;qid=1770710833&amp;s=books&amp;sprefix=gouverner+par+les+fake+news,stripbooks,328&amp;sr=1-1-catcorr" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Gouverner par les fake news</a>, Jacques Baud, ancien analyste du renseignement stratégique suisse, démonte les narratifs dominants des grandes crises contemporaines. Il soutient que nombre de certitudes occidentales – sur la Syrie, la Russie, le terrorisme – reposent moins sur des faits établis que sur des constructions discursives. Une politique étrangère façonnée par la désinformation.</p>



<p>L’humanité est malade de ses récits. Pourtant, l’antidote demeure l’esprit critique. Refuser de croire un rapport, une déclaration, un chiffre sans interroger ses auteurs, ses financeurs, ses adversaires, ses intentions. À défaut, nous continuerons à absorber des faits empoisonnés, incapables de raisonner par nous-mêmes.</p>



<p>La situation est d’autant plus préoccupante que les outils d’intelligence artificielle ont franchi un seuil. Désormais, chacun peut fabriquer images, vidéos, textes crédibles, depuis un simple smartphone. La « <a href="https://www.amazon.fr/fabrication-consentement-propagande-m%C3%A9diatique-d%C3%A9mocratie/dp/2748900723" target="_blank" rel="noreferrer noopener">fabrique du consentement </a>», pour reprendre Noam Chomsky et Edward Herman, est devenue accessible à tous. Elle n’épargne même pas les fact-checkeurs, parfois <a href="https://saheltribune.com/face-aux-fake-news-la-difficulte-de-verifier-les-faits-en-afrique-de-louest/">piégés par les narratifs</a> qu’ils prétendent démonter, contribuant involontairement à leur diffusion.</p>



<p>Dans ce monde de la<a href="https://saheltribune.com/4810-2/"> post-vérité</a>, le combat pour la vérité n’est plus seulement une exigence morale. C’est une urgence démocratique.</p>



<p><strong>F. Togola&nbsp;</strong></p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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		<title>Conversation avec Étienne Klein : « Pour faire société, il faut se mettre d’accord sur l’importance de l’idée de vérité »</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Sahel Tribune]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 01 Dec 2020 14:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Opinion]]></category>
		<category><![CDATA[Covid-19]]></category>
		<category><![CDATA[médiation scientifique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p><strong>🔗 Découvrez plus sur notre blog :</strong> <a href="https://votresite.com">Sahel Tribune</a></p>
<p>Marie-Christine Lipani, Université Bordeaux Montaigne and Etienne Klein, Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) Physicien et directeur du Laboratoire de recherche sur les sciences de la matière,&#8230;</p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>🔗 Découvrez plus sur notre blog :</strong> <a href="https://votresite.com">Sahel Tribune</a></p>

<p><a href="https://theconversation.com/profiles/marie-christine-lipani-326394" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Marie-Christine Lipani</a>, <em><a href="https://theconversation.com/institutions/universite-bordeaux-montaigne-2611" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Université Bordeaux Montaigne</a></em> and <a href="https://theconversation.com/profiles/etienne-klein-209891" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Etienne Klein</a>, <em><a href="https://theconversation.com/institutions/commissariat-a-lenergie-atomique-et-aux-energies-alternatives-cea-2395" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA)</a></em></p>



<p><strong>Physicien et directeur du Laboratoire de recherche sur les sciences de la matière, Étienne Klein anime chaque samedi La Conversation scientifique sur France Culture. Présent aux <a href="https://tribunesdelapresse.org/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Tribunes de la presse 2020</a> à Bordeaux, le philosophe des sciences livre un plaidoyer pour la science et nous invite à repenser la vulgarisation.</strong></p>



<hr class="wp-block-separator"/>



<h3 class="has-vivid-red-color has-text-color has-normal-font-size wp-block-heading"><strong>Comment définissez-vous le rôle d’un philosophe des sciences&nbsp;?</strong></h3>



<p><strong>Étienne Klein&nbsp;:</strong> Ce qui m’intéresse, c’est plutôt la question des rapports entre la science et la philosophie. Évidemment, il ne s’agit pas de demander à la science de remplacer la philosophie, ni même de la coloniser, mais de simplement partir du constat que les philosophes, depuis très longtemps, discutent de concepts dont certains se retrouvent dans le vocabulaire des physiciens.</p>



<p>Cela amène donc à une question assez basique&nbsp;: quand un philosophe parle du temps, est-ce qu’il parle de la même chose qu’un physicien&nbsp;? S’ils ne parlent pas de la même chose, pourquoi utilise-t-on le même mot&nbsp;? Et au contraire, s’ils parlent de la même chose, est-ce qu’ils en disent les mêmes choses&nbsp;? Si la réponse est oui, ça veut dire que leurs discours sont en quelque sorte conformes et redondants. Si au contraire, ils ne disent pas les mêmes choses, à qui puis-je faire confiance&nbsp;? Au physicien ou au philosophe&nbsp;? L’apport des sciences doit être pris en compte dans la façon de penser certains mots communs aux sciences et à la philosophie.</p>



<h3 class="has-vivid-red-color has-text-color has-normal-font-size wp-block-heading"><strong>Vous avez toujours souhaité transmettre les connaissances scientifiques au plus grand nombre, par vos conférences, vos livres&nbsp;: qu’est-ce qui vous a mené sur cette voie&nbsp;?</strong></h3>



<p><strong>E. K.&nbsp;:</strong> J’ai une conception assez élevée de l’idée de République, un lieu où devrait se pratiquer ce que Paul Valéry appelait «&nbsp;la politesse de l’esprit&nbsp;». Un endroit où on peut discuter de ce que l’on fait, de ce que l’on sait, avec n’importe qui et réciproquement. Quand j’ai commencé mon activité d’enseignement à l’École Centrale, très peu de gens avaient vraiment entendu parler de la physique contemporaine.</p>



<p>À cette époque-là, je baignais dans la physique quantique, peu après la découverte de la <a href="https://etienneklein.fr/comment-la-physique-quantique-est-elle-nee-66/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">non-séparabilité</a>. C’était excitant. Je trouvais dommage que peu de gens en aient entendu parler. J’ai donc commencé à faire de la vulgarisation, en jouant avec l’idée de paradoxe. Car quand il est confronté à un paradoxe, l’intellect se met à fonctionner vraiment. Et comme la science est un réservoir de paradoxes très volumineux, j’avais utilisé ce stratagème pour que les gens s’intéressent à la science. Je l’ai fait sur pas mal de questions, pendant longtemps, mais je pense que le bilan n’est pas excellent. La vulgarisation ne marche pas très bien.</p>



<h3 class="has-vivid-red-color has-text-color has-normal-font-size wp-block-heading"><strong>À ce titre, vous avez d’ailleurs souligné l’importance des biais cognitifs dans le processus de transmission du savoir.</strong></h3>



<p><strong>E.K.&nbsp;:</strong> L’épisode du Covid l’a montré. Beaucoup de gens utilisent leur bon sens, leurs ressentis, leurs préjugés, leurs croyances, pour contester les résultats de la science. Ce qui veut dire qu’ils n’ont guère saisi l’essence même de la science, qui contredit souvent le bon sens.</p>



<p>Je pense que nous, les vulgarisateurs, nous n’avons pas tenu compte de tous les biais cognitifs qui viennent déformer les messages, notamment scientifiques, au cours de leur propagation. Il y a beaucoup plus de gens qui vulgarisent aujourd’hui. Mais si vous demandez aux gens&nbsp;: “qu’est-ce que dit le principe de relativité d’Einstein&nbsp;?”, “Darwin, qu’est-ce qu’il a montré au juste&nbsp;? »… vous verrez que les réponses ne sont pas très précises. Les connaissances fondamentales n’ont pas percolé dans la culture commune. Je crois qu’il faut repenser la façon de transmettre la science, de manière beaucoup plus efficace qu’elle n’est aujourd’hui. D’autant plus qu’elle est contestée par toutes sortes d’instances, ce qui rend l’exercice à la fois politiquement nécessaire et terriblement difficile.</p>



<h3 class="has-vivid-red-color has-text-color has-normal-font-size wp-block-heading"><strong>Comment faut-il faire alors&nbsp;? Comment bien transmettre les connaissances scientifiques&nbsp;?</strong></h3>



<p><strong>E.K.&nbsp;:</strong> La seule méthode, c’est d’enseigner, de faire cours. C’est vraiment le seul endroit où je transmets des connaissances. Ce qui suppose d’avoir du temps&nbsp;: la diffusion de la connaissance scientifique est victime d’une crise de la patience. Si vous n’avez pas le temps d’expliquer comment une connaissance scientifique est devenue une connaissance, ce que vous dites ressemble à un argument d’autorité. De sorte que la personne qui vous entend a l’impression que vous débitez un truc, que d’autres pourraient contester avec des arguments d’autorité semblables aux vôtres.</p>



<p>Ce n’est pas du tout une critique du public parce que nous autres, les scientifiques, nous sommes aussi victimes de cette faiblesse-là. Je suis physicien, mes collègues physiciens ne savent guère expliquer ce que c’est un OGM. Mes copains biologistes, quant à eux, ne savent guère dire ce qu’est un quark. Nous avons tous des connaissances scientifiques, mais tous une mauvaise connaissance de nos connaissances. Avoir des connaissances, c’est bien. Savoir comment elles se sont construites en tant que connaissances dans l’histoire des idées, c’est beaucoup plus important. Vous êtes alors à l’abri de toutes les contestations qui peuvent venir des sceptiques.</p>



<h3 class="has-vivid-red-color has-text-color has-normal-font-size wp-block-heading"><strong>Le documentaire <em>Hold Up</em> met en avant les controverses autour de la pandémie de la Covid-19. Un exemple de désinformation. Illustre-t-il une société dans laquelle la parole scientifique n’aurait aucune place&nbsp;?</strong></h3>



<p><strong>E.K.&nbsp;:</strong> Déjà, je ne suis guère tenté de regarder ce genre de truc. Le problème n’est pas le documentaire lui-même, mais sa notoriété, sa diffusion. Des gens travaillent avec ardeur à le faire connaître. Des «&nbsp;conneries&nbsp;», tout le monde en dit, tout le monde en fait. Mais là, il y a une intention. Vous parlez de «&nbsp;désinformation&nbsp;». Est-ce que c’est le bon mot&nbsp;? Il faut distinguer deux choses&nbsp;: il y a des gens qui parlent au-delà de leurs compétences – c’est ce qu’on appelle l’ultracrépidarianisme. C’est une tendance en pleine expansion. Il y a aussi des personnes qui, volontairement, tentent de tromper les gens dans un but politique… Là, c’est plutôt de la manipulation, et c’est plus grave.</p>



<h3 class="has-vivid-red-color has-text-color has-normal-font-size wp-block-heading"><strong>Est-ce que vous pensez que la confusion qui existe autour de ce documentaire traduirait une société où il y aurait peu, voire pas de place pour le scientifique&nbsp;?</strong></h3>



<p><strong>E.K. :</strong> Avant, on pensait la société en termes de classes sociales. Je pense plutôt que ce sont des strates qui se superposent sans communiquer. Quelques journaux, notamment <a href="https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2020/11/12/covid-19-les-contre-verites-de-hold-up-le-documentaire-a-succes-qui-pretend-devoiler-la-face-cachee-de-l-epidemie_6059526_4355770.html" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><em>Le Monde</em></a>, ont établi la liste de toutes les erreurs grossières qu’il y a dans <em>Hold Up</em>. Mais les gens qui ont regardé le documentaire ne vont pas lire <em>Le Monde</em>, et ceux qui lisent <em>Le Monde</em> ne vont guère regarder le documentaire. Donc ces deux régimes d’informations ne se rencontrent jamais.</p>



<p>Le démenti qui permettra de voir où sont les erreurs n’est pas connu de ceux qui voient le film. Chacun vit dans sa bulle cognitive et c’est le cœur du problème. Pour faire société, il faut se mettre d’accord sur l’importance de l’idée de vérité. Une République est un endroit où on doit accepter d’entendre des choses désagréables qui contredisent nos croyances. Si l’on ne veut entendre que des choses qui ne nous malmènent pas du point de vue intellectuel, on s’organise en communautés de gens qui pensent ou croient les mêmes choses. Pareille conception ne me séduit pas, et même me répugne.</p>



<h3 class="has-vivid-red-color has-text-color has-normal-font-size wp-block-heading"><strong>À ce titre, quels outils peuvent utiliser les scientifiques et les philosophes des sciences contre ces discours qui véhiculent des points de vue intuitifs, mais erronés&nbsp;?</strong></h3>



<p><strong>E. K.&nbsp;:</strong> Je ne comprends pas pourquoi au journal de 20&nbsp;heures ou dans les grands médias, on ne vient pas corriger les connaissances des Français quand un sondage montre qu’ils se trompent. Par exemple, un sondage récent a établi que 72&nbsp;% des Français pensent que le nucléaire participe au changement climatique. On peut penser tout le mal que l’on veut du nucléaire, mais pas lui faire ce reproche parce que le nucléaire n’émet que très peu de gaz à effet de serre.</p>



<h3 class="has-vivid-red-color has-text-color has-normal-font-size wp-block-heading"><strong>Selon vous, qui doit corriger, les journalistes ou les scientifiques&nbsp;?</strong></h3>



<p><strong>E.K.&nbsp;:</strong> Les gens qui travaillent et, de ce fait, connaissent bien le sujet. La facilité, c’est de se contenter de commenter et de donner son avis. Or, on observe une relative décorrélation entre la compétence et la militance. Quand je dis militance, je mets dans le même camp ceux qui sont pour et ceux qui sont contre. Prenez l’exemple de la 5G. Qui sait exactement ce qu’est la 5G&nbsp;? Pas grand monde. Qui a un avis sur la 5G&nbsp;? Tout le monde. Le fait d’avoir un avis tranché sur une question comme celle-là semble dédouaner de l’envie ou de l’obligation de s’instruire à propos du sujet concerné. C’est ce qu’il faut essayer de déconstruire en faisant en sorte que les gens se renseignent, enquêtent, interrogent, et ensuite se forgent un avis. Se «&nbsp;forger&nbsp;» un avis, ce n’est pas la même chose qu’avoir un avis. C’est un aboutissement, le résultat d’une maturation, pas une position a priori.</p>



<h3 class="has-vivid-red-color has-text-color has-normal-font-size wp-block-heading"><strong>Cette attention importante et soudaine donnée aux scientifiques n’a-t-elle pas provoqué une course à la médiatisation&nbsp;?</strong></h3>



<p><strong>E.K.&nbsp;:</strong> D’abord, il y avait là une occasion historique de faire de la pédagogie scientifique. On aurait pu entendre des scientifiques expliquer ce que c’était un essai en double aveugle, un essai randomisé, quel est le bon usage des statistiques, pourquoi il ne faut pas confondre corrélation et causalité… Les gens étaient intéressés et passaient beaucoup de temps devant leur télévision. On pouvait leur expliquer ce qu’on savait, ce qu’on ne savait pas, les démarches de recherche entamées pour répondre aux questions dont on ne connaissait pas les réponses. Au lieu de faire cela, assez rapidement, on a organisé des clashs entre experts plus ou moins auto-proclamés, une espèce de joute où les plus forts en gueule étaient les plus présents. L’expert honnête qui venait dire&nbsp;: « je vous dis ce qu’on sait, et aussi ce qu’on ne sait pas”, n’était pas réinvité. Ça a donné quelques dérives…</p>



<h3 class="has-vivid-red-color has-text-color has-normal-font-size wp-block-heading"><strong>Comment cette médiatisation à outrance met-elle en évidence la responsabilité des journalistes&nbsp;?</strong></h3>



<p><strong>E.K.&nbsp;:</strong> On peut toujours rêver d’un monde idéal où les journalistes auraient une formation scientifique. Ce que j’espère, c’est qu’à la fin les gens sauront faire la différence entre la science et la recherche. Car ce n’est pas du tout la même chose. La science est un corpus établi de connaissances en lesquelles on a toutes les bonnes raisons d’avoir confiance&nbsp;: l’atome existe, la Terre est ronde, les espèces vivantes évoluent. On n’a pas lieu de remettre ça en cause sauf si un jour quelque chose d’absolument révolutionnaire nous oblige à le faire. La science ambitionne d’atteindre la vérité à propos des questions précises qu’elle se pose.</p>



<p>Et puis il y a la recherche. Le corpus de connaissances qui constitue la science pose des questions auxquelles on ne sait pas répondre. On sait que l’atome existe, mais il y a des éléments dans l’atome qu’on ne comprend pas. Donc la recherche a à voir, elle, avec le doute. Mais quand on amalgame science et recherche comme on l’a fait pendant la crise sanitaire, le doute qui est consubstantiel à la recherche vient coloniser l’idée même de science. Et on en vient à dire&nbsp;: «&nbsp;La science, c’est le doute&nbsp;». Mais si la science, c’est le doute, pourquoi m’interdirais-je de la contester à partir de mon ressenti, de mes croyances, de mes convictions&nbsp;? Ainsi se met en place une jolie cacophonie.</p>



<hr class="wp-block-separator"/>



<p><em>Propos recueillis par Lauryane Arzel et Raphaël Lardeur, étudiants en master professionnel de journalisme à l’Institut de Journalisme Bordeaux Aquitaine (IJBA).</em></p>



<p><a href="https://theconversation.com/profiles/marie-christine-lipani-326394">Marie-Christine Lipani</a>, Maitre de conférences en Sciences de l’Information et de la Communication habilitée à diriger des recherches à l&rsquo;Institut de Journalisme Bordeaux Aquitaine (IJBA), <em><a href="https://theconversation.com/institutions/universite-bordeaux-montaigne-2611" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Université Bordeaux Montaigne</a></em> and <a href="https://theconversation.com/profiles/etienne-klein-209891" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Etienne Klein</a>, Directeur de recherches au CEA, <em><a href="https://theconversation.com/institutions/commissariat-a-lenergie-atomique-et-aux-energies-alternatives-cea-2395" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA)</a></em></p>



<p>This article is republished from <a href="https://theconversation.com" target="_blank" rel="noreferrer noopener">The Conversation</a> under a Creative Commons license. Read the <a href="https://theconversation.com/conversation-avec-etienne-klein-pour-faire-societe-il-faut-se-mettre-daccord-sur-limportance-de-lidee-de-verite-151131" target="_blank" rel="noreferrer noopener">original article</a>.</p>



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<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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		<title>Se mettre en couple ne doit plus rien au hasard</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Sahel Tribune]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 27 Jul 2020 12:10:47 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Santé]]></category>
		<category><![CDATA[amour]]></category>
		<category><![CDATA[couple]]></category>
		<category><![CDATA[science]]></category>
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					<description><![CDATA[<p><strong>🔗 Découvrez plus sur notre blog :</strong> <a href="https://votresite.com">Sahel Tribune</a></p>
<p>quand les deux partenaires du couple sont très éduqués, leurs enfants, qu’ils reçoivent les gènes codant des aptitudes cognitives du père ou de la mère, héritent des gènes performants puisque les deux parents les possèdent.</p>
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<p><a href="https://theconversation.com/profiles/hugues-lagrange-207384">Hugues </a><a rel="noreferrer noopener" href="https://theconversation.com/profiles/hugues-lagrange-207384" target="_blank">Lagrange</a>, <em><a rel="noreferrer noopener" href="https://theconversation.com/institutions/sciences-po-uspc-2196" target="_blank">Sciences Po – USPC</a></em></p>



<p>Les expériences de confinement et déconfinement <a href="https://www.liberation.fr/france/2020/04/19/les-amours-contrariees-du-covid_1785737" target="_blank" rel="noreferrer noopener">l’ont montré</a> : les couples n’ont cessé de se faire et de se défaire, malgré la crise, via Tinder, Meetic ou d’autres réseaux sociaux.</p>



<p>Si l’épidémie a élevé la peur des contacts physiques, a renforcé la virtualisation des relations, elle a semble-t-il, amplifié l’exigence de sincérité et un désir de sélection attentive des partenaires, qu’on connaît parfois seulement virtuellement avant de les rencontrer en face à face.</p>



<p>Cela renouvelle les questions sur ce que l’on attend de la relation, et impose en quelque sorte de formuler plus explicitement des critères de choix.</p>



<p>Dans ce contexte, il est intéressant de revenir sur l’évolution contemporaine de la construction des relations de couple. Sommes-nous attachés à trouver l’âme sœur nonobstant nos différences, ou au contraire cherchons-nous un appariement traduisant une similitude&nbsp;? Les études sur le couple montrent en effet que depuis plusieurs décennies, dans un monde compétitif, s’opère une quête de partenaires dont les valeurs, le mode de vie, le niveau d’éducation sont similaires aux nôtres.</p>



<p><a href="https://www.puf.com/content/Les_maladies_du_bonheur" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Est-ce l’affirmation d’un désir de distinction</a>, la volonté de mettre toutes les chances de son côté lorsqu’il y va de la formation d’une relation durable et d’un projet familial, ou un calcul économique ?</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une homogamie éducative croissante</h2>



<p>Aux États-Unis, mais aussi en Europe, dans la seconde moitié du XX<sup>e</sup> siècle, la sélection de partenaires éduqués a été en partie motivée par les différences de revenus associées au niveau d’éducation. Les plus éduqués perçoivent en effet des rémunérations beaucoup plus élevées que ceux qui ont des <a href="http://scholar.harvard.edu/files/goldin/files/career_and_marriage_in_the_age_of_the_pill.pdf" target="_blank" rel="noreferrer noopener">niveaux intermédiaires</a>.</p>



<p>Au cours des années&nbsp;1960-1970, le mariage entre individus de même niveau scolaire, était surtout lié à la diminution du nombre de mariages hétérogènes sur le plan éducatif parmi les personnes relativement instruites&nbsp;; après cette date, l’augmentation continue de l’homogamie est passée par la diminution du nombre de mariages hétérogènes à la fois en bas et en haut du spectre éducatif.</p>



<p>Au cours des dernières décennies du XX<sup>e</sup> siècle, un premier indice de cette différenciation des exigences éducatives dans les strates les plus éduquées a été donné par la comparaison des niveaux d’éducation au sein du couple dans les cohortes de naissance successives de deux groupes distincts.</p>



<p><a href="https://www.cambridge.org/core/journals/spanish-journal-of-psychology/article/role-of-personality-and-intelligence-in-assortative-mating/42533AC8F3C5C83BF7CC103AB2A4DBF2" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Les corrélations entre les niveaux scolaires</a> des époux appartenant au groupe « très éduqué » s’élèvent des cohortes nées vers 1920 à celles nées vers 1950 (carrés gris), tandis que parallèlement la similitude des niveaux scolaire des époux au sein du groupe « peu éduqué » diminue légèrement (points noirs), mais dans l’ensemble il y a un rapprochement de la similitude des niveaux d’éducation entre époux.</p>



<p>Plusieurs pays d’Europe connaissent un tel rapprochement éducatif dans le couple. Au Danemark, au sein d’une cohorte suivie au cours des vingt-cinq dernières années, les mariages révèlent aussi l’importance des appariements fondés sur l’éducation dans les strates les plus éduquées.</p>



<p>À l’autre extrémité du spectre éducatif, les hommes restent longtemps célibataires, se marient moins facilement et sont amenés à être moins exigeants quant au niveau d’éducation de leur partenaire que ne l’étaient les hommes qui se marièrent dans les années&nbsp;1970, la femme étant alors généralement plus éduquée que son mari.</p>



<p>En Espagne, comparant les raisons du choix des partenaires entre 2000 et 2010, Escorial et Martín-Buro indiquent que la sélection repose <a href="http://ftp.iza.org/dp6379.pdf">dans les cou</a><a href="http://ftp.iza.org/dp6379.pdf" target="_blank" rel="noreferrer noopener">c</a><a href="http://ftp.iza.org/dp6379.pdf">hes cultivées</a> sur une « similitude des capacités à comprendre l’environnement […] plutôt même que sur une similitude de personnalité ». La concentration d’aptitudes cognitives élevées, dans les milieux qui en possèdent déjà le plus, augmente donc.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Du phénotype au génotype</h2>



<p>La similitude recherchée dans le couple reste cependant liée à des qualités sensibles. Si statistiquement, et donc sociologiquement, les rapprochements s’opèrent sur la base du niveau éducatif, et non plus comme autrefois du statut social, ceux qui se mettent en couple peuvent encore concevoir leur choix comme le produit d’une affinité basée sur une impression sensible.</p>



<p>Or, ces proximités éducatives n’impliquent pas nécessairement une similitude plus forte des membres du couple s’agissant du segment du génotype qui contribue à déterminer les aptitudes cognitives. Ceci mérite une précision. Le génotype de l’enfant associe aléatoirement des qualités distinctes codées par le génotype de chaque parent d’où, en l’absence de similitude génétique des parents pour les aptitudes cognitives, le fait qu’ils donnent à <a href="https://www.cambridge.org/core/journals/journal-of-economic-history/article/education-and-income-in-the-early-twentieth-century-evidence-from-the-prairies/0F5357717F81B36ADFDB9B8DC0C0A848" target="_blank" rel="noreferrer noopener">leurs enfants de ce point de vue des dons inégaux</a>.</p>



<p>Il faut en effet distinguer dans les traits observables chez les enfants, ce qui découle du niveau d’éducation des parents et des gènes reçus. Si, dans les milieux aisés, les deux parents portent des séquences génétiques très similaires, il n’y a pas de distribution au hasard des aptitudes. Quel que soit le parent «&nbsp;transmetteur&nbsp;», la mère ou le père, les gènes transmis prédisposent les enfants dans ces milieux à de fortes performances cognitives.</p>



<figure class="wp-block-image"><img decoding="async" src="https://images.theconversation.com/files/348361/original/file-20200720-92332-1xq9ehm.jpeg?ixlib=rb-1.1.0&amp;q=45&amp;auto=format&amp;w=237&amp;fit=clip" alt=""/><figcaption>Quand les deux partenaires du couple sont très éduqués, leurs enfants, qu’ils reçoivent les gènes codant des aptitudes cognitives du père ou de la mère, héritent des gènes performants. <a href="https://unsplash.com/photos/jrOPyEXA8DE" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Unsplash</a>, <a href="http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/4.0/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">CC BY-NC-ND</a></figcaption></figure>



<p>Selon <a href="https://www.pnas.org/content/113/24/6647" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Dalton Conley</a>, il n’y a pas eu de rapprochement significatif des génotypes des époux dans les cohortes récentes. D’autres études appuient l’idée que la similitude entre époux n’est pas seulement observable au niveau phénotypique, mais au niveau génotypique.</p>



<p>Ainsi, au Royaume-Uni <a href="https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0160289616301854?via%3Dihub" target="_blank" rel="noreferrer noopener">David Hugh-Jones et d’autres professeurs d’économie</a> ont observé des niveaux plus élevés d’assortiment génétique que leurs collègues américains précités.</p>



<p>Dès lors, quand les deux partenaires du couple sont très éduqués, leurs enfants, qu’ils reçoivent les gènes codant des aptitudes cognitives du père ou de la mère, héritent des gènes performants puisque les deux parents les possèdent. La volonté des familles de pousser leur avantage sur le plan génétique est une volonté en acte.</p>



<p>Certes, pour les générations nées avant 1960, les exigences éducatives n’étaient pas aussi grandes qu’elles le sont devenues pour celles qui arrivent à l’âge adulte dans les dernières décennies du XX<sup>e</sup>&nbsp;siècle ou les premières du suivant, mais depuis des indices suggèrent qu’elles ont inscrit des écarts dans le ‘dur du dur’, le génome.</p>



<figure><iframe width="440" height="260" src="https://www.youtube.com/embed/katFC0-sh7c?wmode=transparent&amp;start=0" allowfullscreen=""></iframe><figcaption>Bébés OGM&nbsp;: peut-on modifier le génome humain&nbsp;?</figcaption></figure>



<p>Beaucoup de gens ont fait séquencer leur ADN et, si c’est plutôt la recherche des origines que les motive, rien n’interdit de consulter les bases de données publiques permettant de savoir si le partenaire qu’on est en train de choisir a les gènes désirables comme de connaître ses origines.</p>



<p>En raison de la baisse des prix du séquençage génétique, la connaissance du génotype de chacun est devenue très accessible. Un eugénisme, qu’on qualifie aujourd’hui bien imprudemment de «&nbsp;positif&nbsp;» au sens où il ne vise pas à éliminer, mais cherche à produire un individu augmenté, pourrait bien en résulter.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Vers le «&nbsp;meilleur des mondes&nbsp;»&nbsp;?</h2>



<p>Qu’en sera-t-il des comportements d’appariement si ces données génotypiques personnelles sont utilisées, dans les milieux où les individus comme les familles, à travers le choix de bonnes écoles, de bonnes fréquentations s’attachent déjà de façon systématique à augmenter les atouts dont ils disposent&nbsp;?</p>



<p>Est-ce que les individus les mieux pourvus ne vont pas envisager ainsi d’avoir une progéniture dotée de meilleures aptitudes&nbsp;? Les données observées n’interdisent pas de le penser. Si la lenteur des évolutions génétiques fait encore obstacle à la matérialisation d’un tel eugénisme, il reste que pour construire un monde équitable, il faudra affronter sans détour l’impact de ces comportements distinctifs.</p>



<p>L’école et les biens culturels publics n’ont pas vraiment le pouvoir d’unifier&nbsp;: ce sont typiquement des libertés créances, en ce sens que le bénéfice qu’on en retire ne résulte pas automatiquement d’un droit, mais du recours effectif à ce droit – typiquement celui d’étudier – dont l’usage varie selon les capacités. Les institutions publiques ont donc beaucoup à faire pour éviter de trop grands déséquilibres qui trouvent aujourd’hui une origine dans la formation du couple.</p>



<p><a href="https://theconversation.com/profiles/hugues-lagrange-207384" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Hugues Lagrange</a>, Directeur de recherche en sociologie CNRS à l’Observatoire sociologique du changement, <em><a href="https://theconversation.com/institutions/sciences-po-uspc-2196" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Sciences Po – USPC</a></em></p>



<p>Cet article est republié à partir de <a rel="noreferrer noopener" href="https://theconversation.com" target="_blank">The Conversation</a> sous licence Creative Commons. Lire l’<a rel="noreferrer noopener" href="https://theconversation.com/se-mettre-en-couple-ne-doit-plus-rien-au-hasard-135059" target="_blank">article original</a>.</p>



<img decoding="async" src="https://counter.theconversation.com/content/135059/count.gif?distributor=republish-lightbox-advanced" alt="The Conversation" width="1" height="1" style="border: none !important; box-shadow: none !important; margin: 0 !important; max-height: 1px !important; max-width: 1px !important; min-height: 1px !important; min-width: 1px !important; opacity: 0 !important; outline: none !important; padding: 0 !important; text-shadow: none !important" />

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