Accueil » Blog » Actu » Intelligence artificielle : l’ONU alerte sur une menace mondiale pour les droits de l’enfant

Intelligence artificielle : l’ONU alerte sur une menace mondiale pour les droits de l’enfant

0 comments 47 views 5 minutes read

Dans une déclaration commune publiée le 19 janvier 2026, plusieurs agences des Nations unies alertent sur les risques croissants de l’intelligence artificielle pour les droits de l’enfant. Manque de formation, cadres juridiques insuffisants et vulnérabilité accrue des pays du Sud : l’ONU appelle les États à une gouvernance urgente de ces technologies afin d’éviter que l’innovation numérique ne devienne un nouveau facteur d’inégalités et de violations des droits fondamentaux.

Début 2026, plusieurs agences des Nations unies engagées dans la protection de l’enfance ont rendu publique une Déclaration commune sur l’intelligence artificielle et les droits de l’enfant, publiée le 19 janvier. Le texte, sans détour, souligne une inquiétude centrale : la société mondiale ne dispose ni des compétences, ni des cadres juridiques, ni des outils institutionnels suffisants pour protéger les enfants face à la montée en puissance de l’intelligence artificielle.

Ce document intervient dans un contexte d’accélération technologique où les systèmes d’IA s’imposent dans l’éducation, la santé, la sécurité et les loisirs numériques. Or, selon l’ONU, cette diffusion rapide s’opère sans que les droits fondamentaux des mineurs soient pleinement intégrés aux stratégies nationales de transformation numérique.

Une fracture de connaissances à tous les niveaux

La déclaration met d’abord en lumière un déficit massif de compréhension de l’IA. Enfants, enseignants, parents et professionnels de la protection de l’enfance manquent d’informations claires sur le fonctionnement des algorithmes et leurs effets.

Ce manque de culture numérique rend difficile l’identification des dangers : exploitation des données personnelles, surveillance automatisée, orientation scolaire algorithmique, exposition à des contenus générés artificiellement ou encore manipulation comportementale.

Les agences onusiennes pointent également l’insuffisante préparation des décideurs publics. Les gouvernements, notamment dans les pays en développement, disposent rarement de compétences techniques leur permettant d’évaluer les impacts réels des systèmes d’IA sur les droits de l’enfant. La formation des cadres administratifs aux enjeux éthiques, juridiques et technologiques reste marginale.

Des risques structurels pour les droits fondamentaux

Contrairement aux menaces traditionnelles, les dangers liés à l’IA sont diffus et systémiques. Ils ne prennent pas toujours la forme d’abus visibles, mais s’inscrivent dans des mécanismes de tri, de classement et de prédiction.

Un algorithme peut, par exemple, influencer l’accès à l’éducation, orienter des politiques sociales ou renforcer des discriminations existantes sans qu’aucune responsabilité humaine claire ne soit identifiable. Pour l’ONU, cette automatisation des décisions crée une nouvelle zone grise juridique, où la protection de l’enfant devient difficile à garantir.

La déclaration souligne que l’enfant est souvent réduit à un simple « utilisateur » de technologies, alors qu’il devrait être reconnu comme un sujet de droits bénéficiant de garanties spécifiques.

L’Afrique face à une vulnérabilité accrue

Sur le continent africain, ces défis se posent avec une acuité particulière. La numérisation progresse rapidement, notamment à travers les plateformes éducatives, les services de téléphonie mobile et les réseaux sociaux. Mais cette modernisation se fait souvent sans cadre légal adapté à l’IA.

Dans plusieurs pays, la collecte de données sur les élèves, les patients mineurs ou les bénéficiaires de programmes sociaux s’effectue sans mécanismes robustes de protection. L’importation de technologies développées en Europe, en Asie ou en Amérique du Nord pose aussi la question de leur adéquation avec les contextes culturels, linguistiques et juridiques locaux.

Les experts redoutent une nouvelle forme de dépendance numérique, où les États africains utiliseraient des systèmes qu’ils ne maîtrisent ni techniquement ni politiquement.

L’ONU ne remet pas en cause le potentiel positif de l’intelligence artificielle. Dans l’éducation, elle peut faciliter l’apprentissage personnalisé ; dans la santé, améliorer le suivi médical ; dans l’administration, renforcer l’accès aux services publics.

Mais la déclaration insiste sur un principe fondamental : l’innovation technologique ne peut être neutre. Sans garde-fous, elle risque d’amplifier les inégalités sociales et de fragiliser les enfants les plus exposés – ceux issus de milieux pauvres, de zones rurales ou de contextes de conflit.

Le danger est d’autant plus grand que les enfants sont souvent des consommateurs précoces de technologies numériques, sans capacité critique suffisante pour comprendre les mécanismes qui les influencent.

Vers une gouvernance mondiale de l’IA centrée sur l’enfant

Face à ce constat, les agences onusiennes appellent à une transformation des politiques publiques. Elles recommandent notamment :

  • le développement de formations spécifiques pour les enseignants, parents et travailleurs sociaux ;
  • l’intégration systématique des droits de l’enfant dans les stratégies nationales sur l’IA ;
  • la mise en place d’évaluations d’impact avant le déploiement de technologies impliquant des mineurs ;
  • le renforcement de la coopération internationale.

L’objectif est de passer d’une logique de réaction à une logique d’anticipation. Il s’agit moins de corriger des abus que de concevoir dès l’origine des systèmes respectueux des droits humains.

Pour les Nations unies, l’intelligence artificielle n’est pas seulement une question technique, mais un enjeu politique, social et moral. La protection de l’enfant devient un indicateur de la capacité des sociétés à gouverner leurs technologies.

À l’heure où les États investissent massivement dans le numérique, la déclaration pose une question centrale : qui contrôle les algorithmes qui façonnent les parcours de vie des enfants ?

Sans réponse collective, l’IA pourrait devenir un facteur supplémentaire de vulnérabilité plutôt qu’un outil d’émancipation. Pour l’ONU, il reste une fenêtre d’action, mais elle se réduit à mesure que les technologies s’imposent dans le quotidien des plus jeunes.

Chiencoro Diarra 


En savoir plus sur Sahel Tribune

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Veuillez laisser un petit commentaire pour nous encourager dans notre dynamique !