En décidant de quitter 66 organisations internationales, dont 31 liées à l’ONU, les États-Unis de Donald Trump adoptent une posture de souveraineté qui n’est pas sans rappeler celle de la Confédération des États du Sahel (AES). Du Mali au Niger, les États sahéliens ont amorcé le même virage : celui d’un désengagement des structures jugées inefficaces ou contraires à leurs intérêts. De Koulouba à la Maison Blanche, un même mot d’ordre s’impose désormais — reprendre le contrôle.
Le 7 janvier 2026, Donald Trump a signé un décret exécutif ordonnant le retrait des États-Unis de 66 organisations internationales, dont 31 institutions rattachées à l’ONU. Une décision spectaculaire, justifiée par la volonté de « restaurer la souveraineté américaine » et de « cesser de financer des structures inutiles ».
Une rhétorique qui, curieusement, fait écho à celle des dirigeants de la Confédération des États du Sahel (AES), Mali, Burkina Faso et Niger, qui, depuis 2023, ont multiplié les retraits des organisations régionales jugées inefficaces ou « inféodées à des intérêts étrangers ».
Quelques semaines auparavant, lors de la deuxième session du Collège des chefs d’État de l’AES, tenue à Bamako du 22 au 23 décembre 2025, le général Abdourahamane Tiani, président du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) du Niger, avait donné le ton : « L’AES se retirera de toutes les organisations inutiles, coûteuses et contraires à nos valeurs. »
Entre les États-Unis et les pays du Sahel, deux mondes que tout semble opposer, c’est pourtant la même conviction qui s’affirme : celle d’une reprise de souveraineté face à l’ingérence institutionnelle et financière.
Quand Washington imite Bamako
Le parallèle peut surprendre. Mais il s’impose. Comme les pays de l’AES qui ont quitté la CEDEAO, l’OIF, le G5 Sahel, chassé les forces étrangères de leur pays, après les sanctions de 2022 jugées « illégitimes, illégales et inhumaines », Washington tourne aujourd’hui le dos à un multilatéralisme perçu comme une contrainte.
Trump accuse les organisations internationales de dilapider les ressources américaines au profit d’intérêts étrangers. Bamako, Ouagadougou et Niamey dénoncent, de leur côté, des institutions régionales « déconnectées des réalités africaines », défendant des intérêts extérieurs, et incapables de garantir la sécurité ou la stabilité économique.
Dans les deux cas, le diagnostic est le même : le multilatéralisme est en crise, devenu selon ses détracteurs une machine lourde, coûteuse et parfois instrumentalisée politiquement.
Au Mali, le président Assimi Goïta l’avait affirmé dans son discours du 31 décembre 2025 :« Notre souveraineté ne se négocie plus. Le Mali coopère, mais ne se soumet plus. »
À Washington, Donald Trump tient un langage similaire : les États-Unis, dit-il, « refusent d’être les bailleurs d’un monde qui ne respecte pas leurs intérêts ».
L’effritement du multilatéralisme : un nouveau tournant mondial
Cette synchronie n’est pas anodine. Des deux côtés de l’Atlantique, la logique du retrait traduit une crise plus profonde du système international hérité de l’après-guerre. L’ONU, affaiblie par les rivalités entre grandes puissances et les blocages institutionnels, peine à incarner une gouvernance mondiale équilibrée.
Le retrait américain, comme celui des pays du Sahel, révèle une mutation géopolitique majeure : la fin du consensus multilatéral et le retour affirmé des États-nations.
Dans les capitales africaines comme à Washington, cette tendance se fonde sur la même rhétorique de rupture : « nous déciderons pour nous-mêmes ».
L’AES, en promouvant une diplomatie de non-alignement et une intégration régionale autonome, cherche à bâtir une souveraineté collective à l’échelle du Sahel. Trump, de son côté, ressuscite un nationalisme économique et un isolationnisme stratégique qui rappellent l’Amérique des années 1930.
L’Afrique du Sahel, laboratoire d’une nouvelle souveraineté
Ce que vivent aujourd’hui le Mali, le Niger et le Burkina Faso préfigure peut-être un mouvement mondial : celui d’une désoccidentalisation de la gouvernance internationale.
Les dirigeants sahéliens ont souvent été raillés pour leurs critiques virulentes des institutions internationales. Pourtant, le retrait américain vient renforcer leur argument : le multilatéralisme ne répond plus aux attentes des nations souveraines, qu’elles soient du Sud ou du Nord.
De Niamey à Bamako, les États de l’AES plaident désormais pour une diplomatie de résultats : coopération choisie, alliances équilibrées, institutions allégées.
Une approche que Trump semble, à sa manière, faire sienne — en rompant avec un système perçu comme « obsolète » et « anti-souverain ».
Vers un nouvel ordre mondial à géométrie variable ?
La coïncidence entre la doctrine America First et la doctrine sahélienne de souveraineté n’est peut-être pas fortuite : elle reflète le délitement de l’ordre international fondé sur l’universalité.
Alors que les États-Unis, première puissance mondiale, s’émancipent du cadre onusien, les nations africaines s’affirment en dehors des tutelles régionales. Dans les deux cas, la légitimité se reconstruit à l’intérieur, pas à l’extérieur.
Mais ce tournant comporte aussi des risques : l’éclatement du système international, l’isolement des pays et le retour à une diplomatie de rapports de force.
Le monde entre peut-être dans une ère nouvelle — celle des souverainetés parallèles, où chaque bloc redéfinit ses règles et ses alliances.
Chiencoro Diarra
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