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Colonisation : l’Afrique réclame reconnaissance et réparations

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À l’occasion de sa 39e session ordinaire à Addis-Abeba, l’Union africaine a examiné une étude sur les implications de la reconnaissance de la colonisation et de certains actes liés à l’esclavage comme crimes contre l’humanité. Les chefs d’État africains ont souligné l’importance de la mémoire, de la justice réparatrice et de la dignité des peuples, relançant un débat ancien et sensible au cœur des relations entre l’Afrique et ses anciennes puissances coloniales.

« L’Assemblée a considéré une étude sur les implications de la description de la colonisation comme un crime contre l’humanité et certains actes commis à l’époque de l’esclavage, de la déportation et de la colonisation comme des actes de génocide contre les peuples d’Afrique. » À la tribune du siège de l’Union africaine à Addis-Abeba, la question n’a rien d’un simple exercice académique. En examinant une étude consacrée aux implications de la reconnaissance de la colonisation — et de certains actes liés à l’esclavage — comme crimes contre l’humanité, les chefs d’État africains ont remis au centre du débat continental une revendication aussi ancienne que sensible : celle de la justice historique.

Derrière les formulations diplomatiques, l’enjeu est de savoir comment qualifier juridiquement et politiquement des siècles de domination, de violences et d’exploitation, mais aussi quelles conséquences en tirer aujourd’hui, à l’heure où le continent cherche à redéfinir sa place dans l’ordre mondial.

Une mémoire encore à vif

La discussion s’inscrit dans un contexte où les demandes de reconnaissance et de réparations se multiplient, portées par des États, des intellectuels et des mouvements citoyens. Pour les dirigeants africains, la mémoire n’est pas seulement une question symbolique. Elle touche à la dignité des peuples et à la manière dont l’histoire continue de peser sur les trajectoires économiques et politiques du continent.

Selon les conclusions présentées, la reconnaissance de la colonisation comme crime contre l’humanité pourrait contribuer à établir une vérité historique plus consensuelle, tout en ouvrant la voie à des mécanismes de justice réparatrice. Une perspective qui reste toutefois politiquement sensible, tant elle implique des débats complexes avec les anciennes puissances coloniales.

La notion de justice réparatrice, évoquée par plusieurs délégations, ne se limite pas à la question financière. Elle englobe également la restitution du patrimoine culturel, la reconnaissance officielle des torts subis, la préservation de la mémoire et la mise en place de politiques éducatives intégrant pleinement cette histoire.

Mais la reconnaissance juridique d’actes passés comme crimes contre l’humanité soulève aussi des interrogations sur ses implications concrètes. Quels mécanismes internationaux pourraient être mobilisés ? Quelles responsabilités pourraient être établies ? Et surtout, quelles seraient les conséquences diplomatiques pour les relations entre l’Afrique et ses partenaires ?

Autant de questions qui restent ouvertes, mais qui témoignent d’une volonté croissante de porter ces enjeux sur la scène internationale.

Une revendication politique croissante

Au-delà du cadre historique, le débat s’inscrit dans une dynamique plus large d’affirmation politique du continent. En mettant en avant la mémoire et la dignité, les dirigeants africains entendent aussi rééquilibrer le récit global et affirmer une lecture africaine de l’histoire mondiale.

Cette démarche s’inscrit dans un moment où l’UA cherche à renforcer son influence diplomatique et à peser davantage dans les débats internationaux, notamment sur la réforme de la gouvernance mondiale et la reconnaissance des priorités africaines.

Si aucune décision contraignante n’a été annoncée à ce stade, l’examen de l’étude marque une étape supplémentaire dans l’institutionnalisation de la question des réparations et de la mémoire au niveau continental. Il pourrait ouvrir la voie à de futures initiatives politiques ou diplomatiques, voire à des positions communes plus affirmées.

En rouvrant ce dossier, les dirigeants africains rappellent que le passé colonial ne relève pas seulement de l’histoire, mais demeure un enjeu politique contemporain, au croisement de la justice, de l’identité et des rapports de force internationaux.

Chiencoro Diarra 


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