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Bamako, capitale des lettres africaines le temps d’une semaine

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La 18 édition de la Rentrée littéraire du Mali a été officiellement lancée ce mardi soir à l’Azalaï Hôtel Salam, dans une atmosphère empreinte de solennité et de ferveur culturelle. La cérémonie d’ouverture a réuni le ministre de l’Éducation nationale, Dr Amadou Sy Savane, aux côtés d’anciens ministres, de figures emblématiques du monde culturel, d’acteurs littéraires et d’un public passionné de belles lettres. Ce rassemblement marque le coup d’envoi d’un événement majeur qui, chaque année, place le livre et la pensée au cœur de la vie nationale.  

Placée sous le thème « L’Afrique dans le monde de demain », cette édition se déroule du 10 au 14 février 2026 et met en avant la réflexion sur la place du continent dans les dynamiques futures. Les organisateurs ont voulu faire de la littérature un espace de résistance et de proposition, où les voix africaines s’affirment pour penser un avenir commun. Durant toute la semaine, les débats et rencontres s’articulent autour de thématiques fortes qui interrogent la mémoire, la dignité, la solidarité et la capacité du continent à inventer ses propres récits.  

Frontières, paix et mémoire collective

Parmi ces thématiques, la question des frontières et des traversées occupe une place centrale. La migration y est envisagée comme une expérience douloureuse, mais aussi comme une source de nouvelles appartenances. Les discussions mettent en lumière la capacité des peuples à transformer ces parcours en ressources culturelles et identitaires, nourrissant la diversité des langues et des récits africains. La littérature devient ainsi un outil pour réinventer les liens et dépasser les fractures.  

Un autre axe majeur est celui de la sortie de la guerre et de la construction de la paix. Les débats insistent sur la nécessité de dépasser les logiques de prédation et de violence pour renouer avec des récits inclusifs et porteurs d’espoir. La littérature est perçue comme une force de reconstruction, capable de restituer aux peuples une mémoire confisquée et de proposer des horizons de cohésion sociale. Elle devient un instrument essentiel pour bâtir une paix durable et partagée.  

Valeurs africaines et engagement littéraire

La Rentrée littéraire met également en avant les valeurs mythiques et les réalités contemporaines de l’Afrique. Les récits fondateurs, les sagesses orales et les traditions symboliques sont revisités comme des ressources pour penser l’avenir. Loin d’être relégués au folklore, ces héritages sont réaffirmés comme socles initiateurs, permettant de construire une vision moderne enracinée dans la profondeur culturelle et spirituelle du continent. La littérature devient ainsi un pont entre mémoire et modernité.  

Les débats s’élargissent à la question de l’engagement en littérature, en hommage à des figures tutélaires comme Wole Soyinka. Les intervenants interrogent la place des écrivains africains dans la défense de la démocratie et la conscience politique. La littérature est appelée à retrouver sa force de contestation et de proposition, face aux menaces qui pèsent sur les libertés et la dignité humaine. Elle devient un espace où l’écriture se fait acte de résistance et de lucidité.  

Authenticité et enjeux environnementaux

La thématique de l’authenticité est également au centre des échanges, inspirée par l’exemple de Ngugi Wa Thiong’o. Les discussions portent sur la nécessité d’un enracinement culturel, sans renoncer à l’ouverture et à la modernité. L’authenticité est envisagée comme une voie de souveraineté intellectuelle, où l’on peut être fier et émancipé, tout en restant ouvert au dialogue universel. La littérature devient ainsi un espace de lucidité et de créativité critique.  

Les enjeux environnementaux trouvent aussi leur place, avec des réflexions sur l’écriture face au dérèglement climatique. Les bouleversements écologiques sont perçus comme des défis collectifs, liés aux questions de société et de distribution des richesses. La littérature est appelée à devenir le relais des voix qui alertent sur la fragilité de notre maison commune, en inscrivant l’urgence climatique dans les récits et les imaginaires contemporains. Elle devient un outil de sensibilisation et de mobilisation.  

Mémoire coloniale et portée universelle

Enfin, la Rentrée littéraire aborde des thématiques de portée universelle, telles que la mémoire coloniale et les restitutions, ou encore la tragédie palestinienne. Ces débats rappellent que la littérature ne peut se détourner des grandes blessures de l’humanité. Elle doit contribuer à solder le passé, à reconnaître les injustices et à préserver ce qui reste de notre humanité face aux violences et aux génocides. Les écrivains deviennent les gardiens de la mémoire et les porteurs d’espérance.  

La 18ᵉ édition de la Rentrée littéraire du Mali s’impose ainsi comme un espace de dialogue et de création, où se croisent mémoire, engagement et imagination. En célébrant la diversité des voix et des récits, elle affirme la place de l’Afrique dans le monde de demain, non pas comme un continent assigné à la marginalité, mais comme un carrefour de peuples, de savoirs et de projets. Plus qu’un rendez-vous culturel, elle est une promesse : celle de faire du livre un instrument de liberté et de dignité.

Ibrahim Kalifa Djitteye 


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