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	<title>Archives des vulgarisation &#8212; Sahel Tribune</title>
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		<title>Charte nationale : le Mali à l’aube d’une nouvelle ère de paix et de réconciliation </title>
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		<dc:creator><![CDATA[Ibrahim Kalifa Djitteye]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 31 May 2025 18:03:18 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p><strong>🔗 Découvrez plus sur notre blog :</strong> <a href="https://votresite.com">Sahel Tribune</a></p>
<p>Découvrez la Charte nationale pour la paix et la réconciliation au Mali, un document clé pour un avenir paisible.</p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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<p><strong><em>Le Mali se rapproche d’un jalon décisif dans sa quête de paix et de réconciliation nationale. La Commission de rédaction de la Charte nationale pour la paix et la réconciliation est sur le point d’achever sa mission, marquant une étape cruciale recommandée par le Dialogue inter-maliens (DIM). Ce document fondamental, structuré en 16&nbsp;titres, 39&nbsp;chapitres et 105&nbsp;articles, s’apprête à être remis au Président de la Transition, le Général d’Armée Assimi Goïta, dans les jours à venir.</em></strong></p>



<p>Avant cette remise officielle, le président de la Commission, Ousmane Issoufi Maïga, a rencontré la presse ce jeudi&nbsp;29&nbsp;mai 2025 pour dresser le bilan de sa mission. Cette conférence de presse, qui a rapidement pris des allures de cours magistral sur la culture de la paix et du vivre ensemble, a été l’occasion pour M.&nbsp;Maïga de lancer un vibrant appel à l’unité nationale et à un dialogue « <em>sincère</em> » entre tous les Maliens. Pour lui, il s’agit d’un véritable « <em>retour à la source</em> », une réappropriation des valeurs intrinsèques qui ont toujours fondé la société malienne.</p>



<p>« <em>Il faut lutter contre l’injustice et l’incivisme, faites en sorte qu’un dialogue sincère s’instaure entre nous Maliens</em> », a-t-il insisté avec conviction. « <em>Très souvent, on raconte ce qui est fait ailleurs, mais disons entre nous, qu’est-ce que nous pouvons faire pour notre société</em><em> ? Il est temps d’éradiquer les maux qui minent la société</em> », a-t-il souhaité.</p>



<h3 class="wp-block-heading" id="h-les-valeurs-cardinales-du-mali-au-coeur-de-la-charte"><strong>Les valeurs cardinales du Mali au cœur de la charte</strong></h3>



<p>La Charte nationale n’est pas qu’un simple document juridique ; elle est une cristallisation des valeurs cardinales du Mali, celles qui ont toujours cimenté la cohésion sociale : le respect des parents, l’amour de la patrie, le travail bien fait, le pardon, le vivre ensemble et la solidarité. Ces principes, profondément ancrés dans l’identité malienne, sont la boussole qui doit guider le pays vers une paix durable.</p>



<p>Le président Maïga a souligné l’importance capitale du dialogue dans ce processus. « <em>Il faut faire en sorte que nous puissions nous parler, le dialogue est central, s’il n’y a pas de dialogue entre nous, on n’ira nulle part. Donc, il faut continuer à parler d’unité nationale partout où vous êtes. Dieu nous pardonnera, si nous arrivons à nous pardonner</em> », a-t-il expliqué.</p>



<h3 class="wp-block-heading" id="h-l-individualisme-un-obstacle-a-la-cohesion-sociale"><strong>L’individualisme, un obstacle à la cohésion sociale</strong></h3>



<p>Un point crucial abordé par Ousmane Issoufi Maïga fut la critique virulente de l’individualisme grandissant dans les sociétés contemporaines. Pour lui, cette notion, qui promeut les valeurs et les droits de l’individu au détriment de ceux de la société, est une pratique occidentale étrangère aux traditions africaines.</p>



<p>« <em>Déjà, nos communautés ont des conflits. Nous sommes dans un contexte de crise multidimensionnelle dont les facteurs ont été déterminants pour cette déchirure&nbsp;</em>(individualisme) », a-t-il affirmé. « <em>Elle entrave la paix, la cohésion sociale, le vivre ensemble et la réconciliation nationale</em> ». Cette mise en garde contre l’individualisme souligne l’importance de renforcer les liens communautaires et la solidarité, piliers essentiels pour surmonter les défis actuels du Mali.</p>



<h3 class="wp-block-heading" id="h-le-role-indispensable-de-la-presse"><strong>Le rôle indispensable de la presse</strong></h3>



<p>Le président de la Commission a également tenu à saluer le rôle crucial de la presse malienne dans ce processus. « <em>Vous avez tous été corrects, disciplinés et c’est ça le Mali</em><em> </em>», a-t-il déclaré, reconnaissant l’engagement des médias pour la paix, la réconciliation et le vivre ensemble. Il a même suggéré la nécessité de répéter de telles rencontres « <em>toutes les fois où les besoins seront nécessaires</em><em> </em>», témoignant de la confiance accordée au pouvoir de la communication pour sensibiliser et mobiliser l’opinion publique.</p>



<p>La mission de la Commission de rédaction de la Charte nationale doit s’achever officiellement le 30&nbsp;juin prochain. Avant cette date butoir, Ousmane Issoufi Maïga et son équipe devront remettre au Général d’Armée Assimi Goïta ce document capital.</p>



<h3 class="wp-block-heading" id="h-un-engagement-commun-pour-la-vulgarisation"><strong>Un engagement commun pour la vulgarisation</strong></h3>



<p>L’impact de cette Charte dépendra largement de sa diffusion et de son appropriation par l’ensemble de la population malienne. À cet égard, Bandiougou Danté, président de la Maison de la Presse du Mali, a réaffirmé l’engagement des médias à accompagner le processus de vulgarisation de la Charte à travers tout le pays. Cet engagement mutuel entre la Commission et la presse est un signe encourageant pour l’avenir de la paix au Mali.</p>



<p>Alors que le pays se prépare à recevoir ce document historique, l’espoir d’une paix durable et d’une réconciliation sincère s’intensifie. La Charte nationale est plus qu’un texte ; elle est une invitation à chaque Malien à contribuer à la reconstruction d’une société plus juste, plus unie et plus solidaire.</p>



<p><strong>Ibrahim Kalifa Djitteye&nbsp;</strong></p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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		<title>Conversation avec Étienne Klein : « Pour faire société, il faut se mettre d’accord sur l’importance de l’idée de vérité »</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Sahel Tribune]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 01 Dec 2020 14:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Opinion]]></category>
		<category><![CDATA[Covid-19]]></category>
		<category><![CDATA[médiation scientifique]]></category>
		<category><![CDATA[Physique]]></category>
		<category><![CDATA[science]]></category>
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<p>Marie-Christine Lipani, Université Bordeaux Montaigne and Etienne Klein, Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) Physicien et directeur du Laboratoire de recherche sur les sciences de la matière,&#8230;</p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>🔗 Découvrez plus sur notre blog :</strong> <a href="https://votresite.com">Sahel Tribune</a></p>

<p><a href="https://theconversation.com/profiles/marie-christine-lipani-326394" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Marie-Christine Lipani</a>, <em><a href="https://theconversation.com/institutions/universite-bordeaux-montaigne-2611" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Université Bordeaux Montaigne</a></em> and <a href="https://theconversation.com/profiles/etienne-klein-209891" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Etienne Klein</a>, <em><a href="https://theconversation.com/institutions/commissariat-a-lenergie-atomique-et-aux-energies-alternatives-cea-2395" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA)</a></em></p>



<p><strong>Physicien et directeur du Laboratoire de recherche sur les sciences de la matière, Étienne Klein anime chaque samedi La Conversation scientifique sur France Culture. Présent aux <a href="https://tribunesdelapresse.org/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Tribunes de la presse 2020</a> à Bordeaux, le philosophe des sciences livre un plaidoyer pour la science et nous invite à repenser la vulgarisation.</strong></p>



<hr class="wp-block-separator"/>



<h3 class="has-vivid-red-color has-text-color has-normal-font-size wp-block-heading"><strong>Comment définissez-vous le rôle d’un philosophe des sciences&nbsp;?</strong></h3>



<p><strong>Étienne Klein&nbsp;:</strong> Ce qui m’intéresse, c’est plutôt la question des rapports entre la science et la philosophie. Évidemment, il ne s’agit pas de demander à la science de remplacer la philosophie, ni même de la coloniser, mais de simplement partir du constat que les philosophes, depuis très longtemps, discutent de concepts dont certains se retrouvent dans le vocabulaire des physiciens.</p>



<p>Cela amène donc à une question assez basique&nbsp;: quand un philosophe parle du temps, est-ce qu’il parle de la même chose qu’un physicien&nbsp;? S’ils ne parlent pas de la même chose, pourquoi utilise-t-on le même mot&nbsp;? Et au contraire, s’ils parlent de la même chose, est-ce qu’ils en disent les mêmes choses&nbsp;? Si la réponse est oui, ça veut dire que leurs discours sont en quelque sorte conformes et redondants. Si au contraire, ils ne disent pas les mêmes choses, à qui puis-je faire confiance&nbsp;? Au physicien ou au philosophe&nbsp;? L’apport des sciences doit être pris en compte dans la façon de penser certains mots communs aux sciences et à la philosophie.</p>



<h3 class="has-vivid-red-color has-text-color has-normal-font-size wp-block-heading"><strong>Vous avez toujours souhaité transmettre les connaissances scientifiques au plus grand nombre, par vos conférences, vos livres&nbsp;: qu’est-ce qui vous a mené sur cette voie&nbsp;?</strong></h3>



<p><strong>E. K.&nbsp;:</strong> J’ai une conception assez élevée de l’idée de République, un lieu où devrait se pratiquer ce que Paul Valéry appelait «&nbsp;la politesse de l’esprit&nbsp;». Un endroit où on peut discuter de ce que l’on fait, de ce que l’on sait, avec n’importe qui et réciproquement. Quand j’ai commencé mon activité d’enseignement à l’École Centrale, très peu de gens avaient vraiment entendu parler de la physique contemporaine.</p>



<p>À cette époque-là, je baignais dans la physique quantique, peu après la découverte de la <a href="https://etienneklein.fr/comment-la-physique-quantique-est-elle-nee-66/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">non-séparabilité</a>. C’était excitant. Je trouvais dommage que peu de gens en aient entendu parler. J’ai donc commencé à faire de la vulgarisation, en jouant avec l’idée de paradoxe. Car quand il est confronté à un paradoxe, l’intellect se met à fonctionner vraiment. Et comme la science est un réservoir de paradoxes très volumineux, j’avais utilisé ce stratagème pour que les gens s’intéressent à la science. Je l’ai fait sur pas mal de questions, pendant longtemps, mais je pense que le bilan n’est pas excellent. La vulgarisation ne marche pas très bien.</p>



<h3 class="has-vivid-red-color has-text-color has-normal-font-size wp-block-heading"><strong>À ce titre, vous avez d’ailleurs souligné l’importance des biais cognitifs dans le processus de transmission du savoir.</strong></h3>



<p><strong>E.K.&nbsp;:</strong> L’épisode du Covid l’a montré. Beaucoup de gens utilisent leur bon sens, leurs ressentis, leurs préjugés, leurs croyances, pour contester les résultats de la science. Ce qui veut dire qu’ils n’ont guère saisi l’essence même de la science, qui contredit souvent le bon sens.</p>



<p>Je pense que nous, les vulgarisateurs, nous n’avons pas tenu compte de tous les biais cognitifs qui viennent déformer les messages, notamment scientifiques, au cours de leur propagation. Il y a beaucoup plus de gens qui vulgarisent aujourd’hui. Mais si vous demandez aux gens&nbsp;: “qu’est-ce que dit le principe de relativité d’Einstein&nbsp;?”, “Darwin, qu’est-ce qu’il a montré au juste&nbsp;? »… vous verrez que les réponses ne sont pas très précises. Les connaissances fondamentales n’ont pas percolé dans la culture commune. Je crois qu’il faut repenser la façon de transmettre la science, de manière beaucoup plus efficace qu’elle n’est aujourd’hui. D’autant plus qu’elle est contestée par toutes sortes d’instances, ce qui rend l’exercice à la fois politiquement nécessaire et terriblement difficile.</p>



<h3 class="has-vivid-red-color has-text-color has-normal-font-size wp-block-heading"><strong>Comment faut-il faire alors&nbsp;? Comment bien transmettre les connaissances scientifiques&nbsp;?</strong></h3>



<p><strong>E.K.&nbsp;:</strong> La seule méthode, c’est d’enseigner, de faire cours. C’est vraiment le seul endroit où je transmets des connaissances. Ce qui suppose d’avoir du temps&nbsp;: la diffusion de la connaissance scientifique est victime d’une crise de la patience. Si vous n’avez pas le temps d’expliquer comment une connaissance scientifique est devenue une connaissance, ce que vous dites ressemble à un argument d’autorité. De sorte que la personne qui vous entend a l’impression que vous débitez un truc, que d’autres pourraient contester avec des arguments d’autorité semblables aux vôtres.</p>



<p>Ce n’est pas du tout une critique du public parce que nous autres, les scientifiques, nous sommes aussi victimes de cette faiblesse-là. Je suis physicien, mes collègues physiciens ne savent guère expliquer ce que c’est un OGM. Mes copains biologistes, quant à eux, ne savent guère dire ce qu’est un quark. Nous avons tous des connaissances scientifiques, mais tous une mauvaise connaissance de nos connaissances. Avoir des connaissances, c’est bien. Savoir comment elles se sont construites en tant que connaissances dans l’histoire des idées, c’est beaucoup plus important. Vous êtes alors à l’abri de toutes les contestations qui peuvent venir des sceptiques.</p>



<h3 class="has-vivid-red-color has-text-color has-normal-font-size wp-block-heading"><strong>Le documentaire <em>Hold Up</em> met en avant les controverses autour de la pandémie de la Covid-19. Un exemple de désinformation. Illustre-t-il une société dans laquelle la parole scientifique n’aurait aucune place&nbsp;?</strong></h3>



<p><strong>E.K.&nbsp;:</strong> Déjà, je ne suis guère tenté de regarder ce genre de truc. Le problème n’est pas le documentaire lui-même, mais sa notoriété, sa diffusion. Des gens travaillent avec ardeur à le faire connaître. Des «&nbsp;conneries&nbsp;», tout le monde en dit, tout le monde en fait. Mais là, il y a une intention. Vous parlez de «&nbsp;désinformation&nbsp;». Est-ce que c’est le bon mot&nbsp;? Il faut distinguer deux choses&nbsp;: il y a des gens qui parlent au-delà de leurs compétences – c’est ce qu’on appelle l’ultracrépidarianisme. C’est une tendance en pleine expansion. Il y a aussi des personnes qui, volontairement, tentent de tromper les gens dans un but politique… Là, c’est plutôt de la manipulation, et c’est plus grave.</p>



<h3 class="has-vivid-red-color has-text-color has-normal-font-size wp-block-heading"><strong>Est-ce que vous pensez que la confusion qui existe autour de ce documentaire traduirait une société où il y aurait peu, voire pas de place pour le scientifique&nbsp;?</strong></h3>



<p><strong>E.K. :</strong> Avant, on pensait la société en termes de classes sociales. Je pense plutôt que ce sont des strates qui se superposent sans communiquer. Quelques journaux, notamment <a href="https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2020/11/12/covid-19-les-contre-verites-de-hold-up-le-documentaire-a-succes-qui-pretend-devoiler-la-face-cachee-de-l-epidemie_6059526_4355770.html" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><em>Le Monde</em></a>, ont établi la liste de toutes les erreurs grossières qu’il y a dans <em>Hold Up</em>. Mais les gens qui ont regardé le documentaire ne vont pas lire <em>Le Monde</em>, et ceux qui lisent <em>Le Monde</em> ne vont guère regarder le documentaire. Donc ces deux régimes d’informations ne se rencontrent jamais.</p>



<p>Le démenti qui permettra de voir où sont les erreurs n’est pas connu de ceux qui voient le film. Chacun vit dans sa bulle cognitive et c’est le cœur du problème. Pour faire société, il faut se mettre d’accord sur l’importance de l’idée de vérité. Une République est un endroit où on doit accepter d’entendre des choses désagréables qui contredisent nos croyances. Si l’on ne veut entendre que des choses qui ne nous malmènent pas du point de vue intellectuel, on s’organise en communautés de gens qui pensent ou croient les mêmes choses. Pareille conception ne me séduit pas, et même me répugne.</p>



<h3 class="has-vivid-red-color has-text-color has-normal-font-size wp-block-heading"><strong>À ce titre, quels outils peuvent utiliser les scientifiques et les philosophes des sciences contre ces discours qui véhiculent des points de vue intuitifs, mais erronés&nbsp;?</strong></h3>



<p><strong>E. K.&nbsp;:</strong> Je ne comprends pas pourquoi au journal de 20&nbsp;heures ou dans les grands médias, on ne vient pas corriger les connaissances des Français quand un sondage montre qu’ils se trompent. Par exemple, un sondage récent a établi que 72&nbsp;% des Français pensent que le nucléaire participe au changement climatique. On peut penser tout le mal que l’on veut du nucléaire, mais pas lui faire ce reproche parce que le nucléaire n’émet que très peu de gaz à effet de serre.</p>



<h3 class="has-vivid-red-color has-text-color has-normal-font-size wp-block-heading"><strong>Selon vous, qui doit corriger, les journalistes ou les scientifiques&nbsp;?</strong></h3>



<p><strong>E.K.&nbsp;:</strong> Les gens qui travaillent et, de ce fait, connaissent bien le sujet. La facilité, c’est de se contenter de commenter et de donner son avis. Or, on observe une relative décorrélation entre la compétence et la militance. Quand je dis militance, je mets dans le même camp ceux qui sont pour et ceux qui sont contre. Prenez l’exemple de la 5G. Qui sait exactement ce qu’est la 5G&nbsp;? Pas grand monde. Qui a un avis sur la 5G&nbsp;? Tout le monde. Le fait d’avoir un avis tranché sur une question comme celle-là semble dédouaner de l’envie ou de l’obligation de s’instruire à propos du sujet concerné. C’est ce qu’il faut essayer de déconstruire en faisant en sorte que les gens se renseignent, enquêtent, interrogent, et ensuite se forgent un avis. Se «&nbsp;forger&nbsp;» un avis, ce n’est pas la même chose qu’avoir un avis. C’est un aboutissement, le résultat d’une maturation, pas une position a priori.</p>



<h3 class="has-vivid-red-color has-text-color has-normal-font-size wp-block-heading"><strong>Cette attention importante et soudaine donnée aux scientifiques n’a-t-elle pas provoqué une course à la médiatisation&nbsp;?</strong></h3>



<p><strong>E.K.&nbsp;:</strong> D’abord, il y avait là une occasion historique de faire de la pédagogie scientifique. On aurait pu entendre des scientifiques expliquer ce que c’était un essai en double aveugle, un essai randomisé, quel est le bon usage des statistiques, pourquoi il ne faut pas confondre corrélation et causalité… Les gens étaient intéressés et passaient beaucoup de temps devant leur télévision. On pouvait leur expliquer ce qu’on savait, ce qu’on ne savait pas, les démarches de recherche entamées pour répondre aux questions dont on ne connaissait pas les réponses. Au lieu de faire cela, assez rapidement, on a organisé des clashs entre experts plus ou moins auto-proclamés, une espèce de joute où les plus forts en gueule étaient les plus présents. L’expert honnête qui venait dire&nbsp;: « je vous dis ce qu’on sait, et aussi ce qu’on ne sait pas”, n’était pas réinvité. Ça a donné quelques dérives…</p>



<h3 class="has-vivid-red-color has-text-color has-normal-font-size wp-block-heading"><strong>Comment cette médiatisation à outrance met-elle en évidence la responsabilité des journalistes&nbsp;?</strong></h3>



<p><strong>E.K.&nbsp;:</strong> On peut toujours rêver d’un monde idéal où les journalistes auraient une formation scientifique. Ce que j’espère, c’est qu’à la fin les gens sauront faire la différence entre la science et la recherche. Car ce n’est pas du tout la même chose. La science est un corpus établi de connaissances en lesquelles on a toutes les bonnes raisons d’avoir confiance&nbsp;: l’atome existe, la Terre est ronde, les espèces vivantes évoluent. On n’a pas lieu de remettre ça en cause sauf si un jour quelque chose d’absolument révolutionnaire nous oblige à le faire. La science ambitionne d’atteindre la vérité à propos des questions précises qu’elle se pose.</p>



<p>Et puis il y a la recherche. Le corpus de connaissances qui constitue la science pose des questions auxquelles on ne sait pas répondre. On sait que l’atome existe, mais il y a des éléments dans l’atome qu’on ne comprend pas. Donc la recherche a à voir, elle, avec le doute. Mais quand on amalgame science et recherche comme on l’a fait pendant la crise sanitaire, le doute qui est consubstantiel à la recherche vient coloniser l’idée même de science. Et on en vient à dire&nbsp;: «&nbsp;La science, c’est le doute&nbsp;». Mais si la science, c’est le doute, pourquoi m’interdirais-je de la contester à partir de mon ressenti, de mes croyances, de mes convictions&nbsp;? Ainsi se met en place une jolie cacophonie.</p>



<hr class="wp-block-separator"/>



<p><em>Propos recueillis par Lauryane Arzel et Raphaël Lardeur, étudiants en master professionnel de journalisme à l’Institut de Journalisme Bordeaux Aquitaine (IJBA).</em></p>



<p><a href="https://theconversation.com/profiles/marie-christine-lipani-326394">Marie-Christine Lipani</a>, Maitre de conférences en Sciences de l’Information et de la Communication habilitée à diriger des recherches à l&rsquo;Institut de Journalisme Bordeaux Aquitaine (IJBA), <em><a href="https://theconversation.com/institutions/universite-bordeaux-montaigne-2611" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Université Bordeaux Montaigne</a></em> and <a href="https://theconversation.com/profiles/etienne-klein-209891" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Etienne Klein</a>, Directeur de recherches au CEA, <em><a href="https://theconversation.com/institutions/commissariat-a-lenergie-atomique-et-aux-energies-alternatives-cea-2395" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA)</a></em></p>



<p>This article is republished from <a href="https://theconversation.com" target="_blank" rel="noreferrer noopener">The Conversation</a> under a Creative Commons license. Read the <a href="https://theconversation.com/conversation-avec-etienne-klein-pour-faire-societe-il-faut-se-mettre-daccord-sur-limportance-de-lidee-de-verite-151131" target="_blank" rel="noreferrer noopener">original article</a>.</p>



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<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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