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	<title>Archives des transitions politiques &#8212; Sahel Tribune</title>
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		<title>Mali : dans les nuits des « Koutouba philosophiques », la jeunesse réinvente le débat public</title>
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		<pubDate>Sat, 11 Apr 2026 14:27:58 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p><strong>🔗 Découvrez plus sur notre blog :</strong> <a href="https://votresite.com">Sahel Tribune</a></p>
<p>Les Koutouba philosophiques permettent une réflexion enrichissante pendant le Ramadan, promouvant le partage d'idées au Mali.</p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Dans un Mali en quête de refondation, les « Koutouba philosophiques » —une initiative de l’Union des étudiants en philosophie (UEP) — s’imposent comme un espace rare de respiration intellectuelle. Nées dans le sillage des Nouvelles Pratiques Philosophiques, ces nuits de réflexion organisées durant le Ramadan 2026 réunissent étudiants, enseignants et chercheurs autour d’un principe simple mais exigeant : faire primer la force des arguments. Au-delà du débat académique, ces rencontres interrogent la place de la pensée critique dans la construction du « Mali Koura », entre réforme de l’école, crise de l’État postcolonial et impératif de souveraineté intellectuelle.</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">À rebours d’un espace public souvent saturé de certitudes, d’invectives et de postures figées, une expérience discrète mais féconde se déploie au Mali : celle des «&nbsp;<em>Koutouba philosophiques</em>&nbsp;». Nées dans le sillage des Nouvelles Pratiques Philosophiques, ces rencontres — organisées notamment durant le mois de Ramadan 2026 — réhabilitent un art trop souvent négligé : celui de penser ensemble. Comme le rappelle le Dr Souleymane Keïta, superviseur de ces nuits de réflexions philosophiques. Ces espaces sont «&nbsp;<em>le lieu où il n’y a ni Dieu, ni Maître, mais celui de la force des arguments en lieu et place des arguments de force&nbsp;</em>». Dans un pays en quête de refondation, cette initiative s’impose comme un véritable laboratoire citoyen, où la pensée critique devient un instrument de souveraineté intellectuelle.</p>



<h2 class="wp-block-heading" id="h-les-penseurs-pensent-nbsp"><strong>« Les penseurs pensent&nbsp;»</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Les discussions menées en 2026 révèlent d’abord une urgence : repenser la place de la philosophie dans la société malienne. Les participants dénoncent surtout une marginalisation institutionnelle de la discipline et appellent à reconnaître la licence de philosophie dans les recrutements publics. «&nbsp;<em>L’employabilité des philosophes ne saurait se réduire à l’enseignement&nbsp;</em>», expliquent Abdramane et Drissa Coulibaly, membres de l’Union des étudiants en philosophie (UEP). Ils plaident pour une valorisation des compétences analytiques dans l’administration, la gouvernance et les politiques publiques.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans le même élan, Abdramane et Drissa, tous deux des écrivains, jugent important d’aller vers une réforme profonde des programmes scolaires dans le cadre du Mali Koura. Ils plaident surtout pour l’intégration des thématiques contemporaines — changement climatique, bioéthique, terrorisme, civisme — dans la formation des citoyens éclairés et ancrés dans leur époque.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais la réflexion ne s’arrête pas là. Les Koutouba dressent un diagnostic sans concession du système éducatif malien, qualifié de «&nbsp;<em>grand corps malade</em>&nbsp;». Cette analyse est surtout celle de Sibiry Sanou, Hamida Ag Bella et Bassirou Maïga. Entre écoles fermées pour cause d’insécurité, insuffisance d’enseignants et infrastructures inadaptées, les constats sont sévères. Les membres de l’UEP dénoncent un «&nbsp;<em>éternel retour des états généraux de l’éducation sans praxis</em>&nbsp;», soulignant que «&nbsp;<em>les penseurs pensent, mais les décisions dorment dans les tiroirs</em>&nbsp;». La réforme de l’école est ainsi érigée en préalable absolu.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading" id="h-un-systeme-educatif-coherent-adapte-aux-realites-de-la-mondialisation"><strong>Un système éducatif cohérent, adapté aux réalités de la mondialisation</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Cette critique s’étend aux conditions des enseignants, notamment dans le privé, où la précarité est décrite avec acuité : salaires dérisoires, absence de protection sociale, instabilité chronique. «&nbsp;<em>Dans ces conditions, la lutte pour la survie prime sur l’intellect</em>&nbsp;», résume ces enseignants en philosophie. Pour les philosophes, l’amélioration de l’éducation passe nécessairement par une revalorisation de la condition enseignante et une application rigoureuse des textes existants.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sur la question linguistique, les débats invitent à dépasser les postures idéologiques. Si la Constitution consacre les langues nationales, les participants mettent en garde contre une approche précipitée : «&nbsp;<em>On n’impose pas une langue, elle s’impose par sa capacité à produire du savoir »</em>, expliquent Sibiry Sanou, Hamida Ag Bella et Bassirou Maïga. L’enjeu n’est donc pas d’opposer langues locales et langues étrangères, mais de construire un système éducatif cohérent, adapté aux réalités de la mondialisation.</p>



<h2 class="wp-block-heading" id="h-une-ethique-du-vivre-ensemble-fondee-sur-l-humanisme"><strong>Une éthique du vivre-ensemble fondée sur l’humanisme</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Les Koutouba explorent également les mutations sociales contemporaines. À travers le prisme des réseaux sociaux, ils soulignent à la fois les opportunités — accès à l’information, promotion culturelle — et les dérives : désinformation, cybercriminalité, fragilités psychologiques. Des développements ont été faits sur ces mutations par Sékou Sanogo sous le thème «&nbsp;<em>Jeunesse malienne et réseaux sociaux : usages, opportunités et défis pour l&rsquo;avenir&nbsp;»</em>.&nbsp;&nbsp;La solution réside dans une éducation numérique responsable et la valorisation de contenus locaux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sur le terrain religieux, les débats pointent une montée des tensions intra et interconfessionnelles, aggravées par l’absence de régulation du prêche. Les participants appellent à «&nbsp;<em>ne pas tolérer l’intolérance religieuse</em>&nbsp;» et à encadrer davantage les discours pour préserver la cohésion sociale, a expliqué notamment Sétigui Traoré, dans son intervention. «&nbsp;<em>Avant d’être croyant, on est d’abord humain</em>&nbsp;», rappellent-il, plaidant pour une éthique du vivre-ensemble fondée sur l’humanisme.</p>



<h2 class="wp-block-heading" id="h-reinvention-de-l-etat-postcolonial"><strong>Réinvention de l’État postcolonial</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">La réflexion politique, elle, s’attaque à des questions majeures : la recrudescence des coups d’État et la crise de la démocratie. Le constat est nuancé : «&nbsp;<em>Ce n’est pas la démocratie qui échoue, mais sa mise en œuvre&nbsp;</em>», explique Mohamed Ombotimbé. Les coups d’État apparaissent comme des symptômes d’une gouvernance défaillante, sans pour autant constituer une solution viable. Dans cette perspective, la réinvention de l’État postcolonial s’impose comme un chantier central : décentralisation, lutte contre la corruption, institutions fortes et légitimes. «&nbsp;<em>La réinvention de l’État postcolonial apparaît comme une voie possible pour concilier héritage historique, modernité politique et développement&nbsp;</em>», souligne Sodiougo Sagara.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les enjeux sociaux ne sont pas en reste. Drogue, mariage précoce, inégalités de genre : autant de défis qui hypothèquent l’avenir du pays. Les débats mettent en lumière des réalités préoccupantes — «&nbsp;<em>70 % des consommateurs de drogue ont entre 15 et 45 ans</em>&nbsp;», rappelle Allaye Karembe en se référant des chiffres de l’OCS — et appellent à une mobilisation collective.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sur la condition féminine, une contradiction persistante est soulignée : malgré leur montée en puissance économique, les femmes continuent d’assumer une charge domestique écrasante et un pouvoir décisionnel limité. La solution passe par «&nbsp;<em>la transformation des mentalités</em>&nbsp;» et une application effective des lois, préconisent Zaratou Boré et Oumou Bah. Arouna Diallo, pour sa part, estime qu’«&nbsp;<em>une approche</em>&nbsp;<em>collective est indispensable pour lutter efficacement contre le mariage précoce et promouvoir la scolarisation des filles au Mali</em>».&nbsp;&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading" id="h-medias-maliens-et-transition-politique"><strong>Médias maliens et transition politique</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Enfin, les Koutouba insistent sur le rôle stratégique des médias et de l’éducation citoyenne. Dans un contexte de transition politique et de défis sécuritaires, les médias sont décrits comme «&nbsp;<em>un couteau à double tranchant</em>&nbsp;» : instruments de construction ou de déstabilisation, explique Alpha Hama Boré, dans le développement de sa thématique&nbsp;: «&nbsp;<em>Médias maliens et transition politique :&nbsp;Entre liberté d’expression et transition politique, responsabilité sociale et enjeux sécuritaire.&nbsp;»</em>. D’où la nécessité d’une presse libre, responsable et éthique, capable de concilier liberté d’expression et impératifs nationaux. Ainsi, l’éducation à la citoyenneté trouve toute sa nécessité ajoute Cheick Cissé. Il soutient que cette éducation doit être décentralisée faisant la promotion du patriotisme dans tous les secteurs du Mali.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au fond, les «&nbsp;<em>Koutouba philosophiques</em>&nbsp;» dessinent l’ambition de faire émerger un Mali où la pensée critique irrigue l’action publique, où la jeunesse s’approprie les outils du débat et où la souveraineté s’ancre aussi dans les esprits. Car, comme le suggèrent ces échanges, il n’y a pas de Mali Kura sans révolution intellectuelle. Et cette révolution commence, peut-être, par une simple conversation.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>A.D</strong></p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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		<title>Pourquoi la CEDEAO frappe fort au Bénin mais hésite en Guinée-Bissau</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Chiencoro]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 15 Dec 2025 22:49:22 +0000</pubDate>
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<p>Comprenez les menaces politiques en Afrique de l'Ouest à travers la sanction de la CEDEAO contre la Guinée Bissau.</p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Réunie en sommet ordinaire les 14 et 15 décembre 2025 à Abuja, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a dû faire face à deux crises politiques majeures survenues en moins d’un mois. D’un côté, une tentative de coup d’État déjouée au Bénin ; de l’autre, un coup réussi en Guinée-Bissau. Deux situations distinctes, deux réponses différentes, qui interrogent la cohérence stratégique et la crédibilité politique de l’organisation régionale.</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le 7 décembre 2025, à l’aube, un groupe de soldats dissidents, se revendiquant du « <em>Comité militaire pour la refondation</em> » (CMR), a tenté de renverser le président béninois Patrice Talon. Menée par le lieutenant-colonel Pascal Tigri, l’opération a brièvement visé la télévision nationale et proclamé la suspension de la Constitution, avant d’être rapidement neutralisée par les Forces armées béninoises, restées loyales au pouvoir civil.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La réaction de la CEDEAO a été immédiate et sans ambiguïté. Dès le jour même, la Commission a condamné une « <em>tentative de subversion de la volonté populaire </em>» et, fait rare, ordonné le déploiement d’éléments de sa force en attente sur le territoire béninois. Des contingents venus du Nigeria, du Ghana, de la Côte d’Ivoire et de la Sierra Leone ont été mobilisés, dans une logique de stabilisation préventive.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce déploiement marque la première activation effective de la force régionale depuis la crise gambienne de 2017. Il a été salué par les chefs d’État réunis à Abuja comme un signal clair adressé aux auteurs de coups de force. La CEDEAO entend désormais intervenir en amont pour protéger les institutions lorsqu’elles tiennent encore.</p>



<h2 class="wp-block-heading" id="h-la-guinee-bissau-entre-suspension-et-pressions-ciblees"><strong>La Guinée-Bissau, entre suspension et pressions ciblées</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le contraste est saisissant avec la situation en Guinée-Bissau. Le 26 novembre 2025, un coup d’État militaire a renversé le président Umaro Sissoco Embalo. Face à ce changement politique à la tête de l’Etat, la CEDEAO a appliqué les mécanismes classiques prévus par son Protocole sur la démocratie et la bonne gouvernance : suspension immédiate du pays de toutes les instances de décision et condamnation officielle du changement anticonstitutionnel.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Lors du sommet d’Abuja, l’organisation est allée plus loin en rejetant fermement le calendrier de transition proposé par les nouvelles autorités du pays, qui envisageaient de conserver le pouvoir jusqu’en 2028. Les chefs d’État ont exigé un retour rapide à l’ordre constitutionnel et la mise en place d’une transition civile courte et inclusive.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Toutefois, sur le plan coercitif, la CEDEAO a opté pour une approche graduée. Plutôt que d’imposer immédiatement des sanctions économiques générales, elle a brandi la menace de sanctions ciblées — gel des avoirs et restrictions de déplacement — à l’encontre des individus entravant le processus de transition. À ce stade, aucune mesure concrète n’a encore été appliquée.</p>



<h2 class="wp-block-heading" id="h-une-cedeao-a-deux-vitesses"><strong>Une « CEDEAO à deux vitesses » ?</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Cette différence de traitement alimente les critiques. Plusieurs observateurs, dont le député sénégalais Guy Marius Sagna, dénoncent une organisation à géométrie variable : intervention militaire rapide lorsque le coup échoue, prudence diplomatique lorsque le coup réussit. Une lecture renforcée par le précédent du Niger en 2023, où la CEDEAO avait renoncé à une intervention militaire après de fortes résistances régionales.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour ses défenseurs, cette approche relève d’un pragmatisme assumé. La CEDEAO serait plus efficace dans la prévention que dans l’imposition forcée d’un retour à l’ordre constitutionnel, surtout dans des contextes où l’intervention armée risquerait d’aggraver l’instabilité ou de susciter un rejet populaire.</p>



<h2 class="wp-block-heading" id="h-mediation-etat-d-urgence-regional-et-defis-securitaires"><strong>Médiation, état d’urgence régional et défis sécuritaires</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Consciente des limites de sa seule posture répressive, la CEDEAO a également annoncé le déploiement imminent d’une mission de haut niveau en Guinée-Bissau, chargée de relancer le dialogue politique. Parallèlement, l’organisation a décidé d’intensifier sa coopération avec l’Union africaine et les Nations unies, notamment en Guinée Conakry, où des missions d’observation électorale accompagneront le scrutin présidentiel de fin décembre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quelques jours avant le sommet, le président de la Commission, Omar Alieu Touray, avait d’ailleurs proclamé un « <em>état d’urgence régional </em>», soulignant la multiplication des changements anticonstitutionnels et la progression continue de la menace terroriste de la côte ivoirienne au nord du Nigeria.</p>



<h2 class="wp-block-heading" id="h-une-credibilite-sous-tension"><strong>Une crédibilité sous tension</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">À Abuja, la CEDEAO a réaffirmé sa politique de « <em>tolérance zéro </em>» envers les coups d’État. Mais entre démonstration de force au Bénin et prudence calculée en Guinée-Bissau, l’organisation avance sur une ligne étroite, contrainte par ses moyens militaires limités, ses divisions internes et une opinion publique de plus en plus critique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La gestion du dossier bissau-guinéen sera déterminante. Sa capacité à obtenir une transition civile crédible, sans recourir à une escalade militaire ou à des sanctions aveugles, conditionnera largement la crédibilité future de la CEDEAO comme garante de l’ordre constitutionnel en Afrique de l’Ouest.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Chiencoro Diarra&nbsp;</strong></p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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		<title>Tribune. La société ouverte face à la permanence des crises</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Fousseni TOGOLA]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 29 May 2025 10:18:00 +0000</pubDate>
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<p>Cet article explore la société ouverte et permanence des crises, révélant leur impact sur les sociétés à l'échelle mondiale.</p>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Les crises rythment l’histoire humaine. Elles ne sont ni des accidents ni des anomalies, mais des éléments constitutifs du devenir des sociétés. À l’heure d’un monde globalisé et fragmenté, cet article propose une lecture rationnelle des crises contemporaines à la lumière de la pensée de Karl Popper. Loin d’en faire une fatalité, nous y voyons une opportunité dialectique : chaque crise est un problème à résoudre, qui en appelle d’autres. Le progrès, dès lors, est moins une accumulation de solutions qu’une navigation lucide entre incertitudes. En croisant les apports historiques et contemporains, nous appelons à une éthique de la critique, condition nécessaire à la survie des sociétés ouvertes.</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Aucune région du monde n’est épargnée. L’Europe vacille sous la montée des populismes et la guerre russo-ukrainienne. L’Amérique hésite entre repli identitaire et promesse technologique. L’Afrique se bat encore avec les séquelles de ses indépendances. L’Asie oscille entre croissance spectaculaire et tensions géopolitiques. L’Océanie, isolée, n’est pas moins concernée par le dérèglement climatique. Partout, des crises. Partout, une même sensation d’ébranlement.</p>



<h3 class="wp-block-heading" id="h-la-crise-structure-permanente-du-devenir-historique"><strong>La crise, structure permanente du devenir historique</strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Les crises ne sont pas nouvelles. Elles sont l’autre nom de l’histoire. Comme l’écrivait déjà Karl Marx dans le&nbsp;<em>Manifeste du Parti communiste</em>&nbsp;(1848), «&nbsp;<em>l’histoire de toute société jusqu’à nos jours n’a été que l’histoire de luttes de classes&nbsp;</em>». Aujourd’hui, nous pourrions dire : l’histoire de toute société est l’histoire des crises.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La Révolution française de 1789 fut célébrée comme la fin d’un ordre. Elle n’annonçait pas une paix éternelle, mais inaugurait une série de convulsions : le Directoire, l’Empire, la Restauration, les révoltes ouvrières, mai 68, les Gilets jaunes. Le XXe siècle russe, des soviets à Poutine, n’a pas connu de répit. En Afrique, l’après-colonialisme n’a pas été un après-guerre. Il a pris les formes du néocolonialisme, du terrorisme, de la corruption, des révoltes avortées.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’histoire n’est pas un fleuve tranquille. Elle est un champ de forces contradictoires.</p>



<h3 class="wp-block-heading" id="h-nbsp-penser-les-crises-comme-matrice-du-progres"><strong>&nbsp;Penser les crises comme matrice du progrès</strong><strong></strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Karl Popper, dans&nbsp;<em>La logique de la découverte scientifique</em>&nbsp;(1934), écrivait que «&nbsp;<em>toute vie est résolution de problèmes&nbsp;</em>» (Popper, 1973, p. 103), qui devient d’ailleurs plus tard le titre d’un autre de ses ouvrages. Cette phrase, simple en apparence, est le noyau dur de sa philosophie. Elle affirme que le monde n’est pas stable. Il est problématique. Et que la tâche de l’humanité n’est pas d’éliminer les crises, mais de les comprendre, les affronter, les dépasser.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans&nbsp;<em>La société ouverte et ses ennemis</em>, il critique les penseurs de la stabilité — Platon, Hegel, Marx — qui croyaient en une fin de l’histoire. Pour Popper, une société qui cesse de poser des problèmes est une société morte. «&nbsp;<em>Il n’y a pas de solution définitive. Il n’y a que des problèmes mieux posés&nbsp;</em>» (Popper, 1945, t. I, p. 190).</p>



<h3 class="wp-block-heading" id="h-nbsp-la-dialectique-des-problemes-une-strategie-pour-l-avenir"><strong>&nbsp;La dialectique des problèmes, une stratégie pour l’avenir</strong><strong></strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Popper ne propose pas une solution définitive aux crises. Il propose une méthode. Il faut identifier le problème, formuler des hypothèses, tester les conséquences, apprendre des erreurs. C’est une logique d’expérimentation permanente, de falsifiabilité. Et c’est cette méthode qu’il faut appliquer aux crises contemporaines : écologiques, sociales, géopolitiques.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il ne faut pas chercher à éliminer les crises, mais à créer les institutions capables de les traiter. Cela suppose une société ouverte, où la critique est non seulement permise mais valorisée. Une démocratie, pour Popper, n’est pas celle qui élit un chef providentiel, mais celle qui peut le remplacer sans effusion de sang (Popper, 1945, t. II, p. 110).</p>



<h3 class="wp-block-heading" id="h-les-crises-comme-horizon-du-politique"><strong>Les crises comme horizon du politique</strong><strong></strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">L’Afrique ne manque pas de crises. Mais elle ne manque pas non plus de ressources critiques. L’«&nbsp;<em>arbre à palabres</em>&nbsp;», la littérature postcoloniale, les traditions de négociation sont autant d’outils pour bâtir une société ouverte. Ce qu’il faut, c’est une refondation des élites : non pas des sauveurs, mais des rationalistes critiques.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans les contextes burkinabè, malien ou nigérien, il ne suffit pas de dénoncer le terrorisme ou la pauvreté. Il faut formuler les bons problèmes : pourquoi l’État est-il faible ? Pourquoi les élites sont-elles discréditées ? Pourquoi les institutions ne sont-elles pas falsifiables ? Réponse&nbsp;: la mauvaise gouvernance entretenue pendant des décennies. Les transitions dans ces pays sont en train de changer la trajectoire de l’histoire en effectuant un travail remarquable de refondation.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Nous devons nous résoudre à vivre dans un monde de crises. Mais cette résolution n’est pas résignation. Elle est une philosophie de l’action. Elle invite à une lucidité tragique et méthodique, comme celle de Popper. Elle suppose une révolution intellectuelle : faire du doute une vertu, de l’erreur une source d’apprentissage, de l’incertitude une opportunité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">On pourrait donc dire que l’avenir appartient non à ceux qui prédisent les crises, mais à ceux qui les transforment en chances. Et comme Popper l’a rappelé : «&nbsp;<em>Nous ne savons jamais ce que nous faisons, car ce que nous faisons ne produit jamais ce que nous attendons&nbsp;</em>» (La société ouverte, 1945, p. 295). C’est à cela que sert la critique : à continuer de chercher malgré tout.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Fousseni Togola&nbsp;</strong></p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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