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	<title>Archives des traditions maliennes &#8212; Sahel Tribune</title>
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	<title>Archives des traditions maliennes &#8212; Sahel Tribune</title>
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		<title>Journées nationales du patrimoine culturel 2026 : le Mali valorise les savoirs endogènes et la souveraineté culturelle</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Ibrahim Kalifa Djitteye]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 19 Jun 2026 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p><strong>🔗 Découvrez plus sur notre blog :</strong> <a href="https://votresite.com">Sahel Tribune</a></p>
<p>Réunies à Bamako les 18 et 19 juin 2026, les Journées nationales du patrimoine culturel mettent en lumière le rôle des Danbé Kolosibaw dans la transmission des valeurs, la préservation des savoirs endogènes et le renforcement de la souveraineté culturelle du Mali.</p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>🔗 Découvrez plus sur notre blog :</strong> <a href="https://votresite.com">Sahel Tribune</a></p>

<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>La salle Djéli Baba Sissoko du Centre international de conférences de Bamako abrite, depuis ce jeudi 18 juin 2026, les Journées nationales du patrimoine culturel, édition 2026. La cérémonie d&rsquo;ouverture, présidée par le Premier ministre, le Général de division Abdoulaye Maïga, représentant le Président de la Transition, le Général d&rsquo;armée Assimi Goïta, s’est déroulée en présence du ministre de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie hôtelière et du Tourisme, M. Mamou Daffé, de plusieurs membres du gouvernement, des autorités administratives, coutumières ainsi que des acteurs du monde culturel.</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Placée sous le thème «&nbsp;<em>Rôle et responsabilité du Corps des Danbé Kolosibaw dans la transmission des valeurs du patrimoine culturel&nbsp;</em>», cette édition se tient les 18 et 19 juin 2026 sous le signe «&nbsp;<em>La souveraineté culturelle protège l’âme de la Nation</em>&nbsp;». Elle est consacrée à la mise en lumière du rôle des Danbé Kolosibaw dans la transmission des valeurs sociétales, la préservation des savoirs endogènes et la valorisation du patrimoine culturel immatériel, dans un contexte national marqué par la volonté de renforcer la cohésion sociale et la continuité des traditions culturelles.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Valeurs culturelles, attachement identitaire profond</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Prenant la parole, le ministre de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie hôtelière et du Tourisme, Mamou Daffé, a déclaré que la célébration des Journées nationales du patrimoine culturel offre l’occasion de réaffirmer l’attachement du Mali à son histoire, à ses valeurs et à la richesse de sa diversité culturelle. Il a indiqué que cette rencontre constitue un cadre de promotion, de sensibilisation et de transmission du patrimoine culturel au bénéfice des générations présentes et futures dans une dynamique de préservation de l’identité nationale.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-large"><a href="https://saheltribune.com/wp-content/uploads/2026/06/Les-membres-du-gouvernement-.jpeg"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://saheltribune.com/wp-content/uploads/2026/06/Les-membres-du-gouvernement--1024x683.jpeg" alt="Les membres du gouvernement" class="wp-image-22916" srcset="https://saheltribune.com/wp-content/uploads/2026/06/Les-membres-du-gouvernement--1024x683.jpeg 1024w, https://saheltribune.com/wp-content/uploads/2026/06/Les-membres-du-gouvernement--300x200.jpeg 300w, https://saheltribune.com/wp-content/uploads/2026/06/Les-membres-du-gouvernement--768x512.jpeg 768w, https://saheltribune.com/wp-content/uploads/2026/06/Les-membres-du-gouvernement--585x390.jpeg 585w, https://saheltribune.com/wp-content/uploads/2026/06/Les-membres-du-gouvernement--263x175.jpeg 263w, https://saheltribune.com/wp-content/uploads/2026/06/Les-membres-du-gouvernement--600x400.jpeg 600w, https://saheltribune.com/wp-content/uploads/2026/06/Les-membres-du-gouvernement-.jpeg 1080w" sizes="(max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></a><figcaption class="wp-element-caption">Les membres du gouvernement à la cérémonie d&rsquo;ouverture des Journées nationales du patrimoine culturel. ©Ibrahim Kalifa Djitteye/Sahel Tribune. </figcaption></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph">Dans son allocution d’ouverture, le Premier ministre, le Général de division Abdoulaye Maïga, a rappelé que le Mali est une terre de grandes civilisations et d’empires dont le patrimoine culturel constitue un facteur de paix, de cohésion sociale et de dialogue entre les communautés. Il a évoqué les menaces qui pèsent sur cet héritage et a appelé à sa protection, sa valorisation et sa transmission afin de préserver durablement l’identité culturelle nationale et renforcer la résilience collective du pays.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Danbé Kolosibaw, médiateurs des valeurs sociales</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Abordant le thème de cette édition, le Premier ministre a présenté les Danbé Kolosibaw comme des médiateurs sociaux et des détenteurs de savoirs endogènes investis d’une mission de transmission. Il a indiqué qu’ils sont appelés à contribuer à la diffusion des valeurs du Maaya et du Danbé, notamment la dignité, l’honneur, le patriotisme, la solidarité, le courage et le respect de la parole donnée, considérés comme des fondements du réarmement moral de la société malienne contemporaine.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le Premier ministre a rappelé que les Journées nationales du patrimoine culturel s’inscrivent dans le cadre de l’année 2026-2027, décrétée Année de la culture et de l’éducation par le Président de la Transition. Il a procédé à la déclaration d’ouverture des travaux de l’édition 2026 des Journées nationales du patrimoine culturel, inscrites dans un processus de valorisation du patrimoine culturel national et de renforcement des valeurs citoyennes.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Regards croisés sur les patrimoines culturels vivants</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Au premier jour des travaux, quatre panels thématiques ont été organisés autour des questions liées au patrimoine culturel. Ces panels ont réuni experts, chercheurs, détenteurs de savoirs traditionnels et participants pour des échanges approfondis sur les enjeux contemporains de la culture, sa transmission et sa préservation dans un contexte de mutations sociales et identitaires.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-large"><a href="https://saheltribune.com/wp-content/uploads/2026/06/Les-diplomates-.jpeg"><img decoding="async" width="1024" height="749" src="https://saheltribune.com/wp-content/uploads/2026/06/Les-diplomates--1024x749.jpeg" alt="Les diplomates" class="wp-image-22917" srcset="https://saheltribune.com/wp-content/uploads/2026/06/Les-diplomates--1024x749.jpeg 1024w, https://saheltribune.com/wp-content/uploads/2026/06/Les-diplomates--300x219.jpeg 300w, https://saheltribune.com/wp-content/uploads/2026/06/Les-diplomates--768x562.jpeg 768w, https://saheltribune.com/wp-content/uploads/2026/06/Les-diplomates--585x428.jpeg 585w, https://saheltribune.com/wp-content/uploads/2026/06/Les-diplomates--600x439.jpeg 600w, https://saheltribune.com/wp-content/uploads/2026/06/Les-diplomates-.jpeg 1080w" sizes="(max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></a><figcaption class="wp-element-caption">Les diplomates à la cérémonie d&rsquo;ouverture des Journées nationales du patrimoine culturel. ©Ibrahim Kalifa Djitteye/Sahel Tribune. </figcaption></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph">Ces panels ont été animés par des spécialistes du patrimoine, des chercheurs, des traditionnistes et des personnes ressources, dont Mamady Keïta, spécialiste du N’Ko, Golé Tounkara, Seydou Sangaré, Yacouba Dao et Dr Fodé Moussa Sidibé. Les communications ont porté sur les thématiques inscrites au programme officiel des travaux des Journées nationales du patrimoine culturel 2026.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les panels ont porté sur le rôle et la responsabilité des Danbé Kolosibaw dans la transmission des valeurs du patrimoine culturel, la culture comme facteur de dialogue, de paix et de cohésion sociale en période de crise, la protection des biens culturels en période de crise ainsi que la promotion des langues nationales comme facteur de souveraineté culturelle.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Donsos, traditions vivantes et héritage culturel malien</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Les activités ont été précédées par les cérémonies de Fougoutiguè et de Djibon, organisées par la confrérie des Donsos. Cette séquence a mis en évidence les pratiques, rites et savoir-faire de cette confrérie dans le cadre du patrimoine culturel immatériel malien. Elle a constitué une mise en valeur des traditions associées à cette communauté dans le cadre des Journées nationales du patrimoine culturel, édition 2026, au Centre international de conférences de Bamako.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-large"><a href="https://saheltribune.com/wp-content/uploads/2026/06/Les-chasseurs-.jpeg"><img decoding="async" width="1024" height="608" src="https://saheltribune.com/wp-content/uploads/2026/06/Les-chasseurs--1024x608.jpeg" alt="Les chasseurs" class="wp-image-22918" srcset="https://saheltribune.com/wp-content/uploads/2026/06/Les-chasseurs--1024x608.jpeg 1024w, https://saheltribune.com/wp-content/uploads/2026/06/Les-chasseurs--300x178.jpeg 300w, https://saheltribune.com/wp-content/uploads/2026/06/Les-chasseurs--768x456.jpeg 768w, https://saheltribune.com/wp-content/uploads/2026/06/Les-chasseurs--585x347.jpeg 585w, https://saheltribune.com/wp-content/uploads/2026/06/Les-chasseurs--600x356.jpeg 600w, https://saheltribune.com/wp-content/uploads/2026/06/Les-chasseurs-.jpeg 1080w" sizes="(max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></a><figcaption class="wp-element-caption">Les donsos à la cérémonie d&rsquo;ouverture des Journées nationales du patrimoine culturel. ©Ibrahim Kalifa Djitteye/Sahel Tribune. </figcaption></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph">Un hommage a été rendu aux militaires et civils tombés pour la Nation à travers une cérémonie dédiée au Général d’armée Sadio Camara. Ce moment a été inscrit dans le programme des activités d’ouverture des Journées nationales du patrimoine culturel, édition 2026, marquant une séquence officielle de recueillement intégrée aux travaux tenus au Centre international de conférences de Bamako.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pendant deux jours, les réflexions, les conférences et les échanges devront contribuer à une meilleure compréhension du rôle des Danbé Kolosibaw dans la transmission des valeurs du patrimoine culturel. Au-delà des activités inscrites au programme, cette édition ambitionne de renforcer la préservation des savoirs endogènes et de favoriser leur appropriation par les jeunes générations, dans un contexte où la culture est érigée en pilier de la souveraineté nationale et de la cohésion sociale.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Ibrahim Kalifa Djitteye&nbsp;</strong></p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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		<title>Mariage au Mali : les vérités que les jeunes femmes auraient aimé entendre avant de dire oui</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Sahel Tribune]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 19 Jun 2026 02:00:00 +0000</pubDate>
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<p>Entre traditions, silence et réalités conjugales, de nombreuses Maliennes découvrent après le mariage des enjeux essentiels liés aux droits, à la sexualité, aux finances et aux violences. Une réflexion sur les non-dits de la transmission familiale.</p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
]]></description>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Entre ce qu&rsquo;on transmet aux filles et ce qu&rsquo;elles vivent réellement, il y a un abîme que personne ne comble.</em></strong><strong></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Au Mali, la préparation au mariage existe. Elle a ses rituels, ses femmes désignées, ses nuits de conseil. Mais ce qu&rsquo;on transmet aux filles dans ces moments-là ressemble rarement à ce qu&rsquo;elles vivront réellement. Entre les injonctions à la soumission et les silences pudiques sur la sexualité, la violence conjugale, l&rsquo;argent ou la solitude du foyer, des générations de femmes maliennes ont été envoyées dans le mariage avec une carte incomplète — et ont dû se débrouiller seules pour traverser un territoire qu&rsquo;on leur avait dit être un paradis.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>La nuit des conseils : ce qu&rsquo;on dit, ce qu&rsquo;on tait</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Dans la tradition malienne, la veille du mariage est un moment codifié. Les femmes de la famille se réunissent autour de la mariée pour lui prodiguer des conseils. Cela est pareil également pour le jour du mariage à l’occasion des séances de salutations chez les parents des mariés. Le «&nbsp;<em>conseil des sages</em>&nbsp;» prodigue généralement des conseils à la mariée aussi bien qu’au marié.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">En théorie, c&rsquo;est une institution précieuse. En pratique, les témoignages de femmes maliennes de différentes générations révèlent une constante troublante : ce qu&rsquo;on leur a dit ce soir-là était presque exclusivement orienté vers la soumission et la préservation de l&rsquo;harmonie du foyer.&nbsp;<em>«</em>&nbsp;<em>Supporte.&nbsp;», «&nbsp;Ne réponds pas à ton mari quand il est en colère.&nbsp;», «&nbsp;La femme qui parle trop perd son foyer.&nbsp;», «&nbsp;Ce qui se passe entre toi et ton mari ne regarde pas ta famille.&nbsp;»</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qu&rsquo;on ne leur a pas dit est tout aussi révélateur. On ne leur a pas parlé de la gestion des finances du ménage. On ne leur a pas expliqué leurs droits légaux en cas de divorce ou de violence. On ne leur a pas préparées à la cohabitation avec une belle-famille potentiellement envahissante. On ne leur a presque jamais parlé de leur propre sexualité, de leurs désirs, de leur droit au plaisir. Et on ne leur a certainement pas dit que le mariage pouvait être un espace de souffrance profonde — et que cette souffrance ne serait pas nécessairement de leur faute.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Des chiffres qui parlent à la place des mères</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Les données disponibles sur le mariage et la vie conjugale au Mali dessinent un tableau que les temps de conseil n&rsquo;ont jamais préparé les femmes à affronter.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Selon <a href="https://platform.who.int/docs/default-source/mca-documents/policy-documents/plan-strategy/MLI-GBV-19-02-PLAN-STRATEGY-2018-fra-STRAT-VBG-12-09-2018-VF.pdf" target="_blank" rel="noreferrer noopener">l&rsquo;Enquête démographique et de santé du Mali</a> (EDSM-VI, 2018), 57 % des femmes maliennes âgées de 15 à 49 ans déclarent avoir subi des violences physiques ou sexuelles de la part d&rsquo;un partenaire intime au cours de leur vie. Un chiffre qui place le Mali parmi les pays où la prévalence des violences conjugales est la plus élevée en Afrique de l&rsquo;Ouest — et que les conseils du soir de noces n&rsquo;ont jamais nommé, encore moins préparé les femmes à reconnaître ou à fuir.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sur le plan économique, selon les données de la Banque mondiale, <a href="https://donnees.banquemondiale.org/indicateur/SL.FAM.WORK.FE.ZS?locations=ML" target="_blank" rel="noreferrer noopener">seulement 38 % des femmes maliennes</a> participent au marché du travail formel. La grande majorité entre dans le mariage sans autonomie financière propre, entièrement dépendante du mari pour subvenir à leurs besoins. Aucune mère ne leur a expliqué ce que cette dépendance signifie concrètement en termes de rapport de force dans le foyer — et de vulnérabilité en cas de rupture.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les données sur le divorce, encore partielles au Mali faute d&rsquo;enregistrement systématique des unions coutumières et religieuses, indiquent néanmoins une hausse notable des séparations dans les premières années de mariage, particulièrement en milieu urbain. Une part croissante de ces divorces précoces implique des femmes qui n&rsquo;avaient tout simplement jamais été informées de leurs droits, de ce à quoi elles pouvaient légitimement aspirer, ni de ce qu&rsquo;elles pouvaient légalement refuser.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Ce que le silence produit</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le silence des mères n&rsquo;est pas une trahison. C&rsquo;est une transmission fidèle de ce qu&rsquo;elles ont elles-mêmes reçu — ou plutôt de ce qu&rsquo;elles n&rsquo;ont pas reçu. Des femmes qui ont survécu à des mariages difficiles en se taisant transmettent, sans le vouloir, le silence comme stratégie de survie. Des mères qui n&rsquo;ont jamais eu accès à leurs propres droits ne peuvent pas transmettre à leurs filles une connaissance qu&rsquo;elles n&rsquo;ont pas.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce silence intergénérationnel produit des effets concrets et mesurables. Il produit des femmes qui endurent des violences sans savoir qu&rsquo;elles ont le droit de les nommer. Des femmes qui signent des actes juridiques sans en comprendre les implications. Des femmes qui découvrent, parfois après des années de mariage, qu&rsquo;elles ne sont pas légalement protégées parce que leur union n&rsquo;a jamais été enregistrée à l&rsquo;état civil. Des femmes, surtout, qui ont passé des années à croire que ce qu&rsquo;elles vivaient était normal — parce que personne ne leur avait jamais dit le contraire.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>La génération qui pose des questions</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Quelque chose est en train de changer, timidement mais réellement. Une génération de jeunes Maliennes — scolarisées, connectées, exposées à d&rsquo;autres récits sur la vie conjugale — commence à poser les questions que leurs mères n&rsquo;ont pas posées. Elles veulent savoir ce que le code des personnes et de la famille prévoit en matière de divorce. Elles veulent comprendre ce que signifie le régime matrimonial qu&rsquo;on leur fait signer. Elles veulent parler de sexualité, d&rsquo;argent, de belle-famille — avant le mariage, pas après.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette curiosité est souvent perçue comme de l&rsquo;insolence par les générations précédentes. Elle est en réalité une forme d&rsquo;intelligence conjugale que leurs mères auraient mérité de posséder. Et que leurs filles méritent de recevoir — non plus dans le secret d&rsquo;une nuit de noces, mais dans des espaces ouverts, informés, bienveillants.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Des associations comme l&rsquo;Association pour le Progrès et la Défense des Droits des Femmes (<a href="https://www.apdfml.org/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">APDF</a>) au Mali, ou le <a href="https://alliancedroitsetsante.equipop.org/gp-dcf/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Groupe Pivot Droits et Citoyenneté des Femmes</a>, travaillent depuis des années à combler ce vide informatif. Leurs programmes d&rsquo;éducation juridique et de sensibilisation aux droits conjugaux touchent des milliers de femmes chaque année — mais restent très insuffisants face à l&rsquo;ampleur du besoin.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Ce qu&rsquo;il faudrait dire, enfin</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Si les mères maliennes pouvaient transmettre à leurs filles une vérité différente — plus complète, plus honnête, plus protectrice — elle ressemblerait peut-être à ceci. Que le mariage est un contrat, pas un destin. Qu&rsquo;il implique des droits autant que des devoirs, et que ces droits méritent d&rsquo;être connus avant d&rsquo;être signés. Que la souffrance conjugale n&rsquo;est pas une fatalité à supporter en silence, mais un signal à entendre et à nommer. Que l&rsquo;autonomie économique n&rsquo;est pas une menace pour le foyer, mais sa meilleure assurance. Que le respect que l&rsquo;on se doit à soi-même est la condition première du respect que l&rsquo;on peut exiger de l&rsquo;autre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et peut-être, surtout, que l&rsquo;amour — celui qui dure, celui qui construit, celui qui résiste — ne demande pas le silence. Il demande la parole.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>A.D</strong></p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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		<title>Mariage au Mali : la fréquentation avant l’union réduit-elle vraiment les divorces ?</title>
		<link>https://saheltribune.com/mariage-au-mali-la-frequentation-avant-lunion-reduit-elle-vraiment-les-divorces/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Chiencoro]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 13 Jun 2026 04:00:00 +0000</pubDate>
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<p>Au Mali, la fréquentation avant le mariage est souvent présentée comme un moyen de mieux connaître son futur conjoint. Pourtant, de nombreux divorces interrogent cette certitude. </p>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Au Mali, la multiplication des fréquentations prénuptiales n&rsquo;a pas renforcé les couples — elle a souvent précipité leur rupture.</em></strong><strong></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">On croyait que mieux se connaître avant le mariage protégerait les couples maliens des désillusions. On pensait que la fréquentation, l&rsquo;intimité partagée, la vie testée à deux avant l&rsquo;engagement officiel construirait des unions plus solides. Le résultat est souvent inverse : les divorces précoces se multiplient, les conflits conjugaux s&rsquo;enveniment, et au cœur de beaucoup de ces ruptures se trouve le même constat amer — la personne que l&rsquo;on a épousée n&rsquo;est pas celle que l&rsquo;on a connue avant le mariage.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Le masque de la séduction</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Il existe une vérité que la modernité amoureuse a du mal à admettre : avant le mariage, on se montre. On ne se révèle pas — on se présente. Et la présentation, par définition, est une mise en scène.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;homme qui courtise est attentionné, patient, généreux. Il appelle, il offre, il écoute. La femme qui est courtisée est douce, disponible, souriante. Elle s&rsquo;arrange, elle s&rsquo;adapte, elle séduit. Ces comportements ne sont pas nécessairement mensongers — ils sont humains. Mais ils sont fondamentalement incomplets. Ils correspondent à ce que chacun veut projeter, pas à ce que chacun est réellement dans la durée, dans l&rsquo;adversité, dans la fatigue d&rsquo;un quotidien partagé.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le problème surgit le lendemain du mariage. Quand l&rsquo;homme attentionné redevient taciturne. Quand la femme douce laisse apparaître ses exigences réelles. Quand les rôles de la séduction cèdent la place aux personnalités profondes, forgées par des années d&rsquo;éducation, de culture, de valeurs familiales que quelques mois de fréquentation n&rsquo;ont pas su révéler. C&rsquo;est là que la déception s&rsquo;installe — et avec elle, les disputes, les reproches, et souvent, le divorce.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Ce que les anciens avaient compris</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Les sociétés traditionnelles maliennes avaient, à leur manière, anticipé ce problème. Dans les systèmes matrimoniaux anciens, les futurs époux ne se découvraient pas avant le mariage — ou très peu. Ce qui pouvait sembler une contrainte archaïque était en réalité une forme de sagesse pragmatique : si l&rsquo;on ne se connaît pas encore, on ne peut pas encore se décevoir. On entre dans le mariage sans attentes construites sur une fiction de l&rsquo;autre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais surtout — et c&rsquo;est là le point essentiel souvent oublié — les anciens compensaient cette absence de fréquentation préalable par une observation longue et minutieuse. On ne choisissait pas un conjoint à la légère. On observait les familles, les comportements au quotidien, la réputation dans la communauté, le rapport aux aînés, la manière de travailler, de parler, de se conduire dans les moments difficiles. On prenait le temps qu&rsquo;il fallait, parfois des années, pour s&rsquo;assurer que le caractère réel de la personne — pas sa façade de séduction — correspondait à ce que l&rsquo;on cherchait.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce système avait ses propres limites et ses propres injustices, notamment pour les femmes qui n&rsquo;avaient pas toujours voix au chapitre. Mais sa logique profonde — chercher le caractère plutôt que le charme, observer plutôt que ressentir — contenait une intelligence conjugale que la modernité a trop vite jetée avec l&rsquo;eau du bain.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>«&nbsp;On n&rsquo;achète pas le cheval sans le tester&nbsp;»</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">«&nbsp;<em>So tai san a senon fai</em>&nbsp;». Cette&nbsp;expression est aujourd&rsquo;hui couramment utilisée au Mali pour justifier les relations intimes avant le mariage. Sa logique apparente est séduisante : comment s&rsquo;engager pour la vie avec quelqu&rsquo;un que l&rsquo;on ne connaît pas pleinement ? Mais cette métaphore, en comparant une femme à un animal que l&rsquo;on évalue avant acquisition, révèle d&#8217;emblée sa propre limite morale. Et sur le fond, elle ne tient pas. Car l&rsquo;intimité physique partagée avant le mariage ne dit rien — ou presque — du caractère profond d&rsquo;une personne, de sa manière de gérer un conflit, d&rsquo;affronter la précarité, de se comporter dans la durée. Elle crée en revanche une illusion de connaissance, un sentiment de familiarité qui masque tout ce que l&rsquo;on n&rsquo;a pas encore eu le temps d&rsquo;observer. On croit avoir testé. On n&rsquo;a fait que désirer. Et quand le désir se stabilise et que la réalité du quotidien prend le dessus, ce que l&rsquo;on croyait avoir découvert avant le mariage s&rsquo;avère n&rsquo;être qu&rsquo;une entrée — jamais le livre entier.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La vraie nature d&rsquo;une personne ne se révèle pas dans les premières semaines d&rsquo;une relation amoureuse. Elle se révèle dans la gestion d&rsquo;un conflit, dans la réaction face à une perte, dans la manière de traiter les proches quand personne ne regarde, dans les choix faits sous pression économique. Aucune fréquentation préconjugale — aussi longue soit-elle — ne garantit d&rsquo;avoir accès à ces dimensions-là avant l&rsquo;engagement.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Quand les comportements divergent après le mariage</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Ce que les conseillers conjugaux observent aujourd&rsquo;hui dans les procédures de divorce en dit long. Les motifs de rupture évoqués reviennent avec une régularité frappante : «&nbsp;<em>il n&rsquo;est plus le même homme qu&rsquo;avant</em>&nbsp;», «&nbsp;<em>elle a changé du tout au tout depuis le mariage</em>&nbsp;», «&nbsp;<em>je ne la reconnais plus&nbsp;</em>».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces formulations ne décrivent pas un changement réel de personnalité. Elles décrivent la fin d&rsquo;une performance et le début de la réalité. L&rsquo;homme qui «&nbsp;<em>n&rsquo;est plus le même</em>&nbsp;» était, avant le mariage, en mode conquête. La femme qui «&nbsp;<em>a changé</em>&nbsp;» portait, avant le mariage, le masque de ce qu&rsquo;elle croyait devoir être pour être choisie. Le mariage n&rsquo;a pas transformé ces personnes — il les a simplement révélées.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et c&rsquo;est là que le déphasage devient destructeur. Parce que l&rsquo;on a construit des attentes fermes sur la base d&rsquo;une image provisoire. Parce que l&rsquo;on a pris des décisions irréversibles — mariage, enfants, foyer commun — sur le fondement d&rsquo;une connaissance qui était, en réalité, une illusion partagée et consentie.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Ni retour en arrière, ni fuite en avant</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Il ne s&rsquo;agit pas ici de plaider pour un retour aux mariages arrangés d&rsquo;antan, ni de condamner la fréquentation préconjugale au nom de la morale. La société malienne a changé, les aspirations individuelles sont légitimes, et personne ne peut sérieusement proposer de rembobiner le fil de l&rsquo;histoire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais il est urgent d&rsquo;introduire dans la préparation au mariage — dans les familles, dans les mosquées, dans les espaces communautaires — une conversation honnête sur ce que la fréquentation révèle et ce qu&rsquo;elle cache. D&rsquo;apprendre aux jeunes couples à observer l&rsquo;autre dans des situations de vérité, pas seulement de séduction. De réhabiliter la vertu de la lenteur dans le choix du conjoint — non pas par pudeur, mais par intelligence.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les anciens prenaient le temps. Pas parce qu&rsquo;ils étaient naïfs ou conservateurs. Parce qu&rsquo;ils savaient que le caractère d&rsquo;un être humain ne se lit pas dans ses yeux pendant un dîner romantique. Il se lit dans ses actes, dans sa durée, dans sa manière d&rsquo;être quand il n&rsquo;a plus rien à prouver.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est peut-être la leçon la plus précieuse qu&rsquo;une société en mutation rapide comme le Mali d&rsquo;aujourd&rsquo;hui gagnerait à ne pas oublier.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Chiencoro Diarra&nbsp;</strong></p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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		<title>Le sinankunya face au monde moderne : la plaisanterie à cousinage survit-elle en ville ?</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Chiencoro]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 07 Jun 2026 00:00:00 +0000</pubDate>
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<p>Valeur centrale du Programme national d’éducation aux valeurs, le sinankunya demeure un puissant mécanisme de cohésion sociale au Mali. </p>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Au Mali, cette institution pluriséculaire qui permet à des communautés entières de se moquer les unes des autres sans qu&rsquo;une goutte de sang coule est érigée en valeur cardinale par le Programme National d&rsquo;Éducation aux Valeurs. Mais entre les embouteillages de Bamako, les smartphones et l&rsquo;individualisme ambiant, que reste-t-il du pacte ?</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La scène se passe à un carrefour de Bamako, côté Lafiabougou. Deux hommes viennent de se rentrer dedans avec leurs motos. Casques inexistants, jurons immédiats. L&rsquo;un lance le nom de l&rsquo;autre. L&rsquo;autre reconnaît une terminaison patronymique. Un silence d&rsquo;une demi-seconde. Puis les deux éclatent de rire — parce qu&rsquo;ils sont&nbsp;<em>sinanku</em>, cousins à plaisanterie. Ils se mettent à s&rsquo;insulter avec une tendresse qui déroute les passants non initiés. La dispute s&rsquo;évapore. Les motos repartent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce genre de scène existe encore. Mais de moins en moins. Et c&rsquo;est précisément ce rétrécissement-là qui inquiète les rédacteurs du Programme National d&rsquo;Éducation aux Valeurs (PNEV) malien, lancé par les autorités de la Transition. Le texte cite le&nbsp;<em>sinankunya</em>&nbsp;parmi les «&nbsp;<em>valeurs existentielles</em>&nbsp;» du pays, aux côtés de la solidarité, de l&rsquo;hospitalité et de l&rsquo;honnêteté. Autrement dit : le considère comme un pilier de la cohésion nationale, pas comme un folklore pittoresque.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La question est de savoir si ce pilier tient encore le plafond.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Un pacte sacré déguisé en dérision</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Avant de se demander ce qu&rsquo;il devient, rappelons ce qu&rsquo;il est. Le&nbsp;<em>sinankunya</em>&nbsp;— ou&nbsp;<em>sanankuya</em>&nbsp;selon les langues — est traduit dans le PNEV comme «&nbsp;<em>parenté à plaisanterie</em>&nbsp;». La formule est juste mais réductrice. Il s&rsquo;agit en réalité, selon le document, d&rsquo;un «&nbsp;<em>pacte d&rsquo;alliance et de non-agression érigé en lien de parenté, associé à un jeu de dérision mutuelle, chacun se retrouvant en l&rsquo;autre</em>&nbsp;». Un traité de paix déguisé en joute verbale.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ses fondements sont anciens et divers. Entre certains patronymes, l&rsquo;alliance est héréditaire : les Traoré et les Diarra se charient depuis des siècles, les Coulibaly et les Fomba aussi, les Bozo et les Dogon partagent un cousinage légendaire né des rives du fleuve Niger. Entre certaines communautés, elle est ethnique : Peuls et Bambaras, Soninké et Maures, Sénoufo et Dioula s&rsquo;y adonnent selon des codes propres, transmis oralement de génération en génération. Elle peut aussi être géographique, entre villages voisins dont l&rsquo;histoire a forgé des liens d&rsquo;alliance et de complémentarité économique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans tous les cas, le mécanisme est le même : l&rsquo;insulte ritualisée est permise, voire obligatoire. «&nbsp;<em>Tu es mon esclave</em>&nbsp;», «&nbsp;<em>vous mangez des lézards</em>&nbsp;», «&nbsp;<em>vous êtes des consommateurs du haricot</em>&nbsp;», «&nbsp;<em>vous n&rsquo;êtes bons qu&rsquo;à garder les chèvres</em>&nbsp;» — autant de formules qui, dans un autre contexte, déclencheraient une bagarre, et qui ici appellent une réponse du même tonneau, dans le rire. L&rsquo;anthropologue Germaine Dieterlen, qui avait étudié ces pratiques chez les Dogon dans les années 1940, avait été frappée par leur capacité à désamorcer les tensions que d&rsquo;autres sociétés règlent par la violence.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Un amortisseur de conflits à grande échelle</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui fait la spécificité du&nbsp;<em>sinankunya</em>&nbsp;par rapport à d&rsquo;autres formes de plaisanterie culturelle dans le monde, c&rsquo;est son ancrage institutionnel. Il n&rsquo;est pas une blague. C&rsquo;est un droit et un devoir codifiés, assortis d&rsquo;obligations précises. Le PNEV le décrit comme «&nbsp;<em>un formidable moyen de médiation sociale, qui participe des mécanismes traditionnels vivants de résolution des conflits à toutes les échelles</em>&nbsp;». Le mot «&nbsp;<em>vivants</em>&nbsp;» mérite attention — les rédacteurs y croient encore.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et l&rsquo;histoire leur donne des raisons d&rsquo;y croire. Des chercheurs ont documenté des situations de tension intercommunautaire — disputes foncières, palabres entre villages, froissements de prestige — où l&rsquo;invocation du&nbsp;<em>sinankunya</em>&nbsp;entre protagonistes a suffi à désamorcer ce qui menaçait de dégénérer. L&rsquo;humour comme soupape. La dérision comme traité de paix. La moquerie comme sauf-conduit diplomatique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans le contexte malien actuel, marqué par des années de crise sécuritaire et une véritable guerre informationnelle, la valeur opérationnelle de ce mécanisme n&rsquo;est pas seulement symbolique. Elle est potentiellement vitale.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Bamako, broyeuse de pactes</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Mais voilà le problème : Bamako n&rsquo;est pas un village. Et c&rsquo;est dans les villes que se joue désormais la majorité de la vie sociale malienne. La capitale a quintuplé de population en trente ans. Elle abrite aujourd&rsquo;hui plus de trois millions de personnes venues de tous les horizons du pays — et au-delà. Dans cet espace urbain saturé, anonyme, où l&rsquo;on ne sait pas toujours qui est son voisin de palier, encore moins son patronyme, le&nbsp;<em>sinankunya</em>&nbsp;perd sa condition d&rsquo;existence première : la connaissance de l&rsquo;autre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Car le pacte repose sur la reconnaissance. Pour plaisanter avec quelqu&rsquo;un, encore faut-il savoir qu&rsquo;on est son&nbsp;<em>sinanku</em>. Or dans les quartiers populaires de Bamako — Banconi, Sogoniko, Yirimadio —, les gens se croisent sans se voir, travaillent ensemble sans jamais apprendre d&rsquo;où ils viennent. La mobilité sociale brasse les patronymes mais dilue les codes. Un Keïta né à Bamako de parents originaires de Ségou et éduqué dans une école française peut très bien ne jamais avoir appris avec qui sa famille partage un cousinage.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le PNEV le reconnaît à demi-mot : «&nbsp;<em>l&rsquo;effritement de l&rsquo;autorité parentale</em>&nbsp;» et les transformations urbaines ont «&nbsp;<em>sérieusement affecté nos valeurs culturelles fondamentales comme le cousinage, la solidarité et l&rsquo;entraide</em>&nbsp;». Le cousinage vient en premier dans la liste. Ce n&rsquo;est pas un hasard.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Le smartphone ne sait pas jouer à ça</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a aussi la question des écrans. Le&nbsp;<em>sinankunya</em>&nbsp;est une pratique de présence physique. Son efficacité sociale tient précisément à ce qu&rsquo;elle se déploie en public, devant témoins, dans un espace partagé. La plaisanterie prend son sens dans le regard des autres — qui rient, qui valident, qui rappellent les règles si quelqu&rsquo;un dépasse les bornes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Or la sociabilité numérique, qui a colonisé une large part du temps social des jeunes Maliens, obéit à d&rsquo;autres logiques. On ne sait pas encore très bien comment plaisanter sur WhatsApp avec son cousin-à-plaisanterie — surtout quand on n&rsquo;a jamais appris qu&rsquo;il l&rsquo;était. Les mèmes, les GIF, les stories ne véhiculent pas les codes du&nbsp;<em>sinankunya</em>. Et ce qui ne passe pas par les écrans finit, pour une génération entière, par n&rsquo;exister que vaguement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a là un paradoxe que les autorités maliennes perçoivent sans toujours savoir comment l&rsquo;adresser : comment numériser quelque chose qui n&rsquo;existe que dans le corps-à-corps, dans la voix, dans le geste, dans l&rsquo;espace commun de la rue ou du marché ?</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Résistances et réinventions</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Pourtant, le&nbsp;<em>sinankunya</em>&nbsp;n&rsquo;est pas mort. Loin de là. Il se pratique encore, intensément, dans les cérémonies familiales — mariages, baptêmes, funérailles — où les retrouvailles entre cousins à plaisanterie donnent lieu à des joutes verbales d&rsquo;une inventivité parfois vertigineuse. Il survit aussi dans certaines professions où la sociabilité est dense : les marchés, les transports en commun, certains milieux associatifs. Des griots en font même une spécialité, rappelant publiquement les alliances lors des grands rassemblements.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Plus surprenant : des formes de&nbsp;<em>sinankunya</em>&nbsp;ont émergé entre groupes ethniques que la crise sécuritaire avait mis en tension. Des initiatives de réconciliation intercommunautaire, notamment dans le centre du Mali, ont délibérément convoqué le mécanisme traditionnel pour créer un espace de parole détendue entre communautés dont les relations s&rsquo;étaient crispées. La plaisanterie comme thérapie collective. L&rsquo;insulte ritualisée comme première étape vers le dialogue.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs sur ce terrain-là que le PNEV place ses espoirs les plus explicites : le&nbsp;<em>sinankunya</em>&nbsp;y est présenté non seulement comme un héritage à préserver, mais comme un «&nbsp;<em>instrument vivant de résolution des conflits&nbsp;</em>», mobilisable aujourd&rsquo;hui à toutes les échelles, du quartier au pays.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Un pari sur la transmission</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le vrai défi n&rsquo;est pas de défendre le&nbsp;<em>sinankunya</em>&nbsp;contre la modernité. C&rsquo;est de l&rsquo;enseigner à une génération qui ne l&rsquo;a pas reçu naturellement. C&rsquo;est là que le PNEV tente quelque chose d&rsquo;ambitieux : intégrer ces mécanismes sociaux traditionnels dans les curricula scolaires, en faire une matière vivante plutôt qu&rsquo;un chapitre de manuel, et redonner aux griots, aux aînés et aux associations culturelles les moyens de les transmettre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le pari est plausible. Des recherches menées dans d&rsquo;autres contextes africains montrent que les pratiques culturelles de régulation sociale résistent bien mieux qu&rsquo;on ne le croit à l&rsquo;urbanisation — à condition qu&rsquo;elles soient nommées, valorisées, expliquées. Ce qui disparaît, ce n&rsquo;est pas toujours la pratique. C&rsquo;est parfois seulement la conscience de ce qu&rsquo;elle signifie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le&nbsp;<em>sinankunya</em>, ça ne s&rsquo;apprend pas dans un livre. Ça s&rsquo;apprend en riant. Sans doute. Mais encore faut-il savoir avec qui rire, et pourquoi. Et ça, c&rsquo;est précisément ce que l&rsquo;école, la famille et la société ont, depuis quelques décennies, cessé d&rsquo;enseigner. Le reste viendra peut-être tout seul.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Chiencoro Diarra&nbsp;</strong></p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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		<title>Réseaux sociaux et antivaleurs : comment l&#8217;écran a pris la place du conteur</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Chiencoro]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 31 May 2026 05:30:55 +0000</pubDate>
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<p>Au Mali, le Programme national d’éducation aux valeurs alerte sur l’impact des réseaux sociaux et des écrans dans la transmission des repères moraux, l’autorité parentale et la cohésion familiale.</p>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Au Mali, le Programme National d&rsquo;Éducation aux Valeurs dresse un constat sans appel : les technologies numériques ont fracturé la transmission morale des générations. Le conteur a été détrôné. L&rsquo;écran règne. Enquête sur une révolution silencieuse aux conséquences considérables.</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Il fut un temps, pas si lointain, où la nuit tombée sur les quartiers de Bamako n&rsquo;éteignait pas les voix. Sous les manguiers ou dans les grandes cours familiales, les anciens prenaient la parole. Les enfants, assis en cercle, écoutaient les contes, les récits de bravoure, les histoires de lignages dont chaque détail portait une leçon. C&rsquo;était l&rsquo;heure du conteur — le&nbsp;<em>jeli</em>, le sage, le grand-père ou la grand-mère — et elle durait des heures. Ce qu&rsquo;on y apprenait ne s&rsquo;oubliait pas. Pas parce que c&rsquo;était écrit. Mais parce que c&rsquo;était vivant.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Aujourd&rsquo;hui, les enfants ont des smartphones. Ce glissement — banal en apparence, fondamental en réalité — est au cœur du diagnostic que pose le Programme National d&rsquo;Éducation aux Valeurs (PNEV), initiative ambitieuse du gouvernement de Transition malien. En quelques décennies, les technologies numériques ont opéré ce que les rédacteurs du programme qualifient sobrement d&rsquo;«&nbsp;<em>agression de l&rsquo;imaginaire national qui se déconstruit&nbsp;</em>». Derrière la formule, une réalité que nombre de familles vivent chaque soir sans toujours trouver les mots pour la nommer.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>L&rsquo;invasion du portail familial</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Pour comprendre la rupture, il faut remonter le fil. Le PNEV le retrace avec une précision presque mélancolique : la radio, le théâtre, puis le cinéma avaient déjà «&nbsp;<em>touché la corde sensible</em>&nbsp;» des populations. Ensuite sont venues les chaînes de télévision, avec leur avalanche de fictions, d&rsquo;animations, de feuilletons. Puis le numérique a tout emporté. L&rsquo;ordinateur, la tablette, le téléphone. Tous les médias concentrés en un seul objet, glissé dans une poche, accessible à toute heure.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le document note avec une précision qui donne à réfléchir que ces technologies «&nbsp;<em>ont franchi le portail des maisons pour venir « assister » — remarquez l&rsquo;inversion — les habitants, servis à part, presqu&rsquo;individuellement&nbsp;</em>». Cette inversion n&rsquo;est pas anodine. Autrefois, la famille se réunissait autour d&rsquo;un média — la radio commune, le poste de télévision du salon. Désormais, chaque membre de la famille dispose de son propre écran, de sa propre bulle, de son propre flux. La technologie qui était censée relier a commencé par désunir. Elle a fragmenté l&rsquo;unité familiale de l&rsquo;intérieur, sans bruit, sans violence apparente, et presque sans résistance.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La conséquence logique ne s&rsquo;est pas fait attendre : l&rsquo;éducation aux valeurs, qui se transmettait dans ces moments de vie commune — le repas partagé, la veillée, l&rsquo;histoire du soir —, a perdu ses scènes naturelles. Elle n&rsquo;a pas disparu. Elle a été déplacée. Et le problème est que rien d&rsquo;équivalent n&rsquo;a pris sa place.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Ce que diffuse l&rsquo;écran à la place du conteur</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Car ce n&rsquo;est pas seulement une affaire de temps d&rsquo;écran. C&rsquo;est une affaire de contenu. Le conteur ne racontait pas pour divertir. Il transmettait. Chaque histoire avait une moralité, un enseignement sur la bravoure, la solidarité, l&rsquo;honneur, la pudeur, le respect de l&rsquo;aîné. La forme était séduisante ; le fond était normatif. L&rsquo;enfant captait les deux en même temps, sans s&rsquo;en apercevoir.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce que diffuse l&rsquo;écran est d&rsquo;une autre nature. Le PNEV s&rsquo;alarme d&rsquo;un «&nbsp;<em>journalisme de mercenariat&nbsp;</em>», de «&nbsp;<em>feuilletons sulfureux de la télévision nationale</em>&nbsp;», d&rsquo;un «&nbsp;<em>mimétisme d&rsquo;antivaleurs médiatisées en l&rsquo;absence de modèles endogènes&nbsp;</em>». Les réseaux sociaux, eux, propagent une imagerie venue d&rsquo;ailleurs : des codes vestimentaires, des comportements, des hiérarchies de prestige qui n&rsquo;ont aucun ancrage dans la civilisation malienne. La richesse ostensible. L&rsquo;arrogance comme posture. L&rsquo;exhibition comme norme.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces modèles ne sont pas neutres. Ils façonnent les aspirations. Et quand un adolescent de Bamako consomme chaque jour des heures de contenus valorisant l&rsquo;argent facile, la transgression séduisante et l&rsquo;impunité assumée, il reçoit une éducation — une éducation inverse de celle que sa famille tente de lui donner. Le document pointe avec acuité «&nbsp;<em>l&rsquo;influence des réseaux sociaux sur les représentations que se font les publics à l&rsquo;égard des libertés, de l&rsquo;autorité et des pratiques institutionnelles</em>&nbsp;». En clair : TikTok, Facebook et leurs équivalents ne transmettent pas seulement des images. Ils transmettent une vision du monde. Et cette vision du monde est souvent en guerre contre celle des aînés.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Le smartphone, juge de paix de l&rsquo;autorité parentale</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">La tension est quotidienne. Elle s&rsquo;observe dans les familles de Bamako comme dans celles de Mopti ou de Ségou. Un parent interdit un contenu, un enfant y accède quand même. Un film classé «&nbsp;<em>interdit aux moins de 18 ans</em>&nbsp;» est regardé par toute la famille, relève le PNEV avec une ironie amère, «&nbsp;<em>en dépit de la consigne</em>&nbsp;». Ailleurs, les plateformes proposent des filtres parentaux. Ici, «&nbsp;<em>inopérants</em>&nbsp;», note le programme.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette inopérance n&rsquo;est pas technique. Elle est sociale. Le contrôle des usages numériques requiert du temps, de la vigilance, une culture de la régulation numérique que les parents maliens — souvent moins à l&rsquo;aise avec les outils que leurs enfants — peinent à exercer. Le rapport d&rsquo;autorité traditionnel, fondé sur le savoir et l&rsquo;expérience de l&rsquo;aîné, se trouve soudainement inversé : l&rsquo;enfant maîtrise le dispositif, et le parent navigue à vue.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce renversement symbolique est peut-être le plus corrosif de tous. Car dans la cosmologie traditionnelle malienne, l&rsquo;aîné sait. C&rsquo;est de ce savoir que découle son autorité. Quand l&rsquo;enfant de dix ans configure le téléphone familial que son père ne comprend pas, c&rsquo;est toute la pyramide hiérarchique qui vacille.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Une consommation « sauvage » aux graves conséquences</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le PNEV ne plaide pas pour un rejet des technologies. Il serait vain, et le document le reconnaît franchement : «&nbsp;<em>il est difficile de faire sans ces nouveaux outils intégrés à la culture de la société de consommation qui prévaut dans le monde.&nbsp;</em>» Ce que le texte dénonce, c&rsquo;est une consommation qu&rsquo;il qualifie de «&nbsp;<em>sauvage, anarchique</em>&nbsp;» — faute d&rsquo;un cadre éthique, professionnel et réglementaire adapté.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La formule est forte, et juste. Car il ne suffit pas d&rsquo;avoir accès à l&rsquo;outil pour en faire bon usage. Le numérique est un espace sans instituteurs. Les algorithmes des plateformes ne sont pas conçus pour former des citoyens vertueux : ils sont conçus pour maximiser le temps passé devant l&rsquo;écran, ce qui favorise mécaniquement les contenus les plus clivants, les plus sensationnels, les plus désinhibiteurs. Ce que le PNEV appelle «&nbsp;<em>antivaleurs</em>&nbsp;» est précisément ce que ces algorithmes récompensent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les conséquences ne sont pas abstraites. La «&nbsp;<em>jeunesse sans emploi livrée à la débauche, à l&rsquo;extrémisme violent et à la radicalisation&nbsp;</em>» que décrit le programme est en partie une jeunesse surinformée dans les mauvais sens, nourrie de modèles de réussite inaccessibles et de récits de violence qui normalisent la transgression. Les recruteurs terroristes l&rsquo;ont compris avant les pédagogues : les réseaux sociaux sont, entre de mauvaises mains, un outil de mobilisation redoutable.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Le numérique peut-il devenir un vecteur de valeurs ?</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est la grande question que le PNEV tente d&rsquo;ouvrir, sans la refermer tout à fait. Car l&rsquo;écran, à lui seul, n&rsquo;est ni vertueux ni pernicieux. Il amplifie. Il accélère. Ce qu&rsquo;on y met, il le propage. Et rien n&rsquo;interdit, en théorie, qu&rsquo;on y mette autre chose.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le programme identifie les réseaux sociaux comme «&nbsp;<em>vecteur multimédia pouvant atteindre davantage de cibles, d&rsquo;abonnés, avec la possibilité du direct, de l&rsquo;instantané&nbsp;</em>». La même machinerie qui diffuse des contenus dégradants peut diffuser des récits de héros maliens, des enseignements du&nbsp;<em>Do Kayidara</em>, des capsules sur l&rsquo;histoire de l&rsquo;Empire du Mali ou la Charte de Kurukanfuka — si quelqu&rsquo;un prend la peine de les produire, et si les pouvoirs publics créent les conditions pour qu&rsquo;ils circulent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le défi est réel. Pour qu&rsquo;un contenu vertueux rivalise avec un contenu viral, il doit être aussi captivant, aussi bien produit, aussi bien distribué. C&rsquo;est un enjeu d&rsquo;investissement public et privé, de formation des créateurs de contenus locaux, de politique culturelle numérique cohérente. Des chantiers que le PNEV pose sur la table, sans encore disposer des moyens de les mener.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Le conteur ne reviendra pas. Mais peut-on en inventer un nouveau ?</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">La veillée sous les manguiers ne reviendra pas. L&rsquo;économie de l&rsquo;attention est désormais mondiale, et les enfants maliens en font partie comme tous les autres. La nostalgie n&rsquo;est pas un programme.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce que le PNEV propose, au fond, c&rsquo;est un pari de lucidité : reconnaître que le numérique a irréversiblement transformé les circuits de transmission des valeurs, et choisir d&rsquo;y entrer plutôt que de le subir. Former les enseignants, les imams, les artistes, les influenceurs locaux à devenir eux aussi des passeurs de sens. Bâtir un cadre réglementaire qui protège les plus jeunes sans interdire l&rsquo;innovation. Investir dans une production culturelle malienne qui soit à la hauteur de la compétition mondiale pour l&rsquo;attention.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est un programme de longue haleine. Et peut-être son plus grand risque est-il celui que le document pressent sans le nommer clairement : le temps de la politique est court, et le temps de la transmission est long. Très long.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pendant ce temps, les enfants scrollent.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Chiencoro Diarra&nbsp;</strong></p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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		<title>Société malienne : la honte peut-elle encore jouer son rôle de régulateur moral ?</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Chiencoro]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 20 May 2026 04:00:00 +0000</pubDate>
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<p>Au Mali, la honte, autrefois pilier de la régulation sociale, semble perdre son influence face à l’argent, à l’individualisme et à l’effritement des repères collectifs.</p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Au Mali, la « police de conscience » — cet antique mécanisme par lequel la société se disciplinait elle-même — est en lambeaux. Le Programme National d&rsquo;Éducation aux Valeurs tente de comprendre pourquoi, et d&rsquo;imaginer comment la ressusciter. Reportage au cœur d&rsquo;une question qui touche à l&rsquo;âme d&rsquo;une civilisation.</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a une scène que Mariam Coulibaly, enseignante à la retraite à Bamako, ne peut raconter sans baisser la voix. Un jour, dans les couloirs d&rsquo;une administration de la capitale, elle a vu un fonctionnaire glisser des billets dans sa poche, devant tout le monde, sans même se retourner pour vérifier si quelqu&rsquo;un regardait. «&nbsp;<em>Ce n&rsquo;était pas la discrétion qui m&rsquo;a frappée. C&rsquo;est l&rsquo;absence totale de gêne. Il n&rsquo;avait pas honte. Pas du tout.</em>&nbsp;» Elle marque une pause. «&nbsp;<em>Chez nous, avant, ça n&rsquo;existait pas.&nbsp;</em>»</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce «&nbsp;<em>avant</em>&nbsp;» qu&rsquo;elle invoque, c&rsquo;est celui d&rsquo;une société où la honte —&nbsp;<em>maloya</em>&nbsp;en bamanankan — jouait un rôle que nul tribunal, nulle police, nulle loi écrite ne pouvait pleinement remplacer. Un rôle de régulateur. D&rsquo;arbitre invisible. De dernier rempart avant la faute.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Aujourd&rsquo;hui, ce rempart semble en ruine. Et c&rsquo;est ce constat, brutal et mélancolique, qui fonde l&rsquo;un des développements les plus originaux du Programme National d&rsquo;Éducation aux Valeurs (PNEV), lancé par les autorités de la Transition malienne. Le texte y consacre plusieurs pages à ce que ses rédacteurs appellent, avec une formule à la fois froide et percutante, la «&nbsp;<em>police de conscience&nbsp;</em>». Autrement dit : le système par lequel une société se surveille elle-même, avant que l&rsquo;État n&rsquo;ait besoin d&rsquo;intervenir.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>La honte, ce gendarme sans uniforme</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Dans la conception traditionnelle malienne que décrit le PNEV, la honte n&rsquo;est pas une faiblesse. C&rsquo;est une architecture. Un édifice moral à plusieurs étages, bâti collectivement pour que chacun reste à sa place — non par peur de la prison, mais par peur du regard des siens.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Tout commence à l&rsquo;intérieur : l&rsquo;individu s&rsquo;interdit certains actes parce qu&rsquo;il se sait porteur d&rsquo;un nom, d&rsquo;une lignée, d&rsquo;une réputation à préserver. La notion de&nbsp;<em>yèrèdon</em>&nbsp;— la connaissance de soi — est ici centrale. «&nbsp;<em>Sodon, jiridon, yèrèdon de niogôn tè</em>&nbsp;», disait une sagesse malienne.&nbsp;&nbsp;Savoir qui l&rsquo;on est, c&rsquo;est savoir ce qu&rsquo;on ne peut pas se permettre. L&rsquo;homme qui vole, qui trahit, qui humilie, ne trahit pas seulement une règle abstraite. Il trahit ses ancêtres. Il souille son patronyme. Il se rend indigne de l&rsquo;estime de sa famille, de son quartier, de sa classe d&rsquo;âge.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais la honte personnelle ne suffit pas toujours. C&rsquo;est pourquoi la société malienne traditionnelle avait développé un dispositif de contrôle social en cercles concentriques, décrit avec une précision quasi ethnographique dans le PNEV. En cas de manquement grave, les sanctions s&rsquo;enchaînaient selon un protocole rigoureux : d&rsquo;abord la réprimande de l&rsquo;épouse ou du mari, ensuite l&rsquo;admonestation des amis, puis le retrait des camarades de classe d&rsquo;âge, la mise à l&rsquo;index par les chefs religieux, la dénonciation publique, et enfin — sanction suprême — l&rsquo;excommunication de la communauté. Le bannissement. L&rsquo;effacement social.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«&nbsp;<em>La famille tenait plus à la préservation de son honneur qu&rsquo;à celle du lien avec le membre qui l&rsquo;avait déshonorée</em>&nbsp;», résume sobrement le programme. Une formule qui dit tout sur la violence de cette régulation — et sur son efficacité redoutable.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Quand l&rsquo;argent a mis la honte en fuite</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Alors, qu&rsquo;est-il arrivé ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le PNEV ne mâche pas ses mots. Il pointe, avec une franchise qui tranche sur le langage habituel des documents officiels, «&nbsp;<em>la perte de la honte et la culture populaire du profit à tout prix</em>&nbsp;» comme l&rsquo;une des causes majeures de l&rsquo;effondrement moral du pays. L&rsquo;argent, écrit le texte, «&nbsp;<em>a gangrené tous les espaces de la vie publique et privée&nbsp;</em>», entraînant «&nbsp;<em>un bouleversement social sans précédent »&nbsp;</em>et<em>&nbsp;« une inversion des valeurs&nbsp;</em>».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui était honteux est devenu enviable. Ce qui était enviable est devenu suspect. Les fonctions sociales jadis sanctuarisées — l&rsquo;enseignant, le juge, le médiateur traditionnel, le religieux — ont toutes «&nbsp;<em>cédé au pouvoir redoutable de l&rsquo;argent&nbsp;</em>». Et le comble : «&nbsp;<em>ce pourquoi l&rsquo;on se donnait la mort avant, le vol, est devenu chose banale.&nbsp;</em>» Le document rappelle, sans ironie mais avec une tristesse à peine contenue, que «&nbsp;<em>de célèbres détenus font de la prison un lieu de fête&nbsp;</em>».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Fousseni Togola, professeur de philosophe et écrivain à Bamako, n&rsquo;est pas surpris par ce diagnostic. Il l&rsquo;a observé, pendant des années. «&nbsp;<em>La honte fonctionnait parce que la communauté était le miroir dans lequel chacun se regardait. Or ce miroir s&rsquo;est fragmenté. L&rsquo;exode rural, l&rsquo;anonymat des grandes villes, les réseaux sociaux — tout cela a créé un individu sans communauté. Et sans regard de l&rsquo;autre, la honte n&rsquo;a plus de prise.&nbsp;</em>»</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il marque une pause, puis ajoute : «&nbsp;<em>Il y a aussi une responsabilité des élites. Quand les gens qui devraient incarner la honte sont précisément ceux qui s&rsquo;en affranchissent le plus ostensiblement, c&rsquo;est toute la norme qui s&rsquo;effondre.</em>&nbsp;»</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>« Plutôt la mort que la honte » : une maxime oubliée</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le PNEV convoque une figure tutélaire pour illustrer ce que la honte, dans sa version héroïque, peut produire : Babemba Traoré, roi du Kénédougou, qui préféra mourir plutôt que de se soumettre aux forces coloniales françaises en 1898. Sa devise —&nbsp;<em>« Plutôt la mort que la honte »</em>&nbsp;— est citée dans le texte comme un exemple de ce que le sens de l&rsquo;honneur peut engendrer de plus grand : le sacrifice de soi pour l&rsquo;intégrité de soi.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette dimension n&rsquo;est pas anecdotique. Dans la tradition malienne, la honte et l&rsquo;honneur sont les deux faces d&rsquo;une même médaille. L&rsquo;<em>horonya</em>&nbsp;— l&rsquo;honorabilité — est l&rsquo;une des cinq valeurs cardinales de la citoyenneté telles qu&rsquo;identifiées par le système d&rsquo;enseignement initiatique&nbsp;<em>Do Kayidara</em>. Elle se vit dans le mérite, dans la dignité préservée génération après génération, dans l&rsquo;exigence de «&nbsp;<em>se montrer digne du patronyme reçu</em>&nbsp;». Ce n&rsquo;est pas une posture. C&rsquo;est une ontologie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Or c&rsquo;est précisément cette ontologie qui s&rsquo;est effilochée. Quand les promotions se font par clientélisme, quand la réussite se mesure à l&rsquo;épaisseur du portefeuille plutôt qu&rsquo;à la rectitude de la conduite, quand les médias mettent en scène le luxe des délinquants plutôt que la sobriété des honnêtes gens — le langage de la honte perd sa grammaire.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Les gardiens se sont tus</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui aggrave la situation, selon le PNEV, c&rsquo;est que les gardiens traditionnels de la norme morale ont eux-mêmes renoncé à leur rôle. Les chefs religieux, dont l&rsquo;autorité morale était autrefois incontestée, «&nbsp;<em>tendent à la spéculation intéressée avec des accointances politiciennes qui les décrédibilisent</em>&nbsp;». Les leaders traditionnels voient leurs pouvoirs s&rsquo;éroder face aux institutions formelles de l&rsquo;État. Les parents, débordés, ont «&nbsp;<em>abandonné la culture des enfants aux programmes de la télévision</em>&nbsp;».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et la télévision, justement, a fait le travail inverse. En diffusant sans retenue les comportements déviants des puissants — dépenses ostentatoires, impunité affichée, mensonges non sanctionnés —, elle a envoyé un signal dévastateur aux plus jeunes :&nbsp;<em>la honte ne paie pas</em>. L&rsquo;absence de honte, si.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Korotoumou Diarra, mère de quatre enfants à Fana, dans la région de Dioïla, en témoigne avec une lassitude qui ressemble à de la résignation. «&nbsp;<em>J&rsquo;essaie d&rsquo;apprendre à mes fils que le vol, c&rsquo;est honteux. Mais ils me regardent et ils disent : « Maman, celui-là a volé, et il roule en 4&#215;4. » Qu&rsquo;est-ce que je leur réponds ?&nbsp;</em>» Elle regarde ses mains. «&nbsp;<em>Avant, la communauté m&rsquo;aidait à éduquer mes enfants. Aujourd&rsquo;hui, je suis seule.</em>&nbsp;» Justement, seule, parce que plus aucun parent ne souhaite voir ses enfants corriger par autrui, aussi bien dans la famille que dans la rue. La société vit un individualisme à outrance.&nbsp;&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Peut-on restaurer une honte perdue ?</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est la question que le PNEV pose, sans tout à fait y répondre. Car restaurer la honte comme régulateur social n&rsquo;est pas une question de loi ni de décret. C&rsquo;est une question de reconstruction de la communauté comme espace de regard mutuel. Et cela prend du temps — beaucoup de temps.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le programme parie sur plusieurs leviers simultanés : réhabiliter le rôle des aînés et des médiateurs traditionnels, réintroduire l&rsquo;éducation civique et morale à l&rsquo;école comme matière à part entière, revaloriser publiquement ceux qui font l&rsquo;effort de l&rsquo;intégrité, et sanctionner visiblement les comportements déviants des personnalités publiques.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce dernier point est crucial. La honte est contagieuse — dans les deux sens. Quand les puissants assument leur déshonneur sans en payer le prix, c&rsquo;est toute la société qui se déshonore par procuration. Quand un juge est révoqué, un ministre poursuivi, un fonctionnaire condamné à rembourser — et que cela se voit, que cela se sait, que cela se dit — alors la norme reprend corps. La honte retrouve une adresse.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le document conclut, avec une lucidité qui mérite d&rsquo;être citée : «&nbsp;<em>La police de conscience n&rsquo;est pas tant garantie des valeurs qu&rsquo;on le voudrait.&nbsp;</em>» Ce n&rsquo;est pas un aveu de faiblesse. C&rsquo;est un appel à ne pas tout attendre d&rsquo;elle. La honte ne peut fonctionner seule. Elle a besoin d&rsquo;une justice qui condamne, d&rsquo;une école qui forme, d&rsquo;une famille qui transmet, et d&rsquo;une société civile qui ose encore dire, à voix haute, ce qui se fait et ce qui ne se fait pas.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&nbsp;La honte ne tue pas. Mais sans elle, on peut tout se permettre. Et quand on peut tout se permettre, on finit par tout perdre.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Chiencoro Diarra&nbsp;</strong></p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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		<title>SENARE 2025 : une édition placée sous le signe de la culture et de la paix</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Cheickna Coulibaly]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 16 Sep 2025 07:46:55 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A la Une]]></category>
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<p>La SENARE 2025, un rendez-vous incontournable pour promouvoir la paix et le vivre-ensemble au sein de la nation.</p>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>La grande salle de conférence du CICB vibrait ce lundi matin 15&nbsp;septembre 2025. Archi-pleine, elle a d’abord résonné avec l’ensemble instrumental national, avant que les dozos n’enflamment la salle par leurs rythmes traditionnels. La fanfare militaire nationale a ensuite clos ce moment introductif avec l’hymne national, donnant à la cérémonie toute sa solennité. Dès l’entame, le ton était donné&nbsp;: la culture et les traditions, mises au service de l’unité et de la paix.</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Initiée et pilotée par le ministère de la Réconciliation, de la Paix et de la Cohésion nationale, la Semaine nationale de la Réconciliation (SENARE), instituée par la Loi d’Entente nationale de 2019, est désormais un rendez-vous annuel inscrit au mois de septembre. Elle vise à informer, sensibiliser et mobiliser l’opinion publique autour de la paix, de la réconciliation et du vivre-ensemble.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sous le haut parrainage du Président de la Transition, le Général d’armée Assimi Goïta, et sous la présidence du Premier ministre, Chef du Gouvernement, le Général de Division Abdoulaye Maïga, la 4&nbsp;ᵉ édition de la SENARE a officiellement été lancée. Plusieurs membres du gouvernement, dont le ministre de la Réconciliation, de la Paix et de la Cohésion nationale, le Général de Corps d’Armée Ismaël Wagué, étaient présents.</p>



<h2 class="wp-block-heading" id="h-faire-des-expressions-artistiques-et-culturelles-des-leviers-de-paix"><strong>Faire des expressions artistiques et culturelles des leviers de paix</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Dans son allocution d’ouverture, le Premier ministre a rappelé le sens de cette semaine&nbsp;: « <em>La Semaine nationale de la Réconciliation est l’occasion de célébrer les idéaux du vivre-ensemble à travers des activités éducatives, socio-culturelles, artistiques, sportives et mémorielles</em> ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette édition&nbsp;2025 coïncide avec l’Année de la Culture, décrétée par le Président de la Transition. Le Premier ministre a souligné&nbsp;: « <em>Replacer la culture au cœur des politiques publiques, renforcer la souveraineté culturelle du pays et faire des expressions artistiques et culturelles des leviers de paix, de réconciliation et de vivre-ensemble</em> ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le thème choisi — « <em>Héritage culturel&nbsp;: facteur de paix et de cohésion sociale dans l’espace AES </em>» — illustre cette volonté. Le Premier ministre a cité quelques repères de la société malienne, autant de garde-fous face aux crises&nbsp;: le&nbsp;<em>sinankounya</em>&nbsp;(cousinage à plaisanterie), le&nbsp;<em>siguignogonya</em>&nbsp;(bon voisinage), le&nbsp;<em>bouranyan</em>&nbsp;(liens de mariage) et le&nbsp;<em>nimogoya</em>&nbsp;(honneur et dignité), véritables instruments de réconciliation et de prévention des conflits.</p>



<h2 class="wp-block-heading" id="h-un-rendez-vous-au-coeur-d-un-contexte-difficile"><strong>Un rendez-vous au cœur d’un contexte difficile</strong>‎</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La SENARE&nbsp;2025 se tient alors que le Mali fait face à une crise multidimensionnelle&nbsp;: rébellion armée persistante, attaques terroristes, fragilisation du tissu social. Dans ce contexte, la réconciliation nationale est perçue comme une urgence vitale. Le Premier ministre a lancé un appel vibrant&nbsp;: « <em>Le chemin de la réconciliation et de la paix est long, certes, les défis sont immenses, mais avec notre volonté commune, la réconciliation est à notre portée et la paix est possible. Marchons ensemble, main dans la main, sur le chemin de la paix et de la réconciliation nationale</em> ».</p>



<h2 class="wp-block-heading" id="h-une-semaine-riche-en-activites"><strong>Une semaine riche en activités</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Tout au long de la semaine, la SENARE propose un programme varié et ambitieux. Les débats citoyens et panels éducatifs permettront de sensibiliser et mobiliser les populations sur les enjeux de la réconciliation et de la paix. Les activités sportives, adaptées à chaque région, incluent à Bamako, des courses de chevaux et de la lutte traditionnelle, tandis que les séances de prières et bénédictions collectives rassembleront les communautés religieuses.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les expositions artistiques et photographiques, sur le thème « <em>Portraits et messages de paix </em>», mettront en avant le talent des jeunes artistes de l’espace AES, et les caravanes de sensibilisation diffuseront des messages de cohésion sociale dans toute la capitale et les régions. Le point d’orgue de la semaine sera la Nuit de la Réconciliation, un dîner-gala réunissant artistes et acteurs de la paix pour la remise du Prix annuel de la Paix.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En déclarant ouvertes les activités, le Premier ministre n’a pas manqué de féliciter et remercier le ministre de tutelle pour son engagement pour la paix et la réconciliation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les activités de la SENARE se poursuivront jusqu’au 21&nbsp;septembre 2025, en écho à la Journée internationale de la Paix et à la veille de la Fête de l’Indépendance, avec l’ambition de faire de cette semaine un moment de dialogue, de pardon et de renouveau pour tout le Mali.</p>



<p class="wp-block-paragraph">‎<strong>Cheickna Coulibaly&nbsp;</strong></p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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		<title>Soirées Dior : la réponse ferme des autorités maliennes face à la provocation sociale</title>
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		<pubDate>Wed, 10 Sep 2025 09:24:58 +0000</pubDate>
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<p>La décision d'interdire les Soirées Dior à Bamako soulève des questions de valeurs et de traditions, découvrez-en les enjeux.</p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Entre indignation populaire et dérives festives, les « soirées Dior » viennent d’être interdites à Bamako par décision du gouverneur et appui du ministre de la Justice. Une mesure qui replace la question des valeurs, des traditions et du vivre-ensemble au cœur du débat, et illustre la volonté des autorités maliennes de préserver la cohésion sociale face à des influences importées.</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le Mali traverse une époque charnière. Entre redressement sécuritaire, souveraineté réaffirmée et résilience populaire, le pays tente de reprendre le contrôle de son destin. Et voilà qu’une affaire de soirées dansantes enflamme la toile et provoque l’ire des autorités. Faut-il y voir une crispation morale, un excès de zèle ? Non. L’interdiction des&nbsp;<em>soirées Dior</em>, décidée le 8 septembre dernier par le gouverneur du district de Bamako et appuyée sans détour par le ministre de la Justice et des Droits de l’homme, Garde des Sceaux, Mamoudou Kassogué, est tout sauf anecdotique. Elle dit quelque chose d’essentiel&nbsp;: le refus d’une société de se laisser coloniser par une sous-culture algorithmique qui n’a ni sens ni racines.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Nées sur les réseaux sociaux, ces soirées exclusivement féminines s’organisent autour d’une esthétique ostentatoire et d’un goût assumé pour l’excès. Boubous chamarrés, danses suggestives, scénographies millimétrées, le tout capté, monté et diffusé à grand renfort de filtres numériques pour récolter des likes et des abonnés. Un folklore de l’égo, vidé de toute substance, et qui fait de l’exhibition une forme de rébellion molle. Pour beaucoup, ce n’est qu’un divertissement. Pour d’autres, une affirmation de soi. Mais pour l’État malien, c’est une dérive.</p>



<h2 class="wp-block-heading" id="h-et-il-n-a-pas-tort"><strong>Et il n’a pas tort.</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Il n’est pas question ici de moraliser la société à coups de décrets. Il s’agit de dire que toutes les modernités ne se valent pas. Que dans une nation où les repères sont encore tissés dans la tradition, où l’autorité parentale n’est pas un concept dépassé et où la pudeur reste une valeur, on ne peut pas normaliser l’indécence au nom d’un pseudo-émancipation. L’émancipation véritable ne passe pas par l’imitation caricaturale de modèles culturels importés, mais par la réappropriation fière de ce que l’on est.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce que le Mali refuse, c’est l’invasion insidieuse de son espace social par un mimétisme sans conscience. Et il faut saluer ce refus.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À ceux qui crient à l’atteinte aux libertés, rappelons ceci&nbsp;: toute société a le droit de définir ses limites. L’ordre public, ce n’est pas l’ordre imposé, c’est le cadre partagé. Et ce cadre, au Mali, ne se reconnaît pas dans les vidéos TikTok qui mettent en scène de jeunes femmes célébrant le luxe et la provocation comme unique projet de société. Il est loisible d’être moderne sans être vulgaire. D’être jeune sans être indécent. D’être libre sans être vide.</p>



<h2 class="wp-block-heading" id="h-le-mali-une-nation-en-reconstruction-nbsp"><strong>Le Mali, une nation en reconstruction&nbsp;</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Au-delà du cas malien, cette affaire illustre un débat plus vaste&nbsp;: celui du rapport entre cultures africaines et globalisation numérique. Dans combien de capitales du continent tolère-t-on que les codes sociaux soient redéfinis par des influenceuses sponsorisées depuis Dubaï ou Atlanta ? À quand une réponse politique à la mesure de l’enjeu culturel que pose cette guerre silencieuse des valeurs ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le Mali, en interdisant les&nbsp;<em>soirées Dior</em>, n’a pas cédé à la tentation autoritaire. Il a simplement rappelé que la liberté d’expression n’est pas la liberté d’opprimer le sens commun. Qu’il existe un lien entre la forme et le fond. Et que dans une période où la nation est en reconstruction, la distraction ne peut être érigée en modèle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il n’est pas interdit de faire la fête. Il est interdit de ridiculiser ce que nous sommes.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>A.D</strong></p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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		<title>Charte pour la paix : Là où les anciens parlent, les armes se taisent</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Chiencoro]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 22 Jul 2025 09:59:07 +0000</pubDate>
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<p>La Charte pour la paix au Mali marque une nouvelle ère. Un texte rédigé par des Maliens pour des Maliens, pour l'avenir.</p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Au Mali, c’est un jour pas comme les autres, le général Assimi Goïta, président de la transition, a reçu, ce 22 juillet 2025, le projet de Charte nationale pour la paix et la réconciliation. Fruit d’un vaste processus de consultation populaire, ce texte, rédigé par des Maliens pour des Maliens, marque un tournant dans la quête de souveraineté et de cohésion d’un pays longtemps fracturé. Entre ruptures assumées et enracinement endogène, cette Charte ouvrira une ère nouvelle.</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a des dates qu’on n’oublie pas. Pas parce qu’un drapeau a flotté plus haut ni parce qu’un traité a été signé sous les ors d’un palais étranger. Non. Mais parce qu’un pays, tout entier, s’est regardé dans le miroir de ses blessures et s’est dit : «<em> plus jamais ça </em>». Le 22&nbsp;juillet 2025, au centre international de conférence de Bamako (CICB), le général Assimi Goïta recevra ce que le Mali n’avait encore jamais osé écrire de lui-même : une Charte nationale pour la paix et la réconciliation, pensée par les Maliens, pour les Maliens.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pas d’euphorie. Pas de triomphalisme. Juste le sentiment, contenu, mais profond, d’avoir repris la main sur l’histoire.</p>



<h2 class="wp-block-heading" id="h-le-mali-des-doleances-le-mali-des-silences"><strong>Le Mali des doléances, le Mali des silences</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Ce texte, fruit de plus d’un an de consultations nationales, a une odeur de terre rouge et de sueur sèche. Celle d’Adama Coulibaly, déplacé depuis 2021 dans les faubourgs de Mopti, qui dit d’un ton calme : « <em>On nous a oubliés. Cette Charte, c’est peut-être ce qui va nous ramener chez nous.</em> » Ou encore d’Aminata Diallo, veuve de guerre, à Ségou, qui ne réclame ni statues ni médailles : «<em> Nous n’attendons plus des promesses. Nous attendons des actes. </em>»</p>



<p class="wp-block-paragraph">La Commission, dirigée par l’ancien Premier ministre Ousmane Issoufi Maïga, a écouté. Elle a noté. Elle a rassemblé. Chefferies traditionnelles, imams, enseignants, chasseurs dozos, syndicalistes, étudiants, exilés et jeunes diplômés sans avenir… Tous ont été entendus. Et c’est ce mélange de témoignages bruts, de blessures ouvertes, mais aussi d’espoirs simples, qui irrigue les 106&nbsp;articles de la Charte.</p>



<h2 class="wp-block-heading" id="h-un-texte-a-la-fois-solennel-et-vivant"><strong>Un texte à la fois solennel et vivant</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Ce n’est pas un copier-coller d’accords passés. Ni un artifice juridique. C’est un corps vivant. Un socle moral. Un miroir tendu à un pays qui a trop longtemps attendu que la paix vienne d’ailleurs.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Car l’esprit de la Charte est clair : il s’agit de substituer au silence des armes, la parole des anciens. À la tutelle extérieure, la responsabilité intérieure. À l’Accord d’Alger, enterré en janvier 2024, une alternative ancrée dans le réel.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La paix sans Paris. La réconciliation sans Alger. Pourtant, Algérie propose sa médiation au Mali dans sa quête de paix durable, mais certaines conditions propres à elle. C’est le chemin de la souveraineté, dans sa version la plus concrète que le Mali d’amorcer.</p>



<h2 class="wp-block-heading" id="h-goita-le-pari-du-temps-long"><strong>Goïta, le pari du temps long</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Sur ce terrain glissant, Assimi Goïta n’a pas opté pour la précipitation. Il aurait pu faire comme tant d’autres. Geler les conflits. Se contenter d’annonces. Il a préféré construire. Brique par brique. Consultations après dialogues.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ceux qui l’accusent d’avoir tourné le dos à la communauté internationale oublient que cette Charte est aussi une réponse à l’instrumentalisation de la paix. À la paix contre le chantage,  sous condition. À la paix dictée. Ce document est une réponse malienne aux défis maliens.  C’est Ousmane Issoufi Maïga qui le dit, et son phrasé lent, presque paternal, n’a rien d’anodin.</p>



<h2 class="wp-block-heading" id="h-du-papier-a-la-realite-nbsp-l-enjeu-de-l-application"><strong>Du papier à la réalité&nbsp;: l’enjeu de l’application</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Mais personne n’est dupe. Pas même ceux qui ont applaudi les différents processus d’élaboration du document. Car la paix ne se signe pas. Elle se construit, se mesure à la réintégration des déplacés, à la réhabilitation des écoles brûlées, à la réouverture des routes. Elle se lit dans les regards des enfants qui reviennent au village.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La Charte prévoit une éducation à la citoyenneté, la revalorisation des cultures locales, le retour des réfugiés, l’appui aux victimes, la diplomatie coutumière. Elle érige en valeur nationale la « parenté à plaisanterie », ce ciment invisible entre les peuples, bien plus efficace que mille séminaires onusiens.</p>



<h2 class="wp-block-heading" id="h-une-rupture-salutaire-avec-alger"><strong>Une rupture salutaire avec Alger</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Car au fond, ce texte enterre définitivement l’accord de 2015. L’Accord d’Alger, signé sous la contrainte et dans la langue d’un autre, avait fini par ne plus parler à personne. Ni au nord meurtri ni au sud oublié. Il avait été vidé de sa substance. Pire, instrumentalisé.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Goïta a tourné la page. Non dans un élan de revanche, mais parce qu’il fallait écrire autre chose. Et l’écrire dans les langues du pays. En bambara, en songhaï, en tamasheq. En peul, en dogon, en arabe du fleuve.</p>



<h2 class="wp-block-heading" id="h-vers-une-paix-reelle-ou-une-illusion-nouvelle"><strong>Vers une paix réelle ou une illusion nouvelle ?</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Bien sûr, il faudra du temps. Des moyens. Du courage. Il faudra résister aux tentations de récupération. À la lassitude. Au cynisme ambiant. Car ce n’est pas un texte qui fait la paix. C’est l’usage qu’on en fait.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais pour une fois, le Mali a cessé d’attendre qu’on parle en son nom. Il a retrouvé sa voix. Et, avec elle, une part de sa dignité perdue.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors oui, ce 22&nbsp;juillet 2025 restera. Non pas comme la fin d’un conflit, mais comme le début d’un pari : celui d’un Mali réconcilié avec lui-même.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Chiencoro Diarra&nbsp;</strong></p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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		<title>La République des enfants : ce que le Sambè Sambè dit du Mali d’aujourd’hui</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Chiencoro]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 07 Jun 2025 20:44:26 +0000</pubDate>
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<p>Découvrez le Sambè Sambè : un rituel enfantin vibrant des traditions maliennes, symbole d'identité et de partage.</p>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>À Bamako, comme dans toutes les villes et villages du Mali, ils sortent dès l’aube. Parés de leurs habits neufs, les enfants s’élancent de maison en maison, semant des formules de bénédiction et de paix à chaque seuil franchi. Ils ne réclament rien. Ils reçoivent tout. Voici venu le temps du Sambè Sambè. Une tradition à la fois poétique, éducative et identitaire, qui raconte à sa manière un Mali debout, résilient, et profondément enraciné dans ses valeurs.</em></strong><em></em></p>



<p class="wp-block-paragraph">On les entend avant de les voir. Les voix aiguës des plus jeunes s’élèvent dans les rues de Bamako : «<em> Sambè Sambè ! Allah ka san kura diya !</em> » Les portes s’ouvrent, les mains tendent pièces, bonbons, parfois cola ou céréales. Les enfants remercient, s’inclinent, repartent en trottinant, leurs sacs en tissu (les <em>sabouni</em>) se remplissant comme les cœurs. Dans une société fragilisée par les tensions et la violence, le <em>Sambè Sambè</em> agit comme un baume sur la <a href="https://saheltribune.com/fete-ramadan-lieu-sacrifice-convivialite-coup-covid-19/">mémoire collective</a>. Une respiration. Une fête d’autant plus nécessaire qu’elle est innocente.</p>



<h3 class="wp-block-heading" id="h-une-tradition-enracinee-un-rituel-vivant"><strong>Une tradition enracinée, un rituel vivant</strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Le&nbsp;<em>Sambè Sambè</em>&nbsp;n’est pas né d’hier. Il plonge ses racines dans les sociétés mandingues, à l’époque où la parole circulait plus vite que les biens, et où les enfants étaient les premiers messagers des saisons, des dieux ou des ancêtres. Avec l’islamisation du Sahel, la pratique s’est transformée, sans jamais se trahir. Aux offrandes votives ont succédé les vœux islamiques. Aux chants de récolte, les formules de bénédiction. De cette hybridation heureuse est née une tradition populaire profondément ancrée dans le tissu social malien.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En langue bambara,&nbsp;<em>san bè</em>&nbsp;signifie le jour du partage. En soninké,&nbsp;<em>sanbè</em>&nbsp;évoque la salutation rituelle. Deux interprétations, un même message : le&nbsp;<em>Sambè Sambè</em>&nbsp;est la fête des liens et de la transmission.</p>



<h3 class="wp-block-heading" id="h-une-ecole-de-la-vie-a-ciel-ouvert"><strong>Une école de la vie à ciel ouvert</strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Ce matin-là, Fatoumata, 8 ans, récite à la porte d’une voisine âgée : « <em>Que Dieu vous accorde santé et paix. </em>» La vieille dame, émue, lui tend 200 FCFA et un sachet de bonbons. <a href="https://www.voaafrique.com/a/f%C3%AAte-de-l-aid-au-mali-samb%C3%A9-samb%C3%A9-une-tradition-qui-ravive-la-joie-des-enfants/7563520.html" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Fatoumata sourit</a>, salue et repart. Elle n’a pas appris ces mots à l’école. C’est sa grand-mère qui les lui a transmis. Le <em>Sambè Sambè</em> est aussi une école de la politesse, de la générosité, et de l’empathie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans les quartiers populaires, les enfants se regroupent en petites bandes joyeuses. Ils improvisent des chants, dansent au rythme des percussions urbaines, imitent les figures politiques ou les stars locales. L’espace public devient leur scène, et le Mali leur terrain d’apprentissage.</p>



<h3 class="wp-block-heading" id="h-entre-douce-effervescence-et-fractures-sociales"><strong>Entre douce effervescence et fractures sociales</strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Mais derrière les éclats de rire et les danses colorées, se cachent aussi les réalités d’un pays traversé par les inégalités. Si les enfants des quartiers résidentiels finissent leur tournée dans les pâtisseries climatisées ou les parcs d’attractions comme <a href="https://www.maliweb.net/art-culture/bamako-parc-magic-une-pleiade-dartistes-des-espaces-attractions-et-jeux-au-coeur-de-la-3eme-edition-3088075.html" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Bamako Parc Magic</a>, d’autres, issus des quartiers périphériques, se contentent de terrains vagues et de beignets achetés à la sauvette.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette fracture, visible, ne ternit pas l’esprit du&nbsp;<em>Sambè Sambè</em>. Elle le rappelle simplement à ses origines : celles d’une pratique qui lie, malgré les différences.</p>



<h3 class="wp-block-heading" id="h-quand-la-fete-devient-danger"><strong>Quand la fête devient danger</strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Depuis quelques années, la fête est aussi devenue un terrain de vigilance. <a href="https://www.studiotamani.org/184931-les-disparitions-denfants-cette-autre-realite-les-jours-de-fete-au-mali" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Disparitions d’enfants</a>, accidents de la route, tentatives d’enlèvements : les risques sont bien réels. En 2025, selon une ONG locale, 32 cas de disparition ont été signalés à Bamako dans les 48 heures suivant la fin du Ramadan.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les autorités, conscientes de l’enjeu, ont renforcé les mesures de prévention. Bracelets d’identification, patrouilles de volontaires, applications de géolocalisation sont désormais déployés pour encadrer la pratique sans l’étouffer. Car le&nbsp;<em>Sambè Sambè</em>, malgré les défis, demeure une fête d’enfance et de liberté.</p>



<h3 class="wp-block-heading" id="h-une-transmission-sous-tension"><strong>Une transmission sous tension</strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">La modernité, elle aussi, exerce une pression. À Bamako, des « <em>coachs Sambè</em> » organisent désormais des tournées payantes, transformant le rituel en prestation. Sur les réseaux sociaux, les enfants exhibent leurs « <em>récoltes</em> » comme des trophées, comparant leurs gains en ligne. Le risque ? Que le <em>Sambè Sambè</em> perde son âme, sa gratuité, son <a href="https://saheltribune.com/le-temps-la-communaute-et-lesprit-les-dimensions-cachees-des-fetes-de-fin-dannee/">ancrage communautaire.</a></p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais là encore, la société civile s’organise. Des ateliers intergénérationnels, des programmes scolaires pilotes, des festivals comme celui de Ségou ou Kayes, œuvrent à la préservation de l’esprit initial : celui d’une fête populaire, éducative, spirituelle.</p>



<h3 class="wp-block-heading" id="h-une-fete-qui-dit-l-essentiel"><strong>Une fête qui dit l’essentiel</strong></h3>



<p class="wp-block-paragraph">Le&nbsp;<em>Sambè Sambè</em>&nbsp;est tout cela à la fois : un chant d’enfance, une prière en mouvement, un miroir de la société. En ces temps où le Mali cherche à reconstruire son tissu social, à réancrer son identité dans des valeurs stables, il offre un modèle. Un modèle simple mais profond. Une réponse joyeuse et poétique aux défis du temps.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans un pays en quête de stabilité, le&nbsp;<em>Sambè Sambè</em>&nbsp;est bien plus qu’une tradition enfantine. Il est l’empreinte d’un peuple qui, à travers ses enfants, continue de croire en l’avenir.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Chiencoro Diarr</strong>a</p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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