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	<title>Archives des Pouvoir &#8212; Sahel Tribune</title>
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	<description>Sahel Tribune – Votre regard sur le Sahel, autrement.</description>
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	<title>Archives des Pouvoir &#8212; Sahel Tribune</title>
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		<title>Madagascar : le pouvoir se dit “debout”, mais chancelle sur ses appuis</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Sahel Tribune]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 11 Oct 2025 17:46:29 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p><strong>🔗 Découvrez plus sur notre blog :</strong> <a href="https://votresite.com">Sahel Tribune</a></p>
<p>À Madagascar, la situation est confuse avec des mutineries militaires et une lutte pour le pouvoir à Antananarivo.</p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>🔗 Découvrez plus sur notre blog :</strong> <a href="https://votresite.com">Sahel Tribune</a></p>

<p><strong><em>À Antananarivo, le pouvoir malgache tente de reprendre la main après une journée de confusion et de rumeurs. Pendant que des militaires mutins proclament la “prise du pouvoir”, la présidence assure que tout va bien. L’orchestre continue de jouer, même si le bateau tangue.</em></strong></p>



<p>Ce samedi 11 octobre 2025, Madagascar a connu l’un de ces jours où l’histoire hésite entre tragédie et comédie politique. En fin de matinée, des soldats du CAPSAT — le Corps d’administration des personnels et services de l’armée de terre —, déjà entrés dans la légende pour leurs mutineries passées, annoncent qu’ils “<em>prennent leurs responsabilités</em>” et déclarent le pouvoir “<em>dissous</em>”. Dans la foulée, ils instaurent un couvre-feu et appellent la population à “<em>rester chez elle</em>”, ce qui, à Antananarivo, signifie généralement descendre dans la rue.</p>



<p>Quelques heures plus tard, alors que la place du 13-Mai, symbole historique des révoltes malgaches, est envahie par une foule euphorique scandant la fin du régime, la présidence de la République sort enfin de son silence. Le message ? Non, le président Andry Rajoelina n’a pas fui. Oui, il est “<em>au pays</em>”. Et mieux encore : il “<em>coordonne les affaires nationales</em>” aux côtés de son Premier ministre, le général Fortunat Ruphin Zafisambo. Un communiqué à la tonalité plus rassurante que crédible, dans un pays où les démentis officiels précèdent souvent les ruptures de régime.</p>



<h3 class="wp-block-heading" id="h-un-premier-ministre-en-funambule"><strong>Un Premier ministre en funambule</strong></h3>



<p>Apparu à la télévision nationale, le général Zafisambo — raide comme un porte-drapeau — s’est voulu rassembleur : “<em>Le pouvoir en place se tient debout et est prêt à écouter toutes les factions, qu’il s’agisse des jeunes, des syndicats ou des militaires.”</em></p>



<p>Un ton mesuré, presque apaisé, loin du lexique martial habituel. Comme s’il voulait convaincre que l’on peut encore dialoguer quand les fusils parlent. Le Premier ministre a même rappelé qu’une concertation nationale, sous l’égide du Conseil œcuménique des Églises chrétiennes (FFKM), est “<em>en cours de préparation”</em>. Une manière de dire que la religion, une fois de plus, sert de planche de salut politique à un État dévissé.</p>



<p>Signe de lucidité ou aveu d’impuissance, Zafisambo a lancé un appel à ne pas “<em>laisser les forces armées s’entretuer</em>”. Une phrase lourde de sens, car elle trahit ce que tout le monde sait : le pouvoir ne contrôle plus totalement ses propres troupes.</p>



<h3 class="wp-block-heading" id="h-une-presidence-sur-le-fil"><strong>Une présidence sur le fil</strong></h3>



<p>Rajoelina, l’homme de 2009 qui s’était hissé au pouvoir en renversant Marc Ravalomanana avec l’appui de ce même CAPSAT, est désormais rattrapé par sa propre histoire. Ironie du sort : ceux qui l’avaient jadis propulsé pourraient bien aujourd’hui le renverser.</p>



<p>Derrière le vernis des communiqués et les discours d’apaisement, la réalité malgache demeure brutale : une armée fracturée, une population épuisée, un président contesté, et une économie asphyxiée. Le tout sur fond de colère sociale nourrie par la pauvreté et les coupures d’électricité, dans un pays où les illusions de stabilité ne durent jamais plus qu’un cycle électoral.</p>



<p>Pour l’heure, Antananarivo retient son souffle. Le pouvoir dit qu’il “<em>se tient debout</em>”, mais à Madagascar, on sait depuis longtemps que la verticalité politique est un sport de déséquilibriste.</p>



<p>Entre démentis officiels et rumeurs virales, le flou règne, et c’est peut-être cela, le vrai pouvoir du moment : la confusion. Car à Madagascar, comme souvent, les crises politiques ne s’achèvent pas — elles changent simplement d’acteurs.</p>



<p><strong>Chiencoro Diarra </strong></p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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		<title>[Tribune] Gouvernance : le mal-être de l’être-malien dans la gestion de la transition</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Mikailou Cissé]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 27 Nov 2022 11:09:34 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actu]]></category>
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					<description><![CDATA[<p><strong>🔗 Découvrez plus sur notre blog :</strong> <a href="https://votresite.com">Sahel Tribune</a></p>
<p>Le Mali Kura, c’est surtout le changement dans la gestion des affaires publiques, avec à la clé la participation et la prise en compte des aspirations des Maliens ainsi que de leurs besoins vitaux. À cela s’ajoute la gouvernance du peuple avec le peuple sans entremise. </p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>🔗 Découvrez plus sur notre blog :</strong> <a href="https://votresite.com">Sahel Tribune</a></p>

<p><strong>L’état du vécu d’un peuple est le reflet du pourvoir de l’exécutif. Et l’efficacité des mécanismes et procédures administratives mis en place entre le peuple et les décideurs se mesure dans</strong> <strong>la gestion de la transition.</strong></p>



<p>Une nouvelle ère se profile à l’horizon au Mali avec une allure peu suspectée par les acteurs de la scène politique et des autorités de la transition. Ces hommes en kakis qui détiennent les leviers du pouvoir décisionnel et qui se réclament acteurs du changement.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>Le mal-être accole l’être-malien</strong></h3>



<p>Les réactions que suscitent les discours et les pratiques des instances en charge des prises de décision laissent planer des doutes et du suspense sur la prise en compte des <a href="https://saheltribune.com/le-mali-kura-serait-il-devenu-un-mirage/">idéaux</a> que renferme le concept « <a href="https://saheltribune.com/lappel-du-mali-kura-la-musique-engagee-dun-collectif-dartistes-pour-le-changement/"><em>Mali-Kura</em> </a>». Le mal-être qui est décrié depuis des décennies peine à faire place à un autre mode d’être-malien, dans la pratique de la gestion des affaires de la vie de la Nation.</p>



<p>La fierté aux autorités fait-elle place à la suspicion à leur égard ? Le ton employé dans le communiqué de l’Association des élèves et étudiants du Mali (<a href="https://saheltribune.com/greve-de-120-h-le-repli-strategique-de-laeem/">AEEM</a>), le compte-rendu de la conférence de presse et les prises de position des leaders de l’Union nationale des travailleurs du Mali et syndicats affiliés, laissent transparaitre un divorce<a href="https://saheltribune.com/le-mali-kura-serait-il-devenu-un-mirage/"> </a>entre les tenants du pouvoir et les différentes corporations.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>Ce qu’implique le concept de Mali Kura</strong></h3>



<p>Les motifs et les injonctions des préavis de grève, exposé sur la place publique, traduisent et manifestent que le deal convenu avec chaque <a href="https://info-mali.com/front-social-pluie-de-preavis-de-greve-des-magistrats-aux-enseignants-les-eleves-ont-donne-le-ton/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">corporation</a> en vue de donner satisfaction à leurs doléances n’a pas été observé. C’est aussi la preuve que le langage des interlocuteurs de l’exécutif ne rassure plus. En effet, les différentes corporations avaient accepté un moment de faire balle à terre pour, disait-on, soutenir les autorités de la transition dans l’instauration du <em>Mali Kura</em>.</p>



<p>Un concept dépourvu de réalité perd sa place dans le concert des concepts. <a href="https://www.cairn.info/revue-specificites-2009-1-page-33.htm" target="_blank" rel="noreferrer noopener">L’état de l’être-malien</a>, qu’affichent les soutiens des actions des autorités maliennes, prouve que ces soutiens sont déconnectés de la réalité de « <em>l’être-au-monde</em> » du Malien. C’est aussi la preuve qu’ils n’ont aucune idée du concept <em>Mali Kura</em>.</p>



<p>Le <em>Mali Kura</em>, c’est surtout le changement dans la <a href="https://www.cairn.info/revue-civitas-europa-2013-2-page-219.htm" target="_blank" rel="noreferrer noopener">gestion des affaires publiques</a>, avec à la clé la participation et la prise en compte des aspirations des Maliens ainsi que de leurs besoins vitaux. À cela s’ajoute la gouvernance du peuple avec le peuple sans entremise. Dans cette pratique de gouvernance, il convient de ne marginaliser aucune force, quelle qu’elle soit. Elles doivent être impliquées sur toutes les questions de la vie de la nation.</p>



<h3 class="wp-block-heading"><strong>L’ouverture de plusieurs fronts</strong></h3>



<p>À cet effet, si l’on prend soin de scruter, avec un esprit calculateur et désaliéné, il est manifeste que l’optimisme béat qu’a prévalu chez les acteurs qui mènent la lutte sur le front social pour <a href="https://saheltribune.com/salimata-togora-ecrivaine-%e2%80%89la-construction-dun-etat-fort-ne-se-fait-pas-en-un-jour%e2%80%89/">l’amélioration des conditions</a> d’existence de l’être-malien se dissipe.</p>



<p>Cette situation favorise l’ouverture de plusieurs fronts et l’expression du <a href="https://saheltribune.com/installation-de-forages-au-mali-le-president-de-la-transition-donne-espoir-aux-laisses-pour-compte/">mécontentement des <em>« laissés-pour-compte</em> » </a>de la république ou de tous ceux qui se sentent marginalisés, menacés dans leur existence. Ne dit-on pas que le goût des plats d’un peuple est au sens propre du terme à l’image de celui de la vie ?</p>



<p><strong>Mikailou Cissé</strong></p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-wide"/>



<p><em>Les idées exprimées dans cet article ne sont pas forcément la vision de Sahel Tribune. </em></p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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		<title>Les religieux sont-ils en train de prendre le pouvoir au Mali ?</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Sahel Tribune]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 25 Jun 2020 17:27:22 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Opinion]]></category>
		<category><![CDATA[Afrique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p><strong>🔗 Découvrez plus sur notre blog :</strong> <a href="https://votresite.com">Sahel Tribune</a></p>
<p>De nombreux observateurs des dynamiques politiques maliennes se demandent aujourd’hui si les religieux sont en train de prendre le pouvoir dans le pays. En effet, le 5 juin et le 19 juin 2020, à l’appel de trois organisations – la Coordination des mouvements et associations sympathisants de l’Imam Mahmoud Dicko (CMAS) ; le mouvement Espoir Mali koura (EMK) ; et le Front pour la sauvegarde de la démocratie (FSD) </p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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<p><a href="https://theconversation.com/profiles/boubacar-haidara-562199">Boubacar Haidara</a>, <em><a href="https://theconversation.com/institutions/universite-bordeaux-montaigne-2611">Université Bordeaux </a></em><a href="https://theconversation.com/institutions/universite-bordeaux-montaigne-2611" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><em>Montaigne</em> </a>and <a href="https://theconversation.com/profiles/lamine-savane-760620">Lamine </a><a href="https://theconversation.com/profiles/lamine-savane-760620" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Savane</a>, <em><a href="https://theconversation.com/institutions/universite-de-montpellier-2403">Université de Montpellier</a></em></p>



<p>De nombreux observateurs des dynamiques politiques maliennes se demandent aujourd’hui si les <a href="https://www.cairn.info/revue-multitudes-2013-1-page-9.htm" target="_blank" rel="noreferrer noopener">religieux </a><a href="https://www.cairn.info/revue-multitudes-2013-1-page-9.htm">sont en train de prendre le pouvoir dans le pays</a>. En effet, le 5 juin et le 19 juin 2020, à l’appel de trois organisations – la Coordination des mouvements et associations sympathisants de l’Imam Mahmoud Dicko (CMAS) ; le mouvement Espoir Mali koura (EMK) ; et le Front pour la sauvegarde de la démocratie (FSD) –, plusieurs milliers de Maliens <a href="https://www.lepoint.fr/afrique/mali-la-demonstration-de-force-de-l-imam-mahmoud-dicko-06-06-2020-2378736_3826.php">ont </a><a href="https://www.lepoint.fr/afrique/mali-la-demonstration-de-force-de-l-imam-mahmoud-dicko-06-06-2020-2378736_3826.php" target="_blank" rel="noreferrer noopener">convergé </a><a href="https://www.lepoint.fr/afrique/mali-la-demonstration-de-force-de-l-imam-mahmoud-dicko-06-06-2020-2378736_3826.php">vers la Place de l’Indépendance à Bamako</a> pour réclamer la démission du président Ibrahim Boubacar Keïta. Si les deux dernières organisations sont explicitement politiques, la première est un mouvement à dimension religieuse, notamment islamique.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une alliance hétéroclite à visée commune</h2>



<p>La CMAS, mise en place en septembre 2019, s’appuie sur une rhétorique de dénonciation par l’imam de la <a href="https://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/00083968.2019.1667247">« </a><a href="https://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/00083968.2019.1667247" target="_blank" rel="noreferrer noopener">gouvernance </a><a href="https://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/00083968.2019.1667247">catastrophique »</a> du pays. Ce qui laisse penser qu’elle constitue un <a href="https://www.voaafrique.com/a/mali-limam-mahmood-dicko-lance-son-mouvement-et-fait-un-pas-plus-en-politique/5074117.html">outil de </a><a href="https://www.voaafrique.com/a/mali-limam-mahmood-dicko-lance-son-mouvement-et-fait-un-pas-plus-en-politique/5074117.html" target="_blank" rel="noreferrer noopener">combat </a>contre la corruption et contre des politiques qui auraient trahi le peuple malien.</p>



<p>L’imam Mahmoud Dicko a fondé sa notoriété en tant que président du Haut Conseil Islamique du Mali (2008-2019), à travers les <a href="https://journals.openedition.org/civilisations/3918#xd_co_f=MjBjZjEyMDIyZmRkMDgwMzQ0MjE1Nzg5OTcxMDQ4MjQ=%7E">différentes luttes </a><a href="https://journals.openedition.org/civilisations/3918#xd_co_f=MjBjZjEyMDIyZmRkMDgwMzQ0MjE1Nzg5OTcxMDQ4MjQ=%7E" target="_blank" rel="noreferrer noopener">politiques </a>qu’il a menées dans ce cadre. Il <a href="https://theconversation.com/influence-politique-de-lislam-au-mali-fiction-ou-realite-exageree-116960">s’est illustré </a><a href="https://theconversation.com/influence-politique-de-lislam-au-mali-fiction-ou-realite-exageree-116960" target="_blank" rel="noreferrer noopener">par </a><a href="https://theconversation.com/influence-politique-de-lislam-au-mali-fiction-ou-realite-exageree-116960">son combat</a> contre le Code de la famille entre 2009 et 2011 ; son implication dans la résolution de la crise depuis 2012 ; son rôle dans l’élection présidentielle de 2013 ; son opposition à l’éducation sexuelle en 2019, etc. L’imam a bien compris que sa seule force repose sur sa capacité à mobiliser les populations. D’où cette structure qui lui offre une plate-forme pour poursuivre ses combats et continuer de peser sur la scène politique nationale.</p>



<p>Étant donné la méfiance des populations maliennes à l’égard du politique, les religieux apparaissent comme des responsables en lesquels les citoyens peuvent encore avoir confiance, et les seuls en mesure de les mobiliser. L’opposition politique – en l’occurrence l’EMK, et le FSD qui est une coalition de partis de l’opposition – semble avoir très bien intégré ce constat en s’alliant avec le mouvement de l’imam. C’est ensemble, et sous le leadership de Mahmoud Dicko, qu’ils ont appelé, avec succès, les Maliens à sortir massivement dans la rue et à demander la démission du président de la République.</p>



<p>Les différents leaders de la manifestation – dont d’anciens ministres de l’actuel président et le militant anti-corruption libéré récemment <a href="https://www.lemonde.fr/afrique/article/2020/05/23/mali-clement-dembele-opposant-politique-et-militant-anti-corruption-recouvre-la-liberte_6040515_3212.html">Clément Dembélé</a> – se sont succédé au pupitre du podium pour lancer à tour de rôle leurs diatribes.</p>



<p>L’ampleur des mobilisations que l’imam initie fait de lui, sans conteste, le premier opposant politique au Mali. La coalition hétéroclite à l’origine des manifestations s’est transformée en <a href="https://information.tv5monde.com/afrique/mali-une-manifestation-reclame-le-depart-d-ibk-bamako-364076">Mouvement du 5 </a><a href="https://information.tv5monde.com/afrique/mali-une-manifestation-reclame-le-depart-d-ibk-bamako-364076" target="_blank" rel="noreferrer noopener">juin</a><a href="https://information.tv5monde.com/afrique/mali-une-manifestation-reclame-le-depart-d-ibk-bamako-364076">–Rassemblement des Forces patriotiques (M5-RFP)</a>, qui rassemble désormais une pléthore de partis et de personnalités politiques. Le M5-RFP ne cesse d’enregistrer des renforts de poids comme <a href="https://www.maliweb.net/politique/mme-sy-kadiatousow-a-propos-dibk-il-naccepte-pas-quon-ne-soit-pas-daccord-avec-lui-ca-le-met-dans-tous-ses-etats-2856671.html">Mme Sy </a><a href="https://www.maliweb.net/politique/mme-sy-kadiatousow-a-propos-dibk-il-naccepte-pas-quon-ne-soit-pas-daccord-avec-lui-ca-le-met-dans-tous-ses-etats-2856671.html" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Kadiatou </a><a href="https://www.maliweb.net/politique/mme-sy-kadiatousow-a-propos-dibk-il-naccepte-pas-quon-ne-soit-pas-daccord-avec-lui-ca-le-met-dans-tous-ses-etats-2856671.html">Sow</a>, ancienne ministre, ou encore <a href="https://www.jeuneafrique.com/581466/politique/presidentielle-au-mali-modibo-sidibe-le-mandat-dibk-a-ete-un-echec/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Modibo </a><a href="https://www.jeuneafrique.com/581466/politique/presidentielle-au-mali-modibo-sidibe-le-mandat-dibk-a-ete-un-echec/">Sidibé</a> ancien premier ministre, qui n’avaient pas pris part à la marche du 5 juin.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Les religieux prévoiraient-ils de conquérir le pouvoir&nbsp;?</h2>



<p>La grande critique venant des partisans du pouvoir à l’encontre le M5-RFP – du fait du leadership de l’imam Dicko, certes adepte d’un islam rigoriste – est de dire qu’il serait porté par un islamiste au service de ses alliés djihadistes du Nord et du Centre. Le principal constat qui découle des événements actuels est, en tout état de cause, l’accroissement de la légitimité d’une partie des élites religieuses au détriment des élites politiques qui voient la leur se détériorer progressivement depuis deux décennies.</p>



<p>Le manque de dynamique pour espérer le changement que le président Ibrahim Boubacar Keïta avait incarné au moment de son élection en 2013 a fini par convaincre de nombreux Maliens qu’il n’est plus la solution. « Boua dessera, Boua Ka bla » (en langue bambara, « le vieux ne peut plus, qu’il laisse le pouvoir »), slogan lancé par l’activiste et animateur Ras Bath, est désormais <a href="https://www.jeuneafrique.com/628367/politique/ras-bath-nous-nirons-pas-aux-legislatives-car-elles-ne-seront-pas-transparentes/">repris par les </a><a href="https://www.jeuneafrique.com/628367/politique/ras-bath-nous-nirons-pas-aux-legislatives-car-elles-ne-seront-pas-transparentes/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">manifestants</a>.</p>



<p>Depuis son implication dans l’élection du président en 2013, quand il soutint fermement la candidature d’Ibrahim Boubacar Keïta, l’intérêt de l’imam Dicko pour la politique n’est plus à démontrer. Dans le discours qu’il a prononcé le 5&nbsp;juin dernier, il ne manqua pas de présenter ses excuses au peuple malien pour l’avoir induit en erreur en l’appelant à voter pour l’actuel président. Les dernières manifestations et appels à la démission dont il est à l’origine seraient en quelque sorte une façon pour lui de corriger cette erreur.</p>



<p>Il paraît peu probable que l’imam entreprenne de conquérir directement le pouvoir. Il semble en outre avoir bien compris que le mouvement de contestation <a href="https://lamenparle.hypotheses.org/448" target="_blank" rel="noreferrer noopener">péricliterait </a><a href="https://lamenparle.hypotheses.org/448">au moindre soupçon d’une volonté d’imposition de la charia</a> dans le cas où le président quitterait le pouvoir. D’ailleurs, il s’est désormais écarté en se positionnant plutôt comme une autorité morale « au-dessus de la mêlée », qui a bien évidemment son mot à dire. Aborder la question sous un angle purement religieux, c’est aussi minimiser le caractère hétéroclite de ce mouvement auquel sont venus s’agréger tous ceux qui sont mécontents du pouvoir.</p>



<p>L’imam Dicko dispose sans aucun doute d’une grande influence sur la scène sociale et politique, et il vient encore une fois de le démontrer. Cependant, nous l’avons dit, il est très peu probable qu’il tente de prendre personnellement le pouvoir. Ne serait-ce que parce que la participation directe au jeu électoral mettrait en évidence son réel poids politique&nbsp;; et un résultat dans les urnes qui serait en deçà des attentes et des espérances pourrait éroder son aura.</p>



<p>L’imam paraît conscient du fait que le rôle de superviseur du jeu politique – qu’il joue d’ailleurs très bien – lui convient mieux que celui d’acteur politique à proprement parler. En revanche, il contribuera (comme il l’a déjà fait par le passé) à soutenir et à porter au pouvoir la personnalité de son choix.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un président en manque de légitimité</h2>



<p>Les partisans du président malien rappellent régulièrement aux contestataires qu’«&nbsp;IBK&nbsp;» a été confortablement élu. Ce rappel récurrent pourrait expliquer pourquoi le chef de l’État est peu sensible aux différentes critiques dont il fait l’objet. Sa réélection en 2018 l’a très certainement conforté dans ses certitudes et dans sa détermination à poursuivre la politique qu’il a menée depuis 2013. On peut ainsi supposer que dans son entendement, puisque les Maliens l’ont réélu, c’est que tout va bien, d’où une (presque) totale inconsidération vis-à-vis des revendications formulées lors des différentes manifestations.</p>



<p>Mais c’est oublier qu’il n’a été réélu en 2018&nbsp;que par une minorité de citoyens, d’où un décalage entre sa légalité en tant que président et sa légitimité populaire. Les acteurs de la manifestation du 5&nbsp;juin, en particulier Issa Kaou Ndjim, le coordinateur général de la CMAS, l’ont très bien compris. Sur les 20&nbsp;millions de Maliens, à peu près 8&nbsp;millions étaient inscrits sur les listes électorales (en 2018) et 2,5&nbsp;millions seulement se sont déplacés pour aller voter. IBK a été élu au second tour avec à peu près 1&nbsp;700&nbsp;000&nbsp;voix. Le suffrage universel n’imposant pas de seuil minimal à atteindre pour être élu, IBK est un président légal mais ce taux de participation extrêmement bas pèse sur sa légitimité. Dès lors, l’expression «&nbsp;élu confortablement&nbsp;» apparaît tout à fait relative. Penser que la majorité des Maliens approuve la politique d’IBK sous prétexte qu’il a été «&nbsp;confortablement élu&nbsp;» est quelque peu illusoire.</p>



<p>Les manifestations de l’ampleur de celles <a href="https://www.jeuneafrique.com/1003722/politique/mali-bamako-retient-son-souffle-avant-une-grande-manifestation/">du 5 et du 19 juin sont </a><a href="https://www.jeuneafrique.com/1003722/politique/mali-bamako-retient-son-souffle-avant-une-grande-manifestation/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">rares </a><a href="https://www.jeuneafrique.com/1003722/politique/mali-bamako-retient-son-souffle-avant-une-grande-manifestation/">dans le pays</a>. Leur succès provient de l’injustice sociale ressentie par une majorité de Maliens. Cette injustice sociale est le fait d’une <a href="https://www.lemonde.fr/afrique/article/2019/08/01/au-mali-le-systeme-est-infeste-par-la-corruption-et-les-citoyens-y-sont-habitues_5495410_3212.html" target="_blank" rel="noreferrer noopener">corruption </a><a href="https://www.lemonde.fr/afrique/article/2019/08/01/au-mali-le-systeme-est-infeste-par-la-corruption-et-les-citoyens-y-sont-habitues_5495410_3212.html">endémique</a> qui voit les deniers publics être totalement accaparés par une minorité. Les financements alloués à l’armée, à l’éducation et aux secteurs vitaux de l’État <a href="https://www.djeliba24.com/administration-militaire-au-mali-au-moins-44-milliards-de-primes-de-soldats-detournes/">sont </a><a href="https://www.djeliba24.com/administration-militaire-au-mali-au-moins-44-milliards-de-primes-de-soldats-detournes/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">détournés </a>au vu de tous sans aucune conséquence pour les auteurs.</p>



<p>S’y ajoutent la crise de l’école et une grève des enseignants qui dure depuis bientôt deux ans. En outre, l’insécurité a gagné des régions jusque-là épargnées. Dans ce contexte, les <a href="https://www.maliweb.net/politique/fraude-aux-legislatives-a-kati-des-forts-soupcons-pesent-sur-un-sous-prefet-la-cour-constitutionnelle-saisie-2870800.html" target="_blank" rel="noreferrer noopener">soupçons </a><a href="https://www.maliweb.net/politique/fraude-aux-legislatives-a-kati-des-forts-soupcons-pesent-sur-un-sous-prefet-la-cour-constitutionnelle-saisie-2870800.html">de fraude</a> concernant les dernières élections législatives (une trentaine de sièges ont été arrachés à l’opposition au profit du parti au pouvoir) ont été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase.</p>



<p>Le bras de fer entre le président Keïta et l’imam Mahmoud Dicko semble avoir atteint un point de non-retour, et la dernière manifestation du vendredi 19 juin 2020 en a apporté une <a href="https://www.lepoint.fr/afrique/mali-a-bamako-les-manifestants-ne-veulent-plus-d-ibk-20-06-2020-2380949_3826.php">preuve </a><a href="https://www.lepoint.fr/afrique/mali-a-bamako-les-manifestants-ne-veulent-plus-d-ibk-20-06-2020-2380949_3826.php" target="_blank" rel="noreferrer noopener">supplémentaire</a>. La situation sociopolitique actuelle du pays est plus que jamais incertaine, dans la mesure où le M5-RFP a jusque-là refusé la « main tendue » et la proposition de dialogue du président IBK, exigeant simplement sa démission. Il reste à savoir si la dissolution de l’Assemblée nationale (un des principaux facteurs de la crise), et de la Cour constitutionnelle (qui a entériné la fraude électorale en installant les députés frauduleux) <a href="https://www.maliweb.net/societe/mali-la-societe-civile-propose-la-dissolution-du-parlement-et-la-demission-de-la-cour-constitutionnelle-2881429.html">demandées par </a><a href="https://www.maliweb.net/societe/mali-la-societe-civile-propose-la-dissolution-du-parlement-et-la-demission-de-la-cour-constitutionnelle-2881429.html" target="_blank" rel="noreferrer noopener">l’opposition </a>pourrait suffire à faire baisser la tension.</p>



<p><a href="https://theconversation.com/profiles/boubacar-haidara-562199">Boubacar </a><a href="https://theconversation.com/profiles/boubacar-haidara-562199" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Haidara</a>, Chercheur associé au laboratoire Les Afriques dans le Monde (LAM), Sciences-Po Bordeaux, <em><a href="https://theconversation.com/institutions/universite-bordeaux-montaigne-2611" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Université </a><a href="https://theconversation.com/institutions/universite-bordeaux-montaigne-2611">Bordeaux Montaigne</a></em> and <a href="https://theconversation.com/profiles/lamine-savane-760620" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Lamine </a><a href="https://theconversation.com/profiles/lamine-savane-760620">Savane</a>, Docteur en science politique de l&rsquo;Université de Montpellier/ATER; Chercheeur associé au Laboratoire CEPEL (UMR 5112) CNRS, <em><a href="https://theconversation.com/institutions/universite-de-montpellier-2403">Université de </a><a href="https://theconversation.com/institutions/universite-de-montpellier-2403" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Montpellier</a></em></p>



<p>This article is republished from <a href="https://theconversation.com">The </a><a href="https://theconversation.com" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Conversation </a>under a Creative Commons license. Read the <a href="https://theconversation.com/les-religieux-sont-ils-en-train-de-prendre-le-pouvoir-au-mali-141085">original </a><a href="https://theconversation.com/les-religieux-sont-ils-en-train-de-prendre-le-pouvoir-au-mali-141085" target="_blank" rel="noreferrer noopener">article</a>.</p>



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