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	<title>Archives des mutation sociale | Sahel Tribune</title>
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	<description>Sahel Tribune – Votre regard sur le Sahel, autrement.</description>
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	<title>Archives des mutation sociale | Sahel Tribune</title>
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		<title>Au fil des rues de Bamako, une économie parallèle devenue vitale</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Ibrahim Kalifa Djitteye]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 14 Apr 2026 08:22:33 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p><strong>🔗 Découvrez plus sur notre blog :</strong> <a href="https://votresite.com">Sahel Tribune</a></p>
<p>Les métiers informels à Bamako : invisibles mais essentiels, ils représentent une nouvelle cartographie du travail en ville.</p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Dans les rues de Bamako, une autre cartographie du travail s’impose, loin des cadres officiels. À chaque carrefour, derrière chaque portail, au détour d’une livraison, des hommes et des femmes inventent de nouveaux métiers pour répondre aux urgences d’une ville en tension. Invisibles mais indispensables, ils incarnent une économie de survie devenue système, où se mêlent précarité, solidarité et capacité d’adaptation.</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">À l’aube comme à la tombée de la nuit, Bamako ne dort jamais vraiment. Dans ses rues poussiéreuses, entre klaxons nerveux et halos de néons tremblants, une autre ville s’écrit — discrète, laborieuse, inventive. Une ville portée par des hommes et des femmes qui n’existaient presque pas hier dans le paysage urbain : vigils omniprésents, vendeurs de data postés aux carrefours, livreurs à moto sillonnant sans relâche les artères saturées. Ils ne font pas les gros titres, mais ils tiennent la ville debout.</p>



<h2 class="wp-block-heading" id="h-les-vigils-sentinelles-invisibles-d-une-ville-inquiete"><strong>Les vigils, sentinelles invisibles d’une ville inquiète</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Au Golf, en commune V du district de Bamako, derrière un portail métallique, Joseph Kamaté veille. Cela fait plus de cinq ans qu’il habite la résidence qu’il garde. Une petite pièce attenante lui sert de refuge, mais surtout de poste d’observation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La nuit, il écoute. Le moindre bruit, le moindre mouvement devient un signal. «&nbsp;<em>Je suis là jour et nuit. Je ne peux pas partir. Les gens ont peur&nbsp;</em>», dit-il d’une voix calme, presque résignée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sa vie s’est déplacée ici. Il mange sur place, dort sur place, vit sur place. Sa famille est devenue une présence lointaine, suspendue à de rares visites. «&nbsp;<em>C’est comme si cette maison était la mienne… mais sans les droits&nbsp;</em>», lâche-t-il.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Plus loin, Moussa Togo incarne une autre figure de cette présence silencieuse. Dans son immeuble, il est bien plus qu’un gardien : un visage familier, une voix dans la nuit, un repère. «&nbsp;<em>On me confie les clés, on me parle… parfois, je deviens confident&nbsp;</em>», dit-il.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais derrière cette proximité se cache une réalité plus rude : aucune protection, aucun contrat, aucune garantie. «&nbsp;<em>Quand je tombe malade, je suis seul.</em>&nbsp;», déplore-t-il.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans ces existences en veille permanente, une contradiction persiste : indispensables, mais invisibles ; proches, mais précaires.</p>



<h2 class="wp-block-heading" id="h-la-data-ou-l-economie-de-la-connexion-permanente"><strong>La data, ou l’économie de la connexion permanente</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">À Sabalibougou, autre quartier de la commune V, sous un soleil dur ou à la lumière des lampadaires, Mohamed Cissé tient son commerce à ciel ouvert. Plusieurs téléphones en main, il vend des gigas comme on vend de l’eau en saison sèche.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ici, la connexion est devenue une nécessité vitale. «&nbsp;<em>Les gens viennent à toute heure. Internet, c’est tout aujourd’hui&nbsp;</em>», dit-il.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Étudiants, commerçants, jeunes accrochés aux réseaux sociaux : tous dépendent de cette économie informelle, fluide, instantanée. À quelques mètres, Mariam Sidibé s’arrête brièvement, casque encore sur la tête. « <em>Sans ça, je suis coupée du monde </em>», confie-t-elle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans cette ville en mutation, la data n’est plus un luxe. C’est un fil invisible qui relie les existences, un carburant silencieux de la vie quotidienne.</p>



<h2 class="wp-block-heading" id="h-les-livreurs-messagers-d-une-ville-pressee"><strong>Les livreurs, messagers d’une ville pressée</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Sur sa moto, Moussa Traoré fend la circulation de Niamakoro Courani. Derrière lui, des plats encore chauds ; devant lui, des clients impatients. Chaque minute compte. «&nbsp;<em>Les gens veulent que ça arrive vite&nbsp;</em>», dit-il, essoufflé mais souriant.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dix heures de travail par jour, parfois plus. La fatigue s’accumule, mais il continue. Parce qu’au bout de la course, il y a un sourire. Et parfois, un peu de reconnaissance.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans l’ombre de ces trajectoires rapides, des commerces entiers reposent sur leur efficacité. Restaurateurs, vendeurs, commerçants : tous dépendent de ces corps en mouvement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À Garantiguibougou, Mamadou Keïta transporte des bazins et des colis, traversant quartiers et embouteillages. «&nbsp;<em>Sans nous, beaucoup perdraient leurs clients&nbsp;</em>», affirme-t-il.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ils roulent vite, prennent des risques, improvisent des itinéraires. La ville devient leur terrain, leur outil, leur défi quotidien.</p>



<h2 class="wp-block-heading" id="h-l-energie-livree-a-domicile-les-artisans-de-la-lumiere"><strong>L’énergie livrée à domicile : les artisans de la lumière</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">À Kalaban-Coro, une autre scène se joue. Oumar Diallo transporte des panneaux solaires sur sa moto, fragile cargaison d’espoir dans une ville marquée par les coupures d’électricité. «&nbsp;<em>Quand une maison s’allume grâce à moi, je suis fier&nbsp;</em>», dit-il.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Parfois, il ne se contente pas de livrer : il installe, ajuste, explique. Face à lui, des familles qui attendent plus qu’un service : une solution. «&nbsp;<em>Mes enfants peuvent étudier le soir</em>&nbsp;», témoigne un père de famille.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans ces gestes simples, une transformation silencieuse s’opère : celle d’une autonomie énergétique naissante, portée par des travailleurs sans statut mais au cœur des transitions.</p>



<h2 class="wp-block-heading" id="h-une-ville-qui-se-reinvente-par-necessite"><strong>Une ville qui se réinvente par nécessité</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Bamako change, non pas par grands plans, mais par ajustements quotidiens. Par ces métiers improvisés devenus essentiels. Par cette capacité à répondre, dans l’urgence, aux besoins d’une ville en tension.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Vigils pour rassurer. Revendeurs pour connecter. Livreurs pour accélérer. Techniciens improvisés pour éclairer. Derrière chacun d’eux, une même réalité : l’absence de filet, la précarité comme horizon, mais aussi une inventivité constante.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ils ne sont pas seulement des travailleurs. Ils sont les architectes discrets d’une ville en recomposition. Et dans le tumulte de Bamako, entre poussière et lumière, ce sont eux qui, chaque jour, réinventent l’essentiel : continuer à vivre.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Ibrahim Kalifa Djitteye</strong></p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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		<title>« J’ai tout donné à ma famille, mais j’ai fini par partir » </title>
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		<dc:creator><![CDATA[Sahel Tribune]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 18 Feb 2026 05:42:48 +0000</pubDate>
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<p>La famille élargie au Mali, entre tradition et défi, offre un regard sur les valeurs de solidarité et de responsabilité collective.</p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong><em><strong><em>Toute soci</em></strong></em></strong><strong><em><strong><em>é</em></strong></em></strong><strong><em><strong><em>t</em></strong></em></strong><strong><em><strong><em>é&nbsp;</em></strong></em></strong><strong><em><strong><em>humaine repose sur la cellule familiale. Celle-ci peut prendre la forme d</em></strong></em></strong><strong><em><strong><em>’</em></strong></em></strong><strong><em><strong><em>une famille restreinte, dite nucl</em></strong></em></strong><strong><em><strong><em>é</em></strong></em></strong><strong><em><strong><em>aire, ou d</em></strong></em></strong><strong><em><strong><em>’</em></strong></em></strong><strong><em><strong><em>une famille&nbsp;</em></strong></em></strong><strong><em><strong><em>é</em></strong></em></strong><strong><em><strong><em>largie. Au Mali, ces deux mod</em></strong></em></strong><strong><em><strong><em>è</em></strong></em></strong><strong><em><strong><em>les coexistent, m</em></strong></em></strong><strong><em><strong><em>ê</em></strong></em></strong><strong><em><strong><em>me si la famille&nbsp;</em></strong></em></strong><strong><em><strong><em>é</em></strong></em></strong><strong><em><strong><em>largie demeure la forme la plus r</em></strong></em></strong><strong><em><strong><em>é</em></strong></em></strong><strong><em><strong><em>pandue. Longtemps consid</em></strong></em></strong><strong><em><strong><em>é</em></strong></em></strong><strong><em><strong><em>r</em></strong></em></strong><strong><em><strong><em>é</em></strong></em></strong><strong><em><strong><em>e comme un socle de solidarit</em></strong></em></strong><strong><em><strong><em>é&nbsp;</em></strong></em></strong><strong><em><strong><em>et de coh</em></strong></em></strong><strong><em><strong><em>é</em></strong></em></strong><strong><em><strong><em>sion sociale, elle devient, pour certains, une source de d</em></strong></em></strong><strong><em><strong><em>é</em></strong></em></strong><strong><em><strong><em>sillusion. Babl</em></strong></em></strong><strong><em><strong><em>é&nbsp;</em></strong></em></strong><strong><em><strong><em>(nom d</em></strong></em></strong><strong><em><strong><em>’</em></strong></em></strong><strong><em><strong><em>emprunt) raconte son exp</em></strong></em></strong><strong><em><strong><em>é</em></strong></em></strong><strong><em><strong><em>rience.</em></strong></em></strong><strong><em><strong><em></em></strong></em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La famille&nbsp;élargie, au Mali, regroupe sous une même autorité&nbsp;plusieurs générations : parents, enfants, grands-parents, oncles, tantes et cousins, vivant souvent ensemble ou&nbsp;à&nbsp;proximité. Elle repose sur la solidarité, le partage des ressources et un rôle central dans l’éducation. Plus qu’un simple lien de parenté, elle constitue un cadre de vie et de responsabilité&nbsp;collective. Mais sous l’effet de l’urbanisation, de la pression&nbsp;économique et de la précarité&nbsp;croissante, ce modèle traditionnel tend parfois&nbsp;à&nbsp;se&nbsp;«&nbsp;<em>nucl</em><em>é</em><em>ariser</em>&nbsp;», sans pour autant rompre totalement avec l’idéal de cohésion familiale. Si elle est une source de soutien, la famille&nbsp;élargie peut aussi devenir un poids&nbsp;économique et&nbsp;émotionnel. Bablé&nbsp;en sait quelque chose.</p>



<h2 class="wp-block-heading" id="h-de-petits-boulots-pour-faire-vivre-la-famille"><strong>De petits boulots pour faire vivre la famille</strong><strong></strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Âgé&nbsp;de 61 ans, Bablé&nbsp;nous reçoit chez lui&nbsp;à&nbsp;Djicoroni-Para, dans la périphérie ouest de Bamako, sur la route de Guinée. Assis fièrement dans sa nouvelle cour, où&nbsp;déambulent moutons, chien, poulets et pintades, il entame son récit.&nbsp;«&nbsp;<em>Pendant plus de vingt ans, j</em><em>’</em><em>ai&nbsp;</em><em>é</em><em>t</em><em>é&nbsp;</em><em>le chef d</em><em>’</em><em>une famille&nbsp;</em><em>é</em><em>largie install</em><em>é</em><em>e&nbsp;</em><em>à&nbsp;</em><em>S</em><em>é</em><em>b</em><em>é</em><em>nicoro, en Commune IV du district de Bamako. Une famille que m</em><em>’</em><em>a l</em><em>é</em><em>gu</em><em>é</em><em>e mon d</em><em>é</em><em>funt p</em><em>è</em><em>re</em>&nbsp;», confie-t-il.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Aîné&nbsp;d’une fratrie&nbsp;élargie d’une vingtaine de personnes&nbsp;—&nbsp;frères, sœurs, cousins et cousines&nbsp;—, Bablé&nbsp;s’est retrouvé à&nbsp;la tête de la famille après le décès brutal de son père, ouvrier du bâtiment. Celui-ci laissait derrière lui deux&nbsp;épouses, plusieurs enfants en bas&nbsp;âge et une maison en&nbsp;état de délabrement avancé.&nbsp;«&nbsp;J<em>e suis le seul enfant dont la m</em><em>è</em><em>re n</em><em>’é</em><em>tait pas issue de la famille. Elle est d</em><em>é</em><em>c</em><em>é</em><em>d</em><em>é</em><em>e alors que j</em><em>’é</em><em>tais encore nourrisson&nbsp;</em>», précise-t-il.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Diplômé&nbsp;de l’EHEP (École des hautes&nbsp;études pratiques), aujourd’hui Institut universitaire de gestion (IUG), Bablé&nbsp;enchaîne alors les petits boulots&nbsp;—&nbsp;manœuvre journalier, vendeur ambulant, vidangeur de fosses septiques&nbsp;—&nbsp;pour subvenir aux besoins de toute la famille.</p>



<h2 class="wp-block-heading" id="h-d-enseignant-nbsp-a-nbsp-promoteur-d-e-cole"><strong>D</strong><strong>’</strong><strong>enseignant&nbsp;</strong><strong>à&nbsp;</strong><strong>promoteur d</strong><strong>’é</strong><strong>cole</strong><strong></strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Après ces emplois précaires, il décroche un poste d’enseignant dans une&nbsp;école primaire privée, pour un salaire mensuel de 30 000 francs CFA.&nbsp;«&nbsp;<em>J</em><em>’</em><em>ai exerc</em><em>é&nbsp;</em><em>ce m</em><em>é</em><em>tier pendant cinq ans, avant d</em><em>’</em><em>ouvrir mon propre&nbsp;</em><em>é</em><em>tablissement scolaire&nbsp;</em>», raconte-t-il.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au départ, l’école se résume&nbsp;à&nbsp;un simple hangar, installé&nbsp;sur un terrain mis gracieusement&nbsp;à&nbsp;sa disposition. Une vingtaine d’élèves y sont inscrits. Chaque année, un nouveau hangar est construit, jusqu’à&nbsp;atteindre la sixième année fondamentale.&nbsp;«&nbsp;<em>Mais arriv</em><em>é à&nbsp;</em><em>ce niveau, le propri</em><em>é</em><em>taire du terrain a d</em><em>é</em><em>cid</em><em>é&nbsp;</em><em>de le r</em><em>é</em><em>cup</em><em>é</em><em>rer pour y construire des logements</em>&nbsp;», explique Bablé.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Contraint de déménager, il loue successivement plusieurs bâtiments pendant près de trois ans, avant de trouver un local stable. L’école poursuit sa croissance et devient, une dizaine d’années plus tard, une&nbsp;école fondamentale complète, allant jusqu’en neuvième année.</p>



<h2 class="wp-block-heading" id="h-am-e-lioration-des-conditions-de-vie-et-d-e-sillusion-familiale"><strong>Am</strong><strong>é</strong><strong>lioration des conditions de vie et d</strong><strong>é</strong><strong>sillusion familiale</strong><strong></strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Grâce aux revenus générés par l’école, Bablé&nbsp;améliore progressivement les conditions de vie de la famille : meilleure alimentation, accès&nbsp;à&nbsp;l’électricité&nbsp;et&nbsp;à&nbsp;l’eau potable, construction de nouvelles pièces dans la cour familiale, financement de projets pour certains frères&nbsp;—&nbsp;ateliers de soudure, de couture&nbsp;—&nbsp;et octroi de fonds de commerce&nbsp;à&nbsp;certaines sœurs.&nbsp;«&nbsp;J<em>’é</em><em>tais heureux d</em><em>’</em><em>avoir pu changer le quotidien de la famille</em>&nbsp;», se souvient-il.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais cette satisfaction laisse place&nbsp;à&nbsp;l’amertume.&nbsp;«&nbsp;<em>Quelle ne fut pas ma surprise de d</em><em>é</em><em>couvrir que certains de mes jeunes fr</em><em>è</em><em>res s</em><em>’é</em><em>taient fait construire des maisons cl</em><em>é&nbsp;</em><em>en main, sans jamais contribuer aux d</em><em>é</em><em>penses familiales&nbsp;</em>», raconte-t-il, la voix brisée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il convoque alors une réunion familiale et demande&nbsp;à&nbsp;chacun de participer aux charges communes. En vain. Aucun frère ne donne suite&nbsp;à&nbsp;cette proposition. Progressivement, certains cessent même de prendre part aux repas familiaux.&nbsp;«&nbsp;<em>C</em><em>’</em><em>est&nbsp;</em><em>à&nbsp;</em><em>ce moment-l</em><em>à&nbsp;</em><em>que j</em><em>’</em><em>ai d</em><em>é</em><em>cid</em><em>é&nbsp;</em><em>d</em><em>’</em><em>arr</em><em>ê</em><em>ter de prendre en charge l</em><em>’</em><em>ensemble des d</em><em>é</em><em>penses&nbsp;</em>», affirme-t-il.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Toutefois, Bablé&nbsp;continue de subvenir aux besoins des deux&nbsp;épouses de son défunt père, auxquelles il fournit régulièrement de la nourriture. Parallèlement, il acquiert une parcelle&nbsp;à&nbsp;Djicoroni-Para, où&nbsp;il construit quelques pièces pour s’y installer avec son&nbsp;épouse et ses quatre enfants, dont l’aîné&nbsp;est aujourd’hui agent de police.</p>



<h2 class="wp-block-heading" id="h-choisir-la-famille-nucl-e-aire"><strong>Choisir la famille nucl</strong><strong>é</strong><strong>aire</strong><strong></strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Aujourd’hui, Bablé&nbsp;se dit apaisé, loin des pressions et des frustrations liées&nbsp;à&nbsp;la gestion d’une famille&nbsp;élargie.&nbsp;«&nbsp;<em>Je suis plus serein&nbsp;</em>», confie-t-il simplement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Son témoignage met en lumière les dérives possibles de la famille&nbsp;élargie, lorsque la solidarité&nbsp;se transforme en dépendance et en ingratitude. Tandis que certains se battent pour faire vivre le groupe, d’autres en profitent pour bâtir leur avenir personnel, sans jamais contribuer&nbsp;à&nbsp;l’effort collectif. Une réalité&nbsp;sociale de plus en plus visible dans les villes maliennes,&nbsp;à&nbsp;mesure que les contraintes&nbsp;économiques redessinent les modèles familiaux traditionnels.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><em><strong><em>Noumoukai</em></strong></em></strong><strong><em><strong><em></em></strong></em></strong></p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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			</item>
		<item>
		<title>Mariages modernes: retour masqué aux logiques claniques ?</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Chiencoro]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 21 Jul 2025 00:00:00 +0000</pubDate>
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<p>Comprenez comment la mutation du mariage au Mali reflète les transformations sociales et culturelles de la région aujourd'hui.</p>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Sous les apparences féériques de l’union entre figures publiques se dessinent les contours d’une transformation plus profonde&nbsp;: celle du mariage comme instrument de reproduction sociale dans les sociétés africaines contemporaines. Entre tradition, religion et capital symbolique, la noce devient une scène où se rejouent, entre deux hashtags, les vieilles luttes de classe sous un jour nouveau.</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est un de ces événements mi-sociétaux, mi-spectaculaires, dont seule l’ère TikTok pouvait accoucher à Bamako ou Ouaga. À la croisée du buzz numérique, du mythe religieux et du clinquant social, le récent mariage de la tiktokeuse burkinabè Djamila Diallo avec Seid Chérif Hamed Tidjane Haïdara, fils du président du Haut Conseil islamique du Mali, a provoqué une onde virale qui, au-delà des écrans, révèle un vrai tournant dans l’évolution des codes du mariage en Afrique de l’Ouest.</p>



<h2 class="wp-block-heading" id="h-2022-le-mariage-de-belebele-chizy">2022, le mariage de Belebele Chizy</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Sur les réseaux sociaux, on s’est précipité à en faire un énième conte moderne. La belle influenceuse aux centaines de milliers d’abonnés, tombée dans les bras du très convoité héritier d’un des plus puissants dignitaires religieux du Mali. Une histoire cousue d’or et d’algorithmes, où la religion flirte avec la notoriété, et où le sentiment amoureux — ce vieux rêve romantique — semble tenu à distance. Mais est-ce si simple ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comme toujours, dans cette région où le sacré épouse souvent l’apparat, chacun y est allé de son hypothèse. Mariage d’argent ? Alliance d’influence ? Arrangement spirituel ? L’amour, le vrai, celui des poètes et des ballades peules, est curieusement absent de ces scénarios en circulation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et pourtant… ce phénomène n’est pas nouveau. Déjà en 2022, le mariage de Belebele Chizy, tiktokeuse notoire, avec le milliardaire malien Mohamed Samassékou avait fait couler autant de thé que de pixels. Là aussi, on prédisait une union éphémère, une passade de luxe vouée à l’échec. Trois ans plus tard, le couple vit toujours… à Dubaï.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui interroge ici, ce n’est pas tant le choix de ces jeunes femmes que le regard que la société pose sur leurs unions. Ce regard, souvent condescendant, parfois méprisant, trahit une crispation face à la transformation profonde des modèles matrimoniaux dans nos sociétés sahéliennes. Il soulève une question fondamentale&nbsp;: l’amour est-il encore la boussole du mariage dans nos sociétés modernes ?</p>



<h2 class="wp-block-heading" id="h-le-mariage-comme-miroir-des-mutations-sociales"><strong>Le mariage comme miroir des mutations sociales</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Longtemps, le mariage au Mali n’a jamais été affaire de cœur uniquement. Il était d’abord un pacte social, une alliance entre familles, clans, castes. Il répondait à des logiques communautaires, parfois mystiques, souvent économiques. Le&nbsp;<em>Senkoli</em>, le&nbsp;<em>dambé</em>, les noix de colas, la dot… Autant de rituels fondateurs d’un contrat aux multiples dimensions, bien au-delà des sentiments.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La modernité, avec l’école, la migration, l’éducation des filles et l’urbanisation, a introduit une autre grammaire&nbsp;: celle de la liberté de choix, du mariage d’amour, de la quête individuelle. Le Code des personnes et de la famille de 2011 au Mali, bien qu’amendé sous pression religieuse, en est un reflet partiel. À Bamako, les jeunes femmes repoussent l’âge du mariage, refusent les unions imposées, et revendiquent leur droit à choisir — ou à refuser — un conjoint.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais voici qu’émerge une troisième voie, une nouvelle hybridation. Dans cette société désormais connectée, hypermédiatisée, marquée par le culte du prestige et la circulation virale de l’image, le mariage devient aussi une affaire de positionnement social. On ne se marie plus seulement par amour ni par obligation, mais aussi — parfois surtout — pour ce que l’union symbolise en termes de notoriété, de rang, d’ancrage dans l’élite économique ou religieuse.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce n’est pas là un phénomène marginal. Il traduit le retour en force des hiérarchies sociales de Platon (aucun lien de mariage ne doit exister entre membres de classe différente pour éviter de souiller les classes) ou encore des sociétés africaines traditionnelles où le mariage entre certains groupes sociaux était interdit, dans un monde où l’argent impose ses codes, où l’aristocratie religieuse côtoie les influenceuses, et où l’élite économique redéfinit le « <em>désirabilité matrimoniale </em>».</p>



<h2 class="wp-block-heading" id="h-retour-au-prestige-consentement-inclus"><strong>Retour au prestige, consentement inclus</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Faut-il pour autant y voir une régression ? Pas si sûr. Contrairement à la « <em>société fermée </em>» d’hier, où le mariage était imposé sans appel, cette nouvelle « <em>société capitalistique </em>» conserve une forme de consentement. Les protagonistes se choisissent, même si c’est sur d’autres critères que l’amour au sens romantique. Le riche choisit la belle. L’influenceuse choisit le rang. L’union est libre, mais stratégiquement orientée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cela n’étonnera personne dans une région où l’Islam confrérique, le prestige lignager et la visibilité numérique se combinent pour façonner de nouveaux codes. Où l’alliance d’un fils de Haïdara avec une star du TikTok burkinabè est perçue, par certains, comme une passerelle entre deux mondes que tout opposait. Pour d’autres, elle est surtout le symptôme d’un nouvel âge du mariage malien&nbsp;: plus individualisé, plus spectaculaire, mais toujours structurant.</p>



<h2 class="wp-block-heading" id="h-le-generation-et-la-corruption"><strong>Le « génération » et la « corruption »</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">On pourrait convoquer ici la logique aristotélicienne de la génération, de l’accroissement et de la corruption des êtres. Tout naît, croît, vieillit, et meurt. Le mariage malien, comme institution sociale, suit cette logique circulaire. Le « <em>mariage fermé </em>» fut corrompu par le contact colonial ; le « <em>mariage ouvert</em> » est aujourd’hui corrompu par le « <em>capitalisme sentimental</em> ». Une nouvelle ère commence, où le sacré cède le pas à l’affichage, et où les valeurs se marchandisent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais comme le rappelait Karl Popper dans sa critique des historicismes fermés, rien n’est inévitable. La corruption d’une institution n’est pas sa mort. À condition d’en repenser les fondements.</p>



<h2 class="wp-block-heading" id="h-le-defi-de-la-stabilite"><strong>Le défi de la stabilité</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Reste la question centrale&nbsp;: ces mariages dureront-ils ? Le buzz médiatique se transforme-t-il en socle solide pour bâtir une famille ? On l’ignore. Mais le cas de Belebele Chizy, toujours dans son foyer à Dubaï, invite à relativiser les prophéties de divorce précipité. L’histoire du mariage africain est faite de surprises, de résiliences, d’alliances qui défient les pronostics.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce que ces mariages « <em>influents</em> » révèlent, ce n’est pas tant une crise de l’amour qu’un déplacement de ses fondations. L’amour est toujours là, mais il a changé de grammaire. On ne tombe plus amoureux d’un visage ou d’une voix. On tombe amoureux d’un destin projeté, d’un capital relationnel, d’un nom à particule spirituelle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À terme, si cette dynamique se généralise, elle pourrait nous conduire à des mariages contractuels, temporaires, de convenance, à l’image des sociétés occidentales. Où l’union devient un pacte, une fusion-acquisition, avec date de péremption intégrée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais au Mali, l’histoire nous enseigne une chose&nbsp;: les sociétés africaines savent digérer les influences exogènes sans perdre leur âme. À condition de ne pas céder à la dictature du clinquant. À condition de se souvenir que l’amour, ce n’est ni TikTok ni le prestige&nbsp;: c’est le projet à deux. Tout le reste n’est que décor.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Chiencoro Diarra&nbsp;</strong></p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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