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	<title>Archives des morale &#8212; Sahel Tribune</title>
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	<description>Sahel Tribune – Votre regard sur le Sahel, autrement.</description>
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		<title>Au Mali, l’éducation aux valeurs devient un pilier du projet de refondation nationale</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Sahel Tribune]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 15 Jan 2026 02:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p><strong>🔗 Découvrez plus sur notre blog :</strong> <a href="https://votresite.com">Sahel Tribune</a></p>
<p>Lors de la présentation des vœux du 12 janvier, le président malien Assimi Goïta a insisté sur la nécessité d’un retour aux valeurs morales, éducatives et culturelles pour bâtir le “Mali Kura”.</p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>🔗 Découvrez plus sur notre blog :</strong> <a href="https://votresite.com">Sahel Tribune</a></p>

<p><strong><em>Lors de la cérémonie de présentation des vœux des forces vives de la nation, le 12 janvier 2025, au palais de Koulouba, le président de la transition, le général d’armée Assimi Goïta, a livré un message empreint de symbolisme. Plaidant pour un « retour aux valeurs », il a fait de l’éducation et de la culture les piliers du Mali nouveau qu’il appelle de ses vœux.</em></strong></p>



<p>Le palais de Koulouba, siège de la présidence malienne, a servi de cadre à une rencontre empreinte de solennité et de symboles. En ce 12 janvier 2025, à l’occasion de la traditionnelle présentation des vœux des forces vives de la nation, le président de la transition, le général d’armée Assimi Goïta, a reçu les familles fondatrices de Bamako, les autorités religieuses et les représentants de la société civile.</p>



<p>Si l’exercice obéit à une tradition républicaine, le ton, lui, a pris des allures de manifeste moral et politique. Dans son allocution, le chef de l’État a lancé un appel appuyé à la renaissance éthique et culturelle du pays, en affirmant que « <em>l’éducation et la culture sont la base de tout </em>» et que « <em>le Mali Kura ne sera construit qu’avec le Maliden Kura </em>» – l’homme malien nouveau.</p>



<h2 class="wp-block-heading" id="h-un-discours-a-tonalite-morale"><strong>Un discours à tonalité morale</strong></h2>



<p>«<em> Si nous voulons être nous-mêmes, il faut retourner à nos valeurs</em> », a martelé le général Goïta devant un parterre d’invités attentifs, convoquant dans la même phrase des concepts clefs du Mali contemporain : <em>seko ani donko</em> (la morale et le savoir), <em>Maaya </em>(l’humanisme), <em>danbé </em>(dignité). Pour le président de la transition, le redressement du pays ne saurait s’envisager sans une réforme profonde des mentalités.</p>



<p>Cette orientation s’inscrit dans une rhétorique désormais centrale au discours du pouvoir : celle du Mali Kura, littéralement « <em>le Mali nouveau </em>», projet de refondation politique, morale et institutionnelle engagé depuis le renversement d’Ibrahim Boubacar Kéïta, le 18 aout 2020.</p>



<p>Pour concrétiser cet idéal, le général Assimi Goïta a annoncé son intention d’intégrer le Programme national d’éducation aux valeurs (PNEV) dans tout le système éducatif, « <em>du jardin d’enfants au supérieur</em> ». Ce programme, déjà amorcé par le ministère de l’Éducation nationale, vise à enseigner les valeurs sociales et morales considérées comme fondatrices de l’identité malienne : respect, solidarité, travail, dignité et loyauté envers la nation ainsi que les symboles de l’Etat.</p>



<p>Dans la foulée, le président a instruit le ministre de la Culture de poursuivre la politique de valorisation du patrimoine culturel malien, considéré comme un levier essentiel de la souveraineté identitaire. « <em>Une fois que les valeurs sont bafouées, l’individu perd de repère</em> », a-t-il averti, appelant les institutions à s’inspirer des principes ancestraux du <em>Maaya</em> — l’humanité partagée — pour guider l’action publique.</p>



<h2 class="wp-block-heading" id="h-le-mali-kura-entre-refondation-morale-et-projet-politique"><strong>Le Mali Kura, entre refondation morale et projet politique</strong></h2>



<p>Depuis son accession au pouvoir, le 6 juin 2021, le général Assimi Goïta a fait du retour aux sources culturelles et spirituelles un axe central de sa vision politique. En 2025, décrétée « <em>Année de la culture</em> », l’État malien entend restaurer une fierté nationale mise à mal par des décennies de crises politiques, économiques et sécuritaires.</p>



<p>Le discours du président Goïta traduit un véritable effort de reconstruction identitaire, visant à restaurer la confiance d’un peuple meurtri par plus d’une décennie de guerre et de dépendance extérieure.</p>



<p><strong>A.D</strong></p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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		<title>Liberté et morale en temps de crise : une leçon de Simone de Beauvoir</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Sahel Tribune]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 16 Jun 2020 07:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Éducation]]></category>
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					<description><![CDATA[<p><strong>🔗 Découvrez plus sur notre blog :</strong> <a href="https://votresite.com">Sahel Tribune</a></p>
<p>Les derniers mois ont été marqués par plusieurs phénomènes inédits : un confinement simultané de plus de la moitié de la population mondiale en raison de la pandémie de Covid-19, et une mobilisation mondiale contre toutes les formes de discrimination et de racisme,</p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>🔗 Découvrez plus sur notre blog :</strong> <a href="https://votresite.com">Sahel Tribune</a></p>

<p><a href="https://theconversation.com/profiles/melissa-fox-muraton-743107">Mélissa Fox-Muraton</a>, <em><a href="https://theconversation.com/institutions/groupe-esc-clermont-3220">Groupe ESC Clermont</a></em></p>



<p>Les derniers mois ont été marqués par plusieurs phénomènes inédits&nbsp;: un confinement simultané de plus de la moitié de la population mondiale en raison de la pandémie de Covid-19, et une mobilisation mondiale contre toutes les formes de discrimination et de racisme, après le meurtre brutal de George Floyd aux États-Unis. Y aurait-il un lien entre ces événements&nbsp;? Les privations imposées à nos libertés pendant le confinement ont-elles permis une prise de conscience des inégalités et injustices inhérentes à nos sociétés&nbsp;? Une nouvelle conscience morale&nbsp;?</p>



<p>Nous proposons d’examiner cette question à la lumière de la morale existentialiste de Simone de Beauvoir, autrice de (<a href="https://www.librairie-gallimard.com/livre/9782070426935-pour-une-morale-de-l-ambiguite-simone-de-beauvoir/" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><em>Pour une morale de l’ambiguïté</em></a>), qui dans l’immédiat après-guerre proposa une éthique mettant en avant l’incertitude et l’ambiguïté de la condition humaine comme fondement d’une nouvelle éthique basée sur la lutte pour la liberté de tous. Son œuvre est une ressource pour puiser « la force de vivre et des raisons d’agir » dans la conscience de notre condition et des liens qui nous relient aux autres.</p>



<h2 class="has-vivid-red-color has-text-color wp-block-heading">De la vulnérabilité à l’engagement</h2>



<p>Les épidémies, comme les guerres et les situations d’extrême urgence sont des événements qui bouleversent radicalement la vie collective et individuelle, nous mettant face à notre vulnérabilité, notre impuissance et nos inévitables échecs moraux.</p>



<p>En temps de crise, des vies et des libertés sont perdues, nous ne pouvons pas sauver tout le monde, nous ne pouvons pas respecter l’ensemble de nos valeurs. Nous devons renoncer à certaines de nos libertés, voire à certains de nos principes moraux les plus fondamentaux. Nous nous trouvons confrontés à des dilemmes insolubles, et ainsi à une conscience aiguë de l’ambiguïté de notre condition&nbsp;: nous croyions pouvoir décider de notre vie, nous nous rendons subitement compte que des événements externes peuvent anéantir l’ensemble de nos projets.</p>



<p>Il y a de quoi succomber au désespoir. Beauvoir nous rappelle cependant que cette conscience de l’ambiguïté de notre existence, et de sa vulnérabilité, peut et doit être le point de départ pour une nouvelle manière de penser la morale, qui met la valeur de la liberté humaine au centre de nos préoccupations. Lorsque les circonstances extérieures (économiques, sociales ou politiques) pèsent sur nous, il est facile de tomber dans la résignation et de fuir notre responsabilité. Une vie pleinement morale, cependant, doit être une existence authentiquement assumée – ou comme le disait <a href="https://theconversation.com/kierkegaard-un-penseur-pour-le-xxi-siecle-117387" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Kierkegaard</a>, une existence dans laquelle nous nous voyons comme concernés par le sort des autres et le monde qui nous entoure. Ou encore comme le dit Beauvoir : « L’homme ne peut trouver que dans l’existence des autres hommes une justification de sa propre existence. »</p>



<p>Or, la période de confinement a certes été l’occasion d’une privation de liberté, mais elle a également été l’opportunité de voir se développer de nouvelles solidarités et des mobilisations exceptionnelles. Celle qui se poursuit aujourd’hui contre le racisme et la discrimination est encore une preuve que nous ne pouvons et ne devons pas nous soucier uniquement de nous-mêmes, et que les vulnérabilités individuelles et les injustices sociales sont le problème de tous.</p>



<h2 class="has-vivid-red-color has-text-color wp-block-heading">Penser la liberté pour se soucier d’autrui</h2>



<p>Aujourd’hui, nos portes et nos frontières commencent lentement à rouvrir ; plus de la moitié de la population mondiale s’est trouvée ou se trouve encore en confinement, coupée de l’espace public et des autres. Cette situation a révélé de nombreuses inégalités, et en a créé de nouvelles ; pour la première fois depuis sa création, <a href="https://feature.undp.org/coronavirus-vs-inequality/fr/">l’indice de </a><a href="https://feature.undp.org/coronavirus-vs-inequality/fr/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">développement humain</a> est en baisse, avec 265 millions de personnes qui risquent de faire face à une crise alimentaire majeure, des pertes d’emplois et de revenus, et un recul de l’accès à l’éducation.</p>



<p>Dans certains pays, le confinement aura été un prétexte pour réprimer les oppositions politiques, dans d’autres – comme en <a href="https://www.lemonde.fr/livres/article/2020/04/06/arundhati-roy-en-inde-le-confinement-le-plus-gigantesque-et-le-plus-punitif-de-la-planete_6035741_3260.html" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Inde</a> – il a provoqué des exodes de masse. Et dans d’autres encore, comme aux États-Unis, il a révélé au grand jour les <a href="https://theconversation.com/etats-unis-pourquoi-les-noirs-et-les-pauvres-sont-les-plus-touches-par-le-covid-19-136538" target="_blank" rel="noreferrer noopener">inégalités</a> sociales en matière de conditions de vie et d’accès aux soins.</p>



<p>Dans un tel contexte, la question de la valeur de la liberté individuelle devient d’autant plus importante. Comment préserver notre liberté, alors même que nous savons devoir faire des sacrifices pour le bien public&nbsp;? Comment lutter pour la liberté des autres, alors que la nôtre est déjà mise à mal&nbsp;?</p>



<p>Cependant, c’est précisément dans ces moments d’impuissance, Beauvoir nous le rappelle, que nous prenons conscience du fait que notre liberté ne peut jamais valablement s’accomplir dans l’isolement. Penser notre liberté, c’est aussi reconnaître que nos vies et nos possibilités sont inextricablement liées à celles de tous les autres. Si cette dépendance peut nous effrayer, parce qu’elle est synonyme de fragilité, c’est aussi l’occasion de développer une autre manière de penser la communauté comme une «&nbsp;pluralité des hommes concrets, singuliers&nbsp;» dans leur diversité.</p>



<h2 class="has-vivid-red-color has-text-color wp-block-heading">C’est aujourd’hui que nous agissons</h2>



<p>«&nbsp;Aujourd’hui […] nous avons bien du mal à vivre, parce que nous sommes trop appliqués à déjouer la mort,&nbsp;» écrivait Simone de Beauvoir en 1947. Cette affirmation vaut tout autant à l’heure actuelle, même si la situation n’a rien de comparable avec l’horreur de la Seconde Guerre mondiale et des camps de la mort.</p>



<p>Aujourd’hui comme alors, cependant, il est nécessaire de mobiliser nos ressources pour sauver des vies et conditions de vie, et de lutter pour la dignité de la vie humaine. Aujourd’hui comme alors, les iniquités de quelques-uns et l’indifférence ou l’inaction de la majorité créent les conditions qui permettent à la haine et la discrimination de proliférer.</p>



<p>Face à cette situation, l’éthique semble mise à mal. Dans un tel contexte, il peut nous sembler que nos choix sont limités ; nous devons faire des sacrifices, accepter des compromis. Nous constatons de plus en plus les <a href="https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/03/26/coronavirus-la-solidarite-a-l-echelle-internationale-sera-indispensable-aux-pays-pauvres_6034462_3232.html" target="_blank" rel="noreferrer noopener">inégalités</a> entre les plus favorisés et les plus défavorisés au sein de notre société, entre les privilégiés et les laissés pour compte.</p>



<p>Cette situation nous renvoie à notre impuissance, et la tentation peut être grande de jeter l’éponge et de déclarer forfait. Le message de Beauvoir est cependant tout autre&nbsp;: quel que soit le contexte, aussi impossible, semble-t-il, c’est aujourd’hui que nous vivons et agissons, ce sont nos décisions et nos actions actuelles qui détermineront le monde de demain. Il ne faut pas attendre des jours meilleurs, la paix ou l’accalmie, pour lutter pour le monde que nous voulons voir advenir. Ce sont nos choix et actions à chaque moment qui déterminent le cours de l’histoire.</p>



<p>En insistant sur le fait que notre liberté dépend de celle de tous les autres, elle souligne également que notre tâche doit être de lutter pour réduire les inégalités et mettre fin à des situations qui empêchent les autres de faire des choix libres. L’éthique, selon Beauvoir, ne peut jamais avoir de sens dans un contexte de repli sur soi.</p>



<h2 class="has-vivid-red-color has-text-color wp-block-heading">Vulnérabilité et espoir</h2>



<p>Mais comment agir et choisir alors que notre champ d’action est si limité&nbsp;? Ce fut aussi la question pour Beauvoir, en temps de guerre, où même respirer pouvait devenir une forme de collaboration coupable (lorsque ne pas résister contre l’oppression équivaut à perpétuer des systèmes inacceptables). Bien de choses ne dépendent pas de nous, c’est cette conscience profonde qui est au cœur de la morale existentialiste.</p>



<p>Mais ce qui dépend toujours de notre pouvoir, c’est la manière dont nous nous engageons concrètement dans nos rapports aux autres. Comme Beauvoir nous le rappelle, «&nbsp;il est facile de s’endormir au malheur d’autrui et de le compter pour peu&nbsp;», surtout lorsque nos propres vies ou intérêts sont en jeu.</p>



<p>Aujourd’hui, la revendication de liberté résonne dans toutes les bouches, mais encore faut-il bien déterminer pour quelle liberté nous voulons lutter. Certains y font appel pour décrier le port du masque ou manifestent contre les mesures de prophylaxie – illustrant une dangereuse tendance à objectifier la valeur de la vie humaine, et à privilégier des considérations individuelles au bien collectif. Mais en même temps, la très forte mobilisation contre la discrimination, portée largement par des personnes qui n’ont <a href="https://www.lepoint.fr/monde/les-americains-blancs-en-force-dans-les-manifestations-contre-le-racisme-08-06-2020-2378844_24.php">jamais </a><a href="https://www.lepoint.fr/monde/les-americains-blancs-en-force-dans-les-manifestations-contre-le-racisme-08-06-2020-2378844_24.php" target="_blank" rel="noreferrer noopener">manifesté </a>et ne s’étaient jamais considérées comme concernées jusqu’alors, par « les privilégiés » comme le disent certains (suivant la formule de Beauvoir), montre une autre tendance moderne : celle de la revendication d’une vraie liberté pour tous, celle qui vise à garantir des conditions de vie dignes et équitables.</p>



<p>Si la guerre, la maladie et la mort nous rappellent que nous sommes bien peu de choses dans ce vaste monde, que nos existences sont vulnérables et nos choix limités, Beauvoir nous invite à comprendre que cette reconnaissance même est la source d’une nouvelle prise de conscience de la valeur de notre existence et de celle des autres. Tirant les leçons des horreurs de la guerre, Beauvoir nous lance un message d’espoir pour notre époque&nbsp;:</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«&nbsp;[C’]est parce qu’il y a un vrai danger, de vrais échecs, une vraie damnation terrestre, que les mots de victoire, de sagesse ou de joie ont un sens. Rien n’est décidé d’avance et c’est parce que l’homme a quelque chose à perdre et qu’il peut perdre qu’il peut aussi gagner.&nbsp;»</p></blockquote>



<p>Aujourd’hui, nous avons tous hâte de sortir de la crise, de retrouver notre «&nbsp;liberté&nbsp;» et la «&nbsp;vie normale&nbsp;». N’oublions cependant pas dans cette précipitation les leçons de Simone de Beauvoir et celles de nos expériences collectives des derniers mois&nbsp;: notre liberté ne peut jamais être garantie que si nous travaillons également pour la liberté de tous, et ce travail passe par les choix et les actions concrètes de chacun.</p>



<p><a href="https://theconversation.com/profiles/melissa-fox-muraton-743107" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Mélissa Fox-Muraton</a>, Professeur de Philosophie, <em><a href="https://theconversation.com/institutions/groupe-esc-clermont-3220">Groupe ESC </a><a href="https://theconversation.com/institutions/groupe-esc-clermont-3220" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Clermont</a></em></p>



<p>Cet article est republié à partir de <a href="https://theconversation.com">The </a><a rel="noreferrer noopener" href="https://theconversation.com" target="_blank">Conversation </a>sous licence Creative Commons. Lire l’<a href="https://theconversation.com/liberte-et-morale-en-temps-de-crise-une-lecon-de-simone-de-beauvoir-140363">article </a><a rel="noreferrer noopener" href="https://theconversation.com/liberte-et-morale-en-temps-de-crise-une-lecon-de-simone-de-beauvoir-140363" target="_blank">original</a>.</p>



<img decoding="async" src="https://counter.theconversation.com/content/140363/count.gif?distributor=republish-lightbox-advanced" alt="The Conversation" width="1" height="1" style="border: none !important; box-shadow: none !important; margin: 0 !important; max-height: 1px !important; max-width: 1px !important; min-height: 1px !important; min-width: 1px !important; opacity: 0 !important; outline: none !important; padding: 0 !important; text-shadow: none !important" />

<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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		<title>Avec Spinoza : faire provision de joie en des temps incertains</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Sahel Tribune]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 06 May 2020 10:02:56 +0000</pubDate>
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<p>La philosophie peut nous permettre de reprendre pied sur quelques îlots de certitude, comme en témoigne, sur trois points précis, celle de Spinoza.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>🔗 Découvrez plus sur notre blog :</strong> <a href="https://votresite.com">Sahel Tribune</a></p>

<p><a href="https://theconversation.com/profiles/charles-hadji-196837">Charles Hadji</a>, <em><a href="https://theconversation.com/institutions/universite-grenoble-alpes-2279" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Université </a><a href="https://theconversation.com/institutions/universite-grenoble-alpes-2279">Grenoble Alpes</a></em></p>



<p>La pandémie de coronavirus a fait vaciller bien des certitudes. Constatant avec stupeur les limites de son savoir, et prenant conscience avec angoisse de sa vulnérabilité face au virus, l’homme est brutalement rappelé à l’ordre de l’humilité. Est-on alors condamné à devoir faire face aux événements sans pouvoir prendre appui sur un sol solide&nbsp;? Faut-il abandonner tout espoir de pouvoir «&nbsp;trouver le roc ou l’argile&nbsp;» qui nous permettrait de «&nbsp;marcher avec assurance en cette vie&nbsp;» (Descartes)&nbsp;? Non, car la philosophie peut nous permettre de reprendre pied sur quelques îlots de certitude, comme en témoigne, sur trois points précis, celle de Spinoza.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Rien ne vaut la vie humaine</h2>



<p>Faut-il faire passer les impératifs de santé publique avant les impératifs économiques&nbsp;? Le Président Trump répond non. Tout dépend de la valeur que l’on peut accorder à une vie humaine. Au moment des choix, économiques, et médicaux, dont dépend la survie de tant de personnes, deux questions se posent&nbsp;: la vie vaut-elle plus que tout&nbsp;? Et toutes les vies ont-elles la même valeur&nbsp;?</p>



<p>On peut, avec Spinoza, apporter une réponse positive à ces deux questions. Car ce qui fait la valeur d’une vie, c’est cette vie elle-même. Chaque vie est un trésor qui mérite d’être préservé par tous les moyens. Le combat pour chaque vie est à chaque fois un combat pour l’humanité entière.</p>



<p>Spinoza définit la «&nbsp;vertu&nbsp;» comme «&nbsp;puissance&nbsp;», termes par lesquels il entend «&nbsp;la même chose&nbsp;» (<em>Éthique</em>, IV, définition 8). Car, pour lui, «&nbsp;de par son être, chaque chose s’efforce de persévérer dans son être&nbsp;» (III, p.&nbsp;6). L’effort de persévérance est l’essence même de la chose&nbsp;: «&nbsp;L’effort (Conatus) par lequel chaque chose persévère dans son être n’est rien en dehors de l’essence actuelle de cette chose&nbsp;» (III, p.&nbsp;7). La vie est en soi vertueuse.</p>



<p>D’où il résulte, en termes simples, que respecter la personne humaine, c’est d’abord, et essentiellement, lui permettre de continuer à vivre. Et précisément, pour Spinoza, «&nbsp;le bonheur consiste pour l’homme à pouvoir conserver son être&nbsp;» (IV, p.&nbsp;18, Scolie). Ceux qui luttent pour la survie de chaque malade sont des serviteurs du bonheur. Qu’ils en soient remerciés.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Les contraintes sauvegardent la liberté</h2>



<p>Les mesures de confinement décidées par les gouvernements ne sont-elles pas liberticides&nbsp;? Les contraintes imposées aux individus ne viennent-elles pas restreindre de manière aussi excessive qu’illégitime leurs libertés&nbsp;: de travailler, de se déplacer, de se divertir, de faire du sport, etc.&nbsp;? Ne risque-t-on pas d’entrer dans une société de surveillance généralisée&nbsp;? Il est clair que les risques sont réels. Mais il ne faut pas perdre de vue l’essentiel, qui est la sauvegarde de la liberté fondamentale de persévérer dans son essence d’être vivant.</p>



<p>C’est ce qu’établit très clairement le <em>Traité Théologico-Politique</em>. «&nbsp;La fin de l’État est… en réalité la liberté&nbsp;». Afin même que chacun puisse conserver «&nbsp;son droit naturel d’exister et d’agir&nbsp;», il faut que les individus aient renoncé au «&nbsp;droit d’agir suivant le seul décret de sa pensée&nbsp;». La contrainte collective pesant sur les actes est la condition sine qua non de la liberté de penser ce qu’on veut et de dire ce qu’on pense. Ainsi&nbsp;:</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«&nbsp;Dans un État démocratique… tous conviennent d’agir par un commun décret, mais non de juger et de raisonner en commun. C’est donc seulement au droit d’agir par son propre décret [que l’individu] a renoncé, non au droit de raisonner et de juger.&nbsp;»</p></blockquote>



<p>L’État (le souverain) a le pouvoir absolu de décréter sur les actions, mais cela uniquement afin que les citoyens puissent «&nbsp;vivre en paix&nbsp;», en usant de leur liberté de penser. Et, d’abord, puissent «&nbsp;vivre&nbsp;», car telle est la liberté fondant toutes les autres&nbsp;; et tel est le défi majeur aujourd’hui&nbsp;!</p>



<h2 class="wp-block-heading">La force d’âme, vertu fondamentale pour notre temps</h2>



<p>Quelle est alors la vertu la plus utile en ces temps difficiles&nbsp;? Dans l’<em>Éthique</em> (III, p.&nbsp;59), Spinoza répond&nbsp;: la «&nbsp;force d’âme&nbsp;».Il la divise en fermeté, et générosité&nbsp;:</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«&nbsp;Par fermeté j’entends le désir par lequel on s’efforce de conserver son être d’après le seul commandement de la raison. Par générosité j’entends le désir par lequel on s’efforce, d’après le seul commandement de la raison, d’aider les autres et de s’unir à eux par amitié&nbsp;»</p></blockquote>



<p>Dans les gestes «&nbsp;barrière&nbsp;», et le respect des consignes de confinement, les deux dimensions de la force d’âme s’unissent, dans un même mouvement. Les actions individuelles tendent à la fois à l’utilité de l’agent, et à celle d’autrui. C’est en étant utile à autrui que l’on est, in fine, utile à soi&nbsp;!</p>



<p>À l’évidence, c’est de «&nbsp;force d’âme&nbsp;» que font preuve tous ceux qui se trouvent «&nbsp;en première ligne&nbsp;» pour combattre la maladie. Mais c’est aussi ce dont ont eu, et ont toujours, besoin, tous les autres, pour mettre leur énergie au service du combat commun (en «&nbsp;deuxième ligne&nbsp;»), et accepter les contraintes du confinement (en «&nbsp;troisième ligne&nbsp;»).</p>



<p>Pour Spinoza, l’esprit est dans la joie quand il considère sa puissance d’agir (<em>Éthique</em>, III, p.&nbsp;53). La joie accompagne le passage à une perfection plus grande, la tristesse le passage à une perfection moindre (III, p.&nbsp;11). Car «&nbsp;la joie est le passage de l’homme d’une moindre à une plus grande perfection&nbsp;» (III, Définitions des sentiments). Chaque fois que, en faisant preuve de force d’âme, on agit pour sauvegarder la liberté fondamentale de chacun de persévérer dans son être, on éloigne la tristesse, et on fait provision de joie.</p>



<p><a href="https://theconversation.com/profiles/charles-hadji-196837">Charles </a><a href="https://theconversation.com/profiles/charles-hadji-196837" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Hadji</a>, Professeur honoraire (Sciences de l’éducation), <em><a href="https://theconversation.com/institutions/universite-grenoble-alpes-2279" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Université </a><a href="https://theconversation.com/institutions/universite-grenoble-alpes-2279">Grenoble Alpes</a></em></p>



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