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	<title>Archives des Féminicide | Sahel Tribune</title>
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	<title>Archives des Féminicide | Sahel Tribune</title>
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		<title>Les ombres assassines : Le combat invisible contre le féminicide au Mali</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Sahel Tribune]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 02 Mar 2024 10:01:44 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p><strong>🔗 Découvrez plus sur notre blog :</strong> <a href="https://votresite.com">Sahel Tribune</a></p>
<p>Au Mali, le féminicide sème la terreur, laissant derrière lui destruction et désespoir. Découvrez l'urgence de la situation et les efforts pour protéger les femmes.</p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>🔗 Découvrez plus sur notre blog :</strong> <a href="https://votresite.com">Sahel Tribune</a></p>

<p class="wp-block-paragraph"><strong>Au Mali, le féminicide est devenu un fléau insidieux qui se propage, laissant derrière lui un lourd tribut de vies détruites et de familles brisées. Malgré les efforts des organisations et des militants, le combat pour mettre fin à cette violence meurtrière est loin d’être gagné.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans les rues animées des villes maliennes et dans les paisibles villages ruraux, des femmes et des filles sont confrontées à une réalité terrifiante&nbsp;: celle du féminicide, une forme extrême de violence basée sur le genre. Entre récits de survie poignants et appels désespérés à l’action, le Mali se trouve à la croisée des chemins, confronté à un défi urgent et vital&nbsp;: protéger ses femmes et mettre un terme à cette spirale de terreur domestique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les violences conjugales persistent depuis des années. Le mode de fonctionnement, la religion et la culture du pays, ainsi que les différentes ethnies, contribuent à maintenir une société patriarcale dominée par les hommes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Bien que certaines personnes considèrent les efforts des associations féminines comme un simple gagne-pain ou une imposition des institutions internationales, la réalité est que sans un cadre juridique adéquat, les VBG continueront à prospérer dans notre société, avec une augmentation des scènes d’atrocités.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au Mali, les chiffres sont encore plus alarmants. Selon le système d’information sur les violences basées sur le genre (GBVIMS), les cas de violence basée sur le genre (VBG) signalés ont augmenté de 49&nbsp;% en 2022 par rapport à 2021, 98&nbsp;% concernant des femmes et des filles. Toujours selon le même rapport du Système de Gestion d’Information liée aux VBG de l’UNFPA, le Mali a enregistré en 2022, 14 264&nbsp;cas de VBG.</p>



<h2 class="wp-block-heading" id="h-la-vie-de-assitan-sow-sauvee-par-ses-enfants"><strong>La vie de Assitan Sow sauvée par ses enfants</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">De plus, 14&nbsp;% des personnes survivantes sont des femmes et des filles en situation de handicap. Une analyse des données secondaires provenant des centres de santé, y compris les One Stop Centers, confirme cette réalité atroce, illustrée par le cas de Assitan Sow, une jeune femme handicapée vivant à Ségou. Elle se souvient du soir où elle a échappé à son mari qui voulait mettre fin à sa vie. « <em>J’étais mariée à un homme physiquement normal, contrairement à moi, qui abusait de mon handicap car il dépendait de moi. Après un an de mariage, il m’a annoncé qu’il voulait convoler en seconde noces et m’a demandé de lui prêter de l’argent pour son mariage, sous prétexte que mon handicap l’empêchait d’être satisfait en tant que mari</em> », confie la jeune dame souffrant d’un handicap.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le refus d’Assitan Sow a entraîné des coups de fouet de la part de son mari, qui a également volé son argent. Mais les choses ont empiré&nbsp;: « <em>Un soir, il a pris un couteau. Tout le monde dormait. Il a essayé de me blesser pour prendre mon argent. Je me suis défendue mais il était plus fort que moi et m’a poignardé dans le dos. J’ai crié</em> », affirme la jeune femme dont la vie a été sauvée par ses enfants, venus à son secours. Cette situation a finalement conduit au divorce, mais Assitan Sow vit encore avec les séquelles de ses blessures au dos.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le cas d’Assitan est malheureusement courant. Après avoir échangé avec d’autres personnes handicapées, elles déclarent que leurs cas sont ignorés et minimisés, et qu’elles souffrent en silence.</p>



<h2 class="wp-block-heading" id="h-un-coup-de-pilon-sur-la-tete-apres-un-mariage-force"><strong>Un coup de pilon sur la tête après un mariage forcé</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">La plupart des femmes victimes de violences conjugales n’osent pas dénoncer ces crimes, par peur de leur famille, de la communauté ou par crainte de déshonorer leur famille, entre autres raisons.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Considérant l’ampleur du problème, une femme anonyme originaire d’un village près de Ségou a partagé son témoignage. « <em>J’ai été mariée de force à l’aîné de mon cousin par ma tante&nbsp;</em>(la sœur de mon père)&nbsp;<em>qui était en exil. À son retour, il m’a montré qu’il ne m’aimait pas et qu’il avait déjà une relation avec une femme européenne. Mais ma tante a insisté et le mariage a été célébré sans mon consentement</em> », a-t-elle confié.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Après le mariage, deux mois se sont écoulés sans intimité entre le couple. La jeune femme a été rejetée par sa tante à cause des commentaires négatifs de son mari. « <em>J’ai expliqué ma situation à mes parents. Ils m’ont dit que je n’étais plus leur enfant car ils m’avaient donnée à la sœur de mon père dès ma naissance, et qu’ils ne pouvaient rien faire pour moi. Ma mère, une femme conservatrice, n’a pas pu non plus m’aider</em> », explique-t-elle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sans soutien, elle a décidé de rester dans son foyer malgré les abus de son mari et de sa tante. Elle n’avait nulle part où aller car son père lui avait interdit de retourner chez lui, affirmant qu’elle appartenait désormais à sa sœur. Mais le pire était à venir. Son mari, avec la complicité d’une de ses nièces, a tenté de la réduire au silence pour toujours. « <em>Un jour, pendant que nous pilions le mil avec d’autres femmes, sa nièce est venue nous aider. Alors que nous pilions ensemble, elle m’a soudainement frappée à la tête avec un pilon. Le sang a jailli et j’ai perdu connaissance </em>», raconte-t-elle. Après cet incident, malgré le rejet de son père, elle est retournée chez lui, mettant ainsi fin à son mariage forcé.</p>



<h2 class="wp-block-heading" id="h-bastonnee-a-mort-alors-qu-elle-etait-enceinte"><strong>Bastonnée à mort alors qu’elle était enceinte</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le féminicide est devenu courant dans notre pays ces dernières années, en particulier les actes d’assassinat de conjointes. De nombreuses associations féminines dénoncent ces actes odieux où les femmes sont poignardées, étranglées ou égorgées par leur mari.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le cas d’une femme qui a échappé à la mort illustre cette réalité. Après des années de mariage paisible, le comportement du mari de Binta T. a changé après une fête à Markala. « <em>Après cette fête, le malheur de Binta T. a commencé. Elle a été battue à coups de fouet, de bâtons et d’objets tranchants. La jeune femme a informé sa famille de la situation mais on lui a demandé de rester dans son foyer par respect pour la tradition. Son mari répétait souvent qu’un jour, il lui écraserait la tête. Malgré ces menaces répétées et brutales, elle est restée. Des années plus tard, après une dispute, son mari a pris une brique et lui a écrasé la tête. Binta est décédée de ses blessures </em>», raconte Keïta Alty Diallo, Coordinatrice du Réseau des Jeunes Femmes Leaders du Mali, REJEFO.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En 2021, environ 45 000&nbsp;femmes et filles à travers le monde ont été tuées par leur conjoint, partenaire ou d’autres membres de leur famille selon l’ONU. Cela illustre le cas d’une femme au foyer d’une trentaine d’années, dont l’histoire nous est racontée par Alty Keïta, militante de la cause féminine à Ségou.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il s’agit de Koro D., une femme mariée à un homme polygame, un mécanicien à Ségou. Selon Alty, l’homme maltraitait ses deux femmes, qui cohabitaient ensemble et ne sortaient pas à cause de sa jalousie. Il s’occupait même du marché. K. D. était la deuxième épouse. Pendant sa grossesse, son mari la battait jusqu’au sang, entraînant la perte de son premier enfant. La même chose s’est produite lors de sa deuxième grossesse. Sa famille lui a conseillé de quitter son foyer, mais elle a refusé par peur de son mari, qui la menaçait de la tuer, elle et sa première épouse, si elles partaient.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Durant sa troisième grossesse, K. D. est retournée chez sa famille avec sa mère pour accoucher. Malheureusement, il était trop tard pour sauver l’enfant et sa mère, qui avaient été victimes d’une autre violente attaque de son mari. Traumatisée, elle n’arrêtait pas de mentionner le nom de son mari à l’hôpital, rappelant ses violences à chaque grossesse. Quelques heures plus tard, elle est décédée, entraînant la mort de son enfant à naître en raison de complications liées à la grossesse. La famille de la défunte a pris en charge les frais funéraires, sans porter plainte contre le mari.</p>



<h2 class="wp-block-heading" id="h-les-autorites-sont-interpelees"><strong>Les autorités sont interpelées</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Face au nombre croissant de survivantes de féminicide, les organisations de la société civile appellent les autorités compétentes à mettre en place un cadre juridique et institutionnel solide pour lutter contre les violences faites aux femmes et aux filles, ainsi qu’à sensibiliser le public à ce fléau.</p>



<p class="wp-block-paragraph">« <em>Je demande au président du Conseil National de la Transition de prendre des mesures sévères contre ceux qui mettent fin à la vie de leur conjoint. La loi doit être impitoyable envers ceux qui ôtent une vie, en particulier celle de leur conjoint </em>», exhorte Alty Diallo, le cœur meurtri.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Tall Kadidia Karim Diarra, Coordinatrice régionale du réseau national des Jeunes Filles et Femmes Rurales du Mali, RENAJFFERM, plaide également en faveur d’un cadre juridique pour punir les maris violents. « <em>Tuer une femme, c’est contribuer à la destruction de l’humanité. Protéger les femmes contre toutes les formes de violences basées sur le genre, c’est contribuer à la sauvegarde de l’humanité</em> », souligne-t-elle, appelant les autorités à mettre en place et à appliquer rigoureusement une loi pour punir les auteurs de féminicide.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Face au nombre croissant de survivantes et de victimes de féminicide, combien de temps faudra-t-il encore attendre pour l’adoption et l’application d’une loi ? L’urgence est clairement manifeste.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En attendant, des femmes continuent de mourir et les autorités sont interpelées !</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Fatoumata Z. Coulibaly, correspondante à Ségou</strong></p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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		<title>Féminicide : à l’origine d’un mot pour mieux prévenir les drames</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Sahel Tribune]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 03 Jun 2021 13:43:47 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Opinion]]></category>
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<p>À Mérignac, à Hayange, l’actualité nous rappelle tous les jours ou presque le drame du féminicide, dont ont été victimes au moins 90 femmes en France pour la seule année 2020.&#8230;</p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong>À <a href="https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/05/12/feminicide-de-merignac-une-mission-d-inspection-releve-une-serie-de-defaillances-dans-le-suivi-du-mari-violent_6079956_3224.html" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Mérignac</a>, à <a href="https://www.liberation.fr/societe/droits-des-femmes/feminicide-a-hayange-tout-le-monde-savait-quil-la-battait-20210527_ZTHMOQYBSRCYZKWCKDHVGC4QYU/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Hayange</a>, l’actualité nous rappelle tous les jours ou presque le drame du féminicide, dont ont été victimes au moins 90 femmes en France <a href="https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/02/02/90-feminicides-ont-ete-commis-en-2020-contre-146-en-2019-annonce-le-ministere-de-la-justice_6068512_3224.html" target="_blank" rel="noreferrer noopener">pour la seule année 2020</a>. Si le terme s’est aujourd’hui fait une place dans le débat public, pour qualifier des meurtres de femmes parce qu’elles sont femmes, il a mis du temps à s’imposer.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le mot <em>féminicide</em> est entré pour la première fois dans un dictionnaire français, <em>Le Petit Robert</em>, en 2015, et a été hissé sur le podium de la lexicographie en 2019, devenant le mot de l’année, mais la réalité qu’il décrit <a href="https://www.lemonde.fr/idees/article/2019/07/06/lydie-bodiou-et-frederic-chauvaud-le-passe-regorge-de-meurtres-de-femmes_5486100_3232.html" target="_blank" rel="noreferrer noopener">ne date pas du XXIᵉ siècle</a>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pendant des siècles, il a été occulté par les termes «&nbsp;crime passionnel&nbsp;», «&nbsp;drame de la séparation&nbsp;», «&nbsp;tragédie conjugale&nbsp;» ou encore «&nbsp;drame de la jalousie&nbsp;», autant d’expressions qui ont contribué à dédouaner les auteurs de crime et à ignorer que l’immense majorité des victimes étaient des femmes.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Vocable vagabond</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La première apparition du mot féminicide reste incertaine. Il semble bien que le terme a été utilisé pour la première fois dans la seconde moitié du XIX<sup>e</sup> siècle. Dans <em>Le&nbsp;Monde illustré</em>, journal hebdomadaire, évoquant aussi bien l’explosion d’une mine de charbon que le quotidien d’un pêcheur à la ligne, Jules Lecomte, en février 1863, lance une formule neuve&nbsp;: le «&nbsp;lacet féminicide&nbsp;», suggérant que les femmes mettent la corde au cou des hommes, les bridant, les corsetant et les dominant. Une acception complètement à l’opposé de la définition actuelle du mot.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Par la suite, il apparaît, de manière presque inattendue, dans des périodiques. Ainsi, <em>Le Rappel</em>, dans une livraison du 31&nbsp;octobre 1887, évoque les «&nbsp;fusillades conjugales et le féminicide&nbsp;», mais ici, si le mot est bien associé à la violence, il désigne une femme qui tire au revolver sur une autre femme avant de retourner l’arme contre elle. Il est difficile ensuite de suivre le cheminement du <em>féminicide</em> qui n’est pas alors une notion mais un vocable vagabond.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Très proche, le <em>femmicide</em> est lui attesté dès le début du XVII<sup>e</sup> siècle dans une pièce de théâtre due à Paul Scarron, <em>Jodelet souffleté ou les Trois Dorothée</em>, joué pour la première fois en 1646&nbsp;sur la scène du théâtre de l’Hôtel de Bourgogne à Paris. Le texte remanié en 1652&nbsp;porte désormais comme titre <em>Le Jodelet duelliste</em>. Il s’agit d’une comédie. Le valet Jodelet dit à Don Félix, dès la scène I de l’acte I&nbsp;: «&nbsp;Là vos yeux travaillant à faire femmicide&nbsp;». Le personnage rêve, comme un homme possessif, de brutaliser une femme.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le <em>femminicide</em> s’apparente ici aussi au burlesque. Avec une double consonne le mot se retrouve encore au début du XIX<sup>e</sup> siècle sous la plume de Frédéric Soulié et Léo Lespès dans l’épilogue du <em>Veau d’Or</em>, publié dans la seconde moitié du XIX<sup>e</sup> siecle, puis finit par disparaître.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’«&nbsp;uxoricide&nbsp;» ou le meurtre de l’un des époux</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Quant au <em>féminicide</em>, il n’est pas loin de connaître le même sort. Dans une feuille confidentielle, <em>Le Parti ouvrier</em>, daté du 6&nbsp;octobre 1888, on peut lire&nbsp;: «&nbsp;Fou-homicide – il faudrait dire féminicide&nbsp;». L’auteur veut dire qu’il serait préférable d’utiliser <em>fou-féminicide</em> plutôt que <em>fou-homicide</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dix ans plus tard, <em>La Petite Presse</em> du 4 juillet 1899 parle d’un orateur féminicide se livrant à un véritable réquisitoire contre les femmes. L’idée de violence physique n’est pas automatique. C’est ainsi que <a href="http://www.folio-lesite.fr/Catalogue/Folio/Folio-histoire/Journal-d-une-suffragiste" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Hubertine Auclert</a>, la suffragiste qui montait presque « toute seule à l’assaut des préjugés », condamne, <a href="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k76092166/f1.item" target="_blank" rel="noreferrer noopener">dans <em>Le Radical</em></a> daté du 17 novembre 1902, un projet de loi concernant le divorce, qu’elle qualifie de « loi féminicide ». Mot sans date certifiée de baptême, <em>féminicide</em> disparaît pratiquement à partir du début du XX<sup>e</sup> siècle et ne désigne pas le meurtre d’une femme par son mari.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il est vrai que du côté des juristes, un autre mot, dont l’usage n’est pas systématique, désigne depuis le XVII<sup>e</sup> siècle certains crimes dans la sphère conjugale&nbsp;: uxoricide (du latin <em>uxor</em>, <em>uxoris</em>, épouse). Dans un livre, traduit de l’allemand, <em>Sur la noblesse et excellence du sexe féminin</em> (Heinrich Cornelius Agrrippa von Nettesheim, 1537), un passage concerne les époux qui tuent leur femme.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pierre François Muyart de Vauglans, un des <a href="https://journals.openedition.org/chs/828" target="_blank" rel="noreferrer noopener">juristes les plus importants de la fin du XVIIIᵉ siècle</a>, lui consacre un développement dans <em>Les Lois criminelles de France dans leur ordre naturel</em>, publié en 1780. Il cite Étienne V, pape du VII<sup>e</sup> siècle qui se désole de l’atrocité des conséquences du crime d’uxoricide et exige l’expiation du mari pendant tout le reste de son existence.</p>



<h2 class="wp-block-heading">«&nbsp;Inacceptables attentats contre la personne humaine&nbsp;»</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Au lendemain de la Révolution française et de la codification napoléonienne, l’uxoricide ne figure pas dans le code pénal. Cependant on le retrouve dans certains traités et articles spécialisés, mais il semble désuet, promis à une extinction rapide, même s’il apparaît sous la plume de César Lombroso, criminologiste italien, inventeur du <a href="https://www.universalis.fr/encyclopedie/l-homme-criminel/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">« criminel-né »</a>, en 1887. Il ne désigne plus seulement le meurtre de la femme mariée, mais, indifféremment, celui de l’un des époux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quant au féminicide, il resurgit beaucoup plus tard, en 1976, lors de la tenue, du 4 au 8&nbsp;mars, à Bruxelles, du Tribunal international des crimes contre les femmes. Simone de Beauvoir n’a pu faire le déplacement mais a envoyé un texte dénonçant les «&nbsp;inacceptables attentats contre la personne humaine&nbsp;».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Vingt-six pays sont représentés et des journalistes en rendent compte. Un article de <em>Ouest-France</em> souligne : « À cette occasion est apparu un nouveau mot, <em>féminicide</em> » (numéro daté du 5 mars 1976). L’anthropologue Diana Russel, qui l’utilise pour la première fois en public, <a href="https://www.dianarussell.com/origin_of_femicide.html" target="_blank" rel="noreferrer noopener">a confié qu’elle l’avait découvert en 1974</a>, apprenant que la romancière américaine Carol Orlock préparait un livre qu’elle allait intituler ainsi.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Outil de qualification juridique</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le mot fémicide quant à lui apparaît en 1992 dans un ouvrage collectif non traduit en français, <a href="http://www.dianarussell.com/f/femicde%28small%29.pdf" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><em>Femicide : The Politics of Women Killing</em></a> dirigé par Diana Russell, Jill Radford et Jane Caputi. Le livre recense les meurtres commis contre des femmes en raison de leur sexe et met en lumière l’existence d’un « continuum des violences masculines contre les femmes » dont le point ultime est la mise à mort.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Si le mot ne fit pas l’effet d’une déflagration, il chemina à un rythme inégal en fonction des aires culturelles et politiques. C’est au Mexique, au début des années&nbsp;2000, sous l’impulsion de l’anthropologue Marcela Lagarde y de los Rios, que le mot prend de l’épaisseur dans le contexte du pays et particulièrement à propos des assassinats de masse à Ciudad Juárez. À la tête d’une Commission d’enquête parlementaire, elle traduit le mot en espagnol&nbsp;: <em>feminicidio</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’intention est d’opérer une distinction avec <em>homicide</em> et d’en faire un outil spécifique de qualification juridique. C’est alors une manière de reconnaître leur particularité et de souligner l’impunité des auteurs. En Amérique latine, coexistent les deux termes – <em>féminicidio</em> et <em>femicidio</em> –, comme le souligne Ana Carcedo qui a coordonné une vaste enquête sur les meurtres de femmes en Amérique centrale de 2000 à 2006. Le mot est alors largement utilisé par les féministes sur tout le continent, puis par les diverses agences gouvernementales et internationales.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ainsi l’Organisation des Nations unies, plus exactement l’Assemblée générale, avait émis le vœu de définir précisément les violences à l’égard des femmes. Il faut attendre la création de l’ONU femmes en 2010&nbsp;pour que deux ans plus tard le terme de <em>féminicide</em> soit adopté.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Faire advenir une prise de conscience collective</h2>



<p class="wp-block-paragraph">De manière emblématique, le 12&nbsp;mars 2013, Michelle Bachelet, ancienne présidente du Chili, devenue directrice exécutive de l’ONU Femmes, prononce un discours important. À son auditoire, elle indique&nbsp;:</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow"><p>«&nbsp;Nous sommes ici pour discuter de la plus extrême manifestation de violence à l’égard des femmes&nbsp;: les meurtres motivés par des préjugés basés sur le genre, également appelés “fémicides”. Nous sommes ici pour discuter des meurtres de femmes commis simplement parce qu’elles sont des femmes.&nbsp;»</p></blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Pour l’ONU comme pour l’OMS, le féminicide ou le fémicide, est un concept-outil permettant de sensibiliser l’opinion publique internationale et de faire advenir une prise de conscience collective.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Celle-ci vient à la faveur de la vague #MeToo à l’automne 2017 à la suite de l’affaire Weinstein qui secoue le milieu cinématographique hollywoodien. Les « briseuses de silence » livrent de courts témoignages sur les réseaux sociaux témoignant des regards, des viols, des agressions, des brimades, des injures… La réalité massive d’un phénomène social d’ampleur planétaire <a href="https://criham.labo.univ-poitiers.fr/publication-on-tue-une-femme-le-feminicide-histoire-et-actualites/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">explose aux yeux et aux oreilles de tous</a>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les médias s’en font l’écho, l’opinion publique s’en empare. Le seuil de l’inacceptable est franchi. Il prend d’abord la forme d’une comptabilité macabre, égrainée sur les réseaux sociaux, à la radio ou dans les journaux, des femmes tuées sous les coups de leur conjoint, forme ultime de la domination masculine. Désormais, elles ont un nom et un visage, elles s’appellent Alexia Daval, Marie Trintignant, Magali Blandin ou Chahinez Boutaa Daoud à Mérignac en mai 2021. Victimes d’un crime de propriétaire et de défaillances de la société, incapable de les protéger.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><a href="https://theconversation.com/profiles/lydie-bodiou-1238138" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Lydie Bodiou</a>, Maîtresse de conférence en histoire ancienne, <em><a href="https://theconversation.com/institutions/universite-de-poitiers-2135" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Université de Poitiers</a></em> et <a href="https://theconversation.com/profiles/frederic-chauvaud-1238140" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Frederic Chauvaud</a>, Professeur d&rsquo;Histoire contemporaine, <em><a href="https://theconversation.com/institutions/universite-de-poitiers-2135" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Université de Poitiers</a></em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Cet article est republié à partir de <a href="https://theconversation.com" target="_blank" rel="noreferrer noopener">The Conversation</a> sous licence Creative Commons. Lire l’<a href="https://theconversation.com/feminicide-a-lorigine-dun-mot-pour-mieux-prevenir-les-drames-162024" target="_blank" rel="noreferrer noopener">article original</a>.</p>



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