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	<title>Archives des Démocratie occidentale &#8212; Sahel Tribune</title>
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		<title>Afrique et Europe : pourquoi deux démocraties portant le même nom ne sont pas la même chose</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Chiencoro]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 05 Jun 2026 02:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p><strong>🔗 Découvrez plus sur notre blog :</strong> <a href="https://votresite.com">Sahel Tribune</a></p>
<p>À partir du principe philosophique de Leibniz selon lequel deux réalités ne peuvent être parfaitement identiques, cet article analyse les limites de l’exportation du modèle démocratique occidental en Afrique et plaide pour l’émergence de formes démocratiques enracinées dans les histoires, les cultures et les institutions africaines.</p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Leibniz avait posé qu&rsquo;il ne peut exister dans l&rsquo;univers deux choses parfaitement identiques. Appliqué à la politique, ce principe interdit de transposer la démocratie européenne en Afrique comme si le même mot désignait la même réalité. Il ne le désigne pas.</em></strong><strong></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans les archives de la Bibliothèque nationale de Hanovre, Gottfried Wilhelm Leibniz consigna un principe qui aurait dû rendre les politologues plus humbles : aucun objet dans l&rsquo;univers n&rsquo;est parfaitement identique à un autre. Ce que l&rsquo;on appelle indifféremment «&nbsp;<em>démocratie</em>&nbsp;» en France et au Sénégal, en Allemagne et au Mali, au Royaume-Uni et en Côte d&rsquo;Ivoire, n&rsquo;est pas la même chose. Le même mot. Des réalités radicalement différentes. Et prétendre les superposer, c&rsquo;est commettre l&rsquo;erreur que Leibniz avait précisément désignée comme la source de toute confusion : croire que deux choses sont identiques parce qu&rsquo;elles portent le même nom.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Le principe et son scandale philosophique</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le principe d&rsquo;identité des indiscernables est formulé par Leibniz dans&nbsp;<em>la Monadologie</em>&nbsp;(1714) et dans ses&nbsp;<em>Nouveaux essais sur l&rsquo;entendement humain</em>&nbsp;(1765, posthumes). Sa formulation est d&rsquo;une précision redoutable : il ne peut exister dans l&rsquo;univers deux substances qui soient entièrement semblables et où il ne soit possible de trouver une différence interne ou fondée sur une dénomination intrinsèque. Autrement dit, si deux choses sont en tout point identiques, elles ne sont pas deux choses distinctes — elles sont une seule et même chose.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La réciproque, moins connue mais tout aussi puissante, est ce qu&rsquo;on appelle parfois le principe des indiscernables des identiques : si deux choses diffèrent — même d&rsquo;un seul prédicat, même d&rsquo;une seule propriété — elles ne peuvent pas être identiques. La ressemblance partielle n&rsquo;est pas l&rsquo;identité. La parenté nominale n&rsquo;est pas la parenté ontologique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pourquoi ce détour par la métaphysique du XVIIe siècle ? Parce que le débat politique contemporain sur la démocratie en Afrique souffre précisément de ce que Leibniz appelait la confusion des noms et des choses. On croit discuter de la même réalité — la démocratie — parce qu&rsquo;on utilise le même mot. On ne discute pas de la même réalité. Et cette confusion nourrit l&rsquo;une des formes les plus insidieuses de domination intellectuelle que le continent africain ait eu à subir depuis les indépendances.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En&nbsp;paraphrasant l&rsquo;argument des feuilles de Gottfried Wilhelm Leibniz, nous pouvons dire que&nbsp;&nbsp;si deux feuilles de plante ne peuvent jamais être parfaitement semblables, à plus forte raison deux individus, deux peuples, alors deux histoires ne peuvent-ils pas être gouvernés par les mêmes formes sans que quelque chose d&rsquo;essentiel ne soit trahi.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>La démocratie européenne : une singularité historique présentée comme universelle</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">La démocratie libérale telle qu&rsquo;elle s&rsquo;est développée en Europe occidentale depuis le XVIIIe siècle n&rsquo;est pas une idée abstraite tombée du ciel. C&rsquo;est un objet historique singulier, produit par une configuration particulière de forces économiques, religieuses, philosophiques et institutionnelles qui ne se retrouvent pas ailleurs — ou pas de la même manière. La Révolution française, la Réforme protestante, l&rsquo;individualisme cartésien, le développement du capitalisme marchand, l&rsquo;émergence de la bourgeoisie comme classe politique : autant de préconditions qui ont rendu possible un certain type de rapport entre l&rsquo;individu et l&rsquo;État, entre la citoyenneté et le marché, entre la liberté formelle et la liberté réelle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce modèle a ses vertus — la séparation des pouvoirs, la liberté de la presse, le pluralisme partisan — mais aussi ses impensés. Il a été construit sur l&rsquo;exclusion : des femmes, des colonisés, des prolétaires. La démocratie athénienne s&rsquo;appuyait sur l&rsquo;esclavage. La démocratie européenne du XIXe siècle s&rsquo;est financée par la colonisation. La démocratie américaine s&rsquo;est bâtie sur la ségrégation. Ces faits ne sont pas des accidents de parcours. Ils font partie de la constitution historique du modèle — ils le définissent autant que ses principes proclamés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Or, c&rsquo;est ce modèle — avec ses vertus, ses ambiguïtés et ses angles morts — qui a été exporté en Afrique au moment des indépendances. Non pas proposé : imposé. Avec des constitutions rédigées à Paris ou à Londres dans les mois précédant l&rsquo;indépendance. Avec des partis politiques calqués sur les partis métropolitains. Avec des systèmes électoraux conçus pour des sociétés où l&rsquo;individu-citoyen est l&rsquo;unité de base de la délibération politique — sociétés qui n&rsquo;existaient pas en Afrique, ou existaient différemment.</p>



<p class="wp-block-paragraph">On a donné aux sociétés africaines le nom de la démocratie, l&rsquo;enveloppe de la démocratie, les procédures de la démocratie — sans leur donner les conditions historiques qui avaient rendu la démocratie possible ailleurs.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Ce que le principe leibnizien révèle sur le mimétisme politique</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Appliqué au politique, le principe d&rsquo;identité des indiscernables produit un constat sévère : deux institutions portant le même nom mais évoluant dans des contextes différents ne peuvent pas être identiques. Une élection en France et une élection au Burkina Faso partagent le nom d&rsquo;élection, le protocole du vote, le dépouillement des bulletins. Mais les substrats sociaux sont radicalement distincts : l&rsquo;organisation lignagère, les allégeances communautaires, les économies morales du don et de la réciprocité, les structures de médiation entre individus et collectifs — tout ce que les sciences sociales africaines ont documenté depuis Cheikh Anta Diop jusqu&rsquo;à Achille Mbembe — n&rsquo;est pas intégré dans le modèle importé.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La conséquence est connue : dans de nombreux pays africains, l&rsquo;élection ne désigne pas la délibération citoyenne entre programmes alternatifs. Elle désigne la mobilisation des réseaux clientélistes, l&rsquo;activation des solidarités ethniques ou religieuses, la compétition pour l&rsquo;accès aux ressources de l&rsquo;État. Ce n&rsquo;est pas une pathologie africaine — c&rsquo;est exactement ce que prédisait le principe de Leibniz : si vous appliquez une forme à un contenu qu&rsquo;elle ne correspond pas, la forme se déforme ou le contenu la subvertit.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le politologue camerounais Achille Mbembe a saisi cette tension dans une formule restée célèbre : la politique africaine postcoloniale produit une «&nbsp;<em>modalité d&rsquo;action</em>&nbsp;» qui n&rsquo;est ni la démocratie libérale ni son contraire, mais quelque chose d&rsquo;autre — une forme hybride, baroque, qui mêle les procédures importées aux logiques profondes des sociétés. Cette hybridité n&rsquo;est pas un échec de l&rsquo;africanisation. C&rsquo;est la démonstration empirique du principe de Leibniz : deux choses ne peuvent pas occuper le même espace ontologique si elles diffèrent dans leurs propriétés essentielles.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>L&rsquo;arrogance de l&rsquo;universel : quand l&rsquo;Europe oublie sa propre singularité</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a dans le projet de démocratisation universelle porté par les institutions occidentales — Union européenne, OCDE, agences onusiennes — une forme d&rsquo;oubli de soi qui est en même temps une forme de violence symbolique. L&rsquo;Europe a oublié que sa propre démocratie a été le produit d&rsquo;un processus historique de plusieurs siècles, marqué par des guerres civiles, des révolutions, des restaurations, des totalitarismes et des catastrophes. Elle a oublié que les démocraties occidentales actuelles n&rsquo;ont atteint le suffrage universel — y compris pour les femmes — qu&rsquo;au milieu du XXe siècle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La Suisse, modèle de stabilité démocratique vantée urbi et orbi, n&rsquo;a accordé le droit de vote aux femmes qu&rsquo;en 1971 — soit onze ans après l&rsquo;indépendance de la plupart des États africains. La France, qui donne des leçons de démocratie sur le continent, a maintenu des régimes coloniaux par la force jusqu&rsquo;en 1962. Ces faits ne sont pas convoqués pour disqualifier les valeurs démocratiques — ils sont convoqués pour rappeler que la démocratie réelle est toujours une construction historique partielle, conflictuelle et inachevée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Or, ce que l&rsquo;Occident exporte en Afrique, c&rsquo;est le produit fini — ou prétendu tel — sans exporter le processus qui l&rsquo;a produit. Il vend le résultat sans vendre la méthode. Il exige l&rsquo;aboutissement sans autoriser le chemin. Et quand les sociétés africaines, qui ont leurs propres processus de délibération collective — la palabre, les conseils des Anciens, les instances de médiation communautaire documentées par les anthropologues depuis Marcel Griaule jusqu&rsquo;à Paulin Hountondji —, tentent de trouver leur propre chemin, on les accuse de régresser.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Ce que l&rsquo;Afrique a que l&rsquo;Europe a perdu</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le principe de Leibniz n&rsquo;est pas seulement un outil de critique. C&rsquo;est aussi un outil de reconnaissance. Si deux choses ne peuvent être identiques qu&rsquo;en partageant toutes leurs propriétés, alors la différence africaine n&rsquo;est pas un déficit démocratique — c&rsquo;est un ensemble de propriétés spécifiques qui méritent d&rsquo;être lues pour ce qu&rsquo;elles sont, pas pour ce qu&rsquo;elles ne sont pas.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les sociétés africaines ont développé des formes de gouvernance fondées sur la délibération communautaire, le consensus, la médiation inter-générationnelle et la responsabilité collective qui ne correspondent pas aux catégories de la démocratie libérale — mais qui n&rsquo;en sont pas moins légitimes. La Charte de Kurukanfuga, proclamée au XIIIe siècle dans l&rsquo;Empire du Mali, protégeait la liberté d&rsquo;expression, interdisait les mauvais traitements aux femmes et posait des limites au pouvoir des souverains — six siècles avant la Déclaration des droits de l&rsquo;homme. Ce texte n&rsquo;est pas la préhistoire de la démocratie. C&rsquo;est une autre démocratie.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>L&rsquo;ubuntu</em>&nbsp;— la philosophie bantoue qui pose que l&rsquo;individu n&rsquo;existe qu&rsquo;à travers la communauté — n&rsquo;est pas un obstacle à la démocratie. C&rsquo;est une conception différente de la délibération politique, fondée sur l&rsquo;interdépendance plutôt que sur l&rsquo;autonomie individuelle. Elle produit des formes de gouvernance différentes — qui ne sont ni supérieures ni inférieures au modèle libéral occidental, mais qui lui sont non identiques, au sens strictement leibnizien du terme.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>« Umuntu ngumuntu ngabantu —&nbsp;« Je suis ce que je suis parce que vous êtes ce que vous êtes », « Je suis ce que je suis grâce à ce que&nbsp;&nbsp;nous sommes tous », ou encore « Je suis parce que nous sommes »&nbsp;»</em>,&nbsp;Proverbe zoulou — fondement philosophique de la pensée ubuntu, cité par Desmond Tutu.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Pour une démocratie des indiscernables</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">La leçon du principe leibnizien appliqué au politique est double. Première leçon : il n&rsquo;existe pas de démocratie universelle, pas de forme politique valable pour tous les temps et tous les lieux. La démocratie est toujours une démocratie-en-contexte, une démocratie-en-processus, une démocratie-en-conflit. Prétendre en avoir trouvé la formule définitive et vouloir l&rsquo;exporter, c&rsquo;est confondre une configuration historique particulière avec une vérité éternelle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Deuxième leçon : la différence n&rsquo;est pas l&rsquo;échec. Quand les sociétés africaines produisent des formes politiques qui ne ressemblent pas aux démocraties libérales européennes, cela ne signifie pas qu&rsquo;elles ont échoué à devenir ce qu&rsquo;elles devraient être. Cela signifie qu&rsquo;elles sont ce qu&rsquo;elles sont — des sociétés avec leurs propres histoires, leurs propres logiques, leurs propres contradictions. Leibniz nous enseigne à reconnaître chaque chose dans sa singularité irréductible.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce n&rsquo;est pas un plaidoyer pour le relativisme ou pour l&rsquo;acceptation des autoritarismes. Les droits fondamentaux — à la vie, à la dignité, à la liberté d&rsquo;expression — ne sont pas des propriétés culturellement relatives. Mais les formes institutionnelles à travers lesquelles ces droits s&rsquo;exercent et se défendent le sont. Et l&rsquo;Afrique a non seulement le droit, mais la responsabilité, d&rsquo;inventer les siennes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il ne peut exister deux feuilles identiques, disait Leibniz. Dès lors, pourquoi exigerait-on que deux continents produisent la même démocratie ?</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Chiencoro Diarra&nbsp;</strong></p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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		<title>Groenland &#8211; Etats-Unis &#8211; l’UE : le bal de l’hypocrisie</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Oleg Nesterenko]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 19 Jan 2026 08:14:31 +0000</pubDate>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Dès son premier mandat, Donald Trump a manifesté son désir d&rsquo;acquérir le Groenland, territoire danois depuis le XVIe siècle. Ces propos, initialement accueillis avec scepticisme, ont ressurgi lors de son retour au pouvoir en janvier 2025, ravivant l&rsquo;intérêt américain pour cette colonie arctique danoise.</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Les déclarations de la Maison Blanche concernant la convoitise du Groenland, initialement perçues comme une extravagante aberration, ont pris une toute nouvelle tournure avec l&rsquo;enlèvement du président vénézuélien légitime le 3 janvier. Ce passage de la fantaisie à l&rsquo;action a révélé à la communauté internationale la détermination des États-Unis d&rsquo;Amérique, sous la présidence Trump, à transgresser le droit international, au besoin, afin d’obtenir les bénéfices géo-économiques unilatéraux.</p>



<h2 class="wp-block-heading" id="h-les-pretextes-fallacieux-nbsp"><strong>Les prétextes fallacieux&nbsp;</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Les prétextes drapés dans des justifications sécuritaires antirusses et antichinoises, que brandit la présidence américaine pour justifier sa volonté de s’approprier l’île du Groenland, ne sont que des mensonges caractérisés que la Maison Blanche ne prend même pas la peine de camoufler davantage. L&rsquo;époque où l&rsquo;on exhibait à l&rsquo;ONU une prétendue fiole d&rsquo;anthrax, comme le fit le secrétaire d&rsquo;État américain Colin Powell le 5 février 2003, pour maquiller l&rsquo;invasion de l&rsquo;Irak sous un vernis de légitimité, semble révolue. Cette mascarade avait alors servi de prétexte pour déclencher la destruction d&rsquo;un pays et le massacre de son peuple.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;anéantissement de l&rsquo;Irak, ne nous y trompons pas, n&rsquo;était pas un but en soi, mais la conséquence inéluctable d&rsquo;une stratégie américaine. La véritable motivation résidait dans la nécessité de neutraliser l&rsquo;initiative de Saddam Hussein contre le «&nbsp;<em>pétrodollar</em>&nbsp;».</p>



<p class="wp-block-paragraph">En octobre 2000, le président irakien avait osé déclarer son intention de ne plus vendre son pétrole contre des dollars américains, mais uniquement contre des euros. Une telle audace valait la signature de son propre arrêt de mort. En février 2003, Saddam Hussein mit sa «&nbsp;<em>menace</em>&nbsp;» à exécution en vendant plus de 3 milliards de barils de pétrole brut pour 26 milliards d&rsquo;euros. Un mois plus tard, les États-Unis envahissaient et détruisaient l&rsquo;Irak, infligeant au peuple irakien une tragédie marquée par l&rsquo;anéantissement des infrastructures et un nombre effroyable de victimes civiles.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Forte de l&rsquo;impunité judiciaire totale dont jouissent les crimes contre l&rsquo;humanité commis par les gouvernements successifs des Etats-Unis, ils ne se donnent plus la peine de les couvrir par des narrations ne serait-ce qu’un peu crédibles aux yeux de la communauté internationale. Nul besoin, donc, de déployer des efforts de communication supplémentaires pour préparer l&rsquo;annexion du Groenland, que ce soit de gré ou de force.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La véritable raison de la convoitise américaine pour cette zone polaire peu hospitalière réside incontestablement dans les gigantesques réserves de matières premières qu&rsquo;elle recèle, tant dans son sous-sol que dans les profondeurs de l&rsquo;océan Arctique, au sein de la zone économique exclusive (ZEE) danoise qui s&rsquo;étend jusqu&rsquo;à 200 milles marins des côtes du Groenland (370,42 km) et confère à son détenteur des droits souverains en matière de ressources économiques.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Si le Groenland venait à passer sous l’autorité américaine, le fait que l&rsquo;extraction américaine de terres rares et d&rsquo;uranium se fasse sans consulter les populations autochtones serait une considération secondaire, une simple formalité qui sera ignorée à Washington. En 2021, pourtant, ces populations avaient réussi à bloquer le début d&rsquo;une telle exploitation (affaire d&rsquo;Energy Transition Minerals), afin de préserver leurs moyens de subsistance traditionnels d&rsquo;une pollution imminente. Compte tenu des enjeux économiques pour les États-Unis, il est prévisible que l&rsquo;opinion des populations autochtones sur ce sujet ne suscitera pas plus d&rsquo;intérêt que l&rsquo;avis des Européens concernant l&rsquo;annexion de l&rsquo;île. Cette indifférence stratégique s&rsquo;inscrit dans une logique géopolitique et économique où les intérêts nationaux prévalent sur les considérations éthiques ou les droits des minorités. De plus, l&rsquo;histoire des relations entre les États-Unis et les peuples autochtones est profondément marquée par une marginalisation systématique de ces derniers dans les processus décisionnels concernant leurs propres territoires et ressources.</p>



<p class="wp-block-paragraph">« <em>Un conflit ou une tentative d&rsquo;annexion du territoire d&rsquo;un pays membre de l&rsquo;OTAN par un autre pays également membre de l&rsquo;OTAN serait la fin du monde tel que nous le connaissons »</em>, a déclaré le Premier ministre polonais Tusk. Une déclaration qui semble ignorer que la préservation du monde tel que nous le connaissons est la dernière des préoccupations du maître d&rsquo;Outre-Atlantique.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><a href="https://saheltribune.com/wp-content/uploads/2026/01/2-scaled.jpg"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="277" src="https://saheltribune.com/wp-content/uploads/2026/01/2-1024x277.jpg" alt="DÉCLARATION DES TRAITÉS ET ACCORDS INTERNATIONAUX." class="wp-image-20910" srcset="https://saheltribune.com/wp-content/uploads/2026/01/2-1024x277.jpg 1024w, https://saheltribune.com/wp-content/uploads/2026/01/2-300x81.jpg 300w, https://saheltribune.com/wp-content/uploads/2026/01/2-768x207.jpg 768w, https://saheltribune.com/wp-content/uploads/2026/01/2-1536x415.jpg 1536w, https://saheltribune.com/wp-content/uploads/2026/01/2-2048x553.jpg 2048w, https://saheltribune.com/wp-content/uploads/2026/01/2-1920x519.jpg 1920w, https://saheltribune.com/wp-content/uploads/2026/01/2-1170x316.jpg 1170w, https://saheltribune.com/wp-content/uploads/2026/01/2-585x158.jpg 585w, https://saheltribune.com/wp-content/uploads/2026/01/2-600x162.jpg 600w" sizes="(max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></a><figcaption class="wp-element-caption">DÉCLARATION DES<br>TRAITÉS ET ACCORDS INTERNATIONAUX. Capture d&rsquo;écran. </figcaption></figure>



<h2 class="wp-block-heading" id="h-la-presence-americaine-au-groenland"><strong>La présence américaine au Groenland</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Contrairement aux insinuations fallacieuses, la présence militaire américaine dans l&rsquo;océan Arctique ne nécessite nullement l&rsquo;annexion du Groenland ni sa transformation en territoire national des États-Unis. En réalité, les forces armées américaines sont stationnées en permanence sur cette île arctique depuis la Seconde Guerre mondiale, une présence officialisée dès 1951 par un accord bilatéral américano-danois (Accord du 27 avril 1951). Cet accord confère à Washington D.C. une latitude d&rsquo;action militaire significative dans la région arctique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À ce jour, la base aérienne de Pituffik (Thulé Air Base) demeure la seule installation militaire américaine active au Groenland.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les déclarations occasionnelles de Donald Trump, telles que celles sur Truth Social, suggérant que « <em>L’OTAN deviendrait plus redoutable et efficace si le Groenland était entre les mains des États-Unis. Tout ce qui est en-deçà&nbsp;de cela est inacceptable </em>», n&rsquo;altèrent pas la nature juridique de l&rsquo;accord existant.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il ne fait aucun doute que, si les circonstances l&rsquo;exigeaient, les États-Unis pourraient accroître très considérablement leur présence militaire sur l&rsquo;île, même si cette dernière demeure sous la souveraineté danoise.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading" id="h-les-hypocrisies-de-l-union-europeenne-nbsp"><strong>Les hypocrisies de l’Union Européenne &nbsp;</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">À ce jour, seuls six des vingt-sept États membres de l&rsquo;Union Européenne, abstraction faite du Danemark, ont formalisé leur position par une déclaration officielle condamnant l&rsquo;initiative des États-Unis d&rsquo;Amérique vis-à-vis du Groenland (déclaration conjointe du 6 janvier, émanant d&rsquo;Allemagne, du Royaume-Uni, de France, d&rsquo;Italie, de Pologne et d&rsquo;Espagne).&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette déclaration, confinée à l&rsquo;expression verbale, est dénuée d’un véritable engagement : les paroles qui n’ont aucune valeur, ne signifient rien et n’engagent les déclarants à rien.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">À l&rsquo;instar des prédateurs opportunistes, l&rsquo;appareil politico-bureaucratique de l&rsquo;UE et de ses États membres manifeste une propension à cibler exclusivement les Etats perçues, à tort ou à raison, comme structurellement plus faibles ou en situation de vulnérabilité conjoncturelle. Face aux forces dominantes, une politique de deux poids, deux mesures, d&rsquo;une perversité indéniable, se révèle inéluctablement.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">La devise de l’Union&nbsp;Européenne est bien celle formulée jadis par les Romains : «&nbsp;<em>Ce qui est permis à Jupiter n&rsquo;est pas permis au bœuf&nbsp;».</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">La protection des démocraties, des droits de l&rsquo;homme et de la liberté d&rsquo;expression n’est qu’une pure chimère, un artifice rhétorique destiné à manipuler l’électorat. La classe politique européenne, majoritairement constituée de vulgaires activistes carriéristes, est bien davantage préoccupée par la conservation du pouvoir et la dissimulation de ses crimes à l’encontre des nations entières, commis en continu à travers le monde.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;Union Européenne redécouvre avec soudaineté l&rsquo;existence du droit international, une prise de conscience motivée par la menace que représente Donald Trump pour ses propres intérêts. Les instances dirigeantes de l&rsquo;UE et de nombreux États européens, qui critiquent la Maison Blanche pour ses velléités de démembrement du Danemark, en appellent désormais au respect du droit international.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Or, ces mêmes acteurs ont fait preuve d&rsquo;un empressement notable à participer au démembrement illégal de la Yougoslavie en 1999, en violation totale dudit droit.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">De même, les indignations européennes face aux bombardements russes de l’infrastructure énergétique ukrainienne (après avoir laissé la chance à la partie adverse d’entendre la raison durant plus de 3 années consécutives) remportent haut la main le concours de l’hypocrisie, sur le fond de la destruction de plus de 70% non seulement de l’infrastructure énergétique civile, mais également de l’accès à l’eau potable en Yougoslavie par l’organisation criminelle du Traité Atlantique Nord dès les premiers jours de son agression en 1999 et sur le fond de la déclaration officielle de l’OTAN concernant la privation des populations de l’accès à l’électricité et à l’eau potable&nbsp;: « <em>Si Milosevic veut vraiment que ses citoyens aient de l&rsquo;eau et de l&rsquo;électricité, tout ce qu&rsquo;il a à faire est d&rsquo;accepter les conditions de l&rsquo;OTAN et nous arrêterons cette campagne </em>[&#8230;]. <em>Si cela a des conséquences pour la population, ce sont ses problème</em>s <em>!</em> » (porte-parole de l&rsquo;OTAN, l’anglais Jamie Shea, le 25 mai 1999). En ce moment de l’histoire et dans tant d’autres crimes qui ont suivi depuis, le droit international semblait d’un intérêt bien plus limité pour ces acteurs.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Abstraction faite des causes profondes du conflit en Ukraine et des opinions divergentes, toute personne raisonnable dotée d’un minimum de capacités analytiques ne peut nier que la Fédération de Russie avait des raisons bien plus impérieuses de revendiquer la Crimée et le Donbass que les États-Unis d’Amérique d’annexer le Groenland, dont l’unique rapport de l’État américain avec ce dernier ne consiste que dans la modeste présence sur son sol d’une seule, parmi plus de 700, de leurs bases militaires dans le monde.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dès lors, la question qui se pose est la suivante : quelle est la réaction des pays de l’Union Européenne et de leurs « <em>élites</em> » politiques face à ces deux revendications ?&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">La réponse est indéniable et bien étonnante pour un esprit non averti : une quasi-guerre totale contre la Russie, impliquant des investissements de centaines de milliards d’euros, des centaines de milliers de morts sur les champs de bataille et plus de 30 711 sanctions imposées à la Russie (au 1er janvier 2026).&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">En revanche, quelle est l’action de ces mêmes pays face à leur suzerain américain ? Quelques paroles impuissantes qui n’iront jamais plus loin.</p>



<p class="wp-block-paragraph">De même, il est inutile de détailler l’hypocrisie profonde des « <em>élites</em> » européennes face au massacre à grande échelle des populations civiles à Gaza et à d’autres crimes de guerre et crimes contre l’humanité perpétrés à travers le monde, dont les « <em>défenseurs des droits de l’homme </em>» sont non seulement restés silencieux, mais souvent, sont directement responsables.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le droit fondamental de la classe politique de l’Occident collectif vis-à-vis du reste du monde, depuis le Moyen Âge jusqu’à nos jours, est celui du plus fort. Elle ne sait avancer que par la force et ne comprend aucun autre langage que celui de la force. Cette monolinguistique de la force annihile toute tentative de dialogue subtil, d&rsquo;échange constructif, réduisant la relation à un rapport de domination brute et simpliste.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les abus et crimes extraterritoriaux à répétition, visant à accroître la richesse des « <em>élites</em> » (à ne pas confondre avec les peuples) du « <em>jardin fleuri</em> » aux dépens des intérêts des nations non occidentales, qualifiées de « <em>jungles</em> » <em>(« L&rsquo;Europe est un jardin. La plus grande partie du reste du monde est une jungle », Josep Borrell, Haut représentant de l&rsquo;UE pour les affaires étrangères, vice-président de la Commission Européenne)</em>, sont justifiés par des discours incessants sur les droits de l’homme, la démocratie et de nobles idéaux servant de prétexte à leurs ingérences et invasions, tout en réprimant avec véhémence ceux qui s’y opposent. Simultanément, tout régime, aussi antidémocratique, dictatorial, voire sanguinaire soit-il, mais soumis aux intérêts des capitales occidentales, peut compter sur leur soutien indéfectible.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cependant, les discours de ces fervents défenseurs du concept spirituel incarné par les cochons orwelliens de <em>La Ferme des animaux</em> : « T<em>ous les animaux sont égaux, mais certains sont plus égaux que d’autres</em> », ne trompent plus personne, ni en Afrique, ni en Amérique latine, ni en Asie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Peu importe les déclarations européennes actuelles et futures :&nbsp; aucune action européenne égale ne serait-ce qu’à quelques pour cent de celles entreprises contre la Russie ne verra jamais le jour à l’égard des États-Unis d’Amérique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le 14 janvier, le président français Emmanuel Macron déclarait que la France « <em>ne sous-estimait pas</em> » les intentions des États-Unis concernant le Groenland et s’engageait à « <em>faire preuve d’une solidarité totale</em> » avec le Danemark.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">En guise d&rsquo;illustration, rien ne révèle mieux le degré d’hypocrisie pathétique des « <em>élites</em> » européennes que le déploiement de troupes européens au Groenland pour préparer le terrain à une résistance contre une éventuelle invasion américaine. La Norvège a envoyé deux personnes. La France a envoyé quinze personnes. L’Allemagne en a envoyé treize. Les Pays-Bas, le Royaume-Uni, la Finlande, l’Estonie et la Suède s’apprêtent également à envoyer leurs troupes, dont le nombre ne dépassera certainement pas celui des puissances déjà engagées.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ainsi, Donald Trump est incité à réfléchir davantage avant de se heurter au redoutable déploiement militaire européen sur ce territoire convoité.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Oleg Nesterenko</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Président du CCIE<em>(</em><a href="http://www.c-cie.eu"><em>www.c-cie.eu</em></a><em>)</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em><strong>(Spécialiste de la Russie, CEI et de l’Afrique subsaharienne,ancien directeur de l’MBA, ancien professeur auprès des masters des Grandes Ecoles de Commerce de Paris)</strong></em></p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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