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	<title>Archives des Bambara &#8212; Sahel Tribune</title>
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		<title>Mali : pourquoi un modèle éducatif souverain est devenu une nécessité nationale</title>
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		<pubDate>Wed, 03 Jun 2026 09:25:30 +0000</pubDate>
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<p>Face aux limites du modèle hérité de la colonisation, le Mali devra miser sur une école souveraine valorisant les langues nationales, les savoirs endogènes et l’héritage intellectuel de Tombouctou pour construire l’éducation de demain.</p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Entre l&rsquo;école héritée de la colonisation et la tentation d&rsquo;un retour aux seules traditions ancestrales, le Mali trace en silence une troisième voie : celle d&rsquo;un modèle éducatif souverain, enraciné et tourné vers l&rsquo;avenir.</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">On parle souvent de l&rsquo;éducation malienne sur le ton de la crise — chiffres de scolarisation insuffisants, taux d&rsquo;abandon précoce, résultats aux évaluations internationales en deçà des attentes. Ces constats sont réels, et il serait malhonnête de les minimiser. Mais ce récit de la défaillance, répété à satiété dans les rapports des organisations internationales, occulte une vérité plus profonde : le Mali possède un génie éducatif propre, plurimillénaire, qui a traversé les siècles sans jamais cesser de transmettre, de former, de faire grandir. La question n&rsquo;est donc pas de savoir si le Mali peut s&rsquo;en sortir. Elle est de savoir s&rsquo;il aura enfin le droit de le faire à sa manière.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Tombouctou n&rsquo;a pas attendu Paris pour enseigner</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Il faut commencer par là : par ce rappel simple, que l&rsquo;histoire officielle a trop longtemps relégué en note de bas de page. Au XIVe et XVe siècles, Tombouctou était l&rsquo;une des capitales intellectuelles du monde connu. Ses madrasas accueillaient des étudiants venus de l&rsquo;ensemble du monde islamique. Ses bibliothèques conservaient des centaines de milliers de manuscrits couvrant la théologie, les mathématiques, l&rsquo;astronomie, la médecine et le droit. La Sankore, véritable université avant l&rsquo;heure, formait des milliers d&rsquo;étudiants selon des méthodes pédagogiques sophistiquées fondées sur le commentaire, le débat et la mémorisation critique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cet héritage n&rsquo;est pas qu&rsquo;un ornement rhétorique. Il atteste que les sociétés maliennes ont toujours su penser la transmission du savoir, inventer des institutions éducatives adaptées à leurs contextes et à leurs ambitions. Lorsque la colonisation a imposé son école — son école française, unilingue, centralisée, déconnectée des réalités locales —, elle n&rsquo;a pas comblé un vide. Elle en a créé un, en marginalisant des formes d&rsquo;apprentissage qui fonctionnaient, au profit d&rsquo;un modèle importé pensé pour produire des auxiliaires de l&#8217;empire, non des esprits libres.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Enseigner en bambara n&rsquo;est pas un repli identitaire. C&rsquo;est redonner à un enfant le droit de penser dans sa propre langue — condition première de toute pensée vraiment libre.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>La langue, clé de voûte d&rsquo;une école qui émancipe</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est sur la question de la langue que se joue, aujourd&rsquo;hui, l&rsquo;essentiel du débat éducatif au Mali. Le français reste la langue exclusive d&rsquo;enseignement dans l&rsquo;immense majorité des établissements publics. Pour des millions d&rsquo;enfants maliens — ruraux, issus de familles non francisées, locuteurs du bambara, du peul, du dogon ou du songhay — cela signifie que l&rsquo;école commence par une épreuve d&rsquo;étrangeté : apprendre à compter, à lire, à raisonner dans une langue que personne ne parle à la maison.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les recherches pédagogiques convergent sur ce point depuis des décennies : un enfant qui apprend à lire dans sa langue maternelle avant d&rsquo;aborder une langue seconde développe de meilleures compétences cognitives, un rapport plus confiant au savoir, et un taux de réussite scolaire significativement supérieur. Le Mali en a fait l&rsquo;expérience concrète avec ses classes dites à «&nbsp;<em>curriculum convergent</em>&nbsp;», où l&rsquo;enseignement débute en langues nationales avant d&rsquo;introduire le français progressivement. Les résultats sont probants. Et pourtant, ces programmes restent marginaux, sous-financés, traités comme des expériences pilotes plutôt que comme la norme qu&rsquo;ils devraient être.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mis en place au Mali vers les années 1990 dans des écoles communautaires, le curriculum convergent enseigne les fondamentaux — lecture, écriture, calcul — en langue nationale durant les trois premières années, avant d&rsquo;introduire le français comme langue d&rsquo;enseignement. Les évaluations conduites par des chercheurs maliens et des organismes indépendants montrent des taux de compréhension et de maintien scolaire nettement supérieurs aux classes monolingues françaises.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Tradition ne veut pas dire immobilisme</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Certains, en France comme ailleurs, s&rsquo;alarment dès qu&rsquo;on évoque les savoirs traditionnels dans un contexte éducatif. Ils y voient le spectre du conservatisme, du communautarisme, d&rsquo;un retour en arrière qui fermerait les jeunes Maliens aux connaissances universelles. Cette crainte repose sur un contresens fondamental.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Intégrer les savoirs endogènes dans l&rsquo;école malienne ne signifie pas remplacer les mathématiques par la divination, ni la biologie par le mythe cosmogonique. Cela signifie reconnaître que les communautés maliennes ont développé, au fil des siècles, des connaissances précises sur l&rsquo;agriculture, l&rsquo;hydraulique, la pharmacopée, l&rsquo;architecture, les écosystèmes sahéliens — connaissances qui, loin d&rsquo;être obsolètes, représentent un capital intellectuel précieux face aux défis contemporains du changement climatique et de la souveraineté alimentaire. Cela signifie aussi que la pédagogie africaine — fondée sur la narration, la mise en situation, l&rsquo;apprentissage par l&rsquo;observation et la pratique communautaire — n&rsquo;est pas une méthode inférieure à la leçon magistrale importée. Elle est simplement différente, et souvent plus efficace pour les contextes dans lesquels elle s&rsquo;exerce.</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>Les pratiques agro-sylvo-pastorales transmises oralement constituent un savoir empirique sur les écosystèmes sahéliens que les sciences modernes commencent seulement à documenter.</li>



<li>L&rsquo;architecture vernaculaire malienne — banco, toitures, terrasses, ventilation naturelle — offre des réponses durables aux enjeux climatiques que l&rsquo;urbanisme importé ne parvient pas à résoudre.</li>



<li>Les systèmes de régulation sociale et de résolution des conflits fondés sur la palabre et la médiation communautaire sont reconnus par des chercheurs en sciences politiques comme des modèles de gouvernance participative.</li>



<li>La pharmacopée traditionnelle, encore largement vivante au Mali, fait l&rsquo;objet d&rsquo;un intérêt croissant de la recherche pharmaceutique internationale pour l&rsquo;identification de nouvelles molécules actives.</li>
</ul>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Un modèle malien est possible — et urgent</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Ce que le Mali doit construire — et ce qu&rsquo;une partie de sa société civile, de ses enseignants et de ses chercheurs bâtissent déjà, souvent sans soutien suffisant — c&rsquo;est un modèle éducatif qui ne soit ni la copie dégradée du système français, ni le retour nostalgique à un passé idéalisé. C&rsquo;est un modèle de synthèse souveraine : une école malienne du XXIe siècle, ouverte aux mathématiques, aux sciences, aux langues étrangères et aux outils numériques, mais ancrée dans les langues, les épistémologies et les valeurs qui font la singularité de cette civilisation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La transition que vit le Mali porte en elle une opportunité rare : celle de refonder des institutions, de les penser depuis l&rsquo;intérieur, de décider enfin souverainement ce que l&rsquo;on veut transmettre aux générations qui viennent. L&rsquo;éducation est le premier de ces chantiers. C&rsquo;est aussi le plus durable. C’est de ce soucis que le Président de la transition a décrété la période 2026-2027, «&nbsp;<em>année de l’éducation et de la culture</em>&nbsp;».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un peuple qui sait d&rsquo;où il vient apprend mieux où il va. Le Mali le sait mieux que quiconque.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>A.D</strong></p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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		<title>Langues africaines et édition au Mali : une richesse négligée ?</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Fousseni TOGOLA]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 10 Jul 2025 08:00:00 +0000</pubDate>
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<p>Réfléchissez à la dynamique entre le français et les langues africaines et leur impact sur l'édition au Mali.</p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Dans un pays où la majorité s’exprime en bambara, peul ou songhaï, l’édition reste prisonnière du français. Un paradoxe culturel et démocratique qui freine l’accès au livre et marginalise des millions de lecteurs potentiels.</em></strong> <strong><em>Toutefois, il est à noter que depuis quelques années, certaines initiatives sont en cours en vue d&rsquo;un changement de la dynamique</em></strong>. </p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans ce Mali polyphonique, où les langues bruissent comme les rivières du Mandé, où le bambara se mêle au peul, au songhaï, au tamasheq et au soninké, il est un silence que l’on entend à chaque coin de rue : celui des livres. Un silence d’encre et de papier. Car dans les rayons maigres de nos rares librairies, le français règne encore en maître — langue du pouvoir, de l’école, de la loi, mais rarement de l’émotion populaire. Pendant ce temps, nos langues africaines, elles, restent à la marge de l’édition. Non par incapacité, mais par abandon.</p>



<h2 class="wp-block-heading" id="h-une-litterature-orpheline-de-ses-langues"><strong>Une littérature orpheline de ses langues</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">On aurait pu croire que l’Afrique, à l’heure des indépendances culturelles proclamées à cor et à cri, allait se réconcilier avec ses langues. Mais soixante ans après la souveraineté politique, les langues africaines — au Mali comme ailleurs — n’ont jamais conquis le droit de cité dans le monde du livre. Elles sont absentes, ou presque, des programmes scolaires, marginalisées dans les maisons d’édition, invisibles dans les grandes foires littéraires, et souvent méprisées par une élite qui rêve encore d’Académie française plutôt que d’Académie bambara.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le dernier rapport de l’UNESCO sur&nbsp;<em>L’Industrie du livre en Afrique</em>&nbsp;est sans appel : au Mali, moins de 5 % des publications sont éditées en langues nationales, malgré leur usage majoritaire dans la vie quotidienne. Un paradoxe frappant, dans un pays où 80 % de la population s’exprime d’abord dans ces langues maternelles.</p>



<h2 class="wp-block-heading" id="h-des-langues-dites-locales-mais-des-idees-universelles"><strong>Des langues dites « locales », mais des idées universelles</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Et pourtant, elles chantent, ces langues. Elles débordent de proverbes, d’humour, de sagesse ancestrale. Elles portent des récits de guerre et de paix, des contes de griots et des histoires de quartier. Elles méritent plus qu’une simple mention folklorique dans les discours ministériels.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Publier en bambara, ce n’est pas régionaliser la pensée, c’est l’enraciner. Traduire la Déclaration des droits de l’homme en peul, ce n’est pas la trahir, c’est l’honorer. Écrire des romans en tamasheq, c’est faire du désert un théâtre d’humanité. Les autorités de la transition ont pourtant favorisé cette tendance en officialisant les langues nationales dans la constitution de juillet 2023.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais le système ne suit pas. L’édition en langues africaines se heurte à une série de blocages structurels : manque de traducteurs formés (même s&rsquo;il en a, leur accessibilité constitue des blocages pour bons nombres d&rsquo;écrivains voire de maisons d&rsquo;édition), insuffisance de correcteurs compétents, quasi-inexistence d’outils typographiques adaptés, et surtout, une demande mal évaluée et souvent sous-estimée. Car l’on confond trop souvent illettrisme et analphabétisme en français. Or, lire en sa propre langue, c’est souvent lire tout court.</p>



<h2 class="wp-block-heading" id="h-l-ecole-miroir-d-une-politique-du-livre-absente"><strong>L’école, miroir d’une politique du livre absente</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">L’école malienne, censée être le creuset de l’émancipation linguistique, demeure accrochée au modèle hérité. Le bambara y est enseigné de façon marginale, souvent par défaut, parfois sans manuels appropriés. Les enseignants eux-mêmes ne sont pas toujours formés pour enseigner dans leur propre langue maternelle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le rapport de l’UNESCO souligne ce vide sidéral. Aucun plan national de soutien à l’édition en langues nationales n’est en vigueur. Pire encore, la majorité des manuels scolaires sont importés de France ou du Sénégal, y compris pour les programmes du primaire. L’État, qui devrait être le premier client du livre malien, se comporte comme un acheteur étranger dans sa propre maison.</p>



<h2 class="wp-block-heading" id="h-et-pourtant-un-espoir-numerique"><strong>Et pourtant, un espoir numérique</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Mais tout n’est pas perdu. Car à l’ombre des géants de l’édition francophone, des poches de résistance émergent. Des jeunes auteurs publient leurs textes en bambara sur Facebook. Des associations développent des applications mobiles pour lire en peul. Des maisons comme Donniya, Jamana, Gafé ou Tombouctou s’essaient timidement à l’édition bilingue. Et le numérique pourrait rebattre les cartes, en réduisant les coûts de publication, en facilitant l’autoédition et en créant des communautés de lecteurs sur WhatsApp ou Telegram.</p>



<h2 class="wp-block-heading" id="h-une-urgence-culturelle-et-democratique"><strong>Une urgence culturelle et démocratique</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Donner sa place aux langues nationales dans l’édition, ce n’est pas un luxe. C’est une nécessité politique. C’est reconnaître aux citoyens le droit de penser et de rêver dans la langue qu’ils aiment. C’est faire du livre un outil d’éducation populaire, pas un privilège de diplômés. C’est aussi — à l’heure de la refondation annoncée — une condition sine qua non pour que la démocratie malienne ne reste pas un dialogue entre lettrés dans une langue que la majorité ne comprend pas.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors, à quand une politique éditoriale trilingue : français, langues nationales, et pourquoi pas anglais ou arabe, qui reflèterait enfin la réalité linguistique du Mali ? À quand un prix littéraire pour les romans en bambara ? À quand une maison d’édition qui mise sur le peul comme langue de narration ? Il ne manque que la volonté. Car la richesse est là. Négligée, mais vivante.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Fousseni Togola&nbsp;</strong></p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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