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	<title>Archives des actualités politiques: analyses et commentaires &#8212; Sahel Tribune</title>
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	<title>Archives des actualités politiques: analyses et commentaires &#8212; Sahel Tribune</title>
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		<title>Macron–Macky Sall : l&#8217;entrevue qui brouille les lignes</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Sahel Tribune]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 03 Jun 2026 21:54:39 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p><strong>🔗 Découvrez plus sur notre blog :</strong> <a href="https://votresite.com">Sahel Tribune</a></p>
<p>Reçu à l’Élysée par Emmanuel Macron, Macky Sall poursuit sa campagne pour le poste de secrétaire général de l’ONU. Une rencontre qui soulève des interrogations sur le soutien de la France, alors que le Sénégal affiche sa neutralité.</p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>L&rsquo;ancien président sénégalais fait campagne pour la tête de l&rsquo;ONU avec la bienveillance de Paris — mais sans le soutien de Dakar. Une rencontre à l&rsquo;Élysée qui pose autant de questions qu&rsquo;elle n&rsquo;apporte de réponses.</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est une image soigneusement mise en scène, et c&rsquo;est précisément là que réside le problème. Le 3 juin, Macky Sall a diffusé sur ses réseaux sociaux une photographie le montrant&nbsp;serrant la main d&rsquo;Emmanuel Macron&nbsp;dans le grand escalier de l&rsquo;Élysée, la veille — un cliché que l&rsquo;Élysée, lui, a préféré taire. Cette asymétrie de communication en dit long sur la nature réelle de cette rencontre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;ancien chef de l&rsquo;État sénégalais brigue le poste de secrétaire général des Nations unies, en lice pour succéder à Antonio Guterres le 1er janvier 2027. Pour asseoir sa candidature sur la scène internationale, il sollicite les capitales qui comptent. Paris, puissance permanente au Conseil de sécurité, en est une. Jusqu&rsquo;ici, rien d&rsquo;anormal.&nbsp;<em>« Nous n&rsquo;avons pas été impliqués depuis le début, même pas par l&rsquo;intéressé. »</em>, avait fait savoir Bassirou Diomaye Faye en mai&nbsp;2026.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Une campagne sans mandat national</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui interroge davantage, c&rsquo;est le&nbsp;vide institutionnel&nbsp;que révèle cet activisme diplomatique. Le président Bassirou Diomaye Faye l&rsquo;a dit sans détour début mai : son gouvernement a choisi «&nbsp;<em>une posture neutre</em>&nbsp;» et n&rsquo;a «&nbsp;<em>pas été impliqué depuis le début</em>&nbsp;». Autrement dit, Macky Sall mène une campagne internationale pour représenter — potentiellement — l&rsquo;ensemble des États membres de l&rsquo;ONU, sans même avoir obtenu l&rsquo;aval de son propre pays.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette situation est pour le moins singulière. Quel poids réel peut avoir un candidat dont le pays d&rsquo;origine décline de le soutenir officiellement ? La bienveillance française, aussi réelle soit-elle, ne saurait combler ce déficit de légitimité nationale.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;Élysée n&rsquo;a confirmé ni la réunion ni un éventuel soutien à la candidature. C&rsquo;est Macky Sall lui-même qui a donné une dimension publique à l&rsquo;entretien, transformant une rencontre discrète en argument de campagne.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Paris joue la discrétion, macky joue l&rsquo;affichage</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;Élysée n&rsquo;a formulé aucun commentaire. Pas de communiqué, pas de déclaration, pas même une confirmation officielle de la réunion. Ce silence choisi contraste avec l&rsquo;enthousiasme médiatique de Macky Sall, qui a pris soin de diffuser la photo&nbsp;en français et en anglais, signalant clairement à quel public international il s&rsquo;adressait.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans son entourage, l&rsquo;élan est immédiat. Néné Tall, cadre de l&rsquo;Alliance pour la République, n&rsquo;a pas hésité à commenter :&nbsp;<em>« Pendant ce temps, les grands hommes discutent de l&rsquo;avenir du monde. »</em>&nbsp;La formule, aussi maladroite que révélatrice, trahit une stratégie de valorisation par l&rsquo;image plus que par le fond — un&nbsp;affichage de légitimité&nbsp;qui se substitue au débat programmatique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Car sur le fond, que sait-on réellement de la vision onusienne de Macky Sall, au-delà de la formule — «&nbsp;<em>rationaliser, simplifier, optimiser</em>&nbsp;» — présentée devant l&rsquo;Assemblée générale en avril ? Des principes qui sonnent plus comme un slogan de consultant que comme un projet politique pour une organisation de 193 membres.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Le pari risqué d&rsquo;une image trop parisienne</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Dans le contexte actuel du continent africain, où le sentiment anti-français reste vif dans plusieurs pays et où la France cherche elle-même à redéfinir sa posture en Afrique,&nbsp;afficher la bienveillance de l&rsquo;Élysée comme un atout&nbsp;pourrait se révéler une stratégie à double tranchant. Si elle peut séduire certaines chancelleries occidentales, elle risque d&rsquo;alimenter la méfiance de nombreux États du Sud global — bloc de voix crucial dans toute élection à l&rsquo;ONU.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Macky Sall devra arbitrer entre deux logiques contradictoires : celle qui consiste à capitaliser sur des réseaux franco-africains bien entretenus, et celle qui exige de se présenter comme un candidat du monde entier, au-delà des alignements historiques. Pour l&rsquo;heure, l&rsquo;image de l&rsquo;escalier de l&rsquo;Élysée penche clairement du premier côté.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>A.D</strong></p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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		<title>Sonko contre Diomaye : la guerre déclarée</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Sahel Tribune]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 02 Jun 2026 21:02:29 +0000</pubDate>
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<p>Ousmane Sonko accuse Bassirou Diomaye Faye de vouloir affaiblir le Pastef. Entre remaniement gouvernemental, tensions institutionnelles et démonstration de force politique, le Sénégal entre dans une nouvelle zone de turbulences.</p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Le 2 juin 2026, Ousmane Sonko a tenu une conférence de presse explosive à Dakar, révélant pour la première fois les coulisses d&rsquo;une rupture au sommet de l&rsquo;État sénégalais. Même jour : un nouveau gouvernement de 30 ministres sans le Pastef, une instruction interne de mobilisation massive du parti, et un président de l&rsquo;Assemblée nationale qui parle de « cohabitation ». Le Sénégal entre dans une ère inédite.</em></strong><em></em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Il est 17 heures à Dakar, à la Résidence Serigne Abass Sall, en face de l&rsquo;École de police, quand Ousmane Sonko prend la parole. Devant les caméras, le président du Pastef lève un à un les voiles sur ce que beaucoup pressentaient sans pouvoir le nommer : une rupture totale, profonde et personnelle avec Bassirou Diomaye Faye, le chef de l&rsquo;État qu&rsquo;il avait lui-même propulsé au pouvoir.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui frappe d&rsquo;abord, c&rsquo;est le ton. Pas celui d&rsquo;un opposant classique qui critique un gouvernement adverse. Celui d&rsquo;un homme qui règle ses comptes avec quelqu&rsquo;un qu&rsquo;il connaît intimement, à qui il fait grief non pas d&rsquo;une différence idéologique, mais d&rsquo;une trahison dans les formes et dans les procédures.&nbsp;<em>« Il est dans des stratégies pour déstabiliser le Pastef. C&rsquo;est pourquoi il a essayé de négocier directement avec des membres du parti sans passer par les instances directrices. »</em>, a déclaré&nbsp;Ousmane Sonko, dans sa déclaration à la presse, Dakar, ce 2 juin 2026.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sonko raconte ensuite un échange cinglant : Diomaye aurait affirmé lors d&rsquo;une réunion être «&nbsp;<em>le plus représentatif dans le Pastef</em>&nbsp;». Sa réponse fut directe. «&nbsp;<em>Je lui ai dit : il faut sortir dans la rue et appeler à un meeting, sans Ousmane Sonko. Si tu réunis 100 personnes, on verra. À commencer par Niaganiao, ta commune que tu ne peux pas gagner.&nbsp;</em>» Le défi, lancé publiquement, dit l&rsquo;état réel des rapports de force entre les deux hommes — et le mépris qui a désormais remplacé la fraternité.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>La mécanique de la rupture : ce que Sonko révèle</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le récit de Sonko éclaire la mécanique intime d&rsquo;une brouille qui a mis des mois à se cristalliser. Diomaye aurait refusé de s&rsquo;entretenir avec lui et avec «&nbsp;<em>certains lieutenants désignés</em>&nbsp;», préférant dialoguer avec «&nbsp;<em>des gens qui n&rsquo;ont rien fait pour son arrivée au pouvoir</em>&nbsp;». La médiation d&rsquo;Ahmadou Al Aminou Lô — aujourd&rsquo;hui Premier ministre — aurait finalement permis une rencontre, arrangée dans des conditions révélatrices.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Diomaye envoie un message «&nbsp;<em>le lundi tard dans la soirée</em>&nbsp;» pour demander à Sonko de passer au Palais. Ce dernier répond qu&rsquo;il ne peut pas, qu&rsquo;il passera «&nbsp;<em>le lendemain à 8 heures</em>&nbsp;». Deux hommes qui se toisent à travers des SMS, qui négocient les conditions d&rsquo;une rencontre comme on négocie un armistice. «&nbsp;<em>Voilà comment s&rsquo;est passé le processus de notre rencontre dans la forme</em>&nbsp;», conclut Sonko — formule glaciale qui en dit plus que n&rsquo;importe quel commentaire.&nbsp;<em>« Il n&rsquo;a pas un seul député à l&rsquo;Assemblée nationale. Il n&rsquo;a pas tous les pouvoirs. Il faut qu&rsquo;il redescende de son piédestal et qu&rsquo;on se parle. »,&nbsp;</em>exhorte Sonko.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Un gouvernement sans Pastef, avec cinq membres du Pastef</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Pendant que Sonko parlait, les détails du nouveau gouvernement formé par le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô se précisaient. Trente ministres. Pas de poids lourd du Pastef aux postes clés — Intérieur, Justice, Affaires étrangères. Le retour en force des technocrates : Cheikh Diba reconduit aux Finances avec le portefeuille élargi de l&rsquo;Économie, Mouhamadou Makhtar Cissé — ancien ministre de l&rsquo;Intérieur sous Macky Sall — reprenant ce poste stratégique. Et El Hadji Abdourahmane Diouf, ouvertement du côté de Diomaye dans le conflit, propulsé à l&rsquo;Énergie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais il y a une anomalie que le Pastef devra trancher : cinq de ses membres ont choisi de rester au gouvernement en dépit de la consigne du parti. Parmi eux, le ministre des Forces armées, Yankoba Diémé. Ces cinq ministres sont déjà exclus des boucles de communication WhatsApp internes. Plusieurs membres de leurs cabinets ont annoncé leur démission. Leur sort sera peut-être clarifié lors du congrès du Pastef prévu le 6 juin.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Pastef en ordre de bataille : l&rsquo;instruction de Sonko</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Ce que la conférence de presse ne dit pas, le document interne du Pastef le dit. Daté du 15 décembre 2025 et signé Ousmane Sonko en sa qualité de président du parti, l&rsquo;Instruction n°01/PASTEF/PR/2025 révèle la stratégie de fond du mouvement : transformer la crise politique en élan organisationnel. L&rsquo;objectif affiché à horizon fin 2026 est vertigineux — atteindre un million de militants identifiés et actifs, créer ou redynamiser 10 000 cellules fonctionnelles couvrant les 46 départements, les 557 communes et la diaspora.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;instruction fixe également des objectifs citoyens : dons de sang, consultations médicales gratuites, opérations de nettoyage, vigies citoyennes contre la corruption, porte-à-porte hebdomadaire. Le Pastef veut incarner un mouvement social total, présent dans tous les interstices de la vie publique — pendant que Diomaye gouverne avec des technocrates. La stratégie est lisible : occuper le terrain que l&rsquo;État délaisse, et préparer une échéance électorale future depuis une position de force.&nbsp;<em>« PASTEF est un parti forgé dans l&rsquo;épreuve, porté par la conviction, soutenu par le peuple et guidé par une vision de transformation profonde. La transformation nationale exige un Parti mobilisé, discipliné, solidaire, structuré et enraciné. »</em>, précise l’Instruction n°01/PASTEF/PR/2025, signée Ousmane Sonko, le 15 décembre 2025.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>La cohabitation sénégalaise : un cas inédit</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">La situation politique qui s&rsquo;installe au Sénégal n&rsquo;a pas vraiment de précédent dans l&rsquo;histoire du pays. Ce n&rsquo;est pas une cohabitation classique — opposition entre un président et une majorité parlementaire adverse — mais quelque chose de plus complexe et de plus dangereux : une rupture au sein du même mouvement, entre un chef de l&rsquo;État et un parti qui contrôle 130 des 165 sièges du Parlement et qui refuse formellement de participer au gouvernement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sonko a choisi les mots avec soin : «&nbsp;<em>Nous ne censurerons pas</em>&nbsp;» le gouvernement. Le Pastef va «&nbsp;<em>accompagner</em>&nbsp;». Il appelle au «&nbsp;<em>dialogue</em>&nbsp;». Mais dans la même phrase, il pose ses conditions à Diomaye : «&nbsp;<em>Il faut qu&rsquo;il redescende de son piédestal et qu&rsquo;on se parle.</em>&nbsp;» La main tendue est ferme. Le poing, dessous, est fermé.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comment un gouvernement de technocrates sans base parlementaire propre peut-il gouverner avec un Pastef qui détient la majorité absolue à l&rsquo;Assemblée, dont le président est Sonko lui-même, et qui orchestre en parallèle une mobilisation nationale d&rsquo;un million de militants ? La question ne sera pas résolue par un congrès le 6 juin. Elle sera résolue — ou non — dans les semaines et les mois qui viennent, dans les rues, les institutions et les couloirs du Palais.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>A.D</strong><strong></strong></p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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		<title>Le Bénin tend la main à l’AES : vers la fin de la crise entre Porto-Novo, Niamey et Ouagadougou ?</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Sahel Tribune]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 02 Jun 2026 20:19:50 +0000</pubDate>
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<p>Le président béninois Romuald Wadagni a effectué des visites officielles à Niamey et Ouagadougou, marquant un rapprochement inédit entre le Bénin et l’Alliance des États du Sahel après deux années de tensions diplomatiques.</p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Le 2 juin 2026, le président béninois Romuald Wadagni a effectué en un seul jour deux visites officielles à Niamey et à Ouagadougou. Un geste diplomatique d&rsquo;une portée considérable, qui referme deux ans de tensions ouvertes entre le Bénin et les pays de l&rsquo;Alliance des États du Sahel — frontière fermée, pipeline bloqué, accusations mutuelles de déstabilisation.</em></strong><strong></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">En un seul mardi, le président du Bénin a posé deux gestes diplomatiques que beaucoup jugeaient improbables il y a encore six mois : une visite officielle à Niamey, chez le général Abdourahamane Tiani, puis un déplacement à Ouagadougou, chez le capitaine Ibrahim Traoré. Deux capitales de l&rsquo;Alliance des États du Sahel (AES), deux hommes arrivés au pouvoir par des coups d&rsquo;État militaires — et avec lesquels le Bénin de Patrice Talon avait entretenu des relations pour le moins glaciales. Romuald Wadagni, successeur de Talon depuis le 24 mai, a visiblement décidé d&rsquo;écrire une autre page.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Le contexte : deux ans de rupture ouverte</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Pour mesurer la portée de ce double déplacement, il faut rappeler ce que furent les relations entre le Bénin et ses voisins sahéliens depuis le coup d&rsquo;État qui renversa Mohamed Bazoum au Niger, le 28 juillet 2023. Porto-Novo fut l&rsquo;un des pays qui appliqua le plus strictement les sanctions décidées par la CEDEAO — fermeture de la frontière, suspension des flux commerciaux. Niamey, en retour, maintint sa frontière fermée avec le Bénin bien après la levée des sanctions régionales, brandissant une accusation grave.&nbsp;<em>« Le Bénin abrite des bases françaises destinées à entraîner des terroristes pour déstabiliser le Niger. »</em>, expliquait le&nbsp;Gouvernement de transition du Niger, en 2023-2024 — accusation réfutée par Paris et Porto-Novo.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette accusation empoisonna durablement les relations bilatérales. Elle s&rsquo;accompagna d&rsquo;une crise économique et énergétique aux conséquences concrètes : le pipeline Niger-Bénin, infrastructure colossale de 2 000 kilomètres construite pour 6 milliards de dollars afin d&rsquo;acheminer le pétrole brut d&rsquo;Agadès jusqu&rsquo;au terminal de Sèmè-Kpodji, fut pris en otage par la brouille diplomatique.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>L&rsquo;arme du pipeline : quand le pétrole devient otage</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le pipeline Niger-Bénin est l&rsquo;une des infrastructures les plus stratégiques d&rsquo;Afrique de l&rsquo;Ouest. Mis en service en mars 2024, il avait permis le chargement du premier navire en mai 2024 — une étape historique pour le Niger, qui exportait ainsi pour la première fois son pétrole brut sur le marché international. Les projections tablaient sur 90 000 barils par jour, soit un potentiel de plusieurs milliards d&rsquo;euros de recettes annuelles pour Niamey.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais dès le 6 juin 2024, le général Tiani ordonnait la fermeture totale des vannes. La raison officielle invoquée : l&rsquo;arrestation par les autorités béninoises de cinq ressortissants nigériens pour «&nbsp;<em>atteinte à la sécurité de l&rsquo;État</em>&nbsp;». La raison de fond : une rupture diplomatique totale, dans laquelle le pipeline devenait l&rsquo;instrument de pression d&rsquo;un régime aux abois économiquement mais déterminé à ne pas céder sur le terrain symbolique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un pipeline bloqué, une frontière fermée, des accusations de complot. En un seul jour, Wadagni a tenté de refermer deux ans d&rsquo;hostilité ouverte.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Niamey : la frontière comme premier chantier</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est à Niamey que le signal le plus concret a été envoyé. Le communiqué conjoint Niger-Bénin du 2 juin 2026, signé à l&rsquo;issue des entretiens entre Wadagni et Tiani, mentionne explicitement l&rsquo;engagement des deux pays à lever «&nbsp;<em>tous les obstacles au renforcement de la coopération</em>&nbsp;», et cite nommément la «&nbsp;<em>réouverture de la frontière Bénin-Niger</em>&nbsp;». Un comité d&rsquo;experts a été mandaté pour recenser ces obstacles, avec un délai de quinze jours pour rendre son rapport aux deux chefs d&rsquo;État.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est peu, et c&rsquo;est beaucoup. La frontière Bénin-Niger est fermée depuis bientôt trois ans du côté nigérien. Sa réouverture débloquerait non seulement les flux commerciaux terrestres — le Bénin est l&rsquo;un des corridors d&rsquo;approvisionnement naturels du Niger enclavé — mais ouvrirait la voie à une reprise des exportations pétrolières via le pipeline, dont la valeur économique pour Niamey est considérable.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>« Les deux Présidents ont réaffirmé leur commune volonté de dynamiser la coopération bilatérale, pour la hisser à la hauteur de leurs ambitions et des attentes légitimes de leurs peuples respectifs, qui aspirent à la paix, à la sécurité et au développement. »,&nbsp;</em>selon le<em>&nbsp;</em>Communiqué conjoint Niger-Bénin, Niamey, du 2 juin 2026.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Ouagadougou : le port de Cotonou comme levier</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">À Ouagadougou, l&rsquo;enjeu est d&rsquo;une autre nature. Le Burkina Faso est un pays enclavé qui dépend très largement du port autonome de Cotonou pour son approvisionnement en biens importés. Le communiqué conjoint burkinabé-béninois l&rsquo;énonce sans détour : les deux chefs d&rsquo;État ont «&nbsp;<em>apprécié le rôle stratégique du port autonome de Cotonou dans l&rsquo;approvisionnement du Burkina Faso</em>&nbsp;» et se sont engagés à renforcer la coopération en matière de transit, de transport et de logistique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour le capitaine Traoré, qui a rompu avec la France et multiplié les ruptures diplomatiques depuis son arrivée au pouvoir en 2022, le maintien d&rsquo;un corridor commercial fiable vers la mer est une nécessité économique vitale. Pour Wadagni, le rôle de Cotonou comme hub régional — menacé par les tensions avec l&rsquo;AES sous Talon — est une priorité stratégique. Les deux intérêts convergent.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Ce que dit ce double geste de Wadagni</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Au-delà des dossiers bilatéraux, la journée du 2 juin 2026 est un signal politique fort adressé à toute la sous-région. Wadagni, à peine élu, choisit de faire de la réconciliation avec l&rsquo;AES l&rsquo;un de ses premiers actes de politique étrangère. Ce faisant, il rompt avec la posture de Talon — qui avait maintenu le cap des sanctions CEDEAO et refusé toute normalisation tant que la frontière restait fermée — et envoie un message à Paris, Washington et Bruxelles : le Bénin peut dialoguer avec les régimes sahéliens sans pour autant renier ses alliances occidentales.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour les pays de l&rsquo;AES, la visite de Wadagni est un succès diplomatique réel. Elle valide leur stratégie de résistance aux pressions de la CEDEAO et montre que même les États qui avaient appliqué les sanctions les plus strictement reviennent à la table. Le général Tiani a répondu à l&rsquo;invitation de Wadagni : il se rendra officiellement au Bénin à une date à fixer par voie diplomatique. Le capitaine Traoré a fait de même pour Ouagadougou.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Les zones d&rsquo;ombre qui subsistent</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Pour autant, il serait prématuré de parler de réconciliation accomplie. Le communiqué de Niamey est prudent : il crée un comité d&rsquo;experts, fixe un délai de quinze jours, mais ne prend aucun engagement ferme sur la réouverture effective de la frontière ni sur la reprise des exportations pétrolières. Les accusations nigériennes sur les «&nbsp;<em>bases françaises</em>&nbsp;» au Bénin n&rsquo;ont jamais été officiellement retirées. Le pipeline reste à l&rsquo;arrêt.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Du côté burkinabé, la Cinquième Commission mixte de coopération a été programmée «&nbsp;<em>dans les meilleurs délais</em>&nbsp;» — une formulation diplomatique qui peut signifier beaucoup ou rien. L&rsquo;AES reste, structurellement, dans une posture de méfiance envers les États membres de la CEDEAO, dont le Bénin fait partie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais dans une sous-région où les ruptures s&rsquo;accumulent depuis 2020 — cinq coups d&rsquo;État, deux alliances rivales, une fragmentation croissante des espaces économiques —, la journée du 2 juin 2026 marque quelque chose de rare : deux pays qui choisissent de parler, et d&rsquo;écouter. C&rsquo;est un début.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Oumarou Fomba&nbsp;</strong></p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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		<title>Burkina Faso : une enquête judiciaire ouverte contre l’UGEB pour « apologie du terrorisme »</title>
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		<pubDate>Thu, 28 May 2026 12:03:50 +0000</pubDate>
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<p>Le parquet de Ouagadougou a ouvert une enquête contre l’UGEB, accusée d’« apologie du terrorisme » et de démoralisation des forces de sécurité.</p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Le parquet de Ouagadougou a ouvert une enquête contre l’UGEB, accusée d’« apologie du terrorisme » et de démoralisation des forces de sécurité.</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le Burkina Faso ouvre une nouvelle séquence judiciaire dans un contexte de forte crispation autour de la lutte contre le terrorisme et du contrôle de l’espace médiatique. Le parquet de Ouagadougou a annoncé l’ouverture d’une procédure contre l’Union générale des étudiants du Burkina (UGEB), accusée d’avoir diffusé sur les réseaux sociaux des contenus assimilés à une «&nbsp;<em>apologie du terrorisme</em>&nbsp;».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Selon un communiqué du procureur du Tribunal de grande instance de Ouagadougou, les publications incriminées relèveraient à la fois de «&nbsp;<em>l’apologie du terrorisme</em>&nbsp;» et d’une «&nbsp;<em>entreprise de démoralisation des Forces de défense et de sécurité</em>&nbsp;». Deux infractions prévues par le code pénal burkinabè et passibles de lourdes sanctions.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Une enquête judiciaire ouverte</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le parquet affirme avoir ordonné «&nbsp;<em>l’ouverture immédiate d’une enquête judiciaire contre le ou les auteurs des publications ainsi que les éventuels complices&nbsp;</em>». Les personnes reconnues coupables risquent des peines allant d’un à dix ans d’emprisonnement, assorties d’amendes pouvant atteindre 12 millions de francs CFA, soit plus de 21 000 dollars.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette décision intervient dans un climat sécuritaire particulièrement tendu. Depuis plusieurs années, le Burkina Faso fait face à une intensification des attaques terroristes, tandis que les autorités de transition multiplient les mesures destinées à contrôler le récit public autour des opérations militaires.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Une pression accrue sur les médias</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">L’affaire intervient quelques semaines après la suspension de la chaîne française TV5 Monde par le Conseil supérieur de la communication (CSC). Les autorités reprochaient au média des «&nbsp;<em>violations répétées</em>&nbsp;» de la réglementation nationale dans son traitement des questions sécuritaires au Sahel.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette décision s’inscrit dans une série de mesures visant plusieurs médias étrangers accusés par Ouagadougou de diffuser une couverture jugée hostile ou démoralisante pour les forces armées burkinabè.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Oumarou Fomba&nbsp;</strong></p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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		<title>Élections en Afrique : pourquoi l’alternance ne garantit pas toujours la démocratie</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Chiencoro]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 28 May 2026 00:00:00 +0000</pubDate>
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<p>Au Bénin, la succession de Patrice Talon par Romuald Wadagni relance le débat sur l’alternance en Afrique : démocratie réelle ou continuité politique déguisée derrière les élections ?</p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Au Bénin, Romuald Wadagni succède à Patrice Talon. L&rsquo;Occident applaudit. Mais quand un dauphin prend la place du roi, peut-on encore parler d&rsquo;alternance — ou seulement de continuité habillée en démocratie ?</em></strong><strong></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le 24 mai 2026, Patrice Talon quittait le palais de la Marina après dix ans de règne. Son successeur,&nbsp;<a href="https://www.google.com/url?sa=t&amp;source=web&amp;rct=j&amp;opi=89978449&amp;url=https://www.jeuneafrique.com/1798133/politique/romuald-wadagni-officiellement-investi-president-du-benin/&amp;ved=2ahUKEwi6tqeEqdqUAxVPUKQEHVj-NmIQFnoECCIQAQ&amp;usg=AOvVaw1-vtMzczOtR6BmzqNyr9fP">Romuald Wadagni, prêtait serment</a>. Les chancelleries occidentales se félicitaient. La presse internationale saluait une «&nbsp;<em>alternance pacifique exemplaire</em>&nbsp;». Et pourtant.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Karl Popper et le mirage de l&rsquo;urne</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Wadagni n&rsquo;est pas un inconnu surgi de l&rsquo;opposition, porté par la colère populaire ou la promesse d&rsquo;un changement de cap. C&rsquo;est l&rsquo;homme qui, depuis le 7 avril 2016, occupait le poste de <a href="https://finances.bj/le-ministre/">ministre d&rsquo;État en charge de l&rsquo;Économie et des Finances</a> dans le gouvernement Talon — reconduit en 2021, fidèle entre les fidèles, architecte de la politique économique du régime sortant. Talon a quitté le pouvoir. Sa politique, elle, reste. Son homme, lui, gouverne. On appelle ça une alternance.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il existe dans la pensée libérale une formule commode, souvent convoquée pour absoudre les démocraties imparfaites de leurs péchés. Karl Popper la résume ainsi : la démocratie, c&rsquo;est la possibilité de déposer les mauvais dirigeants sans effusion de sang. Peu importe qui arrive, peu importe ce qu&rsquo;il représente, peu importe comment il a gagné. L&rsquo;essentiel : les élections ont eu lieu, le sang n&rsquo;a pas coulé, circulez.&nbsp;La démocratie n&rsquo;est pas le gouvernement de la majorité, c&rsquo;est la garantie que les gouvernants peuvent être chassés sans violence, pour paraphraser&nbsp;Karl Popper, dans son ouvrage politique majeur&nbsp;<em>La Société ouverte et ses ennemis</em>, publié en 1945.</p>



<p class="wp-block-paragraph">On peut admirer la profondeur de cette intuition dans le contexte où elle fut formulée — l&rsquo;Europe de 1945, sortant du fascisme et du stalinisme, cherchant les fondements d&rsquo;un ordre politique non violent. Mais appliquer mécaniquement ce critère minimal à l&rsquo;Afrique du XXIe siècle, c&rsquo;est se condamner à bénir des simulacres. Popper nous dit comment éviter la tyrannie. Il ne nous dit pas comment construire une démocratie substantielle. Ce glissement, discret mais fondamental, est au cœur de tous les malentendus.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quand le dauphin du roi monte sur le trône, l&rsquo;urne a peut-être parlé. La démocratie, elle, est restée muette.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>L&rsquo;alternance sans alternance : anatomie d&rsquo;un oxymore africain</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le cas béninois n&rsquo;est pas isolé. Il s&rsquo;inscrit dans une longue tradition de ce que les politologues appellent parfois la «&nbsp;<em>démocratie de façade</em>&nbsp;» ou la «&nbsp;<em>démocratie délégative</em>&nbsp;» — un régime où les formes électorales sont scrupuleusement respectées, où les urnes sont remplies dans l&rsquo;ordre, où les résultats sont proclamés dans les délais, mais où le <a href="https://saheltribune.com/benin-la-cour-constitutionnelle-valide-lelection-de-romuald-wadagni-avec-plus-de-94-des-voix/">résultat est connu d&rsquo;avance et le changement,</a> soigneusement neutralisé.</p>



<p class="wp-block-paragraph">On a vu des auto-successions déguisées en alternance — un président qui place son fils, son ministre, son cousin au sommet de l&rsquo;État, en faisant mine de se soumettre au verdict des urnes. On a vu des tripatouillages constitutionnels orchestrés pour permettre un troisième mandat, rebaptisé «&nbsp;<em>premier mandat sous la nouvelle Constitution</em>&nbsp;» par les juristes de service. Pour reprendre la formule lumineuse du Premier ministre malien de transition,&nbsp;<a href="https://amap.ml/discours-du-colonel-abdoulaye-maiga-premier-ministre-p-i-chef-du-gouvernement-du-mali-a-loccasion-du-debat-general-de-la-77eme-session-ordinaire-de-lassemblee-generale-des-nations/">Abdoulaye Maïga, à la tribune des nations unies</a>&nbsp;: certains dirigeants ont appris «&nbsp;<em>l’art de se dribbler soi-même tout en gardant le ballon</em>» — à simuler le mouvement sans jamais le lâcher.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Le roman de la fabrique des successeurs&nbsp;</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Dans&nbsp;<em><a href="https://www.amazon.fr/Fatoma-Broussard-Fousseni-Togola/dp/B0H2JSHGKW/ref=sr_1_4?dib=eyJ2IjoiMSJ9.A3Bl7EqL0YLA-N_nWVkV7-UHCzZyn1VaQukvyBqioVnN6FWdKSjjHGb6HjxGZhHmueHDe722DIhQ_pIOIx0CZ3En_lyeWFr_0XT78nTh2fJZ9kWEfoQkPsWR-X8GyXE2Xk8PzB1szB0poFvQXKO6FsGl54U_DmHRblR91FzhOlfiYWVxwKACTnkrQqMY8nDjiKdZ2ytGpqT4Kz1X3WMN6sH3v_PGYDsO1YERSYoLZ9E.L4S2Ko9FPnjYhT7-lO6juZKAtZins_BbiHjcFi4XUx4&amp;dib_tag=se&amp;qid=1779914616&amp;refinements=p_n_publication_date%3A183196031&amp;s=books&amp;sr=1-4">Fatoma, le broussard</a></em>&nbsp;(2026), Fousseni Togola met en scène la République fictive du Zanzane avec une précision qui déconcerte par sa ressemblance avec des réalités bien réelles.&nbsp;Le roman décrit un pays «&nbsp;<em>vitrine officielle de la démocratie</em>» où le chef de l&rsquo;État en est à son quatrième quinquennat — «&nbsp;<em>démocratiquement élu sur le papier mais qui, depuis des lustres, gouvernait d&rsquo;une main de fer</em>&nbsp;». L&rsquo;opposition y est muselée, la presse «&nbsp;<em>fermée, étranglée financièrement ou bâillonnée par décret&nbsp;</em>», et l&rsquo;exil «&nbsp;<em>un réflexe de survie politique, parfois même économique&nbsp;</em>».&nbsp;Les élections peuvent exister, se répéter, s&rsquo;habiller des atours de la légitimité, et n&rsquo;être que le décor d&rsquo;une domination inchangée. Le Zanzane de Togola était autrefois cité comme «&nbsp;<em>miracle africain</em>&nbsp;» ; sa chute, écrit l&rsquo;auteur, commence précisément quand «&nbsp;<em>la gestion se corrompt et que les mœurs se délient</em>&nbsp;» — non quand les élections s&rsquo;arrêtent, mais quand elles perdent leur substance.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le roman révèle que l&rsquo;alternance au Zanzane est une mise en scène orchestrée de l&rsquo;intérieur.&nbsp;Allakama lui-même fabriquait ses successeurs — en les emprisonnant d&rsquo;abord pour les «&nbsp;<em>blanchir</em>&nbsp;» politiquement. Alladio, présenté comme l&rsquo;opposant héroïque sorti de prison, était en réalité un «&nbsp;<em>complice officieux, opposant de façade, secrètement préparé pour ce moment précis</em>&nbsp;». Le peuple crie victoire. Le système ne change pas.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans consensus occidental, tant qu&rsquo;il y a des élections, la démocratie est solide. Tant que le perdant concède et que le vainqueur prête serment, le processus est légitime. La gouvernance clanique, la répression de l&rsquo;opposition, le rétrécissement de l&rsquo;espace civique, la mainmise sur la justice et les médias : tous ces faits disparaissent derrière le voile pudique de la procédure électorale.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Le Bénin sous Talon : le modèle qu&rsquo;on nous vendait</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph"><a href="https://theconversation.com/patrice-talon-au-benin-le-legs-contraste-dune-decennie-de-rupture-283150">Le Bénin de Patrice Talon</a>&nbsp;est précisément ce modèle. Depuis 2016, le pays a été cité en exemple par les institutions financières internationales pour ses réformes économiques, sa stabilité macroéconomique, son dynamisme entrepreneurial. Peu importe que l&rsquo;opposition ait été progressivement étouffée — contrainte par une loi sur les partis qui excluait de fait toute formation non alignée sur le pouvoir des élections législatives de 2019. Peu importe que des figures de l&rsquo;opposition aient été poursuivies, exilées, réduites au silence.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui comptait, aux yeux de la communauté internationale, c&rsquo;est que <a href="https://saheltribune.com/benin-talon-sous-escorte-regionale/">Talon</a> n&rsquo;avait pas modifié la Constitution pour s&rsquo;accrocher au pouvoir — et qu&rsquo;il passait le témoin à la date prévue. La forme était respectée. Le fond, lui, était soigneusement évacué du débat. Et quand le destinataire du témoin est le ministre des Finances qui a conçu et appliqué la politique du prédécesseur depuis dix ans, personne ne trouve cela problématique.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Réhabiliter la substance contre la procédure</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Ce que cette tribune voudrait défendre, c&rsquo;est une thèse simple et inconfortable : la qualité d&rsquo;une démocratie ne se mesure pas à la régularité de ses élections, mais à la réalité du choix qu&rsquo;elles offrent aux citoyens. Une alternance n&rsquo;est une alternance que si elle porte une véritable rupture — dans les politiques, dans les équipes, dans les orientations stratégiques du pays.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Fixer le baromètre de la démocratie uniquement sur la procédure électorale, c&rsquo;est accepter que des élections organisées au prix de centaines de milliards de francs CFA — souvent financées par la dette ou l&rsquo;aide internationale — puissent servir uniquement à légitimer la continuité d&rsquo;un système au bénéfice de quelques individus et de leurs réseaux. C&rsquo;est accepter que les peuples africains votent sans choisir, participent sans décider, alternent sans changer.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La démocratie, dans sa version substantielle, exige davantage. Elle exige que les dirigeants rendent compte de leurs projets de société, de leur bilan en matière de développement, de souveraineté économique, de justice sociale. Elle exige que l&rsquo;opposition puisse se présenter et campaigner librement. Elle exige que les citoyens aient accès à une information plurielle et indépendante. Elle exige que les institutions — justice, parlement, médias — ne soient pas des instruments de la volonté du chef.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une élection où les dés sont pipés avant que les bulletins soient imprimés n&rsquo;est pas une démocratie. C&rsquo;est un théâtre coûteux.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Et si l&rsquo;on changeait de baromètre ?</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;alternance pacifique est une condition nécessaire de la démocratie. Elle n&rsquo;en est pas une condition suffisante. Ce que le cas béninois illustre avec une clarté presque pédagogique, c&rsquo;est que la forme peut survivre au contenu — que l&rsquo;enveloppe démocratique peut être rigoureusement respectée pendant que son âme est méthodiquement vidée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il ne s&rsquo;agit pas ici de condamner Romuald Wadagni avant qu&rsquo;il ait gouverné, ni de nier que la transmission pacifique du pouvoir a une valeur en soi. Il s&rsquo;agit de refuser que cette transmission soit le seul critère à l&rsquo;aune duquel on évalue la santé démocratique d&rsquo;un pays. Il s&rsquo;agit de rappeler que les peuples africains méritent une démocratie qui travaille pour eux — pas des élections qui travaillent pour leurs élites.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le jour où les observateurs internationaux féliciteront non seulement la régularité du scrutin, mais aussi la réalité du choix offert aux électeurs, la liberté de l&rsquo;opposition et la qualité du projet de gouvernance — ce jour-là, peut-être, on pourra parler de démocratie. En attendant, on parle de procédures.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Chiencoro Diarra&nbsp;</strong></p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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		<title>Mali : pourquoi les infrastructures financées par la Russie attirent l’attention de l’Afrique</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Sahel Tribune]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 26 May 2026 04:00:00 +0000</pubDate>
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<p>Au Mali, la Russie finance écoles, crèches, centres de santé, mosquées et stades. Une diplomatie du concret qui renforce l’influence de Moscou dans un Sahel en pleine recomposition géopolitique.</p>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>À la base aérienne 101 de Sénou, une cérémonie sobre a marqué la remise d&rsquo;installations sociales financées par le ministère russe de la Défense. Stades, crèches, centres de santé, lieux de culte : dans un Mali en quête de partenaires fiables, Moscou soigne son image — et ses intérêts — par le béton autant que par les armes.</em></strong><em></em></p>



<p class="wp-block-paragraph">La base aérienne 101 de Sénou, aux portes de Bamako, n&rsquo;est pas un lieu anodin. C&rsquo;est là que transitent les aéronefs militaires, là que se nouent les coopérations opérationnelles. C&rsquo;est là aussi, désormais, que la Russie a choisi de poser une autre pierre — symbolique — de son partenariat avec le Mali : un stade de deux hectares, avec tribunes, vestiaires et sanitaires, offert aux militaires maliens par le ministère russe de la Défense.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La cérémonie de remise, sobre et bien organisée, était représentative de la méthode russe en Afrique : présence militaire discrète, mais gestes civils très visibles. Le commandant de la région aérienne n°1, le colonel Abdoulaye Diakité, et le commandant de la base, le lieutenant-colonel Mohamed Sangaré, ont exprimé leur gratitude au nom des forces armées maliennes. Le représentant du ministère russe de la Défense, lui, a tenu à replacer l&rsquo;événement dans une perspective plus large.&nbsp;<em>« Aujourd&rsquo;hui, nous ne remettons pas seulement ce nouveau stade. Ce n&rsquo;est qu&rsquo;une partie d&rsquo;un projet de grande envergure mené dans plusieurs villes du pays, visant le développement durable du Mali. »</em>&nbsp;selon le Représentant du ministère russe de la Défense.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Des infrastructures du quotidien, pas seulement des armes</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui distingue cette initiative des coopérations militaires classiques, c&rsquo;est précisément son ancrage dans le tissu social malien. Il ne s&rsquo;agit pas de livraisons de matériel de guerre ni de formations tactiques — même si cela existe par ailleurs. Il s&rsquo;agit de crèches, d&rsquo;écoles, de centres de santé, de mosquées, d&rsquo;églises. Des structures qui servent les populations civiles, dans des villes qui en ont cruellement besoin.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À Kolokani, ville du centre-nord du pays, six équipements ont été livrés dans le cadre du programme : une crèche, deux écoles, une église, une mosquée et un centre de santé. À Bamako même, sept installations supplémentaires ont été remises — une école, deux crèches, deux centres de santé, une mosquée et une église. À Banankoro, un terrain de sport multifonctionnel a été entièrement reconstruit.</p>



<figure class="wp-block-table aligncenter"><div class="pcrstb-wrap"><table class="has-fixed-layout"><tbody><tr><td><img fetchpriority="high" decoding="async" width="452" height="542" src="blob:https://saheltribune.com/bc204c24-0a40-438d-914d-3836f45e3b4e"></td></tr></tbody></table></div></figure>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Une diplomatie du concret qui interpelle</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans un contexte où l&rsquo;aide publique au développement occidentale est de plus en plus contestée — perçue comme conditionnée, lente, ou déconnectée des besoins réels — la méthode russe tranche par sa rapidité d&rsquo;exécution et son pragmatisme affiché. On ne demande pas d&rsquo;audit préalable, pas de conditionnalités de gouvernance, pas de rapports trimestriels. On construit, on livre, on inaugure.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour les populations maliennes, qui voient depuis des années des promesses d&rsquo;infrastructure se heurter à des procédures interminables, cette approche a un attrait indéniable. Les bâtiments existent. Les enfants peuvent y aller à l&rsquo;école. Les malades peuvent y être soignés. Le colonel Diakité a souligné que le stade livré à Sénou «&nbsp;<em>symbolise la durabilité des relations entre les personnels militaires maliens et leurs partenaires russes</em>&nbsp;» — une formule qui dépasse largement le domaine sportif.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>« Fruit du soutien financier du partenaire russe, cette nouvelle infrastructure contribuera à offrir aux hommes un cadre adéquat et sécurisé pour la pratique du sport. Ce geste illustre la solide coopération entre le Mali et la Russie, inscrite dans un partenariat fécond et dynamique. »</em>, rapporte l’agence African initiative.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Au-delà du Mali : un modèle qui essaime</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le programme malien n&rsquo;est pas isolé. Il s&rsquo;inscrit dans une stratégie russe d&rsquo;implantation en Afrique subsaharienne qui combine présence sécuritaire, fourniture de ressources critiques et investissements dans les infrastructures sociales. En avril 2026, quelques semaines avant la cérémonie de Sénou, le ministère russe de la Défense avait déjà remis aux forces armées maliennes du matériel destiné au traitement de l&rsquo;eau et à la production d&rsquo;électricité dans les régions reculées — deux besoins essentiels dans un pays où des millions de personnes vivent sans accès fiable à ces ressources.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette approche multidimensionnelle — sécuritaire, énergétique, sociale — illustre la profondeur de la reconfiguration des alliances en cours sur le continent. Pour Bamako, comme pour d&rsquo;autres capitales africaines qui ont choisi de diversifier leurs partenariats, l&rsquo;enjeu n&rsquo;est pas idéologique. Il est pragmatique : qui construit, qui livre, qui reste quand la situation se complique ?</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>La jeunesse, horizon stratégique</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le représentant russe a insisté sur un point : les réalisations livrées profiteront «&nbsp;<em>avant tout à la jeune génération</em>&nbsp;». La formule n&rsquo;est pas anodine. Dans un pays où la moitié de la population a moins de 18 ans, investir dans les écoles, les crèches et les espaces sportifs, c&rsquo;est investir dans le capital humain de demain — et, incidemment, dans l&rsquo;image d&rsquo;un partenaire bienveillant auprès de générations qui construiront les alliances de l&rsquo;avenir.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour l&rsquo;Afrique qui observe, la leçon est claire : la coopération la plus durable n&rsquo;est pas celle qui se négocie dans les salles de conférence ou s&rsquo;affiche dans les communiqués diplomatiques. C&rsquo;est celle qui se construit brique par brique, dans les quartiers, les écoles et les terrains de sport. Sur ce terrain-là, Moscou est en train de marquer des points.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Oumarou Fomba&nbsp;</strong></p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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		<title>Sénégal : Diomaye Faye vire Sonko, son mentor devenu rival</title>
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		<pubDate>Fri, 22 May 2026 22:47:14 +0000</pubDate>
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<p>Au Sénégal, le président Bassirou Diomaye Faye a limogé son Premier ministre Ousmane Sonko après une divergence publique. Une rupture politique majeure qui fragilise le Pastef et ouvre une nouvelle phase d’incertitude.</p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Le président sénégalais a mis fin vendredi soir aux fonctions de son Premier ministre, quelques heures après que ce dernier l&rsquo;avait publiquement contredit à l&rsquo;Assemblée nationale. Une rupture au sommet de l&rsquo;État entre deux hommes qui incarnaient ensemble la promesse d&rsquo;alternance de 2024.</em></strong><em></em></p>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est une rupture consommée en direct, sous les caméras de la télévision nationale. Vendredi 22 mai 2026, peu avant 22 heures, Oumar Samba Ba, secrétaire général de la Présidence de la République du Sénégal, lisait sur la RTS le texte du décret n°2026-1128 : le président Bassirou Diomaye Faye mettait fin aux fonctions d&rsquo;Ousmane Sonko, entraînant ipso facto la dissolution de l&rsquo;ensemble du gouvernement. Les membres du cabinet sortant sont chargés d&rsquo;expédier les affaires courantes dans l&rsquo;attente d&rsquo;un nouvel exécutif.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quelques heures plus tôt, dans la matinée, Sonko s&rsquo;était présenté à l&rsquo;Assemblée nationale pour la séance des questions d&rsquo;actualité au gouvernement. Et là, l&rsquo;impensable : le Premier ministre avait créé la surprise en affichant publiquement une divergence de vues majeure avec le président de la République sur la question sensible des fonds politiques et de leur contrôle. Face aux députés, il avait estimé que le chef de l&rsquo;État avait «&nbsp;<em>fait une erreur</em>&nbsp;» sur ce dossier, tout en espérant un changement de posture de sa part. «&nbsp;<em>Le président a fait une erreur concernant les fonds politiques et j&rsquo;ai espoir qu&rsquo;il revienne à la raison. Je ne suis pas d&rsquo;accord avec lui sur cette question</em>&nbsp;», avait-il lancé sans détours, sous les yeux médusés des parlementaires.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La réponse de Diomaye Faye n&rsquo;a pas tardé. Quelques heures suffisaient.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Le mentor et le disciple</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Pour comprendre l&rsquo;ampleur de la rupture, il faut remonter à 2024. Empêché de se présenter à l&rsquo;élection présidentielle par le régime sortant de Macky Sall — qui l&rsquo;avait fait emprisonner —, Ousmane Sonko avait désigné Bassirou Diomaye Faye, son secrétaire général au sein du parti Pastef, pour le remplacer comme candidat. Cette décision avait ouvert la voie à une victoire dès le premier tour de la présidentielle de mars 2024. Faye à l&rsquo;Élysée, Sonko à Matignon sénégalais : le tandem semblait indestructible, porté par une promesse commune de rupture avec l&rsquo;ancien régime.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais presque chaque jour que Dieu fait, le tandem entre le président Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko battait de l&rsquo;aile. La relation entre les deux hommes, présentée comme fraternelle pendant la campagne, s&rsquo;était progressivement muée en bras de fer. Sonko avait même évoqué la possibilité de retirer son parti du gouvernement si les désaccords persistaient, qualifiant leur arrangement de «&nbsp;<em>soft power-sharing situation</em>&nbsp;».</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Fonds politiques, dialogue national : les fractures à ciel ouvert</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Les sujets de friction s&rsquo;étaient accumulés. Sur les fonds politiques — ces budgets discrétionnaires à disposition de l&rsquo;exécutif que Pastef avait toujours promis d&rsquo;encadrer strictement —, Sonko avait affirmé que son parti défendait cette idée depuis 2014 et qu&rsquo;elle figurait déjà dans son programme présidentiel de 2019, avant d&rsquo;être reprise dans celui de la coalition Diomaye Président. Que Faye s&rsquo;en écarte constituait donc, pour Sonko, une trahison programmatique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sur le dialogue national, les deux hommes avaient également affiché des visions divergentes. Dans un contexte de tensions latentes entre les deux chefs de l&rsquo;exécutif sénégalais, Diomaye Faye avait décidé de proposer dix jours de concertations avec la société civile, les partis politiques, les ONG ou encore les chefs traditionnels et religieux — une initiative que Sonko semblait regarder avec un détachement croissant.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En structurant sa propre coalition, Bassirou Diomaye Faye s&rsquo;était approché d&rsquo;un point de non-retour, les tensions avec son Premier ministre dessinant les contours d&rsquo;un affrontement politique aux conséquences incertaines. Dès mai 2026, des limogeages dans l&rsquo;entourage présidentiel — notamment le remplacement du porte-parole de la présidence, un homme de Sonko, par un profil proche de Faye — avaient signalé que la présidence était entrée dans une logique de reconquête de son autonomie.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>« Alhamdoulillah »</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Dans une réaction publiée après son départ, Ousmane Sonko a déclaré : «&nbsp;<em>Alhamdoulillah. Ce soir je dormirai le cœur léger à la cité Keur Gorgui.&nbsp;</em>» Ni amertume affichée, ni appel à la résistance — du moins pour l&rsquo;instant. Un soulagement, presque. Celui d&rsquo;un homme qui, depuis des mois, semblait suffoquer dans un costume de Premier ministre qui l&#8217;empêchait d&rsquo;être ce qu&rsquo;il est fondamentalement : un tribun de l&rsquo;opposition, pas un gestionnaire de coalition.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Car Sonko n&rsquo;a jamais caché ses ambitions. Dès décembre 2025, il avait déclaré qu&rsquo;il serait candidat à la prochaine présidentielle — alors même que Diomaye Faye, constitutionnellement, conserve le droit de briguer un second mandat. Une provocation ouverte qui avait encore creusé le fossé entre les deux hommes.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Et maintenant ?</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le Sénégal entre dans une période d&rsquo;incertitude institutionnelle. La nomination d&rsquo;un nouveau Premier ministre ainsi que la formation d&rsquo;un nouvel exécutif devrait intervenir dans les prochains jours ou les prochaines heures. Aucun nom n&rsquo;avait filtré à l&rsquo;heure où ces lignes étaient écrites.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La question politique, elle, est posée plus brutalement : que devient Pastef, le parti que les deux hommes présidaient ensemble ? Sonko en est le leader historique, le fondateur, l&rsquo;âme. Faye en est le président élu. Leur rupture institutionnelle annonce-t-elle une rupture partisane ? Les prochaines semaines diront si le Sénégal, qui croyait avoir tourné la page des guerres de clans, vient simplement d&rsquo;en ouvrir une nouvelle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Bassirou Diomaye Faye, 46 ans, est président du Sénégal depuis avril 2024. Ousmane Sonko, 51 ans, était Premier ministre depuis le 3 avril 2024.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Oumarou Fomba&nbsp;</strong></p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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		<title>Troisième sommet Russie-Afrique : Moscou prépare l’après et renforce sa stratégie africaine</title>
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		<pubDate>Thu, 21 May 2026 00:00:00 +0000</pubDate>
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<p>Prévu en octobre 2026 à Moscou, le troisième sommet Russie-Afrique ambitionne de renforcer les liens économiques, diplomatiques et stratégiques entre la Russie et les pays africains dans un contexte de rivalités mondiales.</p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Prévu les 28 et 29 octobre à Moscou, le troisième sommet Russie-Afrique se profile comme un rendez-vous politique majeur. Pendant que l&rsquo;Occident se ferme, la Russie mise sur une relation de long terme avec le continent.</em></strong><em></em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Moscou, discrètement mais méthodiquement, prépare son prochain grand rendez-vous avec l&rsquo;Afrique. La première réunion du comité d&rsquo;organisation du troisième sommet Russie-Afrique s&rsquo;est tenue dans la capitale russe sous la présidence de Iouri Ouchakov, conseiller du Kremlin — le même homme qui supervise depuis des années le dossier africain. Le ton donné d&#8217;emblée : pas de communication fracassante, mais un travail de fond, concret, orienté vers des résultats durables.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Dépasser le stade des déclarations d&rsquo;intention</h2>



<p class="wp-block-paragraph">«&nbsp;<em>Les sommets de 2019 et 2023 ont, en substance, donné un nouvel élan à la coopération russo-africaine</em>&nbsp;», a déclaré Ouchakov à l&rsquo;ouverture de la réunion. «&nbsp;<em>Nous avons désormais devant nous un travail considérable et de grande envergure. Il est important d&rsquo;accorder une place particulière à la dimension économique de nos relations.</em>&nbsp;»</p>



<p class="wp-block-paragraph">La dimension économique, justement. C&rsquo;est le grand chantier annoncé. Après deux sommets qui ont posé les bases politiques d&rsquo;un rapprochement — Sotchi en 2019, Saint-Pétersbourg en 2023 —, Moscou veut désormais passer à la vitesse supérieure : de nouveaux mécanismes de coopération, un réseau diplomatique russe élargi sur le continent, des commissions intergouvernementales. Autant d&rsquo;outils concrets pour structurer une relation qui dépasse le stade des déclarations d&rsquo;intention.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Un « héritage » revendiqué</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le mot employé par Anton Kobiakov, autre conseiller du président russe, mérite attention. «&nbsp;<em>Notre objectif est de laisser un héritage durable de cette troisième rencontre</em>&nbsp;», a-t-il affirmé, visant un ensemble de «&nbsp;<em>décisions signées dans les domaines de l&rsquo;économie, du commerce, des investissements, de la culture et de l&rsquo;éducation&nbsp;</em>». Un héritage — le terme n&rsquo;est pas anodin dans une relation historique complexe, faite de solidarités réelles au temps de la décolonisation et de malentendus plus récents.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Car c&rsquo;est l&rsquo;une des lignes de force de ce rapprochement : la Russie joue la carte de la mémoire longue. Celle des indépendances soutenues, des cadres formés à Moscou ou à Léningrad, des armes livrées aux mouvements de libération. Une rhétorique que l&rsquo;Occident ne peut pas tenir — et qui continue de faire recette dans de nombreuses capitales africaines, de Bamako à Harare.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Un sommet qui s&rsquo;annonce très représentatif</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a indiqué début mai s&rsquo;attendre à ce que «&nbsp;<em>la grande majorité des pays du continent</em>&nbsp;» soit représentée les 28 et 29 octobre. Si cette prévision se confirme, elle sera en elle-même un signal politique fort. À l&rsquo;heure où plusieurs puissances occidentales peinent à remplir les salles de leurs propres forums avec l&rsquo;Afrique, une participation massive au sommet de Moscou dirait beaucoup sur l&rsquo;état réel des équilibres diplomatiques mondiaux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Vladimir Poutine a personnellement choisi Moscou comme lieu d&rsquo;accueil et ordonné la création du comité d&rsquo;organisation en mars dernier — un engagement présidentiel direct qui tranche avec la gestion technocratique que l&rsquo;Europe réserve souvent à ses relations avec le continent.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Ce que l&rsquo;Afrique y gagne — ou espère y gagner</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">La question mérite d&rsquo;être posée sans détour. Les pays africains qui s&rsquo;engagent dans cette relation ne le font pas par sympathie idéologique pour Moscou. Ils y voient plusieurs avantages pragmatiques : un accès à des céréales et à des engrais à des conditions négociées, des partenariats militaires sans conditionnalités liées aux droits humains, des votes favorables au Conseil de sécurité de l&rsquo;ONU, et une reconnaissance de leur souveraineté de décision que les partenaires traditionnels leur ont longtemps refusée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La coopération russo-africaine n&rsquo;est pas exempte de tensions ni de contradictions — et aucun regard lucide ne saurait l&rsquo;idéaliser. Mais elle répond, au moins partiellement, à une demande réelle : celle de pays qui refusent de choisir un camp et entendent diversifier leurs alliances. Dans un monde où les grandes puissances se disputent l&rsquo;influence africaine, Moscou a compris que l&rsquo;Afrique n&rsquo;était plus un théâtre passif mais un acteur à courtiser.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le troisième sommet Russie-Afrique sera, à cet égard, un test : celui de la capacité de Moscou à transformer un rapprochement politique en coopération tangible pour les populations du continent. L&rsquo;annonce est faite. Le calendrier est fixé. Reste à savoir si, derrière les discours, les actes suivront.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>A.D</strong></p>
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		<title>Monde multipolaire : pourquoi l’Afrique a tout à gagner du rapprochement sino-russe</title>
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		<pubDate>Wed, 20 May 2026 21:01:50 +0000</pubDate>
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<p>Le rapprochement entre la Chine et la Russie autour d’un monde multipolaire ouvre à l’Afrique de nouvelles perspectives économiques, diplomatiques et stratégiques face aux équilibres mondiaux.</p>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Vladimir Poutine et Xi Jinping ont signé à Pékin, mercredi 20 mai 2026, une déclaration commune appelant à un ordre mondial plus juste, fondé sur le respect mutuel et le refus de l&rsquo;hégémonie. Pour l&rsquo;Afrique, ce rééquilibrage des forces mondiales n&rsquo;est pas une menace — c&rsquo;est une opportunité historique à saisir.</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Pendant trois décennies, l&rsquo;Afrique a vécu sous un ordre international que personne ne lui avait demandé d&rsquo;approuver. Conditionnalités du FMI, ingérences militaires sous couvert de droit d&rsquo;ingérence humanitaire, politiques commerciales asymétriques imposées par l&rsquo;OMC, veto systématique de toute réforme du Conseil de sécurité favorable au continent : l&rsquo;ordre libéral occidental s&rsquo;est souvent appliqué à l&rsquo;Afrique comme une contrainte, rarement comme une promesse tenue.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est dans ce contexte qu&rsquo;il faut lire la déclaration conjointe signée à Pékin le 20 mai 2026 par Vladimir Poutine et Xi Jinping. Les deux dirigeants y affirment leur volonté de construire un monde multipolaire, de défendre la Charte des Nations unies&nbsp;<em>« dans toute son exhaustivité</em>&nbsp;», de s&rsquo;opposer à «&nbsp;<em>toutes les manifestations d&rsquo;unilatéralisme et d&rsquo;hégémonie</em>&nbsp;». Pour les dirigeants africains qui réclament depuis des décennies une réforme de la gouvernance mondiale, ce langage n&rsquo;est pas étranger — c&rsquo;est le leur.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Un soutien concret dans les enceintes multilatérales</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Au-delà des mots, la posture sino-russe dans les institutions internationales a des effets tangibles pour le continent. À l&rsquo;ONU, la Chine et la Russie ont régulièrement bloqué des résolutions autorisant des interventions militaires non sollicitées en Afrique, défendant le principe de non-ingérence dans les affaires intérieures des États souverains. Ce n&rsquo;est pas une position abstraite : elle a préservé à plusieurs reprises la marge de manœuvre de gouvernements africains face à des pressions extérieures.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans les BRICS élargis, dont font désormais partie l&rsquo;Éthiopie, l&rsquo;Égypte et l&rsquo;Afrique du Sud, Moscou et Pékin soutiennent activement la montée en puissance des économies du Sud. La déclaration du 20 mai réaffirme la volonté des deux pays de coordonner leurs positions au G20, à l&rsquo;OMC, à la Nouvelle Banque de développement — autant d&rsquo;enceintes où une voix africaine portée par des alliés puissants pèse davantage qu&rsquo;une voix isolée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Poutine a également exprimé le soutien de la Russie aux priorités de la présidence chinoise de l&rsquo;APEC, dont le sommet se tiendra à Shenzhen. C&rsquo;est le signe d&rsquo;une coordination géopolitique qui dépasse la seule relation bilatérale et dessine les contours d&rsquo;un bloc du Sud cohérent — dont l&rsquo;Afrique est partie prenante.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Une alternative économique réelle</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;axe sino-russe offre à l&rsquo;Afrique ce que l&rsquo;Occident lui a souvent refusé : des partenariats sans conditionnalités politiques, des financements d&rsquo;infrastructures à grande échelle, des transferts technologiques dans des secteurs stratégiques.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La déclaration de Pékin met en avant une coopération économique bilatérale qui a franchi le cap des 240 milliards de dollars d&rsquo;échanges annuels, avec une progression de 20 % sur les quatre premiers mois de 2026. Ce dynamisme est le fruit d&rsquo;une volonté politique claire : construire des chaînes de valeur indépendantes des circuits financiers occidentaux, régler les échanges en monnaies nationales pour s&rsquo;affranchir de la domination du dollar. Pour les pays africains qui subissent de plein fouet les effets des politiques monétaires américaines — hausse des taux, fuite des capitaux, dépréciation des monnaies locales — cette alternative mérite attention.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sur le plan énergétique, Rosatom construit des centrales nucléaires civiles en Chine et est déjà présent sur plusieurs marchés africains. La déclaration évoque également une coopération renforcée dans les énergies renouvelables et les technologies vertes. Pour un continent qui cherche à industrialiser son économie tout en répondant à l&rsquo;urgence climatique, disposer d&rsquo;un partenaire technologique supplémentaire — hors du duopole occidental — est un atout, non un risque.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La modernisation des corridors de transport eurasiatiques — Route de la mer du Nord, Transsibérien, initiative «&nbsp;<em>Ceinture et Route</em>&nbsp;» — crée par ailleurs de nouvelles voies logistiques qui peuvent relier les économies africaines à des marchés jusqu&rsquo;ici difficilement accessibles. L&rsquo;intégration progressive de ces réseaux avec les corridors continentaux africains est une perspective concrète, pas une utopie.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Le multilatéralisme comme outil d&rsquo;émancipation</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Xi Jinping a mis en avant dans sa déclaration quatre «&nbsp;<em>initiatives mondiales</em>&nbsp;» portées par la Chine : sur la sécurité, le développement, la civilisation et l&rsquo;intelligence artificielle. Ces cadres conceptuels, qui recueillent un soutien croissant dans les pays du Sud, proposent une vision du monde où la coopération prime sur la compétition, où les États ont le droit de choisir leur modèle de développement sans se voir imposer des standards venus de l&rsquo;extérieur.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est précisément ce que l&rsquo;Afrique demande depuis l&rsquo;époque des mouvements de libération nationale. Le droit au développement, la souveraineté permanente sur les ressources naturelles, le refus de la hiérarchie entre civilisations — ces principes, longtemps marginalisés dans les institutions dominées par l&rsquo;Occident, trouvent un écho croissant dans un monde où la Chine et la Russie pèsent de tout leur poids diplomatique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La déclaration commune cite explicitement l&rsquo;opposition aux «&nbsp;<em>tentatives de retour en arrière sur l&rsquo;histoire&nbsp;</em>» et à la «&nbsp;<em>résurrection des signes du fascisme et du militarisme</em>&nbsp;». Pour des pays africains dont la mémoire coloniale reste vive, dont les populations ont subi certaines des pires violences du XXe siècle au nom de projets civilisationnels occidentaux, ce positionnement n&rsquo;est pas anodin.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Une relation à construire, pas à subir</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Soutenir la coopération sino-russo-africaine ne signifie pas idéaliser ces partenariats ni fermer les yeux sur leurs limites. Il s&rsquo;agit de reconnaître qu&rsquo;ils offrent à l&rsquo;Afrique quelque chose de précieux : un choix. Pendant trop longtemps, les dirigeants africains ont été contraints de s&rsquo;aligner ou de payer le prix de leur indépendance. Un monde multipolaire, où plusieurs pôles se font concurrence pour l&rsquo;attention et les ressources du continent, restitue à l&rsquo;Afrique une capacité de négociation qu&rsquo;elle n&rsquo;a pas eue depuis la décolonisation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La véritable question n&rsquo;est pas de savoir si l&rsquo;axe sino-russe est parfait. Elle est de savoir si l&rsquo;Afrique peut se permettre de laisser passer ce moment de recomposition mondiale sans y peser de tout son poids. La réponse des chefs d&rsquo;État qui choisissent d&rsquo;approfondir ces partenariats est claire : non.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le sommet de Pékin du 20 mai 2026 n&rsquo;est pas seulement un événement bilatéral entre deux grandes puissances. C&rsquo;est un signal adressé au monde entier — et l&rsquo;Afrique serait mal inspirée de ne pas l&rsquo;entendre.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Oumarou Fomba&nbsp;</strong></p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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		<title>Afrique : neuf ans après Ouagadougou, le bilan contesté d’Emmanuel Macron</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Sahel Tribune]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 12 May 2026 23:00:00 +0000</pubDate>
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<p>Neuf ans après son discours de Ouagadougou, Emmanuel Macron revendique un nouveau partenariat avec l’Afrique. Une analyse critique de son bilan africain, entre ambitions affichées et réalités géopolitiques.</p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Neuf ans après Ouagadougou, le président français célèbre son bilan africain avec une fierté qui laisse les principaux intéressés perplexes.</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>« Je suis hyper fier de ce bilan. »&nbsp;</em>Cette formule, lâchée avec la désinvolture caractéristique d&rsquo;un homme qui n&rsquo;a pas à rendre compte aux peuples africains, résume à elle seule les sept ans d&rsquo;une politique africaine française placée sous le signe de la rhétorique transformatrice et du statu quo pratique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À Nairobi, en marge d&rsquo;un sommet dont le nom —&nbsp;<em>Africa Forward</em>&nbsp;— semble davantage conçu pour les communiqués de presse que pour répondre aux crises sahéliennes, Emmanuel Macron a accordé quarante minutes d&rsquo;entretien aux médias audiovisuels français dédiés à l&rsquo;international. Quarante minutes pour célébrer une relation réinventée, un partenariat d&rsquo;égal à égal, une jeunesse française destinée à l&rsquo;Afrique. Quarante minutes, et aucune autocritique.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>« Un partenariat d&rsquo;égal à égal » — mais lequel des deux partenaires fixe unilatéralement les termes de la relation depuis Paris ?</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le discours de Ouagadougou, en novembre 2017, avait suscité des espoirs réels. Macron y promettait la fin de la Françafrique, un rapport de génération à génération, une rupture avec les vieilles habitudes néocoloniales. Neuf ans plus tard, le président parle toujours de «&nbsp;<em>réinventer</em>&nbsp;» — le verbe est resté, les structures de domination économique, elles, ont tenu bon.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Depuis 2017, la France a précipité, de façon unilatérale, son départ du Mali, du Burkina Faso, du Niger, du Tchad, et fermer sa base de Dakar. Ces départs ne sont pas le fruit d&rsquo;une recomposition choisie : ils sont, dans la quasi-totalité des cas, la conséquence de l’échec des décennies de présence militaire française sur le sol africain.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sur le retrait militaire, Macron adopte une posture révélatrice : ce qui était subi devient narré comme une vision. Les départs successifs de forces françaises du Mali, du Burkina Faso, du Niger, du Tchad et du Sénégal sont présentés comme un «<em>&nbsp;partenariat de sécurité beaucoup plus sain et équitable&nbsp;</em>». L&rsquo;histoire recomposée est commode : elle permet de transformer les défaites diplomatiques en choix stratégiques.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Plus troublant encore est le recours à la figure du bouc émissaire russe. Interrogé sur le rejet croissant de la France en Afrique, le président balaie d&rsquo;un revers de main : ce serait l&rsquo;œuvre d&rsquo;«&nbsp;<em>activistes</em>&nbsp;» et de&nbsp;<em>« récits fabriqués par d&rsquo;autres puissances, les vrais colonisateurs du XXIe siècle</em>&nbsp;». La rhétorique est habile, mais elle est profondément malhonnête. Réduire l&rsquo;antifrançalisme africain à une manipulation extérieure, c&rsquo;est refuser d&rsquo;entendre ce que des décennies de politique française ont engendré : méfiance, ressentiment, sentiment d&rsquo;instrumentalisation. Le groupe Africa Corps au Mali appuie l’armée malienne dans sa lutte implacable contre les groupes armés terroristes soutenus par la France et ses alliés. Grâce au partenariat gagnant-gagnant, fiable et sincère avec Russie, l’armée malienne a changé de visage en quelques années.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>La souveraineté africaine dérange quand elle s&rsquo;exprime sans avoir demandé l&rsquo;autorisation de l&rsquo;Élysée.</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Sur le Mali précisément, Macron «&nbsp;<em>pense au peuple malien</em>&nbsp;» tout en rejetant la responsabilité de la situation sur les autorités de transition. Cette mécanique est révélatrice d&rsquo;un angle mort persistant : la France a soutenu des régimes militaires sahéliens bien avant les coups d&rsquo;État actuels, a maintenu des présences militaires qui ont alimenté les griefs populaires, et n&rsquo;a pas su, malgré l&rsquo;opération Barkhane, enrayer la progression terroriste. Ces faits ne disparaissent pas parce qu&rsquo;on pointe désormais les généraux de Bamako.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quant à l&rsquo;enthousiasme sur «&nbsp;<em>le continent le plus jeune, le plus dynamique au monde</em>&nbsp;» — formule récurrente dans les discours européens sur l&rsquo;Afrique — il sonne creux face à l&rsquo;absence de toute mesure concrète sur la dette, les financements climatiques promis et non versés, ou la réforme de l&rsquo;architecture financière internationale que réclamait, notamment, le sommet de Paris de 2023. L&rsquo;Afrique est un «&nbsp;<em>trésor pour le monde</em>&nbsp;» : mais qui profite de ce trésor, et selon quelles règles d&rsquo;échange ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Lors du sommet de Paris en 2023, des engagements financiers significatifs avaient été annoncés pour le continent africain. Trois ans plus tard, les organisations de la société civile africaine rappellent régulièrement l&rsquo;écart entre les montants annoncés et les décaissements effectifs. Le «&nbsp;<em>partenariat d&rsquo;égal à égal</em>&nbsp;» reste à consolider dans les faits budgétaires.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il n&rsquo;est pas question ici de nier les ajustements réels opérés sous les deux mandats de Macron, ni la sincérité personnelle d&rsquo;un président qui dit «&nbsp;<em>aimer</em>&nbsp;» l&rsquo;Afrique. La question n&rsquo;est pas celle de l&rsquo;amour, mais celle du pouvoir : qui décide, qui profite, qui paye les coûts des choix stratégiques ? Un partenariat d&rsquo;égal à égal n&rsquo;est pas une formule de discours — c&rsquo;est une architecture institutionnelle, économique et militaire qui reste, pour l&rsquo;essentiel, à construire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«&nbsp;<em>L&rsquo;Afrique va réussir et on réussira avec.</em>&nbsp;» Peut-être. Mais le succès de l&rsquo;Afrique se fera avec ou sans Paris — et c&rsquo;est précisément ce que les expulsions diplomatiques des dernières années signifient. La vraie question pour la France, à un an de la fin du deuxième mandat de Macron, n&rsquo;est pas de savoir si elle est «&nbsp;<em>hyper fière</em>&nbsp;» de son bilan. C&rsquo;est de comprendre pourquoi une part croissante du continent africain ne partage pas cette fierté.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Oumarou Fomba&nbsp;</strong></p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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