Le président de transition malgache Michaël Randrianirina a choisi Moscou plutôt que les capitales occidentales, pour cette 1ère sortie à l’internationale. Un déplacement hautement politique qui s’inscrit dans la recomposition des influences en Afrique, au moment où la France tente de reprendre pied sur un continent où la concurrence stratégique s’intensifie.
Entre drones, coopération énergétique et évocation d’une possible adhésion aux BRICS, la visite de Randrianirina en Russie dépasse largement le cadre bilatéral. Elle symbolise l’affirmation d’une diplomatie africaine plus diversifiée et la montée des rivalités de puissances sur le continent.
« Nous sommes ravis de vous annoncer notre détermination à travailler avec la Russie. Nous sommes prêts à entamer une nouvelle ère de coopération et nous pensons que la Russie va beaucoup nous aider dans cette période un peu difficile tant sur le plan politique qu’économique », a déclaré le président malgache, qui doit se rendre à Paris dans quelques jours. Cette visite de Michaël Randrianirina à Moscou n’a rien d’anodin. Elle s’inscrit dans une dynamique plus large de recomposition des alliances africaines, dans laquelle les États cherchent à élargir leurs marges de manœuvre face aux partenaires traditionnels.
Alors que la France multiplie les initiatives diplomatiques sur le continent — notamment en Afrique du Nord et au Sahel — la visite du dirigeant malgache en Russie est le témoignage de la montée en puissance d’acteurs alternatifs capables d’offrir coopération sécuritaire, énergétique et technologique sans condition politique explicite.
Une diplomatie africaine plus autonome
Pour Moscou, ce rapprochement s’inscrit dans une stratégie patiente d’implantation en Afrique, fondée sur des projets concrets — énergie, infrastructures, agriculture — mais aussi sur des instruments d’influence culturelle comme l’ouverture annoncée d’une Maison russe à Antananarivo.
La coopération militaire et les discussions sectorielles relèvent d’une approche globale visant à renforcer l’interdépendance avec des partenaires africains en quête de diversification.
Pour Madagascar, l’enjeu est de multiplier les partenaires afin de réduire la dépendance à un seul pôle d’influence. L’évocation d’une possible adhésion aux BRICS s’inscrit dans cette logique d’intégration à un ordre international plus multipolaire.
Ce positionnement traduit une tendance plus large observée sur le continent. L’affirmation d’États qui cherchent à arbitrer entre puissances concurrentes pour maximiser leurs intérêts économiques et politiques.
Le recul relatif de l’influence française
Dans ce contexte, la France apparaît confrontée à une érosion progressive de son influence historique, malgré des efforts récents pour relancer sa présence diplomatique. La concurrence de la Russie, mais aussi de la Chine, de la Turquie, des Etats-Unis d’Amérique ou des pays du Golfe, redessine un paysage où Paris n’est plus l’interlocuteur privilégié qu’elle fut longtemps.
La visite de Randrianirina à Moscou illustre finalement une transformation plus profonde. L’Afrique est devenue un espace central de compétition stratégique dans un monde fragmenté.
Entre quête de souveraineté, recherche d’investissements et diversification des alliances, les États africains redéfinissent leurs partenariats selon une logique de pragmatisme, annonçant une ère diplomatique plus fluide — et plus concurrentielle.
Chiencoro Diarra
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