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	<title>Archives des Investigation au Sahel : découvrez les actus &#8212; Sahel Tribune</title>
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		<title>Désinformation sexuelle : comment les écrans façonnent les croyances des enfants </title>
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		<dc:creator><![CDATA[Fousseni TOGOLA]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 25 Jun 2026 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p><strong>🔗 Découvrez plus sur notre blog :</strong> <a href="https://votresite.com">Sahel Tribune</a></p>
<p>À l’ère des réseaux sociaux et de la pornographie en ligne, il devient urgent d’éclairer sur les mécanismes de la désinformation sexuelle qui touchent plus particulièrement les enfants.</p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>🔗 Découvrez plus sur notre blog :</strong> <a href="https://votresite.com">Sahel Tribune</a></p>

<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Bien avant l’aliénation numérique, des penseurs avaient déjà alerté sur les dangers de la télévision pour la compréhension de la sexualité. À l’ère des réseaux sociaux et de la pornographie en ligne, il devient urgent d’éclairer sur les mécanismes de la désinformation sexuelle qui touchent plus particulièrement les enfants.</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Tandis que les gouvernements européens et africains cherchent à mieux protéger les mineurs face aux dérives des plateformes numériques, une autre bataille se joue dans le silence des chambres d&rsquo;enfants. Celle de la construction des imaginaires amoureux et sexuels à travers des images omniprésentes qui, souvent, informent mal, déforment la réalité et remplacent la parole des adultes.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Ce que Popper avait vu</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a quelque chose d&rsquo;inquiétant dans la continuité entre ce que Karl Popper écrivait en 1994 dans&nbsp;<em><a href="https://amzn.to/4eGJY9F">La Télévision : un danger pour la démocratie</a></em>&nbsp;et ce que nos enfants vivent aujourd&rsquo;hui devant leurs écrans — qu&rsquo;il s&rsquo;agisse d&rsquo;un téléviseur, d&rsquo;un smartphone ou d&rsquo;une tablette. Ce que le philosophe autrichien avait diagnostiqué comme une déformation de la réalité sexuelle par la télévision est devenu, avec l&rsquo;avènement d&rsquo;internet, une pandémie silencieuse qui frappe les plus jeunes avant même qu&rsquo;ils aient les mots pour la nommer.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En 1987, deux tiers des adultes interrogés estimaient déjà que la&nbsp;<a href="https://unesdoc.unesco.org/ark:/48223/pf0000134889">télévision influençait</a>&nbsp;l&rsquo;activité sexuelle des jeunes et qu&rsquo;elle ne donnait pas une image réaliste ni objective de la sexualité. Popper en tirait une double conclusion implacable : la «&nbsp;<em>télévision déforme la sexualité</em>&nbsp;» parce qu&rsquo;elle en donne une image fausse, et parce qu&rsquo;elle prive les jeunes de toute information sur la «&nbsp;<em>diversité des comportements amoureux</em>&nbsp;» et des choix qui s&rsquo;offrent à eux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette analyse, formulée il y a trente ans à propos du petit écran, vaut désormais mille fois plus à l&rsquo;ère des plateformes numériques, où les contenus à caractère sexuel explicite sont accessibles à tout enfant disposant d&rsquo;une connexion internet et de quelques minutes de curiosité. Là où la télévision de 1987 distordait, les algorithmes d&rsquo;aujourd&rsquo;hui saturent, submergent, normalisent.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Une initiation confisquée</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Dans mon roman&nbsp;<em><a href="https://amzn.to/4xN7OcA">Fatoma : Le Broussard</a></em>, je décris la scène fondatrice de l&rsquo;éveil sexuel du jeune Fatoma : un soir ordinaire, le père regarde un film de guerre à la télévision. Il tient la télécommande d&rsquo;une main jalouse, prêt à couper toute scène jugée obscène — il lui arrive même de découper, au sens propre, les parties de cassette correspondant aux séquences inappropriées. Mais ce soir-là, la fatigue l&#8217;emporte. Quelques minutes d&rsquo;un film suffisent. L&rsquo;enfant découvre ce qu&rsquo;il n&rsquo;avait jamais imaginé : l&rsquo;acte charnel, la fusion des corps. En une nuit, toute sa vision de l&rsquo;amour bascule.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce moment romanesque n&rsquo;est pas une anecdote. Il est une métaphore exacte de ce que vivent des millions d&rsquo;enfants, que leurs parents soient vigilants ou non. La question n&rsquo;est plus de savoir si l&rsquo;enfant sera exposé, mais quand, dans quel contexte, et avec quels outils pour décoder ce qu&rsquo;il voit. Fatoma n&rsquo;en avait aucun. Il croyait, avant cette nuit, que faire l&rsquo;amour consistait à s&rsquo;allonger sur son partenaire en imitant des mouvements de piston. Personne ne lui avait appris autrement. La télévision l&rsquo;a instruit à sa façon — c&rsquo;est-à-dire mal, vite, et sans nuance.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Le mensonge de l&rsquo;image</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Ce que l&rsquo;écran enseigne sur la sexualité est presque toujours un mensonge. Un mensonge par omission, d&rsquo;abord : on ne montre ni l&rsquo;intimité émotionnelle, ni la vulnérabilité, ni le consentement, ni les doutes, ni l&rsquo;apprentissage mutuel qui constituent l&rsquo;essentiel de la vie amoureuse réelle. Un mensonge par exagération ensuite : les corps représentés sont standardisés, les performances codifiées, les rapports de pouvoir banalisés. Un mensonge par répétition enfin : à force de voir les mêmes représentations, l&rsquo;enfant les intègre comme une norme, sans jamais avoir reçu les clés critiques pour les questionner.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Popper soulignait que la télévision ne nous apprenait rien sur la «&nbsp;<em>diversité des comportements amoureux&nbsp;</em>» ni sur les choix qui s&rsquo;offrent à nous. C&rsquo;est précisément cette lacune qui est dangereuse. L&rsquo;enfant ne voit pas des amours multiples, des désirs variés, des relations construites dans le respect. Il voit un modèle unique, répété jusqu&rsquo;à l&rsquo;évidence, qui lui dit : c&rsquo;est comme ça que ça marche. Rien d&rsquo;autre n&rsquo;existe.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>La honte comme seul compagnon</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Dans&nbsp;<em>Fatoma : Le Broussard</em>, l&rsquo;éveil sexuel du personnage s&rsquo;accompagne aussitôt de honte et de culpabilité. Il découvre la masturbation seul, dans sa chambre, sans comprendre ce qui lui arrive. Il ne sait pas si ce qu&rsquo;il ressent est normal. Il ignore si c&rsquo;est du sang, de l&rsquo;urine, ou autre chose. Personne ne lui a expliqué. Pas son père, trop absent à lui-même et trop prompt aux punitions. Pas sa mère, dont la tendresse ne pouvait franchir certains silences. Pas l&rsquo;école, qui n&rsquo;abordait pas ces questions.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette solitude de l&rsquo;enfant face à son corps en train de se transformer est universelle. Elle traverse les classes sociales, les cultures, les continents. Et dans ce vide, l&rsquo;image s&rsquo;engouffre — sans garde-fou, sans traduction, sans accompagnement adulte.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est ce que Popper n&rsquo;avait peut-être pas entièrement mesuré : la télévision ne fait pas que déformer, elle remplace. Elle occupe l&rsquo;espace laissé vacant par les adultes silencieux, les parents qui ne savent pas comment parler, les enseignants qui esquivent. Dans les sociétés où l&rsquo;éducation sexuelle est absente ou insuffisante, l&rsquo;écran devient le seul pédagogue disponible. Et c&rsquo;est un pédagogue menteur.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Ce que nous devons aux enfants</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Trente ans après Popper, à l&rsquo;heure où un enfant de dix ans peut accéder en quelques clics à des contenus pornographiques bien plus explicites que ce que la télévision de 1987 aurait jamais osé diffuser, la question ne peut plus être esquivée. Que disons-nous aux enfants sur la sexualité ? Que leur donnons-nous comme grille de lecture pour distinguer la réalité de la mise en scène, le désir de la contrainte, l&rsquo;amour de la performance ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">La réponse honnête est : pas grand-chose. Ni la famille, souvent paralysée par la gêne ou les tabous culturels et religieux, ni l&rsquo;école, qui traite encore l&rsquo;éducation à la sexualité comme une matière optionnelle ou scandaleuse, ne font le travail que les écrans, eux, font sans relâche.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Fatoma, le personnage de mon roman, grandit dans un village fictif du Sahel, dans une République imaginaire appelée Zanzane. Mais ses désarrois face à son corps, ses premières émotions confuses, sa honte solitaire et ses erreurs d&rsquo;interprétation, des millions d&rsquo;enfants réels les vivent en ce moment même, partout dans le monde. Ce n&rsquo;est pas un problème africain, ni un problème des pauvres, ni un problème d&rsquo;une époque révolue. C&rsquo;est un problème de notre présent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce que nous devons aux enfants, c&rsquo;est exactement ce que Popper réclamait : non pas la censure — il était trop libéral pour ça —, mais la transmission. Leur donner les mots, les concepts, les repères pour comprendre ce qu&rsquo;ils voient. Leur apprendre que la diversité des désirs existe, que le consentement se construit, que la sexualité n&rsquo;est pas un spectacle mais une relation. Leur montrer que l&rsquo;écran ment, et pourquoi il ment.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Faute de cela, nous laissons l&rsquo;image faire l&rsquo;éducation à notre place. Et l&rsquo;image, comme Popper et bien d’autres penseurs, l&rsquo;avaient compris bien avant nous, n&rsquo;est pas désintéressée.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Fousseni Togola&nbsp;</strong></p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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		<title>Souveraineté, sécurité et résilience sociale au Sahel : dynamiques et enjeux contemporains</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Mikailou Cissé]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 24 Jun 2026 00:00:00 +0000</pubDate>
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<p>Face aux crises sécuritaires, le Mali, le Burkina Faso et le Niger cherchent à renforcer leur souveraineté. Analyse des enjeux de résilience sociale, du rôle des femmes, des jeunes et des déplacés internes dans la stabilisation du Sahel.</p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Les femmes, les jeunes et les déplacés internes sont souvent présentés comme les victimes silencieuses des crises qui traversent le Sahel. Toutefois, leur situation dépasse largement le cadre humanitaire. Elle constitue l’un des indicateurs importants de la résilience des sociétés sahéliennes et des dynamiques à l’œuvre dans le cadre des politiques de stabilisation engagées par les États de la région dans les processus de réappropriation et de consolidation de la souveraineté.</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">À travers leurs conditions de vie, leur capacité à maintenir des activités économiques, à accéder aux services sociaux essentiels et à préserver leurs liens communautaires, se mesure concrètement la portée des efforts de restauration progressive de l’autorité de l’État sur les territoires concernés.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>La stabilisation sécuritaire, une étape essentielle</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Du Mali au Burkina Faso, en passant par le Niger, la souveraineté s’est progressivement imposée comme l’un des principaux référentiels politiques des transitions contemporaines. La reconquête et la sécurisation des territoires, la lutte contre les groupes armés terroristes, le renforcement des capacités nationales de défense ainsi que la réduction des dépendances stratégiques occupent une place centrale dans les orientations des États de la région. Les forces armées nationales constituent à cet égard des acteurs essentiels des dynamiques de stabilisation et de sécurisation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Toutefois, au-delà des enjeux militaires, diplomatiques et géopolitiques, se développe une autre dimension, moins visible mais essentielle : celle de la souveraineté sociale. La souveraineté sécuritaire renvoie à la capacité d’un État à assurer la protection de son territoire et de ses frontières. La souveraineté sociale, quant à elle, désigne la capacité des États à garantir aux populations l’accès aux conditions minimales d’une vie digne dans un contexte de contraintes sécuritaires. Elle concerne notamment l’accès à l’éducation, à la santé, aux moyens de subsistance, à la protection sociale ainsi qu’au maintien de la cohésion communautaire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette distinction est importante pour comprendre les dynamiques actuelles du Sahel. Le rétablissement de l’autorité de l’État dans certaines zones ne s’accompagne pas toujours immédiatement du retour des populations déplacées dans leurs localités d’origine, ni de la reprise complète des activités économiques et sociales. La stabilisation sécuritaire constitue une étape essentielle, qui s’inscrit dans un processus plus large de reconstruction sociale et économique progressive.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>La crise sahélienne&nbsp;: une crise de production, de circulation et de revenus</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Sous cet angle, la situation des femmes, des jeunes et des déplacés constitue un révélateur pertinent de l’évolution des sociétés sahéliennes. Dans plusieurs zones affectées par l’insécurité, les améliorations observées sur le plan sécuritaire s’accompagnent encore de défis importants en matière d’accès aux services sociaux de base, de fonctionnement des infrastructures publiques et d’opportunités économiques.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Depuis plus d’une décennie, les conflits armés ont profondément transformé les équilibres sociaux, économiques et territoriaux du Sahel. Les insurrections armées, les opérations de sécurisation, les violences communautaires ainsi que les fragilités institutionnelles ont entraîné d’importants déplacements de populations. Ces dynamiques ont progressivement redessiné les espaces de peuplement et influencé les rapports sociaux et économiques.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans plusieurs localités rurales, les déplacements successifs ont conduit à l’abandon partiel ou total de certains villages, tandis que d’autres centres ont connu une croissance démographique importante en raison de l’accueil de populations déplacées internes. Cette évolution exerce une pression sur les ressources disponibles, notamment l’eau, les terres cultivables, les logements, les infrastructures scolaires et les structures sanitaires. Elle modifie également les équilibres sociaux entre populations d’accueil et populations déplacées.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La croissance démographique observée dans certaines localités du centre du Mali, notamment dans des zones comme Koro, illustre ces transformations des dynamiques de peuplement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les conséquences économiques de ces mutations sont également significatives. La crise sahélienne peut être analysée comme une crise de production, de circulation et de revenus. Dans de nombreuses zones rurales, les activités agricoles, pastorales et commerciales sont affectées par les contraintes sécuritaires, les difficultés d’accès aux zones de production ainsi que les perturbations des marchés hebdomadaires.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Le rôle des femmes&nbsp;</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">La réduction de la mobilité des acteurs économiques, notamment des commerçants, des éleveurs et des producteurs agricoles, influence les revenus des ménages, dont une part importante dépend de ces activités. À cela s’ajoutent les effets liés à la perturbation ou au fonctionnement de certaines infrastructures économiques et sociales.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans certains contextes, les mesures sécuritaires mises en œuvre dans les zones concernées répondent à des impératifs de protection des populations et de sécurisation des territoires. Elles peuvent toutefois, selon les situations locales, avoir des effets indirects sur l’accès aux marchés, aux services sociaux et aux activités économiques, en fonction des contraintes opérationnelles et sécuritaires.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette réalité met en évidence la complexité de la gestion de la sécurité dans les espaces sahéliens. Les stratégies militaires et sécuritaires demeurent indispensables à la stabilisation, mais leur efficacité à long terme dépend également de leur articulation avec des actions de reconstruction sociale et économique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La confiance entre les États et les communautés locales repose ainsi sur plusieurs dimensions complémentaires : la sécurité, l’accès aux services publics, les opportunités économiques et la qualité de la gouvernance locale.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les femmes occupent une place centrale dans ces dynamiques. Dans de nombreuses communautés sahéliennes, elles jouent un rôle important dans les activités agricoles, la transformation des produits locaux, les échanges commerciaux et la gestion des ménages. Dans les contextes de déplacement, elles contribuent au maintien des activités familiales et à la continuité des solidarités communautaires, participant ainsi aux dynamiques de résilience sociale.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Au Burkina Faso et du Niger, les populations s’adaptent</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">La jeunesse est également confrontée à des défis importants, notamment en matière d’accès à l’éducation et aux opportunités économiques. La fermeture ou les perturbations des établissements scolaires et la limitation des débouchés économiques influencent les perspectives d’avenir. Toutefois, les jeunes participent aussi à de nombreuses initiatives locales de solidarité, de résilience communautaire et de reconstruction des activités économiques.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le centre du Mali illustre de manière significative ces dynamiques complexes. Les cercles de Bankass, Koro, Bandiagara, Djenné et Douentza ont connu des transformations importantes liées aux déplacements de populations et aux recompositions sociales. Ces évolutions ont affecté les structures communautaires, les modes de gestion des ressources et les équilibres économiques locaux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans plusieurs localités, notamment Diallassagou, l’arrivée de populations déplacées a entraîné de nouveaux enjeux liés à l’accès au logement, à la gestion des ressources, aux infrastructures sociales et à la gouvernance locale. Elle témoigne également des capacités d’adaptation des communautés dans des contextes marqués par des contraintes sécuritaires et économiques.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Des dynamiques similaires sont observées dans plusieurs régions du Burkina Faso et du Niger. Dans ces espaces, les populations s’adaptent aux contraintes sécuritaires tout en poursuivant leurs activités économiques et sociales dans des environnements parfois instables.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>La consolidation de la souveraineté repose sur la complémentarité</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Dans ce contexte, la souveraineté ne peut être réduite à sa seule dimension militaire ou territoriale. Elle comprend également des dimensions économiques et sociales. La souveraineté économique implique la capacité de préserver les circuits de production et d’échanges. La souveraineté sociale renvoie quant à elle à la capacité de garantir l’accès aux services essentiels et de soutenir les populations vulnérables.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans le contexte sahélien actuel, la consolidation durable de la souveraineté repose sur la complémentarité entre les efforts de sécurisation, la reconstruction des services sociaux, le développement économique et le renforcement de la cohésion sociale.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La stabilité à long terme dépend ainsi de la capacité collective à améliorer les conditions de vie des populations et à soutenir les dynamiques locales de résilience.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les femmes qui maintiennent des activités économiques malgré les contraintes, les jeunes qui cherchent à préserver leurs perspectives d’avenir et les populations déplacées qui s’adaptent à de nouveaux environnements incarnent une dimension essentielle des transformations en cours dans le Sahel. Leur situation met en lumière les enjeux humains au cœur des processus de stabilisation et de développement.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Mikaïlou Cissé&nbsp;</strong></p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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		<title>Afrique : les États doivent-ils imposer à Canal+ l’accès gratuit aux chaînes publiques ?</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Sahel Tribune]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 23 Jun 2026 02:00:00 +0000</pubDate>
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<p>Après une amende de 50 millions de FCFA infligée à Canal+ au Burkina Faso, le débat sur l’accès gratuit aux chaînes publiques nationales s’impose en Afrique. Souveraineté audiovisuelle, droits des citoyens et régulation sont au cœur de la controverse.</p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Le Burkina Faso a imposé le 12&nbsp;juin une amende de 50&nbsp;millions de FCFA à Canal+ pour avoir empêché ses abonnés d’accéder gratuitement aux chaînes publiques nationales. Cette décision ne doit pas rester une exception. Elle soulève une question que l’ensemble des pays africains partenaires du groupe devraient poser&nbsp;: pourquoi ce qui est un droit au Burkina ne l’est-il pas ailleurs ? Pourquoi les consommateurs devraient-ils payer pour avoir le droit de regarder leurs chaînes nationales ?&nbsp;</em></strong><strong></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Il a fallu un délai d’adaptation accordé puis ignoré, une mise en demeure en avril 2025 restée sans effet, un ultimatum au 11&nbsp;juin 2026 infructueux, pour que le Conseil supérieur de la communication du Burkina Faso se décide à frapper&nbsp;: 50&nbsp;millions de FCFA d’amende contre Canal+ International, le 12&nbsp;juin 2026. Le motif est simple, documenté et incontestable&nbsp;: l’opérateur français refusait de rendre gratuitement et automatiquement accessibles les chaînes publiques nationales à ses abonnés burkinabè. Ce qui aurait dû prendre quelques heures d’ajustement technique a nécessité plus d’un an de bras de fer réglementaire.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Les faits&nbsp;: un SMS de trop qui coûte cher</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">La convention signée le 14&nbsp;février 2025 entre le CSC burkinabè et Canal+ International est explicite&nbsp;: les chaînes de la Radiodiffusion Télévision du Burkina (RTB) doivent être accessibles gratuitement, automatiquement et en permanence à tous les abonnés Canal+ résidant sur le territoire burkinabè — y compris après expiration de leur abonnement payant. La logique est claire&nbsp;: les chaînes publiques nationales sont un service d’intérêt général, financé par les contribuables, qui ne devrait pas être conditionné à un abonnement privé.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Or la réalité documentée par le CSC est différente. Canal+ a maintenu des obstacles techniques empêchant l’accès aux chaînes publiques nationales, notamment en exigeant des abonnés dont l’offre Canal+ avait expiré l’envoi d’un SMS pour activer la réception de la RTB. Un SMS pour accéder à sa propre télévision publique nationale. Une démarche active supplémentaire, un filtre technique, un obstacle délibéré ou accidentel — peu importe la qualification exacte&nbsp;: le résultat est le même. Des abonnés privés de l’accès à un service auquel ils ont droit, dans l’ignorance de ce droit, faute que le prestataire privé ait accompli son obligation contractuelle.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>« Le respect des obligations contractuelles, notamment en matière de diffusion des chaînes publiques, n’est pas négociable. »</em>, assure Wendingoudi Louis Modeste Ouédraogo, président du Conseil supérieur de la communication du Burkina Faso, dans sa décision du 12&nbsp;juin 2026.&nbsp;&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Ce que cette affaire révèle&nbsp;: un rapport de force structurel</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Derrière l’amende et le SMS, il y a une question de fond que cette affaire soulève avec une clarté bienvenue&nbsp;: quel est le rapport de force réel entre les États africains et Canal+ International dans la gestion du paysage audiovisuel de leurs pays ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Canal+ est présent dans plus de vingt pays africains. Son offre est de très loin la plus populaire en Afrique francophone. Dans certains pays, le groupe détient des parts de marché qui font de lui l’opérateur audiovisuel dominant, voire quasi-monopolistique, dans les segments de la télévision payante. Cette position dominante lui confère un pouvoir de négociation considérable face à des régulateurs dont les ressources humaines, techniques et juridiques sont souvent limitées.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La chronologie burkinabè est révélatrice de ce déséquilibre. Convention signée en février 2025. Délai d’adaptation accordé sans résultat. Mise en demeure en avril 2025 sans effet. Ultimatum au 11&nbsp;juin 2026 ignoré. L’instance de régulation, qui s’est autosaisie du dossier, note que l’ultimatum fixé au 11&nbsp;juin 2026 est resté infructueux. Quinze mois de délais, de procédures et de rappels avant qu’une sanction financière soit finalement prononcée. Ce n’est pas de la malveillance de Canal+ — c’est, probablement, la gestion rationnelle d’une contrainte perçue comme surmontable ou négociable. Ce qui dit quelque chose sur la capacité réelle des régulateurs africains à faire respecter leurs décisions face aux grands opérateurs privés internationaux.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>La thèse centrale&nbsp;: ce qui est un droit au Burkina doit l’être partout</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Voici la question que cette tribune voudrait poser directement à Canal+, et aux régulateurs audiovisuels de l’ensemble des pays africains partenaires du groupe&nbsp;: quels sont, dans chacun de vos pays, les engagements équivalents à ceux que le Burkina Faso a exigés — et obtenus sous contrainte ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">En Côte d’Ivoire, est-ce que les chaînes de la RTI sont accessibles gratuitement et en permanence aux abonnés Canal+ ? Au Sénégal, la RTS ? Au Cameroun, la CRTV ? En République démocratique du Congo, la RTNC ? Au Mali, l’ORTM ? En Guinée, la RTG ? Au Niger, la RTN ? Dans combien de ces pays existe-t-il une convention formelle, contraignante et assortie de mécanismes de sanction, garantissant que l’opérateur privé dominant du paysage audiovisuel assure l’accès à la télévision publique nationale sans condition ni friction supplémentaire ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">La réponse honnête est&nbsp;: dans très peu. Le cas burkinabè est une exception — arrachée dans un contexte politique particulier, par un régime de transition qui a fait de la souveraineté dans les médias l’un de ses axes de gouvernance. Ce n’est pas un reproche à ces régimes ni un éloge de leur méthode de gouvernance. C’est un constat&nbsp;: l’accès à la télévision publique nationale via les bouquets de l’opérateur dominant n’est pas, dans la plupart des pays africains, une obligation formellement garantie. C’est une grâce accordée ou refusée au gré des rapports de force commerciaux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’accès à la télévision publique nationale ne devrait pas être une faveur commerciale, mais plutôt un droit civique fondamental. Canal+ ne devrait pas être en mesure de le conditionner, même indirectement.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Ce que Canal+ devrait faire — et ce que les États africains devraient exiger</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Cette tribune n’est pas un réquisitoire contre Canal+. Le groupe a joué un rôle indéniable dans la structuration du paysage audiovisuel africain — investissements dans les contenus locaux, production cinématographique, sport, information. Il est une réalité économique et culturelle du continent qu’on ne saurait effacer d’un trait de plume.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais précisément parce que Canal+ est un acteur dominant, il a une responsabilité proportionnelle à sa position. Et cette responsabilité comprend, au minimum, de garantir dans tous ses pays de présence ce qu’il a accepté — sous contrainte — de garantir au Burkina Faso&nbsp;: l’accès libre, automatique et permanent aux chaînes publiques nationales pour tous ses abonnés, quel que soit l’état de leur abonnement payant.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La demande est raisonnable. Elle est techniquement réalisable — si le groupe peut la mettre en œuvre au Burkina Faso sous trente jours, il peut la mettre en œuvre partout. Elle est économiquement supportable — le coût marginal de diffuser des chaînes déjà dans le satellite est nul ou quasi nul. Elle pourrait être juridiquement légitime. Nous ne pensons pas qu’un droit de propriété intellectuelle couvre la télévision publique au point de justifier que des abonnés payants en soient privés. Et elle est politiquement nécessaire — dans un continent où la confiance entre entreprises étrangères dominantes et États souverains est une ressource rare et précieuse.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>L’appel aux régulateurs africains&nbsp;: le précédent burkinabè comme levier</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">La décision du CSC burkinabè du 12&nbsp;juin 2026 est un précédent juridique et politique. Elle démontre qu’un régulateur africain, avec les bons outils, les bons textes et la volonté politique suffisante, peut contraindre Canal+ International à respecter ses engagements. Elle démontre aussi que l’opérateur, quand il n’a pas d’autre choix, se plie finalement aux décisions des autorités nationales.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce précédent devrait inspirer d’autres régulateurs africains. Non pas nécessairement à sanctionner Canal+ — mais à négocier, à leur tour, des conventions explicites, contraignantes et assorties de mécanismes de sanction clairs, garantissant à leurs citoyens l’accès libre aux services audiovisuels publics nationaux via tous les bouquets privés présents sur leur territoire. C’est une question de souveraineté de l’information. C’est une question d’égalité des droits. C’est une question, tout simplement, de respect des populations africaines. Et Canal plus international devrait accompagner les États africains dans cette quête de souveraineté pleine et entière.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’Union africaine et les instances régionales — CEDEAO, UEMOA — pourraient également utiliser ce précédent pour travailler à un cadre harmonisé de régulation des opérateurs audiovisuels transfrontaliers sur le continent, incluant une clause standard sur l’accessibilité des chaînes publiques nationales. Pas pour protéger les États contre Canal+. Pour protéger les citoyens africains contre une asymétrie d’information qui les prive, dans le meilleur des cas, de la voix de leur propre État.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Oumarou Fomba&nbsp;</strong></p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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		<title>Résultats DEF 2026 : comment le Mali a redressé son système éducatif en cinq ans</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Chiencoro]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 21 Jun 2026 09:36:47 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actu]]></category>
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<p>Les résultats du DEF 2026 au Mali affichent un taux de réussite de 65,40 %, contre 53,02 % en 2025. Une progression qui illustre les effets de la réforme éducative et de la lutte contre la fraude engagées depuis 2021.</p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Proclamés vendredi 19 juin, les résultats du Diplôme d&rsquo;études fondamentales marquent un tournant dans la politique éducative de la Transition. Après des années de réforme douloureuse, le système scolaire malien trouve enfin son rythme.</em></strong><strong></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Vendredi 19 juin 2026, 15 heures. Sur toute l&rsquo;étendue du territoire national, les directeurs d&rsquo;académie d&rsquo;enseignement proclament les résultats du Diplôme d&rsquo;études fondamentales (DEF), session de juin 2026. Le chiffre tombe, net, incontestable : <a href="https://cnecemali.com/?page_id=12183" target="_blank" rel="noreferrer noopener">65,40 %.</a> Sur les 333 336 candidats ayant pris part aux épreuves, 204 609 sont déclarés admis. En un an, le taux de réussite national a bondi de 12,38 points — il était de 53,02 % en 2025. C&rsquo;est la meilleure session depuis le début de la Transition, et la confirmation statistique d&rsquo;une politique éducative qui, après avoir traversé ses heures les plus sombres, commence à produire des résultats tangibles.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Du creux à la remontée : cinq ans d&rsquo;une courbe sinueuse</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Pour comprendre ce que représente ce 65,40 %, il faut relire l&rsquo;histoire récente du DEF malien — celle d&rsquo;un système éducatif passé par le feu d&rsquo;une réforme exigeante avant d&rsquo;en récolter les bénéfices.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En 2021, dernière session avant que la Transition ne structure sa politique anti-fraude, <a href="https://www.studiotamani.org/28104-def-2021-pres-de-70-de-taux-de-reussite-national" target="_blank" rel="noreferrer noopener">le taux de réussite atteignait 68,67 %</a>. Un chiffre flatteur, mais largement artificiellement gonflé par des décennies de tolérance pour les fuites de sujets, la fraude organisée et la complaisance dans la correction. Les examens maliens s&rsquo;étaient tristement illustrés par une tradition de tricherie institutionnalisée, où des sujets circulaient avant le jour J, où des correcteurs fermaient les yeux, où le niveau réel des élèves était masqué derrière des résultats enjolivés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À partir de 2022, les autorités de la Transition ont décidé de rompre avec ce système. La rupture fut brutale — et les chiffres le montrent sans équivoque. Cette année-là, le <a href="https://saheltribune.com/resultats-def-2022-100-374-admis-sur-209-705-candidats-presentes/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">taux s&rsquo;est effondré à 47,86 %</a>, soit une chute de plus de vingt points. Puis en 2023, le creux fut atteint : <a href="https://amap.ml/mali-un-taux-national-dadmission-de-3032-au-diplome-detudes-fondamentales/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">30,32 % seulement</a>, sur 245 288 candidats présentés. Un taux qui avait semé l&rsquo;inquiétude chez les parents, alimenté les critiques des opposants à la Transition, et posé la question, légitime, de l&rsquo;efficacité d&rsquo;une réforme qui semblait punir les élèves pour les fautes du système.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais c&rsquo;était méconnaître la logique de la rupture. Ce n&rsquo;était pas l&rsquo;élève malien qui était en échec. C&rsquo;était la fraude que l&rsquo;on mettait à mort.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La <a href="https://saheltribune.com/def-2024-liste-des-admis/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">remontée commença en 2024</a>, avec 44,46 %, puis s&rsquo;accentua <a href="https://cnecemali.com/?page_id=11335" target="_blank" rel="noreferrer noopener">en 2025 avec 53,02 %</a>. Et aujourd&rsquo;hui, en 2026, le taux de 65,40 % dit quelque chose d&rsquo;essentiel : le système scolaire malien, purgé de ses artifices les plus grossiers, est en train de reconstruire une performance réelle, fondée sur le travail effectif des élèves, l&rsquo;encadrement des enseignants et l&rsquo;intégrité des épreuves.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Une organisation exemplaire dans un contexte difficile</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui rend ce résultat d&rsquo;autant plus remarquable, c&rsquo;est le contexte dans lequel il a été obtenu. Le DEF 2026 s&rsquo;est tenu dans un pays dont une partie du territoire reste sous pression sécuritaire, où les syndicats d&rsquo;enseignants avaient brandi la menace d&rsquo;une grève pour obtenir la revalorisation de leurs conditions salariales, et où l&rsquo;organisation logistique d&rsquo;un examen national représente un défi considérable pour un État dont les ressources restent contraintes par cinq années de sanctions et de réorientation budgétaire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les épreuves sportives et physiques se sont déroulées du 11 au 23 mai sur l&rsquo;ensemble du territoire national, suivies des compositions écrites qui ont débuté le lundi 1<sup>er</sup>&nbsp;juin pour prendre fin le mercredi 3 juin 2026. Un calendrier tenu, malgré les obstacles. Les résultats, eux, ont été proclamés le vendredi 19 juin, à partir de 15 heures sur toute l&rsquo;étendue du territoire national, les candidats étant invités à consulter leurs résultats sur la plateforme du Centre national des examens et concours de l&rsquo;éducation (CNECE) — une innovation numérique qui évite aux familles des déplacements parfois longs et coûteux vers les centres d&rsquo;affichage.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La digitalisation des résultats est un détail qui mérite attention. Elle s&rsquo;inscrit dans une logique plus large de modernisation administrative que les autorités de la Transition ont portée dans plusieurs secteurs, et dont le secteur éducatif bénéficie désormais concrètement.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>La lutte contre la fraude comme pilier de la réforme</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">La caractéristique la plus déterminante de la politique éducative de la Transition depuis 2021 reste la lutte systématique contre la fraude aux examens. Pendant des décennies, les fuites de sujets au DEF étaient une quasi-tradition au Mali — un secret de polichinelle qui faussait les résultats, démoralisait les élèves honnêtes et nourrissait une culture du raccourci incompatible avec la formation d&rsquo;une génération compétente.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La tenue des épreuves du DEF 2022 avait été largement saluée pour son bon déroulement, sans fuite de sujets dans l&rsquo;ensemble — ce qui était qualifié d&rsquo;exception en matière d&rsquo;examens dans le pays, pour la simple raison que cela faisait plusieurs années que cet examen se passait dans des conditions qui laissaient à désirer. Ce constat de 2022 est encore plus vrai aujourd&rsquo;hui. Quatre ans après le début de cette politique de rigueur, elle est devenue la norme — et les résultats commencent à lui donner raison.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le ministre de l&rsquo;Éducation nationale et les services centraux de son département, notamment la Direction du Centre national de Concours et des Examens de l&rsquo;Éducation, ont fait preuve d&rsquo;une grande rigueur dans la traduction de la volonté des plus hautes autorités du pays, dont les maîtres mots restent la lutte contre la fraude sous toutes ses formes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce que la courbe des résultats depuis 2021 raconte, en réalité, c&rsquo;est le récit classique de toute réforme sérieuse : une phase de rupture douloureuse, un creux de transition, puis une remontée progressive fondée sur des bases assainies. Le taux de 30,32 % de 2023 n&rsquo;était pas le signe d&rsquo;un système éducatif en faillite — c&rsquo;était celui d&rsquo;un système en désintoxication.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>204 609 nouveaux diplômés : un capital humain pour le futur</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Au-delà des pourcentages, ce sont 204 609 jeunes Maliens — garçons et filles — qui franchissent ce vendredi 19 juin 2026 le premier grand seuil de leur vie académique. Le DEF n&rsquo;est pas un aboutissement ; il est un accès. Celui vers l&rsquo;enseignement secondaire général, technique et professionnel — vers les lycées, les centres de formation, les filières qui forgeront demain les techniciens, les professeurs, les médecins et les entrepreneurs dont le Mali a un besoin impérieux pour construire son développement dans les conditions de souveraineté que ses autorités lui ont fixées comme horizon.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans les cours des familles de Bamako, de Sikasso, de Mopti ou de Tombouctou, ces résultats ont été reçus vendredi avec des cris de joie, des prières de gratitude, des larmes — celles des mères surtout, qui ont su ce que coûte chaque bulletin de notes, chaque uniforme acheté à crédit, chaque nuit passée à veiller sur un enfant qui révise à la lueur d&rsquo;une lampe.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Ce que les chiffres ne disent pas encore</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Il serait inexact, cependant, de lire ces résultats comme une victoire totale. Le Mali reste l&rsquo;un des pays au monde où le taux d&rsquo;alphabétisation et d&rsquo;achèvement scolaire sont parmi les plus fragiles. Le maintien des filles à l&rsquo;école dans les zones rurales demeure un défi structurel. Les zones de conflit au centre et au nord du pays limitent encore l&rsquo;accès de milliers d&rsquo;enfants à une scolarité normale. Et si la lutte contre la fraude a produit des résultats encourageants, la qualité pédagogique — la formation des enseignants, les programmes scolaires, l&rsquo;accès aux manuels — reste un chantier ouvert.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le taux de 65,40 % de 2026 est un point de départ encourageant. Il ne sera significatif que si la tendance se confirme et si les 204 609 nouveaux diplômés trouvent, dans le secondaire et au-delà, un système capable de les porter jusqu&rsquo;au bout de leur potentiel.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais pour l&rsquo;heure, ce vendredi 19 juin, le Mali a le droit de prendre acte d&rsquo;un progrès réel. Cinq ans après avoir décidé de regarder son école en face, d&rsquo;en accepter les failles et d&rsquo;en exiger la rigueur, les chiffres commencent à rendre justice à l&rsquo;effort.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Chiencoro Diarra&nbsp;</strong></p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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		<title>[Tribune] Comment les groupes armés recrutent et endoctrinent les enfants au Sahel</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Sahel Tribune]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 20 Jun 2026 02:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p><strong>🔗 Découvrez plus sur notre blog :</strong> <a href="https://votresite.com">Sahel Tribune</a></p>
<p>À travers le roman Enfant des ruines de Fousseni Togola, cette tribune analyse les mécanismes d’endoctrinement utilisés par les groupes armés au Sahel pour transformer des enfants en combattants et kamikazes.</p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Au Sahel, des milliers d&rsquo;enfants sont transformés en soldats non par vocation, mais par une mécanique de conditionnement méthodique. Entre lavage de cerveau religieux, isolement familial et privation sensorielle, les groupes armés ont perfectionné l&rsquo;art de détruire un sujet pour en forger une arme. Un roman récent, Enfant des ruines de Fousseni Togola, en restitue la logique de l&rsquo;intérieur — et interpelle notre philosophie politique.</em></strong><em></em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Seydou grandit dans un foyer aimant de Bamako. Son père lui lit des légendes du Mali, l&#8217;emmène à Tombouctou voir la mosquée Djingareyber, lui apprend la patience et le sens du monde. Sa mère lui enseigne les limites du savoir et la grâce de l&rsquo;attente. Il est, écrit Fousseni Togola dans <em><a href="https://amzn.to/44fL33o" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Enfant des ruines</a> </em>(L&rsquo;Harmattan, 2025), « <em>le plus heureux des enfants de son village </em>». Cette félicité n&rsquo;est pas un détail romanesque : elle est la condition même de la tragédie à venir.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Seydou, ou l&rsquo;innocence comme matière première</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est précisément cet enfant-là — curieux, instruit, attaché à ses parents, enraciné dans une transmission vivante — que la guerre va saisir, broyer, remodeler. La brutalité des groupes armés sahéliens ne cible pas l&rsquo;ignorant par hasard. Elle cible l&rsquo;enfant formé, celui dont la conscience est encore assez souple pour être réorientée, assez pleine pour être vidée et remplie d&rsquo;autre chose.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce paradoxe est au cœur du roman : plus Seydou est intelligent, plus il devient vulnérable à l&rsquo;endoctrinement. Son aptitude à apprendre rapidement, sa capacité d&rsquo;observation, sa discrétion — autant de qualités que ses instructeurs terroristes repèrent et retournent contre lui. «&nbsp;<em>Ce garçon a un cœur de feu,&nbsp;</em>murmure l&rsquo;un des mentors<em>. Il est silencieux, mais il observe. Ce sont ceux-là qui deviennent les plus redoutables.</em>&nbsp;»</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;endoctrinement ne fabrique pas des soldats à partir de rien. Il fabrique des soldats à partir du meilleur de l&rsquo;enfance — sa curiosité, sa loyauté, sa soif d&rsquo;appartenir.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>La machine : déshumanisation méthodique et remplacement d&rsquo;identité</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le roman de Togola constitue un document rare : une radiographie de l&rsquo;intérieur du conditionnement terroriste au Sahel. Ce que Seydou traverse n&rsquo;est pas la violence brute et désorganisée que l&rsquo;on imagine parfois. C&rsquo;est un protocole. Une ingénierie de la destruction du sujet suivie d&rsquo;une reconstruction planifiée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Premier étage : l&rsquo;isolement. Dès son intégration dans le groupe armé, Seydou est coupé de tout lien avec son passé. Plus de famille, plus de nom, plus de village. Cette destruction des attaches n&rsquo;est pas accessoire — elle est la condition sine qua non du lavage de cerveau. <a href="https://amzn.to/43Gd4Rz" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Erving Goffman</a>, dans ses travaux sur les <a href="https://www.ethnographiques.org/2023/Amiotte-Suchet_Higelin-Cruz" target="_blank" rel="noreferrer noopener">institutions totalisantes</a>, avait décrit ce mécanisme : priver un sujet de tous ses marqueurs identitaires pour le rendre entièrement dépendant de la nouvelle institution.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Deuxième étage : la privation sensorielle et physique. Lever avant l&rsquo;aube, entraînements épuisants, privation de nourriture pour les récalcitrants, privation de sommeil. Ces techniques ne sont pas propres au terrorisme sahélien — elles figurent dans tous les manuels de déconditionnement psychologique, des sectes aux régimes totalitaires. Leur effet est documenté : elles réduisent la capacité critique, augmentent la suggestibilité, créent une dépendance physiologique envers l&rsquo;institution.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Troisième étage : la substitution identitaire. À Seydou, enfant, on substitue Scorpion 11, combattant. À la foi transmise par un père respectueux, on substitue une idéologie guerrière qui utilise les mêmes mots — Dieu, paradis, sacrifice — mais les vide de leur sens originel pour les remplir de violence. «&nbsp;<em>On lui enseigna des textes sacrés,&nbsp;</em>écrit Togola<em>, mais toujours interprétés selon une vision radicale.</em>&nbsp;»</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Religion instrumentalisée vs foi authentique : la distinction que Fanon anticipait</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est ici que le roman de Togola rejoint une tradition philosophique africaine dont Frantz Fanon reste la figure centrale. Dans <em><a href="https://amzn.to/4ehZcD8" target="_blank" rel="noreferrer noopener sponsored nofollow">Les Damnés de la Terre</a></em> (1961), Fanon avait analysé la façon dont le colonialisme utilisait les catégories culturelles et religieuses autochtones pour mieux les retourner contre les colonisés. La religion, dans ce cadre, n&rsquo;est pas un horizon de sens : c&rsquo;est un instrument de domination réinvesti.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les groupes armés sahéliens opèrent selon la même logique, mais en sens inverse. Ils ne colonisent pas au nom de la modernité — ils prétendent résister à la modernité au nom de la religion. Mais le mécanisme est identique : ils s&#8217;emparent d&rsquo;une forme symbolique (l&rsquo;islam, la barbe, le jihad, le paradis) pour la vider de sa substance morale et la remplir d&rsquo;une idéologie de pouvoir.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Seydou comprend confusément cette falsification. Il se souvient des paroles de son père — «&nbsp;<em>la foi est une source de paix, de respect et de compassion</em>&nbsp;» — et sent qu&rsquo;elles contredisent ce qu&rsquo;on lui enseigne. Mais il ne peut le dire. Exprimer un doute, c&rsquo;est trahir. Et trahir, c&rsquo;est mourir.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Jean-Paul Sartre, dans sa préface aux&nbsp;<em>Damnés de la Terre</em>, posait la question de la violence comme réponse à la violence coloniale. Mais il y a ici une différence fondamentale : la violence terroriste au Sahel n&rsquo;est pas une réponse à une domination extérieure — elle s&rsquo;exerce d&rsquo;abord contre les populations africaines elles-mêmes, contre des Seydou qui n&rsquo;ont rien demandé, dont les villages sont pillés, les familles massacrées, les esprits volés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce que les groupes armés du Sahel détruisent en premier, ce n&rsquo;est pas un État ou une armée. C&rsquo;est un enfant. C&rsquo;est sa mémoire, son nom, ses morts.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Trois voies d&rsquo;entrée dans les groupes armés : sociologie d&rsquo;un recrutement</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le roman de Togola est aussi un document sociologique. Il identifie avec précision trois voies d&rsquo;entrée dans les groupes armés, que les rapports humanitaires confirment sur le terrain.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La première est l&rsquo;enlèvement brutal — c&rsquo;est celle de Seydou. Orphelin, maltraité par ses oncles, il rejoint le groupe non par conviction mais par désespoir de survie. «&nbsp;<em>Il ne me reste plus rien,&nbsp;</em>murmure-t-il<em>. Mon village est détruit, ma famille est partie.</em>&nbsp;» Cette voie est la plus documentée, mais peut-être la moins représentative.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La deuxième est la tromperie économique. Des proxénètes promettent du travail, de l&rsquo;argent, un avenir. Ils recrutent des jeunes ruraux dont l&rsquo;État a abandonné les villages, dont les familles meurent de faim, dont les écoles ont fermé sous les coups des groupes armés eux-mêmes. La spirale est diabolique : les terroristes détruisent les conditions de vie pour recruter dans la misère qu&rsquo;ils ont produite.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La troisième est l&rsquo;engagement volontaire par colère politique. Des jeunes «&nbsp;<em>rongés par le ressentiment</em>&nbsp;», écrit Togola, «&nbsp;<em>blâmaient l&rsquo;État pour leur situation précaire, leur incapacité à trouver un emploi</em>&nbsp;». Cette voie est peut-être la plus inquiétante : elle révèle que l&rsquo;endoctrinement ne commence pas dans les camps militaires terroristes, mais du sentiment d&rsquo;abandon structurel des États envers leurs propres jeunesses.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Ce que cela exige de nous — et des États</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Lire&nbsp;<em>Enfant des ruines</em>&nbsp;n&rsquo;est pas un exercice littéraire. C&rsquo;est une interpellation politique. Le roman de Fousseni Togola pose une question que ni les gouvernements sahéliens, ni leurs partenaires occidentaux, ni les organisations humanitaires ne peuvent esquiver : que faisons-nous de ces enfants après ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les programmes de désarmement, démobilisation et réintégration (DDR) existent. Mais ils sont chroniquement sous-financés, conçus sur des modèles occidentaux inadaptés aux réalités sahéliennes, et souvent perçus par les communautés d&rsquo;accueil comme une récompense accordée à ceux qui ont commis les pires atrocités. Seydou, une fois libéré, ne pourra pas simplement «&nbsp;<em>rentrer chez lui</em>&nbsp;» — il n&rsquo;a plus de chez-lui.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Plus profondément, le roman pose la question de la transmission. Ce qui a failli sauver Seydou — cette «&nbsp;<em>petite voix</em>&nbsp;» intérieure qui murmurait que la haine n&rsquo;était pas sa vocation — c&rsquo;est précisément ce que ses parents lui avaient transmis. Les récits du soir, les visites à Tombouctou, les discussions sur la mort et la liberté, les leçons de politesse et de respect. La transmission familiale, culturelle, intellectuelle, est la première ligne de défense contre l&rsquo;endoctrinement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est peut-être là la leçon la plus décisive de ce roman : l&rsquo;obscurantisme ne se combat pas seulement avec des armes. Il se combat avec des écoles ouvertes, des familles protégées, des États qui tiennent leurs promesses envers leurs enfants. Au Sahel comme ailleurs, un enfant qui sait qui il est résiste mieux à ceux qui veulent lui voler son identité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La&nbsp;<a href="https://www.google.com/url?sa=t&amp;source=web&amp;rct=j&amp;opi=89978449&amp;url=https://saheltribune.com/enfants-ruines-cri-despoir-face-a-lhorreur-conflits-armes/&amp;ved=2ahUKEwjF87XmiZOVAxXpMYYAHSCOA5wQFnoECBoQAQ&amp;usg=AOvVaw2RnOuxBAwsHkw58yK_TSmQ">résilience de Seydou</a>&nbsp;ne vient pas de lui seul. Elle vient de ce que ses parents ont planté en lui avant que la guerre n&rsquo;arrive. C&rsquo;est cela, la vraie souveraineté.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Foula D. Massé, auteur de <a href="https://amzn.to/4eG1Bqi" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Pour une paix rationnelle</a>. </strong></p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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		<title>Fake news, propagande, IA : l’histoire oubliée de la désinformation</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Fousseni TOGOLA]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 18 Jun 2026 00:00:00 +0000</pubDate>
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<p>De la caverne de Platon aux deepfakes générés par l’intelligence artificielle, retour sur l’histoire de la désinformation et sur les outils philosophiques, de Socrate à Popper, pour défendre la vérité.</p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Avant les fake news, il y’avait les oracles ambigus, la propagande impériale, les pamphlets de cour et les dogmes scientifiques imposables par le bras séculier. La désinformation n’est pas une pathologie de l’ère numérique. Elle est la compagne permanente de la connaissance humaine. Ce que le numérique a changé, c’est son échelle — et l’urgence de la réfutation.</em></strong><strong></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">On a tendance à croire que la désinformation est une invention de notre époque. Comme si les réseaux sociaux avaient créé de toutes pièces le mensonge organisé, la rumeur amplifiée, la manipulation des esprits. Comme si, avant internet, les hommes avaient vécu dans une sereine république de la vérité. C’est une illusion — et cette illusion est elle-même une forme de désinformation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La désinformation est aussi ancienne que la connaissance humaine. Elle en est même, pourrait-on dire, l’ombre portée&nbsp;: partout où des hommes ont cherché à connaitre le monde, d’autres ont cherché à contrôler ce que les premiers pourraient en savoir. Ce n’est pas un accident de l’histoire. C’est une constante anthropologique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Karl Popper, dont la philosophie des sciences irrigue la réflexion que je conduis dans un nouvel ouvrage en préparation chez L’Harmattan, le formule avec précision&nbsp;: l’histoire de la connaissance est une histoire de «&nbsp;<em>conjectures et de réfutations</em>&nbsp;». Mais il faut ajouter&nbsp;: c’est aussi une histoire de résistances à la réfutation. Une histoire du mensonge organisé pour empêcher que la vérité ne s’installe.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>La Grèce antique&nbsp;: quand la cité fabriquait l’opinion</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Commençons par les Grecs — non par révérence académique, mais parce que c’est là que la question se pose pour la première fois avec une clarté philosophique remarquable. Platon, dans l’allégorie de la caverne, décrit des hommes enchainés qui prennent pour réalité les ombres projetées sur un mur. C’est l’une des premières grandes métaphores de la désinformation&nbsp;: les prisonniers ne savent pas qu’ils sont trompés. Ils croient voir le monde — ils ne voient que sa mise en scène.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais la caverne de Platon n’est pas seulement une métaphore. C’est une analyse du fonctionnement politique de la cité. Platon savait — et l’exécution de Socrate en 399 avant J.-C. le lui avait confirmé de la manière la plus brutale — que la cité peut persécuter la vérité. Socrate est condamné non pas parce qu’il ment, mais parce qu’il pose des questions. La désinformation n’a pas besoin d’inventer de faux faits pour fonctionner&nbsp;: il lui suffit parfois d’étouffer les bonnes questions.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les sophistes, que Platon combattait, représentent une autre forme historique de la désinformation&nbsp;: la rhétorique au service de la persuasion, indépendamment de la vérité. Pour Gorgias et ses émules, l’art du discours n’est pas de dire le vrai — c’est de convaincre. Le sophiste vend des techniques de manipulation linguistique. Il est, en un sens, le premier&nbsp;<em>spin doctor</em>&nbsp;de l’histoire. Et la démocratie athénienne, avec ses assemblés, ses tribunaux, ses joutes oratoires, offrait une marche idéale pour ce commerce.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>L’Empire romain et la propagande comme art d’État</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">À Rome, la désinformation prend une forme institutionnelle. L’Empire romain a porté la manipulation de l’information au rang d’art d’État. Les empereurs comprennent très vite que régner sur les corps ne suffit pas&nbsp;: il faut régner sur les représentations. La monnaie, les monuments, les jeux du cirque, les inscriptions officielles — tout est mobilisé pour fabriquer une image du pouvoir qui ne souffre aucune contestation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Auguste est le premier grand maitre de cette communication impériale. Il fait rédiger&nbsp;<em>l’Eneide</em>&nbsp;de Virgile pour légitimer sa lignée divine. Il fait inscrire ses victoires sur des arcs de triomphe qui en amplifient la portée. Il contrôle les historiens, les poètes, les chroniqueurs. Tacite, qui écrit après lui est l’un des rares à avoir osé nommer le mécanisme&nbsp;: sous les empereurs suivants, dit-il, les historiens écrivent dans la crainte, ou dans l’espérance de la faveur impériale. La peur et la récompense&nbsp;: ce sont les deux ressorts permanents du contrôle de l’information.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui est frappant, dans cette longue histoire romaine, c’est que la désinformation impériale n’emprunte pas le masque du mensonge brut. Elle s’habille de cérémonie, de symbolique, de solennité. Elle ressemble à la vérité — elle en a le ton, les attributs, les relais officiels. C’est précisément ce que Myret Zaki, analysant la désinformation économique contemporaine, appellera bien plus tard la désinformation venant d’en haut&nbsp;: celle qui se loge dans les discours officiels, les chiffres d’autorité, les communiqués institutionnels.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Le Moyen Âge&nbsp;: la vérité sous tutelle théologale</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Au Moyen Âge européen, la désinformation prend une autre forme, plus subtile et plus totale&nbsp;: elle n’est plus seulement l’œuvre du pouvoir politique — elle est l’architecture même du monde intellectuel. L’Église ne fabrique pas simplement des mensonges ponctuels. Elle structure l’espace de ce qui peut être pensé, dit, questionné. Le dogme n’est pas une opinion parmi d’autres&nbsp;: c’est la condition de possibilité de toute opinion.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Galilée en est l’exemple le plus célèbre, mais non le plus représentatif. Car ce qui est frappant dans le procès de Galilée, ce n’est pas la brutalité de la répression — c’est la subtilité du mécanisme. L’Inquisition ne lui dit pas tu as tort. Elle lui dit&nbsp;: tu as peut-être raison, mais tu n’as pas le droit de le dire comme une vérité. La désinformation médiévale ne détruit pas nécessairement les faits — elle organise leur inaudibilité. Elle les rend imprononçables dans l’espace public.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Gaston Bachelard, que je lis comme l’un des grands penseurs de la résistance épistémologique, a nommé ce phénomène avec précision&nbsp;: les obstacles épistémologiques. Nos croyances premières, nos évidences culturelles, nos certitudes héritées constituent autant de verrous qui empêchent la connaissance de progresser. Au Moyen Âge, ces verrous étaient institutionnalisés, sacralisés, défendus par le glaive. La désinformation n’avait même pas besoin d’être active&nbsp;: la structure du monde intellectuel la rendait automatique.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Les Lumières&nbsp;: la vérité comme combat politique</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">C’est contre cet ordre-là que les philosophes des Lumières se dressent au XVIIIe&nbsp;siècle. Et ce qui est fascinant, c’est que leur combat est d’abord un combat épistémologique avant d’être un combat politique. Ils comprennent que pour changer le monde, il faut d’abord changer la manière dont les hommes connaissent le monde.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Kant formule cela avec une concision saisissante dans son célèbre texte de 1784,&nbsp;<em>Qu’est-ce que les Lumières</em> ? : Sapere Aude — ose te servir de ton propre entendement. Ce mot d’ordre n’est pas une invitation à la fantaisie intellectuelle. C’est un programme de résistance contre toutes les formes de tutelle cognitive&nbsp;: la tradition, l’autorité, la coutume, la peur. Pour Kant, la désinformation n’est pas seulement un problème de faux faits — c’est un problème d’immaturité intellectuelle entretenue par ceux qui ont intérêt à ce que les hommes ne pensent pas par eux-mêmes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Voltaire, Diderot, D’Alembert comprennent que le premier acte de résistance, c’est l’encyclopédie. Recueillir les connaissances humaines, les rendre accessibles, les soustraire au monopole clérical ou aristocratique de l’information&nbsp;: c’est un acte épistémologique et politique à la fois. L’Encyclopédie est, pourrait-on dire, le premier grand projet de fact-checking de l’histoire moderne. Elle dit&nbsp;: voici ce que nous savons, voici comment nous le savons, et voici pourquoi personne n’a le droit d’interdire de le savoir.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais les Lumières ont aussi leurs propres angles morts. Francis Bacon, que l’on peut lire comme un précurseur de l’esprit des Lumières, avait identifié les idoles de la tribu, de la caverne, du forum et du théâtre — ces biais collectifs et individuels qui faussent notre perception de la réalité. Or les Lumières, en confiant leur programme à la raison universelle, ont parfois sous-estimé la force de ces idoles. La raison peut aussi être instrumentalisée. Le XIXe&nbsp;siècle le montrera.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Le XIXe&nbsp;siècle&nbsp;: la presse, la science et les nouveaux mensonges</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le XIXe&nbsp;siècle voit naitre la presse de masse — et avec elle, une nouvelle infrastructure industrielle de la désinformation. Les journaux, que l’imprimerie avait rendus possibles dès le XVe&nbsp;siècle, deviennent au XIXe des entreprises, avec des propriétaires, des intérêts économiques, des liens étroits avec le pouvoir politique. Ce que Noam Chomsky et Edward Herman analyseront au XXe&nbsp;siècle — la fabrication du consentement — a ses racines ici.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En même temps, le XIXe&nbsp;siècle est le siècle du triomphe apparent de la méthode scientifique. Comte et le positivisme promettent une connaissance fondée sur les seuls faits observables, purgée de toute métaphysique. C’est une révolution épistémologique majeure. Mais elle a aussi ses perversions. Le positivisme peut devenir une idéologie — la science peut être convoquée pour légitimer le colonialisme, le racisme, le déterminisme social. La désinformation au XIXe&nbsp;siècle se pare souvent des habits de la science. Elle fabrique des statistiques, des classifications, des typologies — et leur donne l’apparence d’une vérité objective et naturelle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est ce que Spinoza avait voulu prévenir en formulant sa conception de la vérité comme lumière qui se révèle elle-même&nbsp;: la véritable connaissance n’a pas besoin d’autorité extérieure pour se légitimer. Mais quand l’autorité extérieure — qu’elle soit politique, religieuse ou scientifique — capte le prestige de la vérité pour valider ses propres intérêts, l’émancipation spinoziste devient un programme révolutionnaire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le positivisme peut devenir une idéologie&nbsp;: la science est convoquée pour légitimer le colonialisme, le racisme, le déterminisme social. La désinformation se pare alors des habits de la vérité objective et naturelle.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Le XXe&nbsp;siècle&nbsp;: le siècle des propagandes totales</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le XXe&nbsp;siècle est, sans conteste, le siècle où la désinformation atteint son degré le plus terrifiant. Non pas parce que le mensonge y est plus perfide qu’ailleurs — il l’était déjà — mais parce que les technologies de masse permettent pour la première fois de le diffuser à l’échelle de nations entières, simultanément, de manière coordonnée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Orwell a vu cela mieux que quiconque. Dans&nbsp;<em>1984</em>, il décrit non pas simplement un régime qui ment, mais un régime qui organise la destruction de la capacité à distinguer le vrai du faux. Le ministère de la Vérité ne dit pas seulement des mensonges&nbsp;: il réécrit le passé, il manipule les archives, il fait en sorte que la vérité n’ait plus de trace où s’ancrer. Le mensonge, écrit Orwell, passait dans l’histoire et devenait la réalité. C’est la désinformation portée à son aboutissement logique&nbsp;: non plus un conflit entre vrai et faux, mais la dissolution de la distinction elle-même.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les régimes totalitaires du XXe&nbsp;siècle — nazisme, stalinisme — ont systématiquement mis en œuvre ce programme. Mais Chomsky et Herman ont montré que les démocraties libérales ne sont pas, loin s’en faut, exemptes de fabrication du consentement. Les guerres du Vietnam, d’Irak, les coups d’État soutenus à l’étranger, les scandales industriels étouffent&nbsp;: dans toutes ces affaires, les médias mainstream ont souvent joué le rôle de relais plutôt que de contrepouvoir. La désinformation démocratique n’emprunte pas le visage de la censure — elle emprunte celui du cadrage, de la sélection, de l’angle éditorial.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est ici que Popper entre avec toute sa force. Il avait vécu le nazisme. Il avait vu ce que peut faire une société qui abandonne la critique rationnelle au profit du mythe, de la race, du chef providentiel. Sa&nbsp;<em>Société ouverte et ses ennemis</em>, publiés en 1945, est une réponse directe à ce qu’il avait vu&nbsp;: la désinformation politique totale, rendue possible par l’abandon de l’épistémologie critique.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Notre siècle&nbsp;: la vitesse comme nouvelle arme</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Et nous voici au XXIe&nbsp;siècle. Ce que le numérique a apporté à cette longue histoire, ce n’est pas une rupture qualitative dans la nature de la désinformation — le mensonge reste le mensonge. Ce qui a changé, c’est l’échelle, la vitesse, et la sophistication des mécanismes de résistance à la réfutation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À Athènes, le sophiste opérait dans un espace limité — une assemblée, un tribunal, un symposium. La correction était lente, mais elle était possible&nbsp;: quelqu’un d’autre pouvait prendre la parole. Au Moyen Âge, la désinformation institutionnelle opérait sur des siècles, mais elle pouvait être défiée par les hérétiques, les savants, les mystiques. Au XXe&nbsp;siècle, la propagande de masse était puissante, mais identifiable&nbsp;: on savait que Pravda n’était pas un journal indépendant.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Aujourd’hui, la désinformation est ubiquitaire, polymorphe et souvent indiscernable de l’information légitime. Elle utilise les mêmes formats, les mêmes canaux, les mêmes codes visuels que le journalisme sérieux. L’intelligence artificielle générative lui permet de produire des textes, des images, des vidéos synthétiques d’une qualité qui défie l’œil non averti. Et les algorithmes des plateformes — conçus non pour la vérité, mais pour l’engagement — amplifient préférentiellement ce qui suscite l’émotion&nbsp;: la colère, la peur, l’indignation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Certains spécialistes en vérification des faits l’ont formulé avec précision&nbsp;: le mensonge court plus vite que la vérité, les algorithmes mettent en avant les contenus sensationnels qui génèrent plus d’engagements. C’est une rupture structurelle. Non pas que le mensonge n’ait jamais couru vite — il a toujours couru vite. Mais jamais il n’avait disposé d’une infrastructure aussi puissante pour accélérer sa course.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La désinformation est aujourd’hui ubiquitaire, polymorphe et souvent indiscernable de l’information légitime. Elle utilise les mêmes formats, les mêmes codes visuels que le journalisme sérieux. L’IA lui permet de produire des textes, des images, des vidéos synthétiques qui défient l’œil non averti.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Une seule réponse traverse les siècles&nbsp;: la réfutation</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Mais voici ce que cette longue histoire nous enseigne&nbsp;: à chaque époque, la désinformation a rencontré une résistance. Les sophistes ont rencontré Socrate et Platon. La censure médiévale a rencontré les hérétiques, les humanistes, les réformateurs. La propagande moderne a rencontré Orwell, Chomsky, les journalistes d’investigation. La désinformation numérique rencontre aujourd’hui les fact-checkers, les chercheurs en médialogique, les citoyens armés d’esprits critiques.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette résistance a un nom philosophique&nbsp;: la réfutation. Popper en a fait le cœur de sa philosophie. Réfuté, ce n’est pas nié. C’est mettre à l’épreuve. C’est demander&nbsp;: qu’est-ce qui rendrait cette affirmation fausse ? Est-ce que je peux identifier ces conditions ? Si oui, vérifions. Si non — si l’affirmation est construite de telle sorte qu’aucune observation ne pourrait la contredire —, alors nous ne sommes plus dans le domaine de la connaissance. Nous sommes dans le domaine du dogme, de la propagande ou de l’idéologie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce critère — la falsifiabilité — n’est pas une nouveauté. C’est la formulation rigoureuse de ce que les meilleurs esprits de chaque époque ont pratiqué intuitivement. Socrate réfutait les sophistes en les interrogeant jusqu’à la contradiction. Bacon demandait des faits, pas des autorités. Les encyclopédistes exigeaient des preuves, pas des traditions. Les scientifiques du XIXe&nbsp;siècle testaient leurs théories contre les observations. Popper a simplement donné à cette pratique millénaire un nom et une méthode.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et c’est là que l’histoire rejoint l’urgence présente. Car si la désinformation est aussi ancienne que la connaissance humaine, la résistance épistémologique l’est aussi. Elle a survécu à Socrate exécuté, a Galilée contraint d’abjurer, aux encyclopédistes censurés, aux journalistes emprisonnés. Elle survivra aux algorithmes et aux deepfakes — à condition que nous la cultivions activement.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Ce que nous devons a l’histoire&nbsp;: une épistémologie de combat</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Ce bref voyage dans le temps nous laisse avec une conviction et un programme. La conviction&nbsp;: la désinformation n’est pas une anomalie — c’est une tentation permanente du pouvoir et une vulnérabilité permanente de la cognition humaine. L’illusion qu’une époque passée était plus honnête est elle-même une forme de désinformation&nbsp;: elle nous déshistoricise, elle nous prive de la profondeur du problème, et donc des ressources pour y faire face.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le programme&nbsp;: si la désinformation a traversé les siècles, les outils pour la combattre aussi. Ces outils ont un nom collectif&nbsp;: l’épistémologie critique. C’est-à-dire l’ensemble des pratiques intellectuelles qui permettent de distinguer la connaissance du mensonge, la preuve de l’assertion, l’argument de la rhétorique. Ces pratiques ne sont pas réservées aux philosophes. Elles appartiennent à tout citoyen qui accepte de prendre au sérieux la question&nbsp;: comment sais-je ce que je crois savoir ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">A l’heure où les plateformes numériques fabriquent à l’échelle industrielle ce que les sophistes d’Athènes faisaient à l’échelle d’une agora, cette question n’est plus seulement philosophique. Elle est politique. Elle est démocratique. Elle est, au sens le plus fort, une question de liberté.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Kant avait raison&nbsp;: sapere Aude. Mais en 2026, ce courage a une dimension collective qu’il ne pouvait pas anticiper. Ce n’est pas seulement chaque individu qui doit oser penser — c’est chaque société qui doit se donner les institutions, les médias, les écoles et les règles qui rendent ce courage possible. C’est cela, au fond, ce que l’histoire de la désinformation nous apprend&nbsp;: la vérité ne s’installe jamais toute seule. Elle a toujours besoin de gens qui se battent pour elle.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Fousseni Togola&nbsp;</strong></p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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		<title>Fanon avait raison : comment le Sahel confirme sa critique du néocolonialisme 65 ans après</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Chiencoro]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 15 Jun 2026 04:00:00 +0000</pubDate>
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<p>Soixante-cinq ans après Les Damnés de la Terre, les ruptures entre plusieurs États sahéliens et la France relancent le débat sur le néocolonialisme. Une analyse des thèses de Frantz Fanon à la lumière des transformations politiques du Sahel.</p>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>En 1961, Frantz Fanon écrivait que les indépendances africaines seraient confisquées par des bourgeoisies nationales servant de « courroie de transmission » entre les peuples africains et le capitalisme occidental. Entre 2021 et 2025, six pays africains ont mis fin aux accords militaires qui les liaient à la France depuis leur indépendance. Cette séquence historique n&rsquo;est pas une anomalie. C&rsquo;est la confirmation, données à l&rsquo;appui, de la prophétie fanonienne.</em></strong><strong></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Il existe des penseurs qui ont le malheur d&rsquo;avoir raison trop tôt. Frantz Fanon est de ceux-là. Né en Martinique en 1925, mort en 1961 à 36 ans d&rsquo;une leucémie foudroyante, il n&rsquo;a pas eu le temps de voir ses prophéties se réaliser. Mais en 2026, soixante-cinq ans après la publication des <em><a href="https://amzn.to/3QhEPga" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Damnés de la Terre</a></em>, la chronologie sahélienne offre la démonstration empirique la plus éclatante de la pertinence de son analyse : en quatre ans, six pays d&rsquo;Afrique subsaharienne ont mis fin aux accords militaires qui les liaient à la France depuis leur indépendance. Le décolonisateur imaginé par Fanon est arrivé. Il est en treillis et tient un micro.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Ce que Fanon avait écrit — et que personne n&rsquo;avait vraiment lu</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le malentendu sur Fanon est vieux comme sa réception. On l&rsquo;a réduit à un théoricien de la violence — parce que Jean-Paul Sartre l&rsquo;a dit dans sa préface aux&nbsp;<em>Damnés de la Terre</em>, parce que la formule est commode et parce qu&rsquo;elle permet de ne pas lire le reste. Mais ce que Fanon dit dans ce texte est bien plus précis, bien plus structurel, et bien plus actuel que le seul éloge de la violence révolutionnaire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sa thèse centrale est une analyse de classe : après les indépendances, les élites africaines — ce qu&rsquo;il appelle la «&nbsp;<em>bourgeoisie nationale</em>&nbsp;» — ne rompront pas avec l&rsquo;ordre colonial. Elles s&rsquo;y substitueront. Elles prendront la place des administrateurs français, s&rsquo;installeront dans les palais gouvernementaux, signeront les mêmes accords que leurs prédécesseurs, et serviront d&rsquo;interface entre les populations africaines et le capitalisme occidental. Ce n&rsquo;est pas une décolonisation — c&rsquo;est une relève de garde.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>« Dans la logique néocoloniale, la bourgeoisie nationale découvre sa mission historique : être la courroie de transmission entre la nation et un capitalisme camouflé. En vérité, la bourgeoisie nationale se contentera fort bien du rôle d&rsquo;agent d&rsquo;affaires de la bourgeoisie occidentale. »</em>, écrit Frantz Fanon dans&nbsp;<em>Les Damnés de la Terre</em>.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette analyse, formulée en 1961, décrit avec une précision troublante ce que la recherche en science politique a documenté depuis sous le nom de «&nbsp;<em>Françafrique</em>&nbsp;» — ce réseau de relations entre les élites politiques françaises et africaines qui a permis à Paris de maintenir une influence déterminante sur ses anciennes colonies pendant plus de six décennies, bien après les indépendances formelles de 1960.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>La Françafrique en chiffres : ce que Fanon n&rsquo;avait pas besoin d&rsquo;inventer</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">La <a href="https://www.google.com/url?sa=t&amp;source=web&amp;rct=j&amp;opi=89978449&amp;url=https://fr.wikipedia.org/wiki/Fran%25C3%25A7afrique&amp;ved=2ahUKEwjQ77H1yYeVAxWidqQEHQGEBr4QFnoECB8QAQ&amp;usg=AOvVaw1V9JR6pusXARHW9ks8Iis_" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Françafrique</a> n&rsquo;est pas une théorie complotiste. C&rsquo;est un système documenté, qui repose sur trois piliers que les historiens et les journalistes d&rsquo;investigation ont largement décrits. Le premier est militaire : depuis les indépendances, la France a maintenu des bases permanentes et signé des accords de défense avec la quasi-totalité de ses anciennes colonies, lui permettant d&rsquo;intervenir militairement — de <a href="https://www.lefigaro.fr/histoire/il-y-a-40-ans-la-france-declenchait-l-operation-manta-au-tchad-20230809" target="_blank" rel="noreferrer noopener">l&rsquo;opération Manta au Tchad en 1983</a> à <a href="https://www.irsem.fr/storage/file_manager_files/2025/03/infoveilles-25-mali-serval.pdf" target="_blank" rel="noreferrer noopener">l&rsquo;opération Serval au Mali en 2013</a>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En 2014, l&rsquo;opération Barkhane déploie plus de 5 100 soldats français dans cinq pays sahéliens — Burkina Faso, Tchad, Mali, Mauritanie, Niger — pour combattre les groupes terroristes. Cette présence est présentée à Paris comme un acte de solidarité et un service rendu. Elle est vécue par une partie croissante des populations concernées comme une continuation de la tutelle coloniale par d&rsquo;autres moyens : des soldats étrangers qui opèrent sur un territoire, dont les commandements prennent des décisions qui engagent la vie des populations locales, sans mandat électif et sans contrôle démocratique africain.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Le Sahel comme cas d&rsquo;école fanonien : la bourgeoisie nationale dépassée</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui s&rsquo;est produit au Mali en août 2020, au Burkina Faso en janvier et septembre 2022, au Niger en juillet 2023, n&rsquo;est pas — comme on l&rsquo;a souvent présenté dans les médias européens — simplement des coups d&rsquo;État militaires parmi d&rsquo;autres. C&rsquo;est la rupture de la classe politique civile qui avait jusqu&rsquo;alors assumé le rôle que Fanon avait assigné à la bourgeoisie nationale : gérer l&rsquo;interface avec l&rsquo;ancienne puissance coloniale, maintenir les accords de défense, accueillir les bases, laisser les sociétés françaises exploiter les ressources.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les gouvernements d&rsquo;Ibrahim Boubacar Keïta au Mali, de Roch Marc Christian Kaboré au Burkina Faso, de Mohamed Bazoum au Niger avaient tous maintenu les accords militaires avec Paris, accepté la présence de Barkhane, travaillé dans le cadre institutionnel hérité de la décolonisation française. Ils ont tous été renversés par des officiers militaires qui ont immédiatement annoncé une rupture avec ce cadre. Que l&rsquo;on approuve ou non les méthodes — et la question de la légitimité démocratique des régime militaires est réelle et sérieuse —, la logique fanonienne est là : la bourgeoisie nationale de service s&rsquo;est effondrée sous la pression des populations qui refusaient ce qu&rsquo;elle représentait.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Fanon écrivait que la décolonisation réelle ne serait pas un transfert de pouvoirs entre élites — mais une rupture. Le Sahel a produit des ruptures. La question est de savoir si elles tiennent.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>La thèse du néocolonialisme : ce que les données disent</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;accusation de néocolonialisme est souvent rejetée en France comme un anachronisme ou une manipulation. Les données économiques et institutionnelles permettent de l&rsquo;examiner sans passion.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le franc CFA — créé en 1945 comme «&nbsp;<em>franc des colonies françaises d&rsquo;Afrique</em>&nbsp;», rebaptisé «&nbsp;<em>franc de la Communauté financière africaine</em>&nbsp;» après les indépendances — a longtemps lié quatorze pays africains à la France par un mécanisme monétaire qui imposait la centralisation de 50 % des réserves de change auprès du Trésor français (ramené à 20 % en 2019). En échange, la convertibilité de la monnaie était garantie par Paris. Ce système, dont les économistes débattent encore des effets nets, a été vécu par beaucoup comme une dépendance monétaire constitutive — précisément ce que Fanon entendait par l&rsquo;absence d&rsquo;indépendance économique réelle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sur le plan militaire, la présence française en Afrique — entre 2013 et 2022 — s&rsquo;est traduite par le déploiement de plus de 5 000 soldats dans le cadre de Barkhane, une opération qui a duré neuf ans sans mettre fin aux insurrections terroristes. En 2021 seul, selon les données citées par Wikpédia dans l&rsquo;article sur le <a href="https://www.google.com/url?sa=t&amp;source=web&amp;rct=j&amp;opi=89978449&amp;url=https://fr.wikipedia.org/wiki/Retrait_militaire_fran%25C3%25A7ais_d%2527Afrique_de_l%2527Ouest&amp;ved=2ahUKEwjb6ZPzyoeVAxU7VqQEHc0oCugQFnoECCcQAQ&amp;usg=AOvVaw3e0pvYtkMNR2kCBlZ32Z0-" target="_blank" rel="noreferrer noopener">retrait militaire français d&rsquo;Afrique</a>, près de 6 000 personnes sont mortes de violences liées au conflit au Mali, au Burkina Faso et au Niger — pendant que Barkhane était déployée dans ces trois pays. Ce chiffre dit quelque chose sur l&rsquo;efficacité réelle de la protection offerte, et sur la légitimité de la contestation populaire qui s&rsquo;est développée.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>« Le Sénégal est un pays indépendant, c&rsquo;est un pays souverain, et la souveraineté ne s&rsquo;accommode pas de la présence de bases militaires dans un pays souverain. »</em>, expliquait Bassirou Diomaye Faye, le président de la République du Sénégal, en 2024 — cité par <a href="https://www.aa.com.tr/fr/afrique/le-pr%C3%A9sident-bassirou-diomaye-faye-plaide-pour-la-fermeture-des-bases-militaires-francaises-au-s%C3%A9n%C3%A9gal/3408388" target="_blank" rel="noreferrer noopener">l’Agence Anadolu</a>. </p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Ce que Fanon appelle aujourd&rsquo;hui</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Si Fanon vivait en 2026, que lirait-il dans la séquence sahélienne ? Il y verrait, je crois, la confirmation de son diagnostic sur la fragilité des indépendances formelles, et la réalité de la pression populaire pour une décolonisation substantielle. Il verrait aussi, avec sa lucidité habituelle, les dangers d&rsquo;une rupture qui se refermerait sur elle-même — une décolonisation capturée non plus par une bourgeoisie pro-française, mais par une caste militaire pro-russe, avec les mêmes populations qui attendent toujours l&rsquo;émancipation réelle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le <a href="https://histoirecoloniale.net/fanon-un-film-de-jean-claude-barny/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">film Fanon de Jean-Claude Barny</a>, sorti en salles le 2 avril 2025, a produit un regain d&rsquo;intérêt pour sa pensée dans les milieux intellectuels francophones. Ce regain est salutaire — à condition de ne pas se limiter à l&rsquo;hommage. Relire Fanon aujourd&rsquo;hui, c&rsquo;est refuser de choisir entre le néocolonialisme français et ses alternatives autoritaires. C&rsquo;est exiger davantage : des ruptures qui tiennent, des États qui respectent leurs peuples, des souverainetés qui ne soient pas des cages dorées sous d&rsquo;autres drapeaux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cela, Fanon l&rsquo;avait écrit aussi. Il faut relire les Damnés de la Terre jusqu&rsquo;à la dernière page.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Chiencoro Diarra&nbsp;</strong></p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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		<title>Mali : la Charte nationale pour la paix s’attaque aux conflits fonciers</title>
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		<pubDate>Mon, 15 Jun 2026 02:00:00 +0000</pubDate>
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<p>La Charte nationale pour la Paix et la Réconciliation du Mali place la question foncière au cœur de la stabilité nationale. Pastoralisme, terres agricoles, mines et cadastre figurent parmi les priorités pour prévenir les conflits communautaires.</p>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Derrière la plupart des violences intercommunautaires qui ensanglantent le Mali depuis des années, il y a une terre disputée. Un champ, un pâturage, un filon d&rsquo;or. La Charte nationale pour la Paix et la Réconciliation nationale affronte enfin cette réalité brutale avec une ambition à la hauteur de l&rsquo;enjeu.</em></strong><em></em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Au Mali, les guerres commencent souvent par une borne. Une borne plantée de travers, déplacée dans la nuit, contestée au petit matin. Un sillon de trop tracé par un paysan dans un champ que son voisin revendique depuis trois générations. Un troupeau qui pénètre dans une zone cultivée et piétine une récolte entière. Une concession minière accordée par Bamako sans que personne n&rsquo;ait consulté les habitants du village qui vivaient sur cette terre depuis des siècles.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces disputes paraissent petites. Elles ne le sont pas. Elles sont la mèche d&rsquo;une poudrière. Et dans un pays où l&rsquo;État a longtemps été absent des zones reculées, où la justice formelle reste inaccessible à la majorité, où le changement climatique réduit chaque année les terres cultivables et les pâturages disponibles, cette mèche a une fâcheuse tendance à s&rsquo;enflammer.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La Charte nationale pour la Paix et la Réconciliation nationale, promulguée le 22 août 2025 par le Président de la Transition, le Général d&rsquo;Armée Assimi Goïta, a eu l&rsquo;intelligence et le courage de regarder cette réalité en face. Elle consacre des développements substantiels à la question foncière, aux ressources minérales, au pastoralisme. Elle nomme les conflits, en analyse les causes, propose des mécanismes de résolution.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est une avancée considérable. Et elle mérite d&rsquo;être examinée avec la rigueur qu&rsquo;impose l&rsquo;ampleur du défi.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>La terre, matrice de tous les conflits maliens</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Pour comprendre pourquoi la question foncière est si centrale dans la crise malienne, il faut d&rsquo;abord comprendre ce que représente la terre dans les sociétés sahéliennes. Elle n&rsquo;est pas seulement un bien économique. Elle est un lieu de mémoire, un lien entre les vivants et les morts, un marqueur d&rsquo;identité et de dignité. Perdre sa terre, c&rsquo;est perdre son histoire. C&rsquo;est perdre sa place dans la communauté.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Or le Mali concentre sur son territoire plusieurs des facteurs les plus explosifs en matière foncière. Le changement climatique rétrécit chaque année les zones cultivables, poussant les éleveurs vers le sud, sur des terres que les agriculteurs considèrent comme les leurs. L&rsquo;orpaillage artisanal, en plein boom, attire des milliers de jeunes sur des sites disputés où la loi du plus fort tend à s&rsquo;imposer. L&rsquo;exploitation minière industrielle déplace des communautés entières sans que les compensations promises se matérialisent toujours. Et dans le nord et le centre du pays, des années de conflit armé ont brouillé les droits fonciers traditionnels, créant un chaos juridique que les groupes armés ont habilement exploité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La Charte reconnaît tout cela. Elle note que «&nbsp;<em>l&rsquo;exploitation du foncier rural et urbain, forestier, minier, pastoral et de l&rsquo;eau constitue une source de conflits individuels et communautaires récurrents, parfois violents, qui impactent négativement la paix, la sécurité, la cohésion sociale et le vivre-ensemble.&nbsp;</em>» Un diagnostic sans concessions, formulé dans un texte de loi. C&rsquo;est déjà, en soi, un acte courageux.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Le pastoralisme, poudrière silencieuse</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Parmi les conflits fonciers qui ravagent le Mali, ceux qui opposent agriculteurs et éleveurs sont sans doute les plus meurtriers et les moins médiatisés. Dans le delta intérieur du Niger, dans le Manden, dans le Gourma, ces affrontements font des dizaines de morts chaque année, dévastent des communautés entières, et alimentent des cycles de vengeance qui se transmettent de génération en génération.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À la racine de ces conflits : la réduction des corridors de transhumance, ces couloirs traditionnels par lesquels les troupeaux des éleveurs peuls, touaregs ou arabes descendaient vers le sud en saison sèche. Ces corridors, reconnus par la coutume et parfois par la loi, ont été progressivement grignotés par l&rsquo;extension des cultures, la construction d&rsquo;infrastructures, l&rsquo;installation de nouvelles populations. Les éleveurs se retrouvent sans chemin pour leurs bêtes. Les agriculteurs voient leurs champs piétinés. La violence s&rsquo;installe comme seul arbitre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La Charte propose un cadre de réponse articulé autour de plusieurs axes : «&nbsp;<em>l&rsquo;aménagement équilibré du territoire national&nbsp;</em>», «&nbsp;<em>l&rsquo;aménagement et l&rsquo;exploitation contrôlée des espaces pastoraux&nbsp;</em>», «&nbsp;<em>le renforcement des politiques publiques d&rsquo;aménagement des terres agricoles et des zones pastorales.&nbsp;</em>» Elle prévoit également «&nbsp;<em>la gestion concertée des ressources naturelles »&nbsp;</em>et le recours aux<em>&nbsp;« conventions locales pour l&rsquo;accès aux ressources naturelles.</em>&nbsp;»</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces orientations sont justes. Elles correspondent à ce que les chercheurs, les organisations paysannes et les experts du développement rural recommandent depuis des années. Mais leur mise en œuvre supposera des investissements considérables, une volonté politique soutenue, et surtout la présence effective de l&rsquo;État dans des zones où il a longtemps été fantomatique.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>L&rsquo;or qui divise : la question minière</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Si le pastoralisme est la poudrière silencieuse, l&rsquo;exploitation minière est la bombe à fragmentation. L&rsquo;or malien — le pays est l&rsquo;un des premiers producteurs africains — génère des revenus considérables, mais aussi des conflits d&rsquo;une intensité croissante.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les sites d&rsquo;orpaillage artisanal, où des dizaines de milliers de jeunes maliens cherchent fortune dans des conditions souvent périlleuses, sont devenus des zones de non-droit où se croisent trafics en tous genres, violences et tensions intercommunautaires. Les sites miniers industriels, gérés par des multinationales sous contrat avec l&rsquo;État, soulèvent des questions légitimes de partage des revenus, de compensation des communautés déplacées et de préservation de l&rsquo;environnement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La Charte aborde cette réalité avec une franchise bienvenue. Elle reconnaît que «&nbsp;<em>l&rsquo;exploitation industrielle ou artisanale de ces ressources entraîne souvent des crises sociales dont les conflits, la déperdition des valeurs, la dégradation de la santé de la population, et la déscolarisation à grande échelle.&nbsp;</em>» Et elle prescrit un ensemble de mesures : encadrement et régulation des activités minières, formation des exploitants artisanaux aux enjeux environnementaux, renforcement des mécanismes de prévention des conflits sur les sites d&rsquo;orpaillage, et surtout «&nbsp;<em>investissement des revenus tirés de l&rsquo;exploitation minière dans les secteurs sociaux et dans les infrastructures énergétiques, hydrauliques et de transport.</em>&nbsp;»</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette dernière disposition est fondamentale. Elle pose un principe de justice redistributive : les richesses extraites du sous-sol malien doivent profiter aux communautés qui vivent sur ce sous-sol. Ce n&rsquo;est pas une idée nouvelle. Mais son inscription dans un texte fondamental de la République lui donne une force normative qu&rsquo;elle n&rsquo;avait pas jusqu&rsquo;ici.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Les commissions foncières : un outil à consolider</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Au cœur du dispositif de gestion des conflits fonciers prévu par la Charte se trouvent les Commissions foncières — les COFO. Ces instances multi-acteurs, créées au début des années 2000, regroupent représentants de l&rsquo;administration, élus locaux, chefs coutumiers, organisations paysannes et éleveurs. Leur mission : prévenir et gérer les conflits liés à la terre avant toute saisine des tribunaux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La Charte leur confère une légitimité renforcée. Elle prévoit que leurs décisions, «&nbsp;<em>consignées dans un procès-verbal&nbsp;</em>», peuvent être «&nbsp;<em>homologuées par le juge</em>&nbsp;», créant ainsi un pont solide entre la justice coutumière et le droit formel. Elle insiste également sur «&nbsp;<em>le renforcement de la synergie d&rsquo;action entre les Collectivités territoriales et les Autorités et Légitimités traditionnelles dans la mise en œuvre des mécanismes endogènes de prévention, de gestion et de règlement des litiges fonciers.&nbsp;</em>»</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sur le terrain, là où elles fonctionnent réellement, les COFO ont démontré leur efficacité. Dans plusieurs communes de la région de Mopti, elles ont permis de désamorcer des conflits agriculteurs-éleveurs qui auraient pu dégénérer en affrontements meurtriers. Leur force tient à leur composition : tout le monde est représenté, les décisions reflètent les réalités locales, et leur légitimité communautaire est souvent bien supérieure à celle d&rsquo;un tribunal lointain.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais leur déploiement reste insuffisant. De nombreuses communes n&rsquo;ont pas de COFO opérationnelle. Celles qui existent manquent souvent de moyens, de formation et de soutien institutionnel. La Charte trace la direction. Il faudra maintenant y mettre les ressources.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Le cadastre, chaînon manquant de la sécurité foncière</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Parmi les mesures préconisées par la Charte, l&rsquo;une mérite une attention particulière : «&nbsp;<em>la sécurité juridique en matière foncière par l&rsquo;instauration du cadastre au niveau communal, régional et national.</em>&nbsp;»</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au Mali, une proportion considérable des terres ne fait l&rsquo;objet d&rsquo;aucun titre formel. Les droits fonciers reposent sur des accords oraux, des pratiques coutumières, des mémoires familiales. Robustes en temps de paix, ces arrangements deviennent sources de conflits explosifs lorsque la pression sur les terres augmente, lorsque des populations déplacées reviennent réclamer leurs biens, ou lorsque des investisseurs extérieurs arrivent avec des contrats et des bulldozers.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un cadastre national fiable, accessible, régulièrement mis à jour, constituerait un instrument de paix d&rsquo;une efficacité redoutable. Il ne résoudrait pas tous les conflits fonciers, mais il en éviterait un grand nombre en clarifiant les droits de chacun.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sa mise en œuvre sera longue et coûteuse. Elle se heurtera aux résistances de ceux qui profitent de l&rsquo;opacité foncière actuelle. Mais son inscription dans la Charte comme objectif national constitue un engagement solennel que les autorités devront honorer.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Une ambition à la hauteur du défi</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">La question foncière est au Mali ce que le nœud gordien était à Alexandre : un problème si complexe, si emmêlé dans l&rsquo;histoire, la culture, l&rsquo;économie et la politique, que certains désespèrent de le trancher jamais.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les autorités de la Transition n&rsquo;ont pas tranché le nœud. Elles ont fait quelque chose de plus sage : elles ont commencé à le dénouer, patiemment, en reconnaissant la complexité du problème, en mobilisant à la fois le droit moderne et les sagesses traditionnelles, en associant l&rsquo;État et les communautés dans une démarche partagée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La Charte nationale pour la Paix et la Réconciliation nationale ne résoudra pas d&rsquo;un coup de baguette magique des décennies de conflits fonciers accumulés. Aucun texte ne le pourrait. Mais elle pose les fondations d&rsquo;une approche nouvelle, cohérente et ambitieuse.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Elle dit aux paysans du delta intérieur, aux éleveurs du Sahel, aux orpailleurs du Wassoulou, aux communautés déplacées du nord : nous vous voyons. Nous savons que la terre est au cœur de votre vie et de vos conflits. Et nous nous engageons à construire un cadre juste pour que chacun puisse vivre de sa terre en paix.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est une promesse considérable. Les autorités de la Transition ont maintenant la responsabilité de la tenir. L&rsquo;histoire du Mali — et la paix de ses communautés — en dépend.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Oumarou Fomba&nbsp;</strong></p>
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		<title>Terrorisme au Sahel : le Mali déploie une stratégie globale pour couper les réseaux logistiques</title>
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		<pubDate>Mon, 15 Jun 2026 00:00:00 +0000</pubDate>
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<p>Après les attaques du 25 avril 2026, le Mali lance une vaste opération d’immatriculation des motos. Une mesure au cœur de la nouvelle stratégie sécuritaire des autorités pour lutter contre les groupes armés et renforcer le contrôle du territoire.</p>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Ce lundi 15 juin, le Mali lance une opération spéciale d&rsquo;immatriculation des deux et trois-roues sur tout le territoire. Derrière la logique administrative se cache une doctrine contre-insurrectionnelle cohérente, assumée et nécessaire. Après la mort au combat du général Sadio Camara, le 25 avril dernier, Assimi Goïta et ses équipes ont décidé de changer d&rsquo;échelle dans la guerre contre le terrorisme. La moto en est l&rsquo;un des fronts.</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Il faut avoir traversé le Centre ou le Sud du Mali à moto pour comprendre ce que ces engins représentent dans la géographie terroriste sahélienne. La moto n&rsquo;est pas seulement un moyen de transport. Elle est l&rsquo;infrastructure invisible du JNIM : rapide, discrète, facile à dissimuler, capable de se fondre dans le flot de milliers de deux-roues anonymes que personne n&rsquo;identifie, ne suit, ne contrôle. C&rsquo;est à moto que les combattants se déplacent, que les émissaires transmettent les ordres, que les attaques sont préparées et les victimes choisies. C&rsquo;est à moto que le 25 avril 2026, des groupes terroristes ont frappé de façon simulatnée et corrdonnée plusieurs grandes villes du pays, coûtant la vie au général de corps d&rsquo;armée Sadio Camara, ministre de la Défense et pilier de la Transition malienne.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sa mort a changé quelque chose. Pas dans la détermination des autorités maliennes — celle-ci ne datait pas du 25 avril — mais dans l&rsquo;urgence perçue, dans la nécessité de frapper plus fort, plus vite, plus structurellement. Le général Assimi Goïta, qui a lui-même assumé personnellement la gestion de la défense dans les semaines suivant cette perte, a accéléré la mise en œuvre d&rsquo;une doctrine contre-insurrectionnelle dont plusieurs décisions récentes constituent les pièces d&rsquo;un même puzzle.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Trois mesures, une seule logique</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le puzzle en question se compose de trois pièces articulées. La première : l&rsquo;arrêté interministériel du 3 juin 2026, signé par cinq ministères, suspendant pour un an l&rsquo;importation, le transit, la commercialisation et la distribution des motocyclettes de cylindrée égale ou supérieure à 125 cm³ — les «&nbsp;<em>gros cylindres</em>&nbsp;» plébiscités par les combattants terroristes pour leur puissance et leur autonomie. Ces engins, qui peuvent couvrir des centaines de kilomètres sur des pistes sans ravitaillement, sont devenus la colonne vertébrale logistique des groupes armés dans le Sahel.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La deuxième pièce : la création, par arrêté interministériel du 3 juin 2026, de trente-cinq zones d&rsquo;intérêt militaire au sein de forêts classées, réserves naturelles et espaces protégés — parmi lesquelles les forêts de Faya, Soussan, Kangaba ou encore le Parc national de la Boucle du Baoulé. Baptisée opération «&nbsp;<em>Dougoukoloko</em>&nbsp;», cette mesure remplace le précédent dispositif «&nbsp;<em>Maliko</em>&nbsp;» de décembre 2023 et étend significativement le périmètre sous contrôle militaire, principalement dans les régions du centre, du sud et de l&rsquo;ouest du pays. Tout accès à ces zones est désormais soumis à autorisation préalable d&rsquo;une autorité militaire relevant de l&rsquo;état-major général des Armées, qui est parallèlement autorisé à y conduire des opérations contre toute cible identifiée. La logique est celle-là même qui sous-tend l&rsquo;ensemble du dispositif : priver les groupes armés du JNIM de leurs bases de repli, de leurs corridors de transit et de leurs capacités logistiques dans des espaces forestiers peu contrôlés qui constituent, dans l&rsquo;ensemble du Sahel, le terrain favori des insurgés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La troisième pièce — la plus structurelle — entre en vigueur ce lundi 15 juin : l&rsquo;opération spéciale d&rsquo;immatriculation des motos et tricycles, lancée par le ministère des Transports et des Infrastructures sur l&rsquo;ensemble du territoire national. Vingt-huit centres répartis dans presque toutes les régions du pays ouvrent leurs portes aux propriétaires de deux et trois-roues non immatriculés, qui disposent d&rsquo;un délai pour se mettre en règle moyennant 12 000 francs CFA — tarif unique, réglable exclusivement via Tresor Pay, la plateforme électronique du Trésor public.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Identifier pour neutraliser</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">La logique est simple et implacable : on ne peut pas contrôler ce qu&rsquo;on ne connaît pas. Tant que des dizaines de milliers de motos circulent sans immatriculation sur le territoire malien, elles constituent autant d&rsquo;angles morts dans le renseignement sécuritaire. Une plaque d&rsquo;immatriculation, c&rsquo;est une trace, un dossier, un propriétaire identifiable, un historique de passage aux points de contrôle. C&rsquo;est précisément ce que les groupes armés cherchent à éviter.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette opération est d&rsquo;autant plus pertinente qu&rsquo;elle s&rsquo;applique à tous les engins, quel que soit leur cylindrée — y compris les petites motos utilisées par la très grande majorité des Maliens pour leurs déplacements quotidiens. Elle ne pénalise pas une catégorie d&rsquo;usagers : elle crée un registre national, une cartographie des engins en circulation. À terme, couplée aux points de contrôle et aux systèmes de surveillance, elle permettra d&rsquo;identifier rapidement tout engin non immatriculé comme une anomalie potentiellement suspecte.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La moto sans plaque, c&rsquo;est le terroriste sans visage. L&rsquo;immatriculation, c&rsquo;est l&rsquo;État qui recouvre la vue.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Un Etat qui reprend l&rsquo;initiative</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui frappe, dans l&rsquo;ensemble de ce dispositif, c&rsquo;est sa cohérence. On n&rsquo;est pas face à des mesures prises dans l&rsquo;urgence ou sous le coup de l&rsquo;émotion après la mort du général Camara. On est face à une doctrine structurée, déployée progressivement : interdire les gros cylindres à l&rsquo;importation, restreindre la circulation dans les zones sensibles, immatriculer l&rsquo;ensemble du parc existant. Chacune de ces mesures renforce les autres. L&rsquo;interdiction des 125 cm³ et plus réduit le potentiel opérationnel futur des groupes armés. Les zones militaires perturbent leurs déplacements actuels. L&rsquo;immatriculation donne aux forces de sécurité les moyens d&rsquo;identifier les engins suspects en temps réel.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le paiement exclusivement numérique via Tresor Pay n&rsquo;est pas un détail anecdotique : il crée une traçabilité financière et administrative de l&rsquo;opération, prévient les détournements et les faux documents, et s&rsquo;inscrit dans la modernisation numérique de l&rsquo;État que les autorités de la Transition ont engagée depuis plusieurs années.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À ceux qui douteraient de l&rsquo;efficacité de telles mesures face à des groupes armés déterminés, il faut rappeler une vérité souvent négligée dans les analyses sur le Sahel : le terrorisme prospère dans le vide administratif. Là où l&rsquo;État n&rsquo;identifie pas, ne contrôle pas, ne sait pas — là le groupe armé installe sa loi. En reprenant pied dans la réalité administrative quotidienne de ses citoyens, même par un geste apparemment modeste comme l&rsquo;immatriculation d&rsquo;une moto, l&rsquo;État malien réaffirme une chose fondamentale : il existe, il voit, il agit.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est à cette aune qu&rsquo;il faut mesurer l&rsquo;opération spéciale du 15 juin 2026 — non comme une simple campagne administrative, mais comme un acte de souveraineté.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Oumarou Fomba&nbsp;</strong></p>
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		<title>Réfuter ou croire ? Les limites de la vérification à l’ère du numérique</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Fousseni TOGOLA]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 13 Jun 2026 00:00:00 +0000</pubDate>
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<p>À l’ère des deepfakes, des algorithmes et des fake news, le principe de falsifiabilité de Karl Popper est mis à rude épreuve. Analyse des nouveaux obstacles à la réfutation de l’information et des défis pour la démocratie.</p>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Karl Popper pensait que toute connaissance digne de ce nom doit pouvoir être réfutée. Mais à l’ère du deepfake, de la désinformation algorithmique et du mensonge industriel, le principe même de réfutation est en crise. Non pas parce qu’il est faux. Mais parce que les conditions structurelles qui permettaient sa mise en œuvre ont été méthodiquement sabotées.</em></strong><strong></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Il existe un test simple pour distinguer une connaissance sérieuse d’une imposture intellectuelle. Posez cette question&nbsp;: qu’est-ce qui vous ferait changer d’avis ? Si votre interlocuteur répond clairement, il est dans le domaine de la connaissance. S’il répond que rien ne pourrait l’ébranlé, il est dans le domaine du dogme — ou de la propagande. Ce test, c’est le philosophe Karl Popper qui l’a inventé. Il l’appelle la falsifiabilité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Popper a bâti sur ce principe toute sa philosophie des sciences. Une théorie scientifique doit, pour mériter ce nom, formuler des prédictions précises&nbsp;: des affirmations qui pourraient, si l’observation les contredit, prouver que la théorie est fausse. C’est en prenant ce risque que la science progresse&nbsp;: non pas en accumulant des confirmations, mais en éliminant des erreurs. La connaissance avance par réfutations.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce principe, penser pour les sciences naturelles, vaut bien au-delà du laboratoire. Il vaut pour le journalisme, pour le débat politique, pour la vie ordinaire des citoyens confrontés quotidiennement à des affirmations qu’ils doivent évaluer. Et c’est précisément là que se noue la crise que nous traversons&nbsp;: à l’ère du numérique, les conditions structurelles qui permettaient la réfutation ont été systématiquement érodées.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Quand la réfutation devient impossible</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">La réfutation, au sens poppérien, suppose trois conditions. Il faut qu’une affirmation soit suffisamment précise pour qu’on puisse identifier ce qui la rendrait fausse. Il faut que les faits pertinents soient accessibles à ceux qui cherchent à vérifier. Il faut enfin que la correction atteigne ceux qui ont reçu l’information initiale. Sur chacun de ces trois points, l’environnement numérique contemporain oppose des obstacles redoutables.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Premièrement, la désinformation sophistiquée a appris à rendre ses affirmations intentionnellement vagues. Des emplois seront créés — combien, ou quand ? Des liens existent entre telle organisation et telle puissance étrangère — lesquels, documente comment ? La vigueur est une protection contre la réfutation. Elle permet à une affirmation d’être à la fois suffisamment précise pour faire effet et suffisamment floue pour résister à toute mise à l’épreuve.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Deuxièmement, les algorithmes de recommandation construisent des univers informationnels hermétiques — les fameuses chambres d’écho. Le biais de confirmation, que Gaston Bachelard identifiait comme le premier des obstacles épistémologiques, est désormais industriellement organisé par des plateformes dont l’intérêt économique est de maintenir l’engagement — et donc l’émotion, et donc la certitude.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Troisièmement, et c’est peut-être le plus grave&nbsp;: les corrections ne suivent pas. Selon des experts en fact-checking, la faible portée des corrections face à la viralité des fausses informations est le problème central. L’information fausse voyage à la vitesse des réseaux sociaux. La correction arrive à pied. La falsifiabilité suppose une symétrie d’accès à la vérité que le numérique a systématiquement brisée.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Le mensonge a revêtu le costume de la preuve</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui rend la situation particulièrement périlleuse, c’est que la désinformation contemporaine ne se présente plus comme un mensonge. Elle a compris que l’époque valorise la preuve, le chiffre, l’expert. Alors elle s’y est conformée. Elle produit des études, des statistiques, des graphiques, des rapports. Elle cite des sources — qui citent d’autres sources — qui renvoient, à la fin de la chaine, a une source unique parfois inexistante ou délibérément falsifiée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Myret Zaki, journaliste économique, a documenté ce phénomène avec précision&nbsp;: ce qu’elle appelle la désinformation venant d’en haut — celle qui se niche dans les rapports officiels, les chiffres institutionnels, les communiqués de presse. Les données vraies sont sélectionnées, déshabillées de leur contexte, recombinées de manière à produire une représentation radicalement trompeuse de la réalité. Tout est vérifié, rien n’est vrai. La désinformation sophistiquée a appris à vêtir le mensonge du costume de la preuve&nbsp;: chiffres, graphiques, expertises, sources croisées.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Descartes exigeait des idées claires et distinctes pour qu’elles puissent prétendre à la vérité. Mais que faire quand des acteurs disposant de ressources considérables ont appris à fabriquer l’apparence de cette clarté ? L’intelligence artificielle générative a porté cette capacité à un niveau inédit. Des avatars numériques se font passer pour des journalistes d’investigation. Des vidéos synthétiques montrent des personnalités publiques tenir des propos qu’elles n’ont jamais tenus. L’observation elle-même peut être fabriquée.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>L’induction ou le piège de la répétition</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Karl Popper avait identifié, longtemps avant l’ère numérique, le talon d’Achille de la cognition humaine face à la manipulation&nbsp;: le principe d’induction. Nous généralisons à partir de cas particuliers. Nous faisons confiance à ce que nous avons déjà vérifié. Nous croyons davantage ce qui est répété. Si une affirmation est reprise par dix médias différents, notre cerveau lui accorde spontanément une crédibilité décuplée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Popper jugeait l’inductivisme dangereux et insoutenable d’un point de vue logique&nbsp;: aucune accumulation de confirmations ne peut établir une loi universelle. Un seul cygne noir suffit à ruiner l’affirmation tous les cygnes sont blancs. Mais au-delà de la logique, il voyait dans l’inductivisme naïf un risque politique&nbsp;: celui de confondre la répétition avec la preuve. La désinformation industrielle a précisément compris cela.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En multipliant la diffusion d’un même message à travers des canaux apparemment distincts — médias, réseaux sociaux, comptes anonymes, sites satellites —, elle simule l’indépendance des sources. Elle fabrique une répétition qui ressemble à une convergence de vérifications. David Hume avait raison&nbsp;: c’est l’habitude, et non la raison, qui guide la plupart de nos jugements. Et l’habitude se fabrique. À l’ère des algorithmes, elle se fabrique à l’échelle de millions d’individus simultanément.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>La réfutation comme pratique collective</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Popper n’était pas pessimiste pour autant. Sa philosophie est une philosophie de la confiance dans la raison humaine — à condition que cette raison s’exerce collectivement, dans des institutions qui organisent la critique. La science progresse parce que les scientifiques opèrent dans des structures — revues à comité de lecture, séminaires, réplication des expériences — qui institutionnalisent la mise à l’épreuve critique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est précisément ce qui manque à notre espace informationnel. Non pas des individus plus lucides — ils existent, nombreux — mais des institutions qui organisent la réfutation collective. Le fact-checking, tel qu’il fonctionne aujourd’hui, n’est que la réplique artisanale de ce que le numérique a industrialisé. Spinoza disait que seul un esprit libre peut accéder à la vérité. Mais la liberté de l’esprit n’est pas une condition naturelle&nbsp;: elle se construit, elle s’entretient, elle se défend politiquement.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Reformuler la falsifiabilité pour le XXIe&nbsp;siècle</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le principe poppérien de falsifiabilité reste notre meilleur outil épistémologique. Mais pour qu’il conserve sa puissance dans l’environnement numérique, il doit être complémenté par trois exigences pratiques.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Premièrement, la précision réfutable&nbsp;: une information doit être formulée avec suffisamment de nettetés pour que ses conditions d’invalidation soient identifiables. L’affirmation vague est protégée contre la réfutation par construction — elle doit être traitée avec la même méfiance qu’une proposition non falsifiable en science.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Deuxièmement, la traçabilité des sources&nbsp;: remonter jusqu’à la source primaire, identifier qui l’a produite, dans quel contexte. La multiplication des reprises ne constitue pas une vérification — c’est souvent le contraire. Troisièmement, la symétrie de correction&nbsp;: si une information fausse a atteint un million de personnes, sa réfutation doit aspirer à les atteindre aussi. C’est une exigence démocratique autant qu’épistémologique.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>La falsifiabilité est un humanisme</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Kant formulait l’exigence dans&nbsp;<em>Qu’est-ce que les Lumières ?</em>&nbsp;:&nbsp;<em>saper Aude</em>&nbsp;— ose te servir de ton propre entendement. Non pas le doute nihiliste qui dissout toute certitude, mais le doute méthodique qui interroge, vérifie, met à l’épreuve. C’est cet acte qui définit le citoyen émancipé, par opposition au sujet docile qui reçoit passivement les représentations que le pouvoir lui offre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans un monde où des acteurs disposant de ressources considérables ont fait de la désinformation une stratégie de gouvernement, économique ou politique, cet acte de doute est devenu subversif. Douter d’une information virale, remonter à sa source, demander ce qui la rendrait fausse — c’est un acte de résistance. Pas spectaculaire, mais fondamental.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Peut-on encore réfuter une information à l’ère numérique ? Oui — mais à condition de comprendre que la réfutation n’est plus un acte individuel de vérification. C’est un effort collectif, institutionnel, politique. Popper nous l’avait dit à sa manière&nbsp;: la connaissance progresse par l’élimination des erreurs. Encore faut-il se donner les moyens d’éliminer.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>F. Togola&nbsp;</strong></p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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