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	<title>Archives des Analyses &#8212; Sahel Tribune</title>
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	<description>Sahel Tribune – Votre regard sur le Sahel, autrement.</description>
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	<title>Archives des Analyses &#8212; Sahel Tribune</title>
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		<title>Leibniz et le Sahel : le meilleur des mondes possibles est-il en gestation ?</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Fousseni TOGOLA]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 30 Jun 2026 09:59:38 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actu]]></category>
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					<description><![CDATA[<p><strong>🔗 Découvrez plus sur notre blog :</strong> <a href="https://votresite.com">Sahel Tribune</a></p>
<p>Et si les crises du Sahel révélaient une profonde dynamique de recomposition ? Une analyse philosophique inspirée de Leibniz explore la résilience, la souveraineté et l'avenir de la région face au terrorisme, aux défis climatiques et aux mutations politiques.</p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>🔗 Découvrez plus sur notre blog :</strong> <a href="https://votresite.com">Sahel Tribune</a></p>

<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>On a beaucoup gémi sur le Sahel. On a compté ses morts, cartographié ses fractures, prédit son effondrement. Leibniz, philosophe du possible et de la plénitude, nous invite à un autre regard : celui qui, sans nier la réalité des crises, sait discerner dans la résistance des peuples sahéliens la puissance d&rsquo;un monde en train de se reconfigurer — non de disparaître.</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><a href="https://www.google.com/url?sa=t&amp;source=web&amp;rct=j&amp;opi=89978449&amp;url=https://classes.bnf.fr/dossitsm/b-leibni.htm&amp;ved=2ahUKEwjHkpeNkq2VAxWHP_sDHQlCAdEQFnoECGMQAQ&amp;usg=AOvVaw0ovpwfAPrC1xcXawoTP2B_" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Gottfried Wilhelm Leibniz</a>, mathématicien, métaphysicien, inventeur du calcul infinitésimal et — chose moins souvent rappelée — philosophe de la crise, affirmait que Dieu, en créant l&rsquo;univers, avait nécessairement choisi le meilleur des mondes possibles. Non le monde parfait — celui-là n&rsquo;existe pas —, mais le monde où la somme des biens excède la somme des maux, où le mal lui-même n&rsquo;est que l&rsquo;ombre portée d&rsquo;un bien plus grand encore à venir. <a href="https://www.larousse.fr/encyclopedie/personnage/Fran%C3%A7ois_Marie_Arouet_dit_Voltaire/149270" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Voltaire</a> s&rsquo;en moqua avec génie dans <em>Candide</em>. <a href="https://www.google.com/url?sa=t&amp;source=web&amp;rct=j&amp;opi=89978449&amp;url=https://gallica.bnf.fr/accueil/fr/html/camus-journaliste&amp;ved=2ahUKEwi41qG5kq2VAxX4UKQEHXGHEIAQFnoECGwQAQ&amp;usg=AOvVaw1tgaalcQLGFnuTZfypQBJE" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Camus</a> s&rsquo;en méfia. Mais peut-être que ni Voltaire ni Camus n&rsquo;avaient regardé le Sahel avec suffisamment d&rsquo;attention.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Car c&rsquo;est au Sahel — cette bande de terre que l&rsquo;on dit maudite, asséchée, livrée aux terroristes et aux changements anticonstitutionnels, abandonnée par les dieux du développement — que l&rsquo;optimisme leibnizien retrouve, paradoxalement, l&rsquo;une de ses terres d&rsquo;élection les plus riches. Non l&rsquo;optimisme béat, celui que Leibniz lui-même n&rsquo;a jamais professé. Mais l&rsquo;optimisme de structure : la conviction que dans le chaos apparent des crises, une logique de recomposition est à l&rsquo;œuvre, que le pire n&rsquo;est pas le dernier mot de l&rsquo;histoire, et que les peuples qui souffrent ne sont pas des peuples qui meurent.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Le mal comme modalité du possible : relire Leibniz sans naïveté</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Leibniz distingue trois types de mal : le mal métaphysique, qui est la simple finitude de toute créature ; le mal physique, qui est la souffrance ; le mal moral, qui est le péché et la violence entre les hommes. Cette taxonomie, élaborée dans la <em><a href="https://amzn.to/4eRynEI" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Théodicée</a></em> de 1710, n&rsquo;a rien d&rsquo;une esquive. C&rsquo;est au contraire une cartographie rigoureuse des limites du monde créé — une façon de dire que le mal fait partie du réel sans pour autant l&rsquo;épuiser.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Appliquée au Sahel d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, cette grille de lecture est d&rsquo;une fécondité troublante. Le mal métaphysique, c&rsquo;est la sécheresse, l&rsquo;aridité des sols, la rareté de l&rsquo;eau dans une zone où le changement climatique exerce une pression croissante. Selon le <a href="https://www.unep.org/fr/resources/rapport/sixieme-rapport-devaluation-du-giec-changement-climatique-2022" target="_blank" rel="noreferrer noopener">rapport du GIEC de 2022</a>, l&rsquo;Afrique subsaharienne se réchauffe à une vitesse supérieure à la moyenne mondiale, et la zone sahélienne est parmi les plus vulnérables de la planète. Ce mal-là n&rsquo;est pas imputable aux peuples du Sahel : il leur est infligé par un système économique mondial dont ils sont les victimes premières et les moindres responsables.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le mal physique, c&rsquo;est la violence armée. Depuis 2012 au Mali, depuis 2015 au Burkina Faso, depuis 2021 au Niger, des groupes armés se réclamant de l&rsquo;islam ont semé la mort dans des proportions qui défient l&rsquo;imagination. <a href="https://acleddata.com/region/conflict-sahel" target="_blank" rel="noreferrer noopener">L&rsquo;Acled</a> — Armed Conflict Location and Event Data — recense pour la seule année 2023 plus de 6 000 événements violents au Sahel central, faisant plusieurs milliers de victimes civiles. Le déplacement forcé de populations a atteint des niveaux records : le HCR évalue à <a href="https://news.un.org/fr/story/2024/06/1146251#:~:text=Dans%20les%20pays%20du%20Sahel,les%20donn%C3%A9es%20d'avril%202024." target="_blank" rel="noreferrer noopener">plus de 3 millions le nombre de personnes déplacées</a> internes dans les seuls Mali, Burkina Faso et Niger.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le mal moral, enfin, c&rsquo;est la corruption systémique, la prédation des élites, la trahison des promesses démocratiques. Des décennies de gouvernance défaillante, d&rsquo;États incapables de remplir leur contrat social, de ressources naturelles pillées au profit de quelques-uns pendant que le plus grand nombre croupissait dans la pauvreté. Le philosophe de Hanovre nous dirait que ce mal-là est le plus grave, précisément parce qu&rsquo;il est le plus évitable.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais Leibniz ne s&rsquo;arrête pas au diagnostic. Il affirme que même ce monde-là — traversé de ces trois formes de mal — reste le meilleur des mondes possibles, parce que les alternatives auraient été pires encore, et parce que dans ce monde-ci des puissances sont à l&rsquo;œuvre qui excèdent la somme des misères. C&rsquo;est là que commence la lecture optimiste — et lucide — du Sahel.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Les monades sahéliennes : une résilience qui n&rsquo;attend pas les théoriciens</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">La <a href="https://amzn.to/4aXtd94" target="_blank" rel="noreferrer noopener">monade</a>, chez Leibniz, est la substance simple, irréductible, active par essence. Elle perçoit le monde depuis sa propre perspective et porte en elle, virtuellement, l&rsquo;image de l&rsquo;univers tout entier. Chaque monade est un point de vue sur la totalité. Cette métaphysique de l&rsquo;activité intérieure dit quelque chose de profond sur les sociétés sahéliennes, trop souvent décrites de l&rsquo;extérieur comme des masses passives soumises aux chocs.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Regardez les femmes de Ségou qui ont reconstitué, après les pillages, leurs tontines d&rsquo;épargne collective. Regardez les agriculteurs burkinabè qui pratiquent depuis des générations <a href="https://www.cirad.fr/les-actualites-du-cirad/actualites/2023/cultiver-sans-eau-ou-presque-grace-a-la-technique-du-zai" target="_blank" rel="noreferrer noopener">le zaï</a> — cette technique ancestrale de creusement de micro-cuvettes pour retenir l&rsquo;eau de pluie et régénérer les sols dégradés —, que les agronomes du monde entier s&#8217;empressent aujourd&rsquo;hui d&rsquo;étudier comme modèle d&rsquo;adaptation climatique. Regardez les griots du Niger qui ont maintenu vivante, à travers les guerres et les exils, la mémoire orale des peuples, ce fil d&rsquo;Ariane sans lequel les identités collectives se défont.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces résistances ne font pas les manchettes. Elles n&rsquo;alimentent pas les rapports des ONG. Elles ne donnent pas lieu à des conférences à Genève. Et pourtant, ce sont elles qui constituent le socle sur lequel tout avenir sahélien sera nécessairement construit. Leibniz appelait cette puissance interne l&rsquo;entéléchie — la force qui pousse un être vers la réalisation de sa propre essence. Le Sahel est rempli d&rsquo;entélèchies que le regard extérieur, trop fixé sur les indices de fragilité, n&rsquo;apprend pas à voir.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;Alliance des États du Sahel, formée en 2023 entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger, est elle-même une forme de cette dynamique interne. Quelle qu&rsquo;en soit l&rsquo;appréciation politique que l&rsquo;on peut porter sur les gouvernements qui la composent, la création de cette confédération signe une rupture avec la logique de dépendance qui a structuré les relations entre l&rsquo;Afrique sahélienne et ses anciens tuteurs depuis les indépendances. Elle dit : nous sommes des sujets politiques, pas des objets de l&rsquo;aide internationale. Leibniz, philosophe de la substance active et de l&rsquo;autonomie des monades, aurait reconnu dans ce geste quelque chose de philosophiquement cohérent.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>L&rsquo;harmonie préétablie ou la cohérence cachée des crises</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;une des intuitions les plus dérangeantes de Leibniz est celle d&rsquo;une harmonie préétablie : l&rsquo;idée que les substances, bien qu&rsquo;indépendantes les unes des autres, s&rsquo;accordent selon un plan d&rsquo;ensemble qui excède leur compréhension immédiate. Cette idée n&rsquo;implique aucun fatalisme — Leibniz est le philosophe du possible, pas du nécessaire — mais elle ouvre un espace pour penser la cohérence longue des processus historiques, au-delà de l&rsquo;apparent chaos des événements.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le Sahel est en crise depuis des décennies. Mais cette crise n&rsquo;est pas sans logique. Elle est la conséquence d&rsquo;une série de déséquilibres structurels : des frontières héritées de la colonisation qui ont coupé en deux des peuples et des circuits économiques, des programmes d&rsquo;ajustement structurel qui ont vidé les États de leur capacité à investir dans les services publics, une exploitation des ressources naturelles — uranium du Niger, or du Mali et du Burkina Faso — dont les populations locales n&rsquo;ont jamais vu les dividendes. La crise actuelle est, en ce sens, la résultante d&rsquo;une injustice systémique de longue durée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais reconnaître la logique d&rsquo;une crise, c&rsquo;est aussi ouvrir la possibilité d&rsquo;en sortir par la logique. Si les causes sont identifiables, elles sont aussi, au moins partiellement, réversibles. C&rsquo;est là que Leibniz rejoint les économistes du développement les plus lucides : Daron Acemoglu et James Robinson, dans <em><a href="https://amzn.to/4v4tGNU" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Pourquoi les nations échouent</a></em> (2025), ont montré que ce sont les institutions extractives — celles qui concentrent le pouvoir et la richesse au profit d&rsquo;une minorité au détriment de la majorité — qui sont la cause première des échecs du développement. Transformer ces institutions est possible. Ce n&rsquo;est pas rapide. Ce n&rsquo;est pas linéaire. Mais c&rsquo;est possible.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;optimisme leibnizien n&rsquo;est pas l&rsquo;optimisme de l&rsquo;impatience. C&rsquo;est l&rsquo;optimisme de la profondeur temporelle — celui qui sait lire dans les crises les prémices de reconfigurations dont les effets n&rsquo;apparaissent qu&rsquo;à l&rsquo;échelle des générations. Le Sahel, dit cette lecture, n&rsquo;est pas en train de mourir. Il est en train de se redéfinir.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>&nbsp;Contre le catastrophisme : les raisons concrètes d&rsquo;espérer</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Renoncer au catastrophisme n&rsquo;est pas fermer les yeux sur la réalité. C&rsquo;est, au contraire, regarder cette réalité dans toute sa complexité — y compris dans ses dimensions positives que le prisme de la crise tend à occulter systématiquement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Premier motif d&rsquo;espérance : la démographie. Avec 450 millions d&rsquo;habitants aujourd&rsquo;hui et une projection de près de 800 millions à l&rsquo;horizon 2050, le Sahel et l&rsquo;Afrique de l&rsquo;Ouest constituent l&rsquo;une des <a href="https://www.un.org/fr/desa/un-report-world-population-projected-to-reach-9-6-billion-by-2050" target="_blank" rel="noreferrer noopener">zones de croissance démographique les plus dynamiques du monde</a>. Cette jeunesse est un défi considérable — en termes d&#8217;emploi, de formation, d&rsquo;infrastructures à construire. Mais c&rsquo;est aussi une force productive potentielle d&rsquo;une ampleur que le monde développé, vieillissant, ne connaîtra plus jamais. Les économistes qui ont travaillé sur le « <em>dividende démographique</em> » africain — notamment la Banque africaine de développement dans ses perspectives annuelles — montrent que si les conditions institutionnelles et éducatives sont réunies, cette jeunesse peut devenir le moteur d&rsquo;une croissance soutenue.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Deuxième motif : les ressources naturelles, encore largement sous-exploitées dans l&rsquo;intérêt des populations locales. Le Mali est le <a href="https://www.google.com/url?sa=t&amp;source=web&amp;rct=j&amp;opi=89978449&amp;url=https://fr.wikipedia.org/wiki/Exploitation_aurif%25C3%25A8re_au_Mali%23:~:text%3DLe%2520Mali%2520en%25202019%2520produit,du%2520Sud%2520et%2520le%2520Ghana.&amp;ved=2ahUKEwiGltf_jq2VAxUPVKQEHVpaIVwQFnoECB8QAw&amp;usg=AOvVaw2GLw08EHEyYsWmP_evzRjO" target="_blank" rel="noreferrer noopener">troisième producteur d&rsquo;or d&rsquo;Afrique</a>. Le Niger détient l&rsquo;une des plus grandes réserves d&rsquo;uranium au monde. Le Burkina Faso développe un secteur minier en pleine expansion. La question n&rsquo;est pas celle de l&rsquo;existence des ressources, mais celle de leur gouvernance. Des États qui réintègrent le contrôle effectif de leurs ressources naturelles — comme l&rsquo;ont fait, à des degrés divers, plusieurs pays de la région au cours des dernières années — posent les fondations d&rsquo;une souveraineté économique réelle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Troisième motif : la montée en puissance d&rsquo;une société civile et d&rsquo;une jeunesse africaine qui refusent de plus en plus le destin qui leur a été assigné. Des mouvements comme <em><a href="https://www.google.com/url?sa=t&amp;source=web&amp;rct=j&amp;opi=89978449&amp;url=https://yenamarre.sn/&amp;ved=2ahUKEwit0tipj62VAxWEUaQEHUDjBIwQFnoECEYQAQ&amp;usg=AOvVaw0jqdKhkp7wfQF6ZU7h9ZcT" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Y&rsquo;en a marre</a></em> au Sénégal, <em><a href="https://www.google.com/url?sa=t&amp;source=web&amp;rct=j&amp;opi=89978449&amp;url=https://www.africansecuritynetwork.org/assn/le-balai-citoyen/&amp;ved=2ahUKEwj_4OW0j62VAxUTUKQEHVixBkcQFnoECCAQAQ&amp;usg=AOvVaw2beI8jD3b4xTDR4-3FVRPF" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Balai Citoyen</a></em> au Burkina Faso, ou les mobilisations citoyennes qui ont précédé et accompagné les transitions politiques récentes, témoignent d&rsquo;une exigence démocratique profonde, d&rsquo;une volonté de comptes à rendre et de justice distributive qui ne se laissera pas indéfiniment décevoir. Ce sont ces forces-là — imparfaites, contradictoires, parfois manipulées — qui constituent le ferment d&rsquo;un avenir politique plus équitable.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quatrième motif, peut-être le plus décisif à long terme : le Pan-Sahélisme culturel et intellectuel en cours de recomposition. Des écrivains, des philosophes, des artistes sahéliens formulent depuis plusieurs décennies une pensée du monde qui ne se contente plus de répondre aux catégories héritées de la pensée occidentale. Des auteurs comme Achille Mbembe, Souleymane Bachir Diagne, Aminata Traoré ou Boubacar Boris Diop repensent l&rsquo;Afrique depuis l&rsquo;intérieur, avec des outils conceptuels qui lui sont propres — ou qu&rsquo;elle s&rsquo;est appropriés pour en faire autre chose. Cette émancipation intellectuelle est la condition préalable de toute émancipation politique durable.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Leibniz à Bamako : ce que la philosophie du possible dit aux dirigeants sahéliens</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;optimisme leibnizien ne s&rsquo;adresse pas seulement aux observateurs extérieurs. Il interpelle aussi, et peut-être en priorité, ceux qui ont aujourd&rsquo;hui la charge de gouverner ces territoires en crise.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Car Leibniz, précisément, n&rsquo;a jamais séparé la métaphysique de l&rsquo;éthique de la responsabilité. Dans sa correspondance avec les princes et les souverains de son temps, il insistait sur une idée centrale : si le monde est le meilleur des mondes possibles, c&rsquo;est parce que les êtres doués de raison ont le devoir de travailler à la réalisation des possibles les meilleurs. La Providence ne fait pas le travail à notre place. Elle nous donne les conditions ; à nous d&rsquo;en faire quelque chose.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce que cela signifie concrètement pour les dirigeants sahéliens d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, c&rsquo;est ceci : la souveraineté recouvrée n&rsquo;a de sens que si elle se traduit en bien-être pour les populations. La rupture avec les tutelles extérieures ne vaut que si elle s&rsquo;accompagne d&rsquo;une rupture avec les logiques internes de prédation et d&rsquo;exclusion. La fierté nationale ne remplace pas l&rsquo;électricité dans les villages, les salles de classe avec des maîtres, les dispensaires avec des médicaments.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;optimisme leibnizien est exigeant. Il ne dit pas : tout va bien. Il dit : tout peut aller mieux, à condition que ceux qui ont le pouvoir d&rsquo;agir assument pleinement cette responsabilité. Il ne console pas de l&rsquo;injustice. Il la dénonce comme un écart entre ce qui est et ce qui pourrait être — entre le monde réel et le meilleur des mondes possibles.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Contre Pangloss, pour Leibniz</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Il faut ici dissiper un malentendu que Voltaire a, volontairement, entretenu. Pangloss, le personnage de&nbsp;<em><a href="https://amzn.to/4oUd2PH">Candide</a></em>, n&rsquo;est pas Leibniz. Pangloss est la caricature de Leibniz — l&rsquo;optimiste aveugle qui répète «&nbsp;<em>tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles&nbsp;</em>» même lorsque Lisbonne tremble et que Candide est fouetté. Leibniz, lui, n&rsquo;a jamais nié le mal. Il l&rsquo;a confronté, théorisé, et affirmé malgré lui la supériorité du bien.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette distinction est capitale pour notre propos. Nous ne demandons pas aux analystes du Sahel de nier les massacres, de minimiser les déplacements, de fermer les yeux sur les exactions et les échecs de gouvernance. Nous demandons d&rsquo;ajouter à ce regard — qui est nécessaire, qui est juste — un autre regard : celui qui sait identifier les germes de vitalité dans la résistance des peuples, les innovations dans les pratiques sociales, les reconfigurations politiques en cours, la puissance culturelle et intellectuelle qui ne cesse de s&rsquo;affirmer.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le Sahel n&rsquo;est pas&nbsp;<em>Candide</em>. Il n&rsquo;est pas non plus le jardin qu&rsquo;il faut cultiver sans regarder le monde. Il est un espace historique vivant, traversé de contradictions, porteur de souffrances réelles et de potentialités immenses, dont l&rsquo;avenir dépend moins du regard des observateurs extérieurs que de la capacité de ses peuples à continuer de porter, dans les circonstances les plus adverses, la conviction que le monde peut être mieux qu&rsquo;il n&rsquo;est.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Leibniz n&rsquo;a pas connu le Sahel. Mais le Sahel, lui, connaît depuis toujours la philosophie du possible. Il l&rsquo;a pratiquée bien avant que le philosophe de Hanovre ne la formule — dans ses greniers à mil soigneusement constitués avant la saison sèche, dans ses alliances matrimoniales qui tissaient des réseaux de solidarité à travers des distances immenses, dans ses traditions d&rsquo;accueil de l&rsquo;étranger qui sont peut-être la forme la plus élaborée de la conviction que le monde est, malgré tout, habitable.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cela aussi, c&rsquo;est de l&rsquo;optimisme leibnizien. Et cela, personne ne peut le leur enlever.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Fousseni Togola&nbsp;</strong></p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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		<title>Afrique : les États doivent-ils imposer à Canal+ l’accès gratuit aux chaînes publiques ?</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Sahel Tribune]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 23 Jun 2026 02:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A la Une]]></category>
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<p>Après une amende de 50 millions de FCFA infligée à Canal+ au Burkina Faso, le débat sur l’accès gratuit aux chaînes publiques nationales s’impose en Afrique. Souveraineté audiovisuelle, droits des citoyens et régulation sont au cœur de la controverse.</p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Le Burkina Faso a imposé le 12&nbsp;juin une amende de 50&nbsp;millions de FCFA à Canal+ pour avoir empêché ses abonnés d’accéder gratuitement aux chaînes publiques nationales. Cette décision ne doit pas rester une exception. Elle soulève une question que l’ensemble des pays africains partenaires du groupe devraient poser&nbsp;: pourquoi ce qui est un droit au Burkina ne l’est-il pas ailleurs ? Pourquoi les consommateurs devraient-ils payer pour avoir le droit de regarder leurs chaînes nationales ?&nbsp;</em></strong><strong></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Il a fallu un délai d’adaptation accordé puis ignoré, une mise en demeure en avril 2025 restée sans effet, un ultimatum au 11&nbsp;juin 2026 infructueux, pour que le Conseil supérieur de la communication du Burkina Faso se décide à frapper&nbsp;: 50&nbsp;millions de FCFA d’amende contre Canal+ International, le 12&nbsp;juin 2026. Le motif est simple, documenté et incontestable&nbsp;: l’opérateur français refusait de rendre gratuitement et automatiquement accessibles les chaînes publiques nationales à ses abonnés burkinabè. Ce qui aurait dû prendre quelques heures d’ajustement technique a nécessité plus d’un an de bras de fer réglementaire.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Les faits&nbsp;: un SMS de trop qui coûte cher</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">La convention signée le 14&nbsp;février 2025 entre le CSC burkinabè et Canal+ International est explicite&nbsp;: les chaînes de la Radiodiffusion Télévision du Burkina (RTB) doivent être accessibles gratuitement, automatiquement et en permanence à tous les abonnés Canal+ résidant sur le territoire burkinabè — y compris après expiration de leur abonnement payant. La logique est claire&nbsp;: les chaînes publiques nationales sont un service d’intérêt général, financé par les contribuables, qui ne devrait pas être conditionné à un abonnement privé.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Or la réalité documentée par le CSC est différente. Canal+ a maintenu des obstacles techniques empêchant l’accès aux chaînes publiques nationales, notamment en exigeant des abonnés dont l’offre Canal+ avait expiré l’envoi d’un SMS pour activer la réception de la RTB. Un SMS pour accéder à sa propre télévision publique nationale. Une démarche active supplémentaire, un filtre technique, un obstacle délibéré ou accidentel — peu importe la qualification exacte&nbsp;: le résultat est le même. Des abonnés privés de l’accès à un service auquel ils ont droit, dans l’ignorance de ce droit, faute que le prestataire privé ait accompli son obligation contractuelle.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>« Le respect des obligations contractuelles, notamment en matière de diffusion des chaînes publiques, n’est pas négociable. »</em>, assure Wendingoudi Louis Modeste Ouédraogo, président du Conseil supérieur de la communication du Burkina Faso, dans sa décision du 12&nbsp;juin 2026.&nbsp;&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Ce que cette affaire révèle&nbsp;: un rapport de force structurel</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Derrière l’amende et le SMS, il y a une question de fond que cette affaire soulève avec une clarté bienvenue&nbsp;: quel est le rapport de force réel entre les États africains et Canal+ International dans la gestion du paysage audiovisuel de leurs pays ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Canal+ est présent dans plus de vingt pays africains. Son offre est de très loin la plus populaire en Afrique francophone. Dans certains pays, le groupe détient des parts de marché qui font de lui l’opérateur audiovisuel dominant, voire quasi-monopolistique, dans les segments de la télévision payante. Cette position dominante lui confère un pouvoir de négociation considérable face à des régulateurs dont les ressources humaines, techniques et juridiques sont souvent limitées.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La chronologie burkinabè est révélatrice de ce déséquilibre. Convention signée en février 2025. Délai d’adaptation accordé sans résultat. Mise en demeure en avril 2025 sans effet. Ultimatum au 11&nbsp;juin 2026 ignoré. L’instance de régulation, qui s’est autosaisie du dossier, note que l’ultimatum fixé au 11&nbsp;juin 2026 est resté infructueux. Quinze mois de délais, de procédures et de rappels avant qu’une sanction financière soit finalement prononcée. Ce n’est pas de la malveillance de Canal+ — c’est, probablement, la gestion rationnelle d’une contrainte perçue comme surmontable ou négociable. Ce qui dit quelque chose sur la capacité réelle des régulateurs africains à faire respecter leurs décisions face aux grands opérateurs privés internationaux.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>La thèse centrale&nbsp;: ce qui est un droit au Burkina doit l’être partout</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Voici la question que cette tribune voudrait poser directement à Canal+, et aux régulateurs audiovisuels de l’ensemble des pays africains partenaires du groupe&nbsp;: quels sont, dans chacun de vos pays, les engagements équivalents à ceux que le Burkina Faso a exigés — et obtenus sous contrainte ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">En Côte d’Ivoire, est-ce que les chaînes de la RTI sont accessibles gratuitement et en permanence aux abonnés Canal+ ? Au Sénégal, la RTS ? Au Cameroun, la CRTV ? En République démocratique du Congo, la RTNC ? Au Mali, l’ORTM ? En Guinée, la RTG ? Au Niger, la RTN ? Dans combien de ces pays existe-t-il une convention formelle, contraignante et assortie de mécanismes de sanction, garantissant que l’opérateur privé dominant du paysage audiovisuel assure l’accès à la télévision publique nationale sans condition ni friction supplémentaire ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">La réponse honnête est&nbsp;: dans très peu. Le cas burkinabè est une exception — arrachée dans un contexte politique particulier, par un régime de transition qui a fait de la souveraineté dans les médias l’un de ses axes de gouvernance. Ce n’est pas un reproche à ces régimes ni un éloge de leur méthode de gouvernance. C’est un constat&nbsp;: l’accès à la télévision publique nationale via les bouquets de l’opérateur dominant n’est pas, dans la plupart des pays africains, une obligation formellement garantie. C’est une grâce accordée ou refusée au gré des rapports de force commerciaux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’accès à la télévision publique nationale ne devrait pas être une faveur commerciale, mais plutôt un droit civique fondamental. Canal+ ne devrait pas être en mesure de le conditionner, même indirectement.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Ce que Canal+ devrait faire — et ce que les États africains devraient exiger</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Cette tribune n’est pas un réquisitoire contre Canal+. Le groupe a joué un rôle indéniable dans la structuration du paysage audiovisuel africain — investissements dans les contenus locaux, production cinématographique, sport, information. Il est une réalité économique et culturelle du continent qu’on ne saurait effacer d’un trait de plume.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais précisément parce que Canal+ est un acteur dominant, il a une responsabilité proportionnelle à sa position. Et cette responsabilité comprend, au minimum, de garantir dans tous ses pays de présence ce qu’il a accepté — sous contrainte — de garantir au Burkina Faso&nbsp;: l’accès libre, automatique et permanent aux chaînes publiques nationales pour tous ses abonnés, quel que soit l’état de leur abonnement payant.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La demande est raisonnable. Elle est techniquement réalisable — si le groupe peut la mettre en œuvre au Burkina Faso sous trente jours, il peut la mettre en œuvre partout. Elle est économiquement supportable — le coût marginal de diffuser des chaînes déjà dans le satellite est nul ou quasi nul. Elle pourrait être juridiquement légitime. Nous ne pensons pas qu’un droit de propriété intellectuelle couvre la télévision publique au point de justifier que des abonnés payants en soient privés. Et elle est politiquement nécessaire — dans un continent où la confiance entre entreprises étrangères dominantes et États souverains est une ressource rare et précieuse.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>L’appel aux régulateurs africains&nbsp;: le précédent burkinabè comme levier</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">La décision du CSC burkinabè du 12&nbsp;juin 2026 est un précédent juridique et politique. Elle démontre qu’un régulateur africain, avec les bons outils, les bons textes et la volonté politique suffisante, peut contraindre Canal+ International à respecter ses engagements. Elle démontre aussi que l’opérateur, quand il n’a pas d’autre choix, se plie finalement aux décisions des autorités nationales.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce précédent devrait inspirer d’autres régulateurs africains. Non pas nécessairement à sanctionner Canal+ — mais à négocier, à leur tour, des conventions explicites, contraignantes et assorties de mécanismes de sanction clairs, garantissant à leurs citoyens l’accès libre aux services audiovisuels publics nationaux via tous les bouquets privés présents sur leur territoire. C’est une question de souveraineté de l’information. C’est une question d’égalité des droits. C’est une question, tout simplement, de respect des populations africaines. Et Canal plus international devrait accompagner les États africains dans cette quête de souveraineté pleine et entière.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’Union africaine et les instances régionales — CEDEAO, UEMOA — pourraient également utiliser ce précédent pour travailler à un cadre harmonisé de régulation des opérateurs audiovisuels transfrontaliers sur le continent, incluant une clause standard sur l’accessibilité des chaînes publiques nationales. Pas pour protéger les États contre Canal+. Pour protéger les citoyens africains contre une asymétrie d’information qui les prive, dans le meilleur des cas, de la voix de leur propre État.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Oumarou Fomba&nbsp;</strong></p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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		<title>[Tribune] Comment les groupes armés recrutent et endoctrinent les enfants au Sahel</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Sahel Tribune]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 20 Jun 2026 02:00:00 +0000</pubDate>
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<p>À travers le roman Enfant des ruines de Fousseni Togola, cette tribune analyse les mécanismes d’endoctrinement utilisés par les groupes armés au Sahel pour transformer des enfants en combattants et kamikazes.</p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Au Sahel, des milliers d&rsquo;enfants sont transformés en soldats non par vocation, mais par une mécanique de conditionnement méthodique. Entre lavage de cerveau religieux, isolement familial et privation sensorielle, les groupes armés ont perfectionné l&rsquo;art de détruire un sujet pour en forger une arme. Un roman récent, Enfant des ruines de Fousseni Togola, en restitue la logique de l&rsquo;intérieur — et interpelle notre philosophie politique.</em></strong><em></em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Seydou grandit dans un foyer aimant de Bamako. Son père lui lit des légendes du Mali, l&#8217;emmène à Tombouctou voir la mosquée Djingareyber, lui apprend la patience et le sens du monde. Sa mère lui enseigne les limites du savoir et la grâce de l&rsquo;attente. Il est, écrit Fousseni Togola dans <em><a href="https://amzn.to/44fL33o" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Enfant des ruines</a> </em>(L&rsquo;Harmattan, 2025), « <em>le plus heureux des enfants de son village </em>». Cette félicité n&rsquo;est pas un détail romanesque : elle est la condition même de la tragédie à venir.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Seydou, ou l&rsquo;innocence comme matière première</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est précisément cet enfant-là — curieux, instruit, attaché à ses parents, enraciné dans une transmission vivante — que la guerre va saisir, broyer, remodeler. La brutalité des groupes armés sahéliens ne cible pas l&rsquo;ignorant par hasard. Elle cible l&rsquo;enfant formé, celui dont la conscience est encore assez souple pour être réorientée, assez pleine pour être vidée et remplie d&rsquo;autre chose.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce paradoxe est au cœur du roman : plus Seydou est intelligent, plus il devient vulnérable à l&rsquo;endoctrinement. Son aptitude à apprendre rapidement, sa capacité d&rsquo;observation, sa discrétion — autant de qualités que ses instructeurs terroristes repèrent et retournent contre lui. «&nbsp;<em>Ce garçon a un cœur de feu,&nbsp;</em>murmure l&rsquo;un des mentors<em>. Il est silencieux, mais il observe. Ce sont ceux-là qui deviennent les plus redoutables.</em>&nbsp;»</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;endoctrinement ne fabrique pas des soldats à partir de rien. Il fabrique des soldats à partir du meilleur de l&rsquo;enfance — sa curiosité, sa loyauté, sa soif d&rsquo;appartenir.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>La machine : déshumanisation méthodique et remplacement d&rsquo;identité</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le roman de Togola constitue un document rare : une radiographie de l&rsquo;intérieur du conditionnement terroriste au Sahel. Ce que Seydou traverse n&rsquo;est pas la violence brute et désorganisée que l&rsquo;on imagine parfois. C&rsquo;est un protocole. Une ingénierie de la destruction du sujet suivie d&rsquo;une reconstruction planifiée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Premier étage : l&rsquo;isolement. Dès son intégration dans le groupe armé, Seydou est coupé de tout lien avec son passé. Plus de famille, plus de nom, plus de village. Cette destruction des attaches n&rsquo;est pas accessoire — elle est la condition sine qua non du lavage de cerveau. <a href="https://amzn.to/43Gd4Rz" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Erving Goffman</a>, dans ses travaux sur les <a href="https://www.ethnographiques.org/2023/Amiotte-Suchet_Higelin-Cruz" target="_blank" rel="noreferrer noopener">institutions totalisantes</a>, avait décrit ce mécanisme : priver un sujet de tous ses marqueurs identitaires pour le rendre entièrement dépendant de la nouvelle institution.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Deuxième étage : la privation sensorielle et physique. Lever avant l&rsquo;aube, entraînements épuisants, privation de nourriture pour les récalcitrants, privation de sommeil. Ces techniques ne sont pas propres au terrorisme sahélien — elles figurent dans tous les manuels de déconditionnement psychologique, des sectes aux régimes totalitaires. Leur effet est documenté : elles réduisent la capacité critique, augmentent la suggestibilité, créent une dépendance physiologique envers l&rsquo;institution.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Troisième étage : la substitution identitaire. À Seydou, enfant, on substitue Scorpion 11, combattant. À la foi transmise par un père respectueux, on substitue une idéologie guerrière qui utilise les mêmes mots — Dieu, paradis, sacrifice — mais les vide de leur sens originel pour les remplir de violence. «&nbsp;<em>On lui enseigna des textes sacrés,&nbsp;</em>écrit Togola<em>, mais toujours interprétés selon une vision radicale.</em>&nbsp;»</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Religion instrumentalisée vs foi authentique : la distinction que Fanon anticipait</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est ici que le roman de Togola rejoint une tradition philosophique africaine dont Frantz Fanon reste la figure centrale. Dans <em><a href="https://amzn.to/4ehZcD8" target="_blank" rel="noreferrer noopener sponsored nofollow">Les Damnés de la Terre</a></em> (1961), Fanon avait analysé la façon dont le colonialisme utilisait les catégories culturelles et religieuses autochtones pour mieux les retourner contre les colonisés. La religion, dans ce cadre, n&rsquo;est pas un horizon de sens : c&rsquo;est un instrument de domination réinvesti.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les groupes armés sahéliens opèrent selon la même logique, mais en sens inverse. Ils ne colonisent pas au nom de la modernité — ils prétendent résister à la modernité au nom de la religion. Mais le mécanisme est identique : ils s&#8217;emparent d&rsquo;une forme symbolique (l&rsquo;islam, la barbe, le jihad, le paradis) pour la vider de sa substance morale et la remplir d&rsquo;une idéologie de pouvoir.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Seydou comprend confusément cette falsification. Il se souvient des paroles de son père — «&nbsp;<em>la foi est une source de paix, de respect et de compassion</em>&nbsp;» — et sent qu&rsquo;elles contredisent ce qu&rsquo;on lui enseigne. Mais il ne peut le dire. Exprimer un doute, c&rsquo;est trahir. Et trahir, c&rsquo;est mourir.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Jean-Paul Sartre, dans sa préface aux&nbsp;<em>Damnés de la Terre</em>, posait la question de la violence comme réponse à la violence coloniale. Mais il y a ici une différence fondamentale : la violence terroriste au Sahel n&rsquo;est pas une réponse à une domination extérieure — elle s&rsquo;exerce d&rsquo;abord contre les populations africaines elles-mêmes, contre des Seydou qui n&rsquo;ont rien demandé, dont les villages sont pillés, les familles massacrées, les esprits volés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce que les groupes armés du Sahel détruisent en premier, ce n&rsquo;est pas un État ou une armée. C&rsquo;est un enfant. C&rsquo;est sa mémoire, son nom, ses morts.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Trois voies d&rsquo;entrée dans les groupes armés : sociologie d&rsquo;un recrutement</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le roman de Togola est aussi un document sociologique. Il identifie avec précision trois voies d&rsquo;entrée dans les groupes armés, que les rapports humanitaires confirment sur le terrain.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La première est l&rsquo;enlèvement brutal — c&rsquo;est celle de Seydou. Orphelin, maltraité par ses oncles, il rejoint le groupe non par conviction mais par désespoir de survie. «&nbsp;<em>Il ne me reste plus rien,&nbsp;</em>murmure-t-il<em>. Mon village est détruit, ma famille est partie.</em>&nbsp;» Cette voie est la plus documentée, mais peut-être la moins représentative.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La deuxième est la tromperie économique. Des proxénètes promettent du travail, de l&rsquo;argent, un avenir. Ils recrutent des jeunes ruraux dont l&rsquo;État a abandonné les villages, dont les familles meurent de faim, dont les écoles ont fermé sous les coups des groupes armés eux-mêmes. La spirale est diabolique : les terroristes détruisent les conditions de vie pour recruter dans la misère qu&rsquo;ils ont produite.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La troisième est l&rsquo;engagement volontaire par colère politique. Des jeunes «&nbsp;<em>rongés par le ressentiment</em>&nbsp;», écrit Togola, «&nbsp;<em>blâmaient l&rsquo;État pour leur situation précaire, leur incapacité à trouver un emploi</em>&nbsp;». Cette voie est peut-être la plus inquiétante : elle révèle que l&rsquo;endoctrinement ne commence pas dans les camps militaires terroristes, mais du sentiment d&rsquo;abandon structurel des États envers leurs propres jeunesses.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Ce que cela exige de nous — et des États</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Lire&nbsp;<em>Enfant des ruines</em>&nbsp;n&rsquo;est pas un exercice littéraire. C&rsquo;est une interpellation politique. Le roman de Fousseni Togola pose une question que ni les gouvernements sahéliens, ni leurs partenaires occidentaux, ni les organisations humanitaires ne peuvent esquiver : que faisons-nous de ces enfants après ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les programmes de désarmement, démobilisation et réintégration (DDR) existent. Mais ils sont chroniquement sous-financés, conçus sur des modèles occidentaux inadaptés aux réalités sahéliennes, et souvent perçus par les communautés d&rsquo;accueil comme une récompense accordée à ceux qui ont commis les pires atrocités. Seydou, une fois libéré, ne pourra pas simplement «&nbsp;<em>rentrer chez lui</em>&nbsp;» — il n&rsquo;a plus de chez-lui.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Plus profondément, le roman pose la question de la transmission. Ce qui a failli sauver Seydou — cette «&nbsp;<em>petite voix</em>&nbsp;» intérieure qui murmurait que la haine n&rsquo;était pas sa vocation — c&rsquo;est précisément ce que ses parents lui avaient transmis. Les récits du soir, les visites à Tombouctou, les discussions sur la mort et la liberté, les leçons de politesse et de respect. La transmission familiale, culturelle, intellectuelle, est la première ligne de défense contre l&rsquo;endoctrinement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est peut-être là la leçon la plus décisive de ce roman : l&rsquo;obscurantisme ne se combat pas seulement avec des armes. Il se combat avec des écoles ouvertes, des familles protégées, des États qui tiennent leurs promesses envers leurs enfants. Au Sahel comme ailleurs, un enfant qui sait qui il est résiste mieux à ceux qui veulent lui voler son identité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La&nbsp;<a href="https://www.google.com/url?sa=t&amp;source=web&amp;rct=j&amp;opi=89978449&amp;url=https://saheltribune.com/enfants-ruines-cri-despoir-face-a-lhorreur-conflits-armes/&amp;ved=2ahUKEwjF87XmiZOVAxXpMYYAHSCOA5wQFnoECBoQAQ&amp;usg=AOvVaw2RnOuxBAwsHkw58yK_TSmQ">résilience de Seydou</a>&nbsp;ne vient pas de lui seul. Elle vient de ce que ses parents ont planté en lui avant que la guerre n&rsquo;arrive. C&rsquo;est cela, la vraie souveraineté.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Foula D. Massé, auteur de <a href="https://amzn.to/4eG1Bqi" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Pour une paix rationnelle</a>. </strong></p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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		<title>Mali : la Charte nationale pour la paix s’attaque aux conflits fonciers</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Sahel Tribune]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 15 Jun 2026 02:00:00 +0000</pubDate>
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<p>La Charte nationale pour la Paix et la Réconciliation du Mali place la question foncière au cœur de la stabilité nationale. Pastoralisme, terres agricoles, mines et cadastre figurent parmi les priorités pour prévenir les conflits communautaires.</p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
]]></description>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Derrière la plupart des violences intercommunautaires qui ensanglantent le Mali depuis des années, il y a une terre disputée. Un champ, un pâturage, un filon d&rsquo;or. La Charte nationale pour la Paix et la Réconciliation nationale affronte enfin cette réalité brutale avec une ambition à la hauteur de l&rsquo;enjeu.</em></strong><em></em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Au Mali, les guerres commencent souvent par une borne. Une borne plantée de travers, déplacée dans la nuit, contestée au petit matin. Un sillon de trop tracé par un paysan dans un champ que son voisin revendique depuis trois générations. Un troupeau qui pénètre dans une zone cultivée et piétine une récolte entière. Une concession minière accordée par Bamako sans que personne n&rsquo;ait consulté les habitants du village qui vivaient sur cette terre depuis des siècles.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces disputes paraissent petites. Elles ne le sont pas. Elles sont la mèche d&rsquo;une poudrière. Et dans un pays où l&rsquo;État a longtemps été absent des zones reculées, où la justice formelle reste inaccessible à la majorité, où le changement climatique réduit chaque année les terres cultivables et les pâturages disponibles, cette mèche a une fâcheuse tendance à s&rsquo;enflammer.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La Charte nationale pour la Paix et la Réconciliation nationale, promulguée le 22 août 2025 par le Président de la Transition, le Général d&rsquo;Armée Assimi Goïta, a eu l&rsquo;intelligence et le courage de regarder cette réalité en face. Elle consacre des développements substantiels à la question foncière, aux ressources minérales, au pastoralisme. Elle nomme les conflits, en analyse les causes, propose des mécanismes de résolution.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est une avancée considérable. Et elle mérite d&rsquo;être examinée avec la rigueur qu&rsquo;impose l&rsquo;ampleur du défi.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>La terre, matrice de tous les conflits maliens</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Pour comprendre pourquoi la question foncière est si centrale dans la crise malienne, il faut d&rsquo;abord comprendre ce que représente la terre dans les sociétés sahéliennes. Elle n&rsquo;est pas seulement un bien économique. Elle est un lieu de mémoire, un lien entre les vivants et les morts, un marqueur d&rsquo;identité et de dignité. Perdre sa terre, c&rsquo;est perdre son histoire. C&rsquo;est perdre sa place dans la communauté.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Or le Mali concentre sur son territoire plusieurs des facteurs les plus explosifs en matière foncière. Le changement climatique rétrécit chaque année les zones cultivables, poussant les éleveurs vers le sud, sur des terres que les agriculteurs considèrent comme les leurs. L&rsquo;orpaillage artisanal, en plein boom, attire des milliers de jeunes sur des sites disputés où la loi du plus fort tend à s&rsquo;imposer. L&rsquo;exploitation minière industrielle déplace des communautés entières sans que les compensations promises se matérialisent toujours. Et dans le nord et le centre du pays, des années de conflit armé ont brouillé les droits fonciers traditionnels, créant un chaos juridique que les groupes armés ont habilement exploité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La Charte reconnaît tout cela. Elle note que «&nbsp;<em>l&rsquo;exploitation du foncier rural et urbain, forestier, minier, pastoral et de l&rsquo;eau constitue une source de conflits individuels et communautaires récurrents, parfois violents, qui impactent négativement la paix, la sécurité, la cohésion sociale et le vivre-ensemble.&nbsp;</em>» Un diagnostic sans concessions, formulé dans un texte de loi. C&rsquo;est déjà, en soi, un acte courageux.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Le pastoralisme, poudrière silencieuse</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Parmi les conflits fonciers qui ravagent le Mali, ceux qui opposent agriculteurs et éleveurs sont sans doute les plus meurtriers et les moins médiatisés. Dans le delta intérieur du Niger, dans le Manden, dans le Gourma, ces affrontements font des dizaines de morts chaque année, dévastent des communautés entières, et alimentent des cycles de vengeance qui se transmettent de génération en génération.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À la racine de ces conflits : la réduction des corridors de transhumance, ces couloirs traditionnels par lesquels les troupeaux des éleveurs peuls, touaregs ou arabes descendaient vers le sud en saison sèche. Ces corridors, reconnus par la coutume et parfois par la loi, ont été progressivement grignotés par l&rsquo;extension des cultures, la construction d&rsquo;infrastructures, l&rsquo;installation de nouvelles populations. Les éleveurs se retrouvent sans chemin pour leurs bêtes. Les agriculteurs voient leurs champs piétinés. La violence s&rsquo;installe comme seul arbitre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La Charte propose un cadre de réponse articulé autour de plusieurs axes : «&nbsp;<em>l&rsquo;aménagement équilibré du territoire national&nbsp;</em>», «&nbsp;<em>l&rsquo;aménagement et l&rsquo;exploitation contrôlée des espaces pastoraux&nbsp;</em>», «&nbsp;<em>le renforcement des politiques publiques d&rsquo;aménagement des terres agricoles et des zones pastorales.&nbsp;</em>» Elle prévoit également «&nbsp;<em>la gestion concertée des ressources naturelles »&nbsp;</em>et le recours aux<em>&nbsp;« conventions locales pour l&rsquo;accès aux ressources naturelles.</em>&nbsp;»</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces orientations sont justes. Elles correspondent à ce que les chercheurs, les organisations paysannes et les experts du développement rural recommandent depuis des années. Mais leur mise en œuvre supposera des investissements considérables, une volonté politique soutenue, et surtout la présence effective de l&rsquo;État dans des zones où il a longtemps été fantomatique.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>L&rsquo;or qui divise : la question minière</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Si le pastoralisme est la poudrière silencieuse, l&rsquo;exploitation minière est la bombe à fragmentation. L&rsquo;or malien — le pays est l&rsquo;un des premiers producteurs africains — génère des revenus considérables, mais aussi des conflits d&rsquo;une intensité croissante.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les sites d&rsquo;orpaillage artisanal, où des dizaines de milliers de jeunes maliens cherchent fortune dans des conditions souvent périlleuses, sont devenus des zones de non-droit où se croisent trafics en tous genres, violences et tensions intercommunautaires. Les sites miniers industriels, gérés par des multinationales sous contrat avec l&rsquo;État, soulèvent des questions légitimes de partage des revenus, de compensation des communautés déplacées et de préservation de l&rsquo;environnement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La Charte aborde cette réalité avec une franchise bienvenue. Elle reconnaît que «&nbsp;<em>l&rsquo;exploitation industrielle ou artisanale de ces ressources entraîne souvent des crises sociales dont les conflits, la déperdition des valeurs, la dégradation de la santé de la population, et la déscolarisation à grande échelle.&nbsp;</em>» Et elle prescrit un ensemble de mesures : encadrement et régulation des activités minières, formation des exploitants artisanaux aux enjeux environnementaux, renforcement des mécanismes de prévention des conflits sur les sites d&rsquo;orpaillage, et surtout «&nbsp;<em>investissement des revenus tirés de l&rsquo;exploitation minière dans les secteurs sociaux et dans les infrastructures énergétiques, hydrauliques et de transport.</em>&nbsp;»</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette dernière disposition est fondamentale. Elle pose un principe de justice redistributive : les richesses extraites du sous-sol malien doivent profiter aux communautés qui vivent sur ce sous-sol. Ce n&rsquo;est pas une idée nouvelle. Mais son inscription dans un texte fondamental de la République lui donne une force normative qu&rsquo;elle n&rsquo;avait pas jusqu&rsquo;ici.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Les commissions foncières : un outil à consolider</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Au cœur du dispositif de gestion des conflits fonciers prévu par la Charte se trouvent les Commissions foncières — les COFO. Ces instances multi-acteurs, créées au début des années 2000, regroupent représentants de l&rsquo;administration, élus locaux, chefs coutumiers, organisations paysannes et éleveurs. Leur mission : prévenir et gérer les conflits liés à la terre avant toute saisine des tribunaux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La Charte leur confère une légitimité renforcée. Elle prévoit que leurs décisions, «&nbsp;<em>consignées dans un procès-verbal&nbsp;</em>», peuvent être «&nbsp;<em>homologuées par le juge</em>&nbsp;», créant ainsi un pont solide entre la justice coutumière et le droit formel. Elle insiste également sur «&nbsp;<em>le renforcement de la synergie d&rsquo;action entre les Collectivités territoriales et les Autorités et Légitimités traditionnelles dans la mise en œuvre des mécanismes endogènes de prévention, de gestion et de règlement des litiges fonciers.&nbsp;</em>»</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sur le terrain, là où elles fonctionnent réellement, les COFO ont démontré leur efficacité. Dans plusieurs communes de la région de Mopti, elles ont permis de désamorcer des conflits agriculteurs-éleveurs qui auraient pu dégénérer en affrontements meurtriers. Leur force tient à leur composition : tout le monde est représenté, les décisions reflètent les réalités locales, et leur légitimité communautaire est souvent bien supérieure à celle d&rsquo;un tribunal lointain.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais leur déploiement reste insuffisant. De nombreuses communes n&rsquo;ont pas de COFO opérationnelle. Celles qui existent manquent souvent de moyens, de formation et de soutien institutionnel. La Charte trace la direction. Il faudra maintenant y mettre les ressources.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Le cadastre, chaînon manquant de la sécurité foncière</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Parmi les mesures préconisées par la Charte, l&rsquo;une mérite une attention particulière : «&nbsp;<em>la sécurité juridique en matière foncière par l&rsquo;instauration du cadastre au niveau communal, régional et national.</em>&nbsp;»</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au Mali, une proportion considérable des terres ne fait l&rsquo;objet d&rsquo;aucun titre formel. Les droits fonciers reposent sur des accords oraux, des pratiques coutumières, des mémoires familiales. Robustes en temps de paix, ces arrangements deviennent sources de conflits explosifs lorsque la pression sur les terres augmente, lorsque des populations déplacées reviennent réclamer leurs biens, ou lorsque des investisseurs extérieurs arrivent avec des contrats et des bulldozers.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un cadastre national fiable, accessible, régulièrement mis à jour, constituerait un instrument de paix d&rsquo;une efficacité redoutable. Il ne résoudrait pas tous les conflits fonciers, mais il en éviterait un grand nombre en clarifiant les droits de chacun.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sa mise en œuvre sera longue et coûteuse. Elle se heurtera aux résistances de ceux qui profitent de l&rsquo;opacité foncière actuelle. Mais son inscription dans la Charte comme objectif national constitue un engagement solennel que les autorités devront honorer.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Une ambition à la hauteur du défi</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">La question foncière est au Mali ce que le nœud gordien était à Alexandre : un problème si complexe, si emmêlé dans l&rsquo;histoire, la culture, l&rsquo;économie et la politique, que certains désespèrent de le trancher jamais.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les autorités de la Transition n&rsquo;ont pas tranché le nœud. Elles ont fait quelque chose de plus sage : elles ont commencé à le dénouer, patiemment, en reconnaissant la complexité du problème, en mobilisant à la fois le droit moderne et les sagesses traditionnelles, en associant l&rsquo;État et les communautés dans une démarche partagée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La Charte nationale pour la Paix et la Réconciliation nationale ne résoudra pas d&rsquo;un coup de baguette magique des décennies de conflits fonciers accumulés. Aucun texte ne le pourrait. Mais elle pose les fondations d&rsquo;une approche nouvelle, cohérente et ambitieuse.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Elle dit aux paysans du delta intérieur, aux éleveurs du Sahel, aux orpailleurs du Wassoulou, aux communautés déplacées du nord : nous vous voyons. Nous savons que la terre est au cœur de votre vie et de vos conflits. Et nous nous engageons à construire un cadre juste pour que chacun puisse vivre de sa terre en paix.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est une promesse considérable. Les autorités de la Transition ont maintenant la responsabilité de la tenir. L&rsquo;histoire du Mali — et la paix de ses communautés — en dépend.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Oumarou Fomba&nbsp;</strong></p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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		<title>Terrorisme au Sahel : le Mali déploie une stratégie globale pour couper les réseaux logistiques</title>
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		<pubDate>Mon, 15 Jun 2026 00:00:00 +0000</pubDate>
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<p>Après les attaques du 25 avril 2026, le Mali lance une vaste opération d’immatriculation des motos. Une mesure au cœur de la nouvelle stratégie sécuritaire des autorités pour lutter contre les groupes armés et renforcer le contrôle du territoire.</p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Ce lundi 15 juin, le Mali lance une opération spéciale d&rsquo;immatriculation des deux et trois-roues sur tout le territoire. Derrière la logique administrative se cache une doctrine contre-insurrectionnelle cohérente, assumée et nécessaire. Après la mort au combat du général Sadio Camara, le 25 avril dernier, Assimi Goïta et ses équipes ont décidé de changer d&rsquo;échelle dans la guerre contre le terrorisme. La moto en est l&rsquo;un des fronts.</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Il faut avoir traversé le Centre ou le Sud du Mali à moto pour comprendre ce que ces engins représentent dans la géographie terroriste sahélienne. La moto n&rsquo;est pas seulement un moyen de transport. Elle est l&rsquo;infrastructure invisible du JNIM : rapide, discrète, facile à dissimuler, capable de se fondre dans le flot de milliers de deux-roues anonymes que personne n&rsquo;identifie, ne suit, ne contrôle. C&rsquo;est à moto que les combattants se déplacent, que les émissaires transmettent les ordres, que les attaques sont préparées et les victimes choisies. C&rsquo;est à moto que le 25 avril 2026, des groupes terroristes ont frappé de façon simulatnée et corrdonnée plusieurs grandes villes du pays, coûtant la vie au général de corps d&rsquo;armée Sadio Camara, ministre de la Défense et pilier de la Transition malienne.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sa mort a changé quelque chose. Pas dans la détermination des autorités maliennes — celle-ci ne datait pas du 25 avril — mais dans l&rsquo;urgence perçue, dans la nécessité de frapper plus fort, plus vite, plus structurellement. Le général Assimi Goïta, qui a lui-même assumé personnellement la gestion de la défense dans les semaines suivant cette perte, a accéléré la mise en œuvre d&rsquo;une doctrine contre-insurrectionnelle dont plusieurs décisions récentes constituent les pièces d&rsquo;un même puzzle.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Trois mesures, une seule logique</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le puzzle en question se compose de trois pièces articulées. La première : l&rsquo;arrêté interministériel du 3 juin 2026, signé par cinq ministères, suspendant pour un an l&rsquo;importation, le transit, la commercialisation et la distribution des motocyclettes de cylindrée égale ou supérieure à 125 cm³ — les «&nbsp;<em>gros cylindres</em>&nbsp;» plébiscités par les combattants terroristes pour leur puissance et leur autonomie. Ces engins, qui peuvent couvrir des centaines de kilomètres sur des pistes sans ravitaillement, sont devenus la colonne vertébrale logistique des groupes armés dans le Sahel.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La deuxième pièce : la création, par arrêté interministériel du 3 juin 2026, de trente-cinq zones d&rsquo;intérêt militaire au sein de forêts classées, réserves naturelles et espaces protégés — parmi lesquelles les forêts de Faya, Soussan, Kangaba ou encore le Parc national de la Boucle du Baoulé. Baptisée opération «&nbsp;<em>Dougoukoloko</em>&nbsp;», cette mesure remplace le précédent dispositif «&nbsp;<em>Maliko</em>&nbsp;» de décembre 2023 et étend significativement le périmètre sous contrôle militaire, principalement dans les régions du centre, du sud et de l&rsquo;ouest du pays. Tout accès à ces zones est désormais soumis à autorisation préalable d&rsquo;une autorité militaire relevant de l&rsquo;état-major général des Armées, qui est parallèlement autorisé à y conduire des opérations contre toute cible identifiée. La logique est celle-là même qui sous-tend l&rsquo;ensemble du dispositif : priver les groupes armés du JNIM de leurs bases de repli, de leurs corridors de transit et de leurs capacités logistiques dans des espaces forestiers peu contrôlés qui constituent, dans l&rsquo;ensemble du Sahel, le terrain favori des insurgés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La troisième pièce — la plus structurelle — entre en vigueur ce lundi 15 juin : l&rsquo;opération spéciale d&rsquo;immatriculation des motos et tricycles, lancée par le ministère des Transports et des Infrastructures sur l&rsquo;ensemble du territoire national. Vingt-huit centres répartis dans presque toutes les régions du pays ouvrent leurs portes aux propriétaires de deux et trois-roues non immatriculés, qui disposent d&rsquo;un délai pour se mettre en règle moyennant 12 000 francs CFA — tarif unique, réglable exclusivement via Tresor Pay, la plateforme électronique du Trésor public.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Identifier pour neutraliser</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">La logique est simple et implacable : on ne peut pas contrôler ce qu&rsquo;on ne connaît pas. Tant que des dizaines de milliers de motos circulent sans immatriculation sur le territoire malien, elles constituent autant d&rsquo;angles morts dans le renseignement sécuritaire. Une plaque d&rsquo;immatriculation, c&rsquo;est une trace, un dossier, un propriétaire identifiable, un historique de passage aux points de contrôle. C&rsquo;est précisément ce que les groupes armés cherchent à éviter.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette opération est d&rsquo;autant plus pertinente qu&rsquo;elle s&rsquo;applique à tous les engins, quel que soit leur cylindrée — y compris les petites motos utilisées par la très grande majorité des Maliens pour leurs déplacements quotidiens. Elle ne pénalise pas une catégorie d&rsquo;usagers : elle crée un registre national, une cartographie des engins en circulation. À terme, couplée aux points de contrôle et aux systèmes de surveillance, elle permettra d&rsquo;identifier rapidement tout engin non immatriculé comme une anomalie potentiellement suspecte.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La moto sans plaque, c&rsquo;est le terroriste sans visage. L&rsquo;immatriculation, c&rsquo;est l&rsquo;État qui recouvre la vue.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Un Etat qui reprend l&rsquo;initiative</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui frappe, dans l&rsquo;ensemble de ce dispositif, c&rsquo;est sa cohérence. On n&rsquo;est pas face à des mesures prises dans l&rsquo;urgence ou sous le coup de l&rsquo;émotion après la mort du général Camara. On est face à une doctrine structurée, déployée progressivement : interdire les gros cylindres à l&rsquo;importation, restreindre la circulation dans les zones sensibles, immatriculer l&rsquo;ensemble du parc existant. Chacune de ces mesures renforce les autres. L&rsquo;interdiction des 125 cm³ et plus réduit le potentiel opérationnel futur des groupes armés. Les zones militaires perturbent leurs déplacements actuels. L&rsquo;immatriculation donne aux forces de sécurité les moyens d&rsquo;identifier les engins suspects en temps réel.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le paiement exclusivement numérique via Tresor Pay n&rsquo;est pas un détail anecdotique : il crée une traçabilité financière et administrative de l&rsquo;opération, prévient les détournements et les faux documents, et s&rsquo;inscrit dans la modernisation numérique de l&rsquo;État que les autorités de la Transition ont engagée depuis plusieurs années.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À ceux qui douteraient de l&rsquo;efficacité de telles mesures face à des groupes armés déterminés, il faut rappeler une vérité souvent négligée dans les analyses sur le Sahel : le terrorisme prospère dans le vide administratif. Là où l&rsquo;État n&rsquo;identifie pas, ne contrôle pas, ne sait pas — là le groupe armé installe sa loi. En reprenant pied dans la réalité administrative quotidienne de ses citoyens, même par un geste apparemment modeste comme l&rsquo;immatriculation d&rsquo;une moto, l&rsquo;État malien réaffirme une chose fondamentale : il existe, il voit, il agit.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est à cette aune qu&rsquo;il faut mesurer l&rsquo;opération spéciale du 15 juin 2026 — non comme une simple campagne administrative, mais comme un acte de souveraineté.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Oumarou Fomba&nbsp;</strong></p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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		<title>Mali : comment la Charte pour la paix répond à la guerre informationnelle</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Chiencoro]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 11 Jun 2026 00:00:00 +0000</pubDate>
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<p>La Charte nationale pour la Paix et la Réconciliation du Mali fait de la lutte contre la désinformation et de la souveraineté informationnelle un enjeu stratégique. Analyse d'une doctrine qui place les médias au cœur de la défense nationale.</p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>En consacrant un chapitre entier au rôle des médias face à la désinformation, la Charte nationale pour la Paix et la Réconciliation nationale pose un acte souverain. Dans un contexte de guerre narrative intense contre le Mali, les autorités de la Transition choisissent de tracer une ligne claire : l&rsquo;information est un enjeu de sécurité nationale.</em></strong><em></em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Il existe des guerres que l&rsquo;on ne voit pas. Pas de chars, pas de tranchées, pas de lignes de front visibles sur une carte. Mais des batailles tout aussi décisives, menées à coups de narratifs, d&rsquo;images tronquées, de chiffres manipulés, de témoignages fabriqués. Des guerres où les armes s&rsquo;appellent algorithmes, chaînes d&rsquo;information en continu, réseaux sociaux et agences de presse aux agendas soigneusement dissimulés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le Mali les connaît bien. Depuis que les autorités de la Transition ont choisi de reprendre en main la souveraineté du pays, de renégocier ses alliances stratégiques et de refuser la tutelle de puissances étrangères, le pays est devenu la cible d&rsquo;une offensive informationnelle d&rsquo;une intensité remarquable. Rapports à charge d&rsquo;organisations internationales, couvertures médiatiques systématiquement à décharge, campagnes de dénigrement coordonnées sur les réseaux sociaux, tentatives répétées de déstabiliser l&rsquo;opinion publique nationale et internationale : la guerre contre le Mali se mène aussi, et peut-être surtout, sur le terrain de l&rsquo;information.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Face à cette réalité, les autorités maliennes ont choisi de répondre non pas par le silence, non pas par la censure, mais par la loi. La Charte nationale pour la Paix et la Réconciliation nationale, promulguée le 22 août 2025, consacre deux chapitres entiers au rôle des médias. C&rsquo;est un acte politique fort. C&rsquo;est aussi un acte de lucidité.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Nommer la guerre pour mieux la combattre</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">La première vertu de la Charte est de nommer clairement ce qui se passe. Là où d&rsquo;autres textes officiels usent de périphrases prudentes, elle parle sans détour de «&nbsp;<em>guerre informationnelle</em>&nbsp;», de «&nbsp;<em>campagnes de désinformation menées par des acteurs hostiles</em>&nbsp;», de «&nbsp;<em>narratifs malveillants</em>&nbsp;», de «&nbsp;<em>traitement hostile sur la scène médiatique internationale.</em>&nbsp;»</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces mots comptent. Ils disent que les autorités de la Transition ont pris la mesure du phénomène. Qu&rsquo;elles ne confondent pas critique légitime et entreprise de déstabilisation. Qu&rsquo;elles savent faire la différence entre un journaliste qui questionne et un opérateur d&rsquo;influence qui manipule.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le texte est explicite : «&nbsp;<em>Dans un contexte où l&rsquo;État du Mali fait l&rsquo;objet d&rsquo;un traitement hostile sur la scène médiatique internationale, les médias nationaux et les instances de régulation doivent assurer une veille continue. Cette vigilance permet d&rsquo;identifier les manipulations, de contrer les narratifs malveillants et de promouvoir une communication équilibrée et fondée sur des faits.</em>&nbsp;»</p>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est une doctrine. Cohérente, assumée, et parfaitement légitime au regard du droit international et de la souveraineté des États.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Le contexte que certains feignent d&rsquo;ignorer</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Pour comprendre pourquoi cette doctrine est non seulement justifiée mais nécessaire, il faut replacer la situation dans son contexte réel. Depuis 2021, le Mali a entrepris une série de choix souverains qui ont profondément dérangé certaines chancelleries occidentales et les réseaux d&rsquo;influence qui leur sont associés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le départ des forces militaires françaises, la remise en cause des accords de défense hérités de la Françafrique, le rapprochement avec de nouveaux partenaires stratégiques, la création de la Confédération des États du Sahel avec le Burkina Faso et le Niger : autant de décisions légitimes d&rsquo;un État souverain qui ont provoqué une réaction médiatique disproportionnée dans certains pays.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Des médias internationaux, qui couvraient à peine le Mali quand il était sous tutelle étrangère, ont soudainement découvert un intérêt passionné pour ses affaires intérieures. Des organisations non gouvernementales, dont le financement mérite parfois examen, ont multiplié les rapports accablants. Des comptes sur les réseaux sociaux, dont l&rsquo;origine géographique et le financement restent opaques, ont inondé l&rsquo;espace numérique malien de contenus déstabilisateurs.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce n&rsquo;est pas une théorie du complot. C&rsquo;est une réalité documentée, observable, que la Charte a le mérite d&rsquo;intégrer dans son cadre analytique.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>La liberté de la presse, mais pas la liberté de nuire</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Il faut ici dissiper un malentendu que certains entretiennent délibérément. Affirmer que le Mali est victime d&rsquo;une guerre informationnelle n&rsquo;est pas nier la liberté de la presse. Reconnaître que des médias peuvent être instrumentalisés à des fins politiques n&rsquo;est pas criminaliser le journalisme. Et vouloir protéger l&rsquo;espace informationnel national n&rsquo;est pas instaurer la censure.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La Charte elle-même est on ne peut plus claire sur ce point. Elle prévoit explicitement de «&nbsp;<em>renforcer la liberté de la presse et les expressions plurielles.</em>&nbsp;» Elle appelle à «&nbsp;<em>soutenir et renforcer les capacités des organisations professionnelles de médias.&nbsp;</em>» Elle reconnaît le rôle central des journalistes dans la construction de la paix et de la cohésion sociale.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce que la Charte combat, ce n&rsquo;est pas le journalisme. C&rsquo;est son instrumentalisation. Ce n&rsquo;est pas la critique. C&rsquo;est la manipulation. Ce n&rsquo;est pas l&rsquo;information. C&rsquo;est la désinformation organisée au service d&rsquo;agendas étrangers aux intérêts du peuple malien.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La nuance est fondamentale. Et elle dit quelque chose d&rsquo;important sur la maturité politique des autorités de la Transition, qui résistent à la tentation simpliste de confondre l&rsquo;adversaire médiatique et le journaliste honnête.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Les médias nationaux, rempart de la souveraineté informationnelle</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">La Charte assigne aux médias nationaux un rôle stratégique qui va bien au-delà de la simple information. Elle en fait des acteurs de la souveraineté nationale. «&nbsp;<em>Les médias nationaux et les instances de régulation jouent un rôle stratégique dans la préservation de l&rsquo;intégrité informationnelle du pays&nbsp;</em>», dit le texte. Ils doivent «&nbsp;<em>garantir une information vérifiée&nbsp;</em>», contribuer «&nbsp;<em>à la sensibilisation de l&rsquo;opinion publique</em>&nbsp;» et concourir «&nbsp;<em>à l&rsquo;affirmation et au rayonnement du Mali sur la scène mondiale.&nbsp;</em>»</p>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est une vision ambitieuse. Elle implique des médias nationaux forts, indépendants, professionnels, capables de produire une information de qualité qui résiste à la comparaison avec les grandes chaînes internationales. Des médias qui ne soient ni des organes de propagande gouvernementale, ni des relais de narratifs étrangers, mais de véritables acteurs de l&rsquo;espace public malien.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour y parvenir, la Charte prévoit un ensemble de mesures concrètes : renforcement des capacités des organisations professionnelles de médias, adoption d&rsquo;une «&nbsp;<em>approche sensible aux conflits dans la collecte, le traitement et la diffusion de l&rsquo;information&nbsp;</em>», usage du numérique comme «&nbsp;<em>outil de consolidation de la paix, de la sécurité, du dialogue, de la réconciliation, de la cohésion sociale et du vivre-ensemble.</em>&nbsp;»</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce n&rsquo;est pas un programme de contrôle. C&rsquo;est un programme de professionnalisation. La différence est capitale.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Les faîtières de la presse au cœur du dispositif</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">La Charte ne se contente pas d&rsquo;assigner des responsabilités abstraites aux médias. Elle interpelle directement les organisations professionnelles de la presse — les faîtières — et leur confie des missions précises.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Elles doivent «&nbsp;<em>lutter contre la désinformation et la mésinformation afin de préserver l&rsquo;intégrité informationnelle du Mali.</em>» Elles doivent «&nbsp;<em>assurer une veille médiatique continue pour fournir aux populations une communication équilibrée et fondée sur les faits.</em>&nbsp;» Elles doivent «&nbsp;<em>inciter les médias nationaux à adopter une approche sensible aux conflits.&nbsp;</em>» Et elles doivent contribuer à «&nbsp;<em>l&rsquo;appropriation de la Charte nationale par la population.</em>&nbsp;»</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce faisant, la Charte fait des organisations professionnelles de la presse des partenaires actifs de la souveraineté informationnelle du Mali, sans pour autant les placer sous la tutelle de l&rsquo;État. C&rsquo;est un équilibre délicat, mais pensé avec soin.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il dit aux journalistes maliens : vous êtes libres. Et cette liberté s&rsquo;accompagne d&rsquo;une responsabilité. Celle de servir votre pays, votre peuple, la vérité. Pas les intérêts de ceux qui financent des campagnes de déstabilisation depuis des capitales lointaines.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Une leçon pour l&rsquo;Afrique entière</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Au-delà du seul Mali, la démarche des autorités de la Transition mérite d&rsquo;être regardée avec attention par l&rsquo;ensemble du continent africain. Car la guerre informationnelle que subit le Mali n&rsquo;est pas une exception. C&rsquo;est une méthode. Elle a été appliquée, avec des variantes, à d&rsquo;autres pays africains qui ont osé remettre en question des tutelles héritées de la colonisation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La réponse que propose la Charte malienne — inscrire dans la loi une doctrine de souveraineté informationnelle, renforcer les médias nationaux, professionnaliser les pratiques journalistiques, distinguer la critique légitime de la manipulation organisée — est une réponse souveraine, non violente et démocratiquement fondée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Elle dit que l&rsquo;Afrique n&rsquo;est pas condamnée à subir le narratif que d&rsquo;autres construisent sur elle. Qu&rsquo;elle peut produire sa propre information, raconter sa propre histoire, défendre sa propre vérité. Qu&rsquo;elle a les outils intellectuels, culturels et institutionnels pour le faire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le Mali, en traçant cette ligne dans sa loi fondamentale de paix, montre la voie. Il ne ferme pas ses frontières à l&rsquo;information internationale. Il exige simplement que l&rsquo;information qui circule sur son territoire soit vraie, équilibrée, et serve les intérêts de son peuple.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est la définition même de la souveraineté. Et dans un monde où l&rsquo;information est devenue une arme, c&rsquo;est aussi la définition de la survie.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Chiencoro Diarra&nbsp;</strong></p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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		<title>Jeunesse rurale malienne : partir ou rester, le grand choix</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Sahel Tribune]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 10 Jun 2026 07:36:42 +0000</pubDate>
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<p>Entre changement climatique, chômage et manque d’opportunités, des milliers de jeunes quittent les campagnes maliennes. Face à l’exode rural, le Mali cherche à créer les conditions d’un avenir durable pour sa jeunesse.</p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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<p class="wp-block-paragraph"><em><strong>Ils ont entre 18 et 35 ans, ont grandi dans les villages du Sahel, regardé partir leurs frères et cousins, et se posent aujourd&rsquo;hui la même question : faut-il rester sur la terre de leurs ancêtres ou tenter sa chance à Bamako, à Dakar, ou plus loin encore ? Cette interrogation, des centaines de milliers de jeunes Maliens la portent en silence. Elle est au cœur d&rsquo;une crise silencieuse qui redessine les campagnes maliennes.</strong></em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Au Mali, la migration rurale n&rsquo;est pas un phénomène nouveau. Depuis des générations, les hommes partent en saison sèche pour travailler dans les villes ou en Côte d&rsquo;Ivoire, avant de rentrer avec quelques billets pour la famille, se payer du luxe ou encore préparer un mariage. Mais ce qui se joue aujourd&rsquo;hui est d&rsquo;une autre nature : des jeunes, de plus en plus nombreux, partent sans retour prévu.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Selon les estimations, environ&nbsp;<a href="https://www.ifad.org/documents/d/new-ifad.org/investing-in-rural-people-in-mali-pdf">60 % de la population malienne vit encore en zone rurale</a>. Pourtant, Bamako croît à un rythme de 5 à 6 % par an, portée en grande partie par cet afflux de migrants internes. Les régions de Ségou, Mopti, Kayes et Sikasso sont les plus touchées par ce départ massif de leurs forces vives.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce n&rsquo;est pas l&rsquo;aventure qui pousse ces jeunes à partir. C&rsquo;est, bien souvent, l&rsquo;absence de perspectives : des terres appauvries par des décennies de sécheresse, peu d&#8217;emplois, des infrastructures défaillantes, et le sentiment que l&rsquo;avenir est ailleurs.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Les racines du départ : entre crise climatique et manque d&rsquo;opportunités</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le premier facteur qui pousse les jeunes ruraux maliens vers les villes est d&rsquo;ordre climatique. La pluviométrie irrégulière, la désertification rampante du Sahel et la dégradation des terres réduisent chaque année les rendements agricoles. Des familles qui se nourrissaient et vivaient de l&rsquo;agriculture se retrouvent dans l&rsquo;incapacité de subvenir à leurs besoins.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les jeunes, qui auraient autrefois hérité de la parcelle familiale et perpétué les savoir-faire agricoles, se retrouvent face à une terre qui ne peut plus les nourrir. Le changement climatique n&rsquo;est pas une abstraction pour un paysan du Sahel : c&rsquo;est la récolte qui diminue d&rsquo;année en année, le puits qui se tarit, le troupeau qui maigrit.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au-delà de l&rsquo;agriculture, c&rsquo;est l&rsquo;absence quasi totale d&rsquo;activités économiques diversifiées en milieu rural qui condamne les jeunes à l&rsquo;exode. Peu d&rsquo;industries, peu de PME, peu d&rsquo;artisanat organisé capable d&rsquo;absorber une main-d&rsquo;œuvre jeune et croissante. Les zones rurales maliennes manquent cruellement d&rsquo;investissements structurants.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À cela s&rsquo;ajoute la question de l&rsquo;éducation. De nombreux jeunes qui ont suivi une scolarité complète, parfois jusqu&rsquo;au baccalauréat, ne trouvent aucune application locale à leurs compétences. Ils se retrouvent dans une situation paradoxale : trop formés pour la vie rurale traditionnelle, pas encore assez armés pour le marché de l&#8217;emploi urbain.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Partir pour quoi ? La réalité de l&rsquo;exode</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La ville n&rsquo;est pas toujours l&rsquo;eldorado imaginé. Beaucoup de jeunes migrants ruraux rejoignent l&rsquo;économie informelle à Bamako : vendeurs ambulants, maçons, gardiens, conducteurs de moto-taxi. Ils survivent, envoient quelques francs au village, et nourrissent l&rsquo;espoir d&rsquo;une promotion qui tarde souvent à venir.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les bidonvilles et quartiers périphériques de Bamako — Kabala, Faladié, Niamakoro — concentrent ces populations fragilisées, souvent sans accès aux services de base. L&rsquo;exode rural résout rarement la pauvreté : il la déplace géographiquement et la transforme.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pourtant, ces jeunes migrants jouent un rôle économique essentiel. Les sommes qu&rsquo;ils envoient à leurs familles restées au village constituent, pour beaucoup de ménages ruraux, la principale source de revenus monétaires. Ces transferts informels, invisibles dans les statistiques officielles, sont un pilier discret de l&rsquo;économie malienne.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Rester : une résistance qui s&rsquo;organise</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Face à l&rsquo;exode, des initiatives locales et nationales tentent de créer les conditions d&rsquo;un avenir possible en zone rurale. Des programmes d&rsquo;appui à l&rsquo;entrepreneuriat agricole, soutenus par l&rsquo;État malien et des partenaires locaux, permettent à certains jeunes de moderniser leurs exploitations et d&rsquo;en vivre dignement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La culture maraîchère irriguée, l&rsquo;aviculture, la transformation de produits locaux : ces filières, longtemps négligées, offrent des perspectives réelles pour une jeunesse qui accepte de réinventer le rapport à la terre. Des coopératives de jeunes, dans plusieurs régions, montrent qu&rsquo;il est possible de vivre et de prospérer au village.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;extension progressive de la couverture réseau mobile au Mali ouvre également des perspectives inédites. Des jeunes ruraux formés aux métiers du numérique — maintenance informatique, commerce en ligne, community management — peuvent désormais exercer depuis leur village des activités qui étaient autrefois réservées aux citadins.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces expériences restent encore marginales, mais elles dessinent une voie possible : celle d&rsquo;un développement rural qui ne demande plus aux jeunes de choisir entre leur terre et leur avenir.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Les politiques publiques face au défi</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Les autorités maliennes ont pris la mesure du phénomène. Plusieurs programmes nationaux ciblent spécifiquement la jeunesse rurale, comme la formation professionnelle agricole, la construction d&rsquo;infrastructures dans les zones isolées.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces efforts méritent d&rsquo;être amplifiés. Car l&rsquo;enjeu est double : il s&rsquo;agit à la fois de retenir les jeunes qui souhaitent rester et de créer des conditions dignes pour ceux qui choisissent de revenir après une expérience urbaine. Le village de demain sera celui qui sait accueillir des compétences nouvelles.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La question de la jeunesse rurale est, au fond, celle de la souveraineté alimentaire et du modèle de développement malien. Un pays qui vide ses campagnes de ses jeunes perd bien plus que de la main-d&rsquo;œuvre agricole : il perd la mémoire vivante de ses territoires et la capacité de les faire fructifier.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le choix entre partir et rester que vivent des centaines de milliers de jeunes Maliens n&rsquo;est pas un choix individuel : c&rsquo;est le symptôme d&rsquo;un déséquilibre profond entre les territoires. Relever ce défi nécessite des politiques volontaristes, des investissements durables et une écoute sincère de ceux qui font encore le pari du village. Car c&rsquo;est dans les campagnes, autant que dans les villes, que se joue l&rsquo;avenir du Mali. Les autorités maliennes de la Transition l’ont bien compris et travaillent déjà pour y rémédier à travers plusieurs initiatives.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>A.D</strong></p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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		<title>Le sinankunya face au monde moderne : la plaisanterie à cousinage survit-elle en ville ?</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Chiencoro]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 07 Jun 2026 00:00:00 +0000</pubDate>
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<p>Valeur centrale du Programme national d’éducation aux valeurs, le sinankunya demeure un puissant mécanisme de cohésion sociale au Mali. </p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Au Mali, cette institution pluriséculaire qui permet à des communautés entières de se moquer les unes des autres sans qu&rsquo;une goutte de sang coule est érigée en valeur cardinale par le Programme National d&rsquo;Éducation aux Valeurs. Mais entre les embouteillages de Bamako, les smartphones et l&rsquo;individualisme ambiant, que reste-t-il du pacte ?</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La scène se passe à un carrefour de Bamako, côté Lafiabougou. Deux hommes viennent de se rentrer dedans avec leurs motos. Casques inexistants, jurons immédiats. L&rsquo;un lance le nom de l&rsquo;autre. L&rsquo;autre reconnaît une terminaison patronymique. Un silence d&rsquo;une demi-seconde. Puis les deux éclatent de rire — parce qu&rsquo;ils sont&nbsp;<em>sinanku</em>, cousins à plaisanterie. Ils se mettent à s&rsquo;insulter avec une tendresse qui déroute les passants non initiés. La dispute s&rsquo;évapore. Les motos repartent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce genre de scène existe encore. Mais de moins en moins. Et c&rsquo;est précisément ce rétrécissement-là qui inquiète les rédacteurs du Programme National d&rsquo;Éducation aux Valeurs (PNEV) malien, lancé par les autorités de la Transition. Le texte cite le&nbsp;<em>sinankunya</em>&nbsp;parmi les «&nbsp;<em>valeurs existentielles</em>&nbsp;» du pays, aux côtés de la solidarité, de l&rsquo;hospitalité et de l&rsquo;honnêteté. Autrement dit : le considère comme un pilier de la cohésion nationale, pas comme un folklore pittoresque.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La question est de savoir si ce pilier tient encore le plafond.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Un pacte sacré déguisé en dérision</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Avant de se demander ce qu&rsquo;il devient, rappelons ce qu&rsquo;il est. Le&nbsp;<em>sinankunya</em>&nbsp;— ou&nbsp;<em>sanankuya</em>&nbsp;selon les langues — est traduit dans le PNEV comme «&nbsp;<em>parenté à plaisanterie</em>&nbsp;». La formule est juste mais réductrice. Il s&rsquo;agit en réalité, selon le document, d&rsquo;un «&nbsp;<em>pacte d&rsquo;alliance et de non-agression érigé en lien de parenté, associé à un jeu de dérision mutuelle, chacun se retrouvant en l&rsquo;autre</em>&nbsp;». Un traité de paix déguisé en joute verbale.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ses fondements sont anciens et divers. Entre certains patronymes, l&rsquo;alliance est héréditaire : les Traoré et les Diarra se charient depuis des siècles, les Coulibaly et les Fomba aussi, les Bozo et les Dogon partagent un cousinage légendaire né des rives du fleuve Niger. Entre certaines communautés, elle est ethnique : Peuls et Bambaras, Soninké et Maures, Sénoufo et Dioula s&rsquo;y adonnent selon des codes propres, transmis oralement de génération en génération. Elle peut aussi être géographique, entre villages voisins dont l&rsquo;histoire a forgé des liens d&rsquo;alliance et de complémentarité économique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans tous les cas, le mécanisme est le même : l&rsquo;insulte ritualisée est permise, voire obligatoire. «&nbsp;<em>Tu es mon esclave</em>&nbsp;», «&nbsp;<em>vous mangez des lézards</em>&nbsp;», «&nbsp;<em>vous êtes des consommateurs du haricot</em>&nbsp;», «&nbsp;<em>vous n&rsquo;êtes bons qu&rsquo;à garder les chèvres</em>&nbsp;» — autant de formules qui, dans un autre contexte, déclencheraient une bagarre, et qui ici appellent une réponse du même tonneau, dans le rire. L&rsquo;anthropologue Germaine Dieterlen, qui avait étudié ces pratiques chez les Dogon dans les années 1940, avait été frappée par leur capacité à désamorcer les tensions que d&rsquo;autres sociétés règlent par la violence.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Un amortisseur de conflits à grande échelle</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui fait la spécificité du&nbsp;<em>sinankunya</em>&nbsp;par rapport à d&rsquo;autres formes de plaisanterie culturelle dans le monde, c&rsquo;est son ancrage institutionnel. Il n&rsquo;est pas une blague. C&rsquo;est un droit et un devoir codifiés, assortis d&rsquo;obligations précises. Le PNEV le décrit comme «&nbsp;<em>un formidable moyen de médiation sociale, qui participe des mécanismes traditionnels vivants de résolution des conflits à toutes les échelles</em>&nbsp;». Le mot «&nbsp;<em>vivants</em>&nbsp;» mérite attention — les rédacteurs y croient encore.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et l&rsquo;histoire leur donne des raisons d&rsquo;y croire. Des chercheurs ont documenté des situations de tension intercommunautaire — disputes foncières, palabres entre villages, froissements de prestige — où l&rsquo;invocation du&nbsp;<em>sinankunya</em>&nbsp;entre protagonistes a suffi à désamorcer ce qui menaçait de dégénérer. L&rsquo;humour comme soupape. La dérision comme traité de paix. La moquerie comme sauf-conduit diplomatique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans le contexte malien actuel, marqué par des années de crise sécuritaire et une véritable guerre informationnelle, la valeur opérationnelle de ce mécanisme n&rsquo;est pas seulement symbolique. Elle est potentiellement vitale.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Bamako, broyeuse de pactes</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Mais voilà le problème : Bamako n&rsquo;est pas un village. Et c&rsquo;est dans les villes que se joue désormais la majorité de la vie sociale malienne. La capitale a quintuplé de population en trente ans. Elle abrite aujourd&rsquo;hui plus de trois millions de personnes venues de tous les horizons du pays — et au-delà. Dans cet espace urbain saturé, anonyme, où l&rsquo;on ne sait pas toujours qui est son voisin de palier, encore moins son patronyme, le&nbsp;<em>sinankunya</em>&nbsp;perd sa condition d&rsquo;existence première : la connaissance de l&rsquo;autre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Car le pacte repose sur la reconnaissance. Pour plaisanter avec quelqu&rsquo;un, encore faut-il savoir qu&rsquo;on est son&nbsp;<em>sinanku</em>. Or dans les quartiers populaires de Bamako — Banconi, Sogoniko, Yirimadio —, les gens se croisent sans se voir, travaillent ensemble sans jamais apprendre d&rsquo;où ils viennent. La mobilité sociale brasse les patronymes mais dilue les codes. Un Keïta né à Bamako de parents originaires de Ségou et éduqué dans une école française peut très bien ne jamais avoir appris avec qui sa famille partage un cousinage.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le PNEV le reconnaît à demi-mot : «&nbsp;<em>l&rsquo;effritement de l&rsquo;autorité parentale</em>&nbsp;» et les transformations urbaines ont «&nbsp;<em>sérieusement affecté nos valeurs culturelles fondamentales comme le cousinage, la solidarité et l&rsquo;entraide</em>&nbsp;». Le cousinage vient en premier dans la liste. Ce n&rsquo;est pas un hasard.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Le smartphone ne sait pas jouer à ça</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a aussi la question des écrans. Le&nbsp;<em>sinankunya</em>&nbsp;est une pratique de présence physique. Son efficacité sociale tient précisément à ce qu&rsquo;elle se déploie en public, devant témoins, dans un espace partagé. La plaisanterie prend son sens dans le regard des autres — qui rient, qui valident, qui rappellent les règles si quelqu&rsquo;un dépasse les bornes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Or la sociabilité numérique, qui a colonisé une large part du temps social des jeunes Maliens, obéit à d&rsquo;autres logiques. On ne sait pas encore très bien comment plaisanter sur WhatsApp avec son cousin-à-plaisanterie — surtout quand on n&rsquo;a jamais appris qu&rsquo;il l&rsquo;était. Les mèmes, les GIF, les stories ne véhiculent pas les codes du&nbsp;<em>sinankunya</em>. Et ce qui ne passe pas par les écrans finit, pour une génération entière, par n&rsquo;exister que vaguement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a là un paradoxe que les autorités maliennes perçoivent sans toujours savoir comment l&rsquo;adresser : comment numériser quelque chose qui n&rsquo;existe que dans le corps-à-corps, dans la voix, dans le geste, dans l&rsquo;espace commun de la rue ou du marché ?</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Résistances et réinventions</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Pourtant, le&nbsp;<em>sinankunya</em>&nbsp;n&rsquo;est pas mort. Loin de là. Il se pratique encore, intensément, dans les cérémonies familiales — mariages, baptêmes, funérailles — où les retrouvailles entre cousins à plaisanterie donnent lieu à des joutes verbales d&rsquo;une inventivité parfois vertigineuse. Il survit aussi dans certaines professions où la sociabilité est dense : les marchés, les transports en commun, certains milieux associatifs. Des griots en font même une spécialité, rappelant publiquement les alliances lors des grands rassemblements.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Plus surprenant : des formes de&nbsp;<em>sinankunya</em>&nbsp;ont émergé entre groupes ethniques que la crise sécuritaire avait mis en tension. Des initiatives de réconciliation intercommunautaire, notamment dans le centre du Mali, ont délibérément convoqué le mécanisme traditionnel pour créer un espace de parole détendue entre communautés dont les relations s&rsquo;étaient crispées. La plaisanterie comme thérapie collective. L&rsquo;insulte ritualisée comme première étape vers le dialogue.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs sur ce terrain-là que le PNEV place ses espoirs les plus explicites : le&nbsp;<em>sinankunya</em>&nbsp;y est présenté non seulement comme un héritage à préserver, mais comme un «&nbsp;<em>instrument vivant de résolution des conflits&nbsp;</em>», mobilisable aujourd&rsquo;hui à toutes les échelles, du quartier au pays.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Un pari sur la transmission</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le vrai défi n&rsquo;est pas de défendre le&nbsp;<em>sinankunya</em>&nbsp;contre la modernité. C&rsquo;est de l&rsquo;enseigner à une génération qui ne l&rsquo;a pas reçu naturellement. C&rsquo;est là que le PNEV tente quelque chose d&rsquo;ambitieux : intégrer ces mécanismes sociaux traditionnels dans les curricula scolaires, en faire une matière vivante plutôt qu&rsquo;un chapitre de manuel, et redonner aux griots, aux aînés et aux associations culturelles les moyens de les transmettre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le pari est plausible. Des recherches menées dans d&rsquo;autres contextes africains montrent que les pratiques culturelles de régulation sociale résistent bien mieux qu&rsquo;on ne le croit à l&rsquo;urbanisation — à condition qu&rsquo;elles soient nommées, valorisées, expliquées. Ce qui disparaît, ce n&rsquo;est pas toujours la pratique. C&rsquo;est parfois seulement la conscience de ce qu&rsquo;elle signifie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le&nbsp;<em>sinankunya</em>, ça ne s&rsquo;apprend pas dans un livre. Ça s&rsquo;apprend en riant. Sans doute. Mais encore faut-il savoir avec qui rire, et pourquoi. Et ça, c&rsquo;est précisément ce que l&rsquo;école, la famille et la société ont, depuis quelques décennies, cessé d&rsquo;enseigner. Le reste viendra peut-être tout seul.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Chiencoro Diarra&nbsp;</strong></p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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		<title>Mali Kura : ce qu’Assimi Goïta a transformé en cinq ans de refondation</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Sahel Tribune]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 06 Jun 2026 00:00:00 +0000</pubDate>
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<p>À l’approche des cinq ans de la refondation malienne, retour sur les principales réformes engagées sous Assimi Goïta : sécurité, armée, mines, Constitution, infrastructures, santé, souveraineté économique et refondation de l’État.</p>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>À l’approche des cinq ans de la refondation malienne, retour sur les principales réformes engagées sous Assimi Goïta : sécurité, armée, mines, Constitution, infrastructures, santé, souveraineté économique et refondation de l’État.</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">En août 2020, le Mali un vent de changement souffle sur le Mali avec le renversement du régime d’Ibrahim Boubacar Kéïta, pour son manque de perspective et sa gouvernance soumise aux injonctions étrangères. Comme le dit si bien un adage&nbsp;:&nbsp;«&nbsp;<em>Qui veut voyager loin doit ménager sa monture.</em>&nbsp;» En mai 2021, le colonel Assimi GOITA a consolidé le pouvoir en prenant véritablement les choses en main et impulsé un nouveau souffle à la patrie en danger. Cinq ans après, que reste-t-il de la promesse de refondation ? Plus qu&rsquo;on ne le dit. Moins qu&rsquo;on ne l&rsquo;espère. Mais assurément davantage que ce que les récits dominants, focalisés sur les ruptures diplomatiques, consentent à documenter.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Sécurité et Défense : une armée reconstruite</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Dès son investiture le 7 juin 2021, le chef suprême des Armées a érigé la sécurité comme priorité numéro 1 des actions à mener. Car sans sécurité, point de développement. Son objectif est clair&nbsp;: rétablir l’intégrité du territoire national et déployer l’administration publique partout où c’est nécessaire. C’est dans ce cadre qu’il faut également situer la militarisation de la police et de la protection civile.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Aujourd’hui, nul ne peut discuter la montée en puissance des Forces armées maliennes et de sécurité. Quand Assimi GOITA prenait le pouvoir en 2021, les FAMA étaient épuisées, sous-équipées, mal formées, moralement atteintes par des années de défaites successives sur fond de de déliquescence de la chaîne de commandement. En 2026, force est de constater que le tableau a radicalement changé.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sur le plan matériel, la rupture avec la France et le basculement vers de nouveaux partenaires — Russie, Chine, Turquie — ont permis un rééquipement conséquent et accélérée de l’Armée malienne avec un fort impact sur les vecteurs aériens. Des aéronefs de combat et de transports, des troupes, des drones de combats ainsi que des radars de dernière génération, ont été acquis.&nbsp; En décembre 2025, plus de cent véhicules blindés VN-22 de fabrication chinoise (NORINCO) sont livrés au Mali via le port de Conakry. En janvier 2026, à l&rsquo;occasion du 65e anniversaire de l&rsquo;Armée, le Président GOITA remet au Génie militaire des engins lourds de construction, des matériels de franchissement, de déminage et des stations d&rsquo;épuration d&rsquo;eau — illustrant une armée qui se veut aussi force de développement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Grâce à la montée en puissance des FAMa, les deux tiers du territoire autrefois occupés, ont été recouvrés. Pour 2026, l&rsquo;objectif des autorités maliennes demeure l&rsquo;intensification des opérations, le renforcement des effectifs et la construction de nouveaux camps dans différentes localités du pays pour ancrer durablement la présence de l&rsquo;État. Un chantier qui a été ouvert par la pose de la première pierre du camp militaire de Konobougou, dans la région de Ségou.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;hôpital militaire de Kati a été rénové et équipé pour répondre aux besoins croissants du personnel en opérations. Le Musée des armées a été inauguré, ancrant dans la mémoire nationale l&rsquo;histoire militaire du Mali. La Maison des pupilles, dédiée aux enfants de soldats tombés au champ d’honneur, a été construite — geste symbolique mais plein de sens- envers les familles des martyrs. Il faut noter l’écriture en cours de l’histoire militaire du Mali par une équipe d’experts sous la supervision du Conseil de sécurité nationale. Il convient également de noter la construction annoncée d’un mémorial militaire en hommage aux militaires tombés pour la patrie. L’adoption de la Charte nationale pour la paix et la réconciliation nationale avec la création subséquente de l’Observatoire sur les mêmes sujets.&nbsp;&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Mines et souveraineté économique : le grand retournement</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Après le secteur de la sécurité, c&rsquo;est sur le terrain minier que la Transition a produit ses résultats les plus tangibles et les plus durables. En 2023, le gouvernement adopte un nouveau Code minier (Loi n°2023-040 du 29 août 2023) et une loi sur le contenu local dans le secteur minier (Loi n°2023-041). Ces deux textes constituent une rupture réelle avec les pratiques antérieures d’extraversion des richesses du sous-sol malien au détriment des populations qui subissent les dommages de l’exploitation minière.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le nouveau code fait passer la participation obligatoire de l&rsquo;État dans les projets miniers de 20 % à 35 % — dont 10 % gratuits, 20 % achetables au prix coûtant durant les deux premières années de production, et 5 % réservés au secteur privé malien. Les clauses de stabilité, qui préservaient les intérêts des compagnies contre toute révision fiscale, sont supprimées.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">En 2024, la première mine de lithium d&rsquo;Afrique de l&rsquo;Ouest est inaugurée à Goulamina, dans la région de Bougouni, projetant le Mali comme acteur incontournable du marché des matériaux de la transition énergétique mondiale. Le 3 novembre 2025, le Général GOITA inaugurait à Bougouni la deuxième mine de lithium du Mali, exploitée par la société&nbsp;<em>Les Mines de Lithium de Bougouni SA (LMLB SA)</em>, fruit d&rsquo;un partenariat entre l&rsquo;État malien, la compagnie britannique&nbsp;<em>Kodal Mining UK Ltd</em>&nbsp;et le groupe chinois&nbsp;<em>Hainan Mining Co. Ltd</em>, filiale de&nbsp;<em>Fosun International</em>. La première production de concentré de spodumène a démarré dès février 2025, et les premiers envois commerciaux ont été expédiés dès la fin de l&rsquo;année via le port de San Pedro, en Côte d&rsquo;Ivoire. En mai 2026, les revenus cumulés des trois premiers chargements dépassaient 89 millions de dollars.&nbsp;</p>



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<iframe title="Mali Kura : ce qu’Assimi Goïta a transformé en cinq ans de refondation" width="1170" height="658" src="https://www.youtube.com/embed/9jzU1QDv9qU?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen></iframe>
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<p class="wp-block-paragraph">Autre acquis structurel de la réforme minière : la création du Fonds minier de développement local (FMDL), mécanisme de redistribution territoriale des recettes minières destiné à financer directement les collectivités locales des zones d&rsquo;extraction. Le 12 mars 2026, le gouvernement malien a procédé à la distribution de plus de 18,4 milliards de francs CFA aux collectivités territoriales dans le cadre du Fonds minier de développement local. Pour la première fois dans l&rsquo;histoire minière récente du Mali, les richesses du sous-sol redescendent vers les populations riveraines des zones minières.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le 16 juin 2025, le Général Assimi GOITA a posé la première pierre de SOROMA-SA, la toute première raffinerie nationale d&rsquo;or&nbsp;&nbsp;à Sénou, en Commune VI de Bamako — fruit d&rsquo;un partenariat public-privé entre l&rsquo;État malien, qui détient 62 % du capital, et la société russe Yadran. L&rsquo;infrastructure, qui s&rsquo;étend sur cinq hectares, est conçue pour traiter jusqu&rsquo;à 200 tonnes d&rsquo;or par an — soit quatre fois la production nationale actuelle — avec des certifications LBMA permettant l&rsquo;exportation de lingots reconnus sur les marchés internationaux. Ce projet met fin à des décennies d&rsquo;exportation de minerai brut vers des raffineries étrangères.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Cadre juridique et institutionnel : le Mali se dote d&rsquo;un nouveau socle</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Parallèlement, la révision du cadastre minier a constitué un chantier de gouvernance majeur.&nbsp;&nbsp;L&rsquo;audit du secteur mené en 2023 avait révélé de nombreuses irrégularités dans l&rsquo;attribution et le transfert des permis — des situations opaques qui avaient permis à certaines compagnies de contourner les obligations fiscales et environnementales de l&rsquo;État. La mise à jour et la numérisation du cadastre minier permettent désormais une traçabilité accrue des titres miniers, de la phase de recherche à la phase d&rsquo;exploitation, réduisant les marges d&rsquo;opacité qui avaient coûté à l&rsquo;État malien entre 300 et 600 milliards de FCFA d&rsquo;irrégularités selon les cabinets Inventus et Mazars.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">En plus de ces réformes majeures, il convient de rappeler aussi que le 18 juin 2023, les Maliens ont adopté par référendum une nouvelle Constitution, approuvée à 96,91 % des suffrages exprimés. Ce texte consacre plusieurs avancées : officialisation des langues nationales aux côtés du français, renforcement des pouvoirs du Président, création d&rsquo;un Sénat, reconnaissance des autorités traditionnelles. C&rsquo;est l&rsquo;acte fondateur du Mali Kura — le Mali nouveau. Ce texte fondamental fut adopté le 22 juillet 2023 par le Conseil National de Transition et promulgué par le Président de la Transition.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sur le plan pénal, un nouveau Code pénal et un nouveau Code de procédure pénale ont été adoptés, modernisant un arsenal juridique pas toujours adapté à la complexité des besoins de justice ressentis par les justiciables. Le Programme national d&rsquo;éducation aux valeurs (PNEV) — ancré dans la Charte de Kurukanfuga et les manuscrits de Tombouctou — a été lancé pour refonder le lien civique et patriotique.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Économie et infrastructures : construire malgré les crises</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">La Transition a hérité d&rsquo;une économie fragilisée par les sanctions de la CEDEAO (janvier à juillet 2022), la dépréciation des devises et la crise alimentaire sahélienne. Dans ce contexte difficile, plusieurs chantiers ont été engagés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La centrale solaire de Safo, en construction depuis mai 2024, fait partie d&rsquo;un programme avec Sanankoroba et Tiakadougou-Dialakoro, destiné à réduire le déficit énergétique chronique du pays. Des modules de formation en énergie solaire ont été introduits dans l&rsquo;enseignement supérieur, anticipant les besoins en compétences d&rsquo;une économie en transition énergétique. L&rsquo;Université de Sikasso a été créée — dont la Faculté des sciences agronomiques et vétérinaires est en cours d&rsquo;opérationnalisation — offrant pour la première fois à la troisième ville du pays une institution universitaire de plein exercice.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les routes Koulikoro et Kati sont en cours de rénovation, désenclavant des bassins de production agricole et industrielle. La COMATEX (Compagnie malienne de textile) et l&rsquo;UMPP (Usine malienne des produits pharmaceutiques) ont été relancées, ravivant deux fleurons industriels qui symbolisaient le projet d&rsquo;indépendance économique du Mali depuis l&rsquo;époque de Modibo KEITA. Des centres de formation professionnelle ont été ouverts pour répondre à la demande d&#8217;emploi des jeunes. Le Pacte de stabilité sociale et de croissance, adopté en août 2023 pour la période 2023-2027, a structuré les relations entre l&rsquo;État et les syndicats autour de l&rsquo;équité salariale, du dialogue social et de l&rsquo;amélioration des conditions de travail. L’une des avancées majeures dans ce cadre constitue d’ores et déjà l’augmentation du salaire des fonctionnaires de l’État et des Collectivités territoriales. Il faut rappeler aussi la vision Mali 2063 — un document prospectif — pour l’émergence du Mali dans les quarante prochaines années.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Santé et social : l&rsquo;État qui prend soin</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Les hôpitaux de district ont bénéficié d&rsquo;investissements en équipements, notamment dans des zones où la crise sécuritaire avait fragilisé l&rsquo;offre de soins. Des centres de dialyse ont été créés ou équipés, répondant à un besoin sanitaire croissant dans un pays où les maladies rénales chroniques progressent. L&rsquo;INPS a maintenu ses prestations — plus de 2,1 milliards de FCFA d&rsquo;allocations familiales versées entre janvier et mai 2026 — témoignant de la continuité de la protection sociale malgré les turbulences.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le Centre d&rsquo;intelligence artificielle et de robotique du Mali — l&rsquo;un des premiers du genre en Afrique de l&rsquo;Ouest — est en construction, signal d&rsquo;une volonté de ne pas laisser le Mali à l&rsquo;écart de la révolution technologique mondiale. Les œuvres sociales du Président de la Transition — kits alimentaires, motos pour personnes handicapées, soutien aux familles de martyrs, aux familles démunis — ont maintenu un lien de proximité entre l&rsquo;institution présidentielle et les populations les plus vulnérables.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il convient de rappeler aussi la construction et l’équipement de divers établissements scolaires à travers le pays. Aussi, le 10 novembre 2025, le Général d’Armée Assimi GOITA a posé la première pierre du Projet présidentiel d&rsquo;urgence hospitalière au Centre de santé de référence de Korofina, dans la Commune I de Bamako, donnant le coup d&rsquo;envoi d&rsquo;un programme de modernisation sanitaire d&rsquo;envergure nationale. Le projet prévoit la construction de 15 nouveaux hôpitaux à travers le pays et la transformation des Centres de santé de référence des sept arrondissements du district de Bamako en hôpitaux de district. Il s&rsquo;inscrit dans la continuité des États généraux de la santé de décembre 2024, qui avaient mis en lumière la nécessité de rapprocher les soins des populations et d&rsquo;améliorer la qualité des services médicaux à l&rsquo;échelle nationale.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce chantier de la refondation et de la souveraineté est loin d&rsquo;être achevé. La refondation, si elle devait être autre chose qu&rsquo;un slogan, supposerait des choix difficiles : sur la gouvernance, sur la réconciliation des communautés déchirées par des années de conflit. Mais elle est en cours et se poursuit de plus belle. Cela mérite bien d&rsquo;être dit.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>A.D</strong></p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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		<title>Mali : quand l&#8217;État reprend le terrain — mètre carré par mètre carré, cylindrée par cylindrée</title>
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		<pubDate>Fri, 05 Jun 2026 00:00:00 +0000</pubDate>
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<p>Le Mali renforce sa stratégie de lutte contre le terrorisme avec l’interdiction des motos de plus de 125 cm³ et le classement de 39 forêts en zones militaires. Analyse d’une doctrine de reconquête territoriale visant à priver les groupes armés de leurs sanctuaires et de leurs moyens de mobilité.</p>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>En vingt-quatre heures, Bamako a interdit les motos de plus de 125 cm³ sur l&rsquo;ensemble du territoire et classé 39 forêts en zones militaires fermées. Deux décisions que les commentateurs pressés lisent comme des restrictions. Ce sont en réalité deux batailles dans une même guerre : celle de la reconquête de la souveraineté territoriale.</em></strong><strong></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La guerre contre le terrorisme sahélien se gagne ou se perd dans les détails logistiques. Les groupes armés terroristes ne sont pas des armées conventionnelles dotées de chars et de pièces d&rsquo;artillerie. Ce sont des réseaux de mobilité légère, d&rsquo;infiltration forestière et de soutien civil contraint. C&rsquo;est exactement ce que les deux arrêtés du 3 juin 2026 s&#8217;emploient à neutraliser, l&rsquo;un en verrouillant les refuges naturels, l&rsquo;autre en coupant l&rsquo;accès aux vecteurs de déplacement rapide. Critiquer ces mesures sans comprendre leur logique opérationnelle, c&rsquo;est lire la guerre avec des lunettes de temps de paix.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>La moto : l&rsquo;arme tactique que personne ne voulait réguler</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Avant de parler de liberté commerciale ou de droits des importateurs, parlons stratégie. Dans tout le Sahel, la moto de forte cylindrée — 125 cm³ et plus — est devenue depuis dix ans l&rsquo;arme tactique de prédilection des groupes armés terroristes. Elle est rapide, silencieuse comparée à un véhicule à moteur, capable de traverser des terrains que les véhicules militaires ne peuvent pas emprunter, facile à dissimuler, simple à entretenir et d&rsquo;acquisition aisée sur les marchés locaux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les attaques de villages, les assassinats ciblés d&rsquo;élus locaux, les enlèvements, les poses d&rsquo;engins explosifs improvisés sur les pistes : dans l&rsquo;immense majorité des cas documentés au Mali, au Burkina Faso et au Niger, ces actions ont été conduites par des hommes à moto. L&rsquo;armée française, pendant l&rsquo;opération Barkhane, avait <a href="https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/docs/RINFANR5L15B2696.raw" target="_blank" rel="noreferrer noopener">identifié ce phénomène dès 2014</a> et tenté, avec des résultats limités, de cartographier les flux d&rsquo;approvisionnement en motocyclettes dans la bande sahélo-saharienne.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La décision de Bamako d&rsquo;interdire l&rsquo;importation, le transit, la commercialisation et la distribution des motos de 125 cm³ et plus (arrêté interministériel n°2026-1313, signé par cinq ministères) n&rsquo;est pas une mesure économique déguisée. C&rsquo;est une décision de guerre. Elle vise à assécher l&rsquo;approvisionnement en engins de combat légers des groupes armés qui opèrent sur le territoire malien. Le fait qu&rsquo;elle pénalise également des usages civils légitimes — transport rural, artisanat, commerce — est un coût réel, assumé, dans le cadre d&rsquo;une logique de guerre totale contre un ennemi qui se nourrit de la porosité des marchés civils.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Les forêts comme théâtres de guerre : la logique de l&rsquo;opération DOUGOUKOLOKO</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le second arrêté — n°2026-1311, signé le même jour sous l&rsquo;égide de six ministères — est encore plus révélateur de l&rsquo;évolution doctrinale de l&rsquo;armée malienne. Trente-neuf forêts et parcs nationaux sont classés «&nbsp;<em>Zones d&rsquo;intérêt militaire d&rsquo;accès interdit à la population civile</em>&nbsp;». L&rsquo;accès y est strictement soumis à l&rsquo;autorisation d&rsquo;une autorité militaire locale, placée sous la responsabilité directe du chef d&rsquo;état-major général des Armées. Seuls les militaires, les forces de sécurité, les Douanes et les Eaux et Forêts peuvent y pénétrer sur ordre de la hiérarchie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce texte abroge et remplace l&rsquo;arrêté de décembre 2023 qui gérait ces mêmes zones sous l&rsquo;égide de l&rsquo;opération «&nbsp;<em>Maliko</em>&nbsp;» avec un régime d&rsquo;accès simplement limité. Le passage d&rsquo;un accès limité à un accès strictement interdit marque un changement de doctrine fondamental : il ne s&rsquo;agit plus de surveiller ces espaces, mais de les vider de toute présence civile pour y conduire des opérations militaires sans risque de dommages collatéraux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La géographie des sites concernés dit tout de la stratégie. Les forêts visées couvrent l&rsquo;ensemble du territoire malien, du nord au sud, de l&rsquo;est à l&rsquo;ouest : la forêt de la Faya à Zantiguila, les monts Manding à Faraba, les forêts de Keniebaoulé et Bossofala près de Bamako, le Parc national de la Boucle du Baoulé, la forêt de Wagadou à Nara, les forêts de Faïra à Ségou, de Sossebougou à Macina, de Tangadrin à Goundam. Ce sont les refuges naturels que les groupes armés exploitent depuis des années pour préparer leurs attaques, stocker des armes et se déplacer à l&rsquo;abri des frappes aériennes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La guerre asymétrique impose des réponses asymétriques. La liberté de circuler dans une forêt pèse peu face à la liberté de ne pas être massacré dans son village.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>La doctrine de la reconquête : une cohérence stratégique</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui frappe, dans la lecture conjointe de ces deux arrêtés, c&rsquo;est leur cohérence doctrinale. Les groupes armés terroristes opèrent selon un triptyque bien documenté par les spécialistes du contre-terrorisme : mobilité, sanctuarisation, soutien logistique civil contraint. L&rsquo;arrêté sur les motos s&rsquo;attaque à la mobilité. L&rsquo;opération DOUGOUKOLOKO s&rsquo;attaque à la sanctuarisation. Les deux ensembles commencent à construire ce que les armées appellent un «&nbsp;<em>environnement dégradé</em>&nbsp;» pour l&rsquo;ennemi — un espace dans lequel ses avantages comparatifs sont progressivement érodés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette approche est cohérente avec l&rsquo;évolution générale de la doctrine contre-insurrectionnelle dans les conflits asymétriques. Des opérations similaires ont été menées en Colombie contre les FARC, en Malaisie lors de l&rsquo;urgence de 1948-1960, aux Philippines contre Abu Sayyaf. Dans chacun de ces cas, la reconquête territoriale est passée par la fermeture administrative des sanctuaires naturels et le contrôle des flux de mobilité des combattants.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Le Mali fait ce que d&rsquo;autres ont refusé de faire</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Il faut le dire clairement : ces décisions ont le mérite d&rsquo;exister. Pendant des années, les gouvernements successifs du Mali — et les partenaires internationaux qui les accompagnaient — ont reculé devant les mesures contraignantes, par peur des réactions de l&rsquo;opinion, des pressions économiques ou des critiques des organisations de défense des droits humains. Résultat : les groupes armés ont prospéré dans les forêts maliennes, se sont équipés sur les marchés maliens, se sont déplacés sur les pistes maliennes avec des motos achetées dans les villes maliennes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le gouvernement de Transition a décidé de rompre avec cette paralysie. Les arrêtés du 3 juin 2026 sont des actes de gouvernement assumés, signés conjointement par plusieurs ministères, avec des dispositifs de mise en œuvre et de contrôle. Ce n&rsquo;est pas de la communication — c&rsquo;est de la politique. Et cette politique, aussi douloureuse soit-elle pour certains acteurs économiques et certaines communautés rurales, s&rsquo;inscrit dans une logique de reconquête de la souveraineté territoriale qui est la condition première de tout développement futur.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le Mali fait la guerre. Pas métaphoriquement. Réellement. Et dans une guerre réelle, les mesures de temps de guerre s&rsquo;appliquent. Ceux qui les critiquent depuis des capitales en paix feraient bien de regarder d&rsquo;abord le prix que paient les populations maliennes pour l&rsquo;absence de ces mesures depuis trop longtemps.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Foula D. Massé</strong></p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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