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	<title>Archives des chroniques du Sahel : analyse de l&#039;actualité de la semaine &#8212; Sahel Tribune</title>
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	<title>Archives des chroniques du Sahel : analyse de l&#039;actualité de la semaine &#8212; Sahel Tribune</title>
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		<title>[Billet d’humeur] Vivre selon ses principes, ou ne pas vivre du tout</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Fousseni TOGOLA]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 17 Jun 2026 04:00:00 +0000</pubDate>
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<p>Dans cette réflexion philosophique, Fousseni Togola explore l'importance de la fidélité à ses principes à travers les enseignements de Kant et de Marc Aurèle. Une analyse sur l'intégrité, la cohérence morale et la construction de soi.</p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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<p class="wp-block-paragraph">Il y a une chose que l&rsquo;on apprend tard dans la vie, et que l&rsquo;on paie cher d&rsquo;avoir apprise trop tard : on ne peut pas s&rsquo;improviser une autre nature. L&rsquo;homme qui trahit ses propres principes ne devient pas quelqu&rsquo;un d&rsquo;autre — il devient une version dégradée de lui-même. Une version que ses proches ne reconnaissent plus, et qu&rsquo;il ne reconnaît pas non plus quand il s&rsquo;y regarde honnêtement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Kant appelait cela la maxime. Non pas un caprice moral ou une bonne intention du dimanche, mais une règle de conduite que l&rsquo;on se fixe à soi-même et à laquelle on entend demeurer fidèle dans toutes les circonstances de l&rsquo;existence — y compris, et surtout, dans celles où il serait plus commode de s&rsquo;en écarter. Ce n&rsquo;est pas une contrainte que la société nous impose. C&rsquo;est la loi que nous nous donnons à nous-mêmes pour rester cohérents avec ce que nous prétendons être.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>«&nbsp;Agis</em>&nbsp;toujours d&rsquo;<em>après</em>&nbsp;une&nbsp;<em>maxime</em>&nbsp;dont&nbsp;<em>tu</em>&nbsp;puisses&nbsp;<em>vouloir qu</em>&lsquo;<em>elle</em>&nbsp;soit en&nbsp;<em>même temps</em>&nbsp;une&nbsp;<em>loi universelle</em><em>&nbsp;</em><em>»</em>, écrit Emmanuel Kant, dans les&nbsp;<em>Fondements de la métaphysique des mœurs</em>.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Or, que se passe-t-il lorsqu&rsquo;on s&rsquo;en éloigne ? Ce n&rsquo;est pas spectaculaire, au début. On accepte une petite entorse — circonstances exceptionnelles, dira-t-on. Puis une autre. Puis une dérogation devient habitude, et l&rsquo;habitude devient caractère. On cède sur ce qu&rsquo;on refusait, on tolère ce qu&rsquo;on condamnait, on adhère à des règles de vie en contradiction avec soi-même. Et on se retrouve méconnaissable — d&rsquo;abord aux yeux des autres, qui ont la mémoire longue ; puis à ses propres yeux, ce qui est infiniment plus grave.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;homme sans principes fixes est un bateau sans gouvernail : il avance, certes. Mais vers où ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans la vie privée, cette inconstance produit des ravages silencieux. Un couple se construit sur des valeurs partagées, sur la confiance que chaque partenaire ne se dérobera pas à ce qu&rsquo;il a promis d&rsquo;être. Lorsque l&rsquo;un des deux commence à se déformer — sous la pression des circonstances, de l&rsquo;ambition, de la peur ou de la facilité —, l&rsquo;autre se retrouve face à un inconnu. Il n&rsquo;a pas épousé cet homme-là, pas choisi cette femme-là. Le contrat moral qui fondait l&rsquo;union s&rsquo;effiloche. Et ce que l&rsquo;on appelle mésentente, et ce qui peut mener au divorce, n&rsquo;est souvent que le nom poli donné à cette chose plus grave : la disparition de l&rsquo;interlocuteur que l&rsquo;on avait choisi.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Marc-Aurèle, qui gouvernait un empire et trouvait quand même le temps de se gouverner lui-même, notait dans ses&nbsp;<em>Pensées pour moi-même</em>&nbsp;que la vie philosophique n&rsquo;est rien d&rsquo;autre qu&rsquo;un entraînement quotidien à rester fidèle à ses résolutions. Pas une illumination. Un entraînement. Une discipline dont on ne se dispense jamais, parce que les occasions de se dispenser sont précisément les moments où elle est la plus nécessaire.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>«&nbsp;</em><em>Agis sans mauvais gré, sans mépris de l’intérêt commun, sans irréflexion, sans tirer par côté. Qu’aucune recherche ne pare ta pensée. Parle peu, et ne t’ingère point dans de multiples affaires.</em>&nbsp;<em>»</em>, recommande Marc Aurèle, dans le Livre III des Pensées pour moi-même.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il ne s&rsquo;agit pas de rigidité. Nos principes peuvent évoluer — ils le doivent, même, à mesure que l&rsquo;expérience nous instruit et que la raison s&rsquo;affine. Mais il y a une différence entre réviser ses convictions par un travail honnête de la pensée et les abandonner par commodité, par lâcheté ou sous la pression des circonstances. La première est une croissance. La seconde est une capitulation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors, la seule question qui vaille : savez-vous encore ce que vous croyez ? Savez-vous encore ce que vous refusez ? Et si quelqu&rsquo;un qui vous connaissait il y a dix ans vous croisait demain, reconnaîtrait-il l&rsquo;homme ou la femme qu&rsquo;il avait estimé ? Si la réponse vous trouble, c&rsquo;est peut-être le signe qu&rsquo;il est temps de reprendre la conversation avec vous-même — celle que l&rsquo;on remet toujours à plus tard, et qui est pourtant la seule qui compte vraiment.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Fousseni Togola</strong></p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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		<title>Edgar Morin (1921-2026) : le penseur qui refusait de mourir à la pensée</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Chiencoro]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 30 May 2026 19:00:20 +0000</pubDate>
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<p>Edgar Morin est mort à 104 ans. Retour sur l’héritage du philosophe de la complexité, auteur de L’Homme et la Mort et Où va le monde ?, dont la pensée éclaire les crises contemporaines.</p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Le sociologue et philosophe de la complexité est mort le 29 mai 2026, à l&rsquo;âge de 104 ans. Deux de ses œuvres — L&rsquo;Homme et la Mort et Où va le monde ? — résonnent aujourd&rsquo;hui avec une acuité particulière : l&rsquo;une parce qu&rsquo;elle dit ce que nous refusons d&rsquo;entendre sur notre propre finitude, l&rsquo;autre parce qu&rsquo;elle dit ce que nous ne voulons pas voir sur notre propre époque.</em></strong><strong></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Il avait 104 ans et l&rsquo;avenir en bandoulière. Edgar Morin est mort le 29 mai 2026, laissant derrière lui une œuvre inclassable — plus de soixante livres, un siècle de curiosité obstinée — et une question qui traverse chacune de ses pages : comment penser ensemble ce que le monde moderne s&rsquo;acharne à séparer ?</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Un siècle de refus</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Edgar Nahoum, dit Edgar Morin, était né le 8 juillet 1921 à Paris, dans une famille juive séfarade venue de Salonique. Son enfance fut marquée par la mort précoce de sa mère, quand il avait dix ans. Ce deuil fondateur, il le dit lui-même, orienta son rapport au monde : il ferait de la mort non pas un sujet tabou mais une question centrale, le miroir dans lequel l&rsquo;humanité tout entière se révèle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Résistant sous l&rsquo;Occupation, militant communiste puis exclu du Parti, sociologue autodidacte entré au CNRS sans thèse, cinéaste amateur, anthropologue du quotidien et du mythe, il ne cessa jamais de transgresser les frontières disciplinaires que l&rsquo;université française avait élevées pour se protéger d&rsquo;elle-même. Claude Lévi-Strauss disait que le but des sciences de l&rsquo;homme était de «&nbsp;<em>dissoudre</em>&nbsp;» l&rsquo;homme. Morin ne voulait pas le dissoudre — il voulait le ressaisir dans toute son épaisseur contradictoire : biologique et symbolique, rationnel et délirant, mortel et assoiffé d&rsquo;immortalité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Son œuvre-vie,&nbsp;<em>La Méthode</em>&nbsp;— six volumes parus entre 1977 et 2004, prolongée en 2026 par&nbsp;<em>La Méthode de « La Méthode »</em>&nbsp;—, est une tentative unique dans la philosophie contemporaine : construire une épistémologie de la complexité capable de penser ensemble la nature, la vie, la connaissance, les idées et l&rsquo;éthique. Ambitieux jusqu&rsquo;à l&rsquo;hubris, peut-être. Nécessaire, certainement.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>« Il faut substituer une conception complexe à la conception simpliste régnante. La conception simpliste croit que passé et présent sont connus, que les facteurs d&rsquo;évolution sont connus, que la causalité est linéaire, et, par là, que le futur est prédictible. »</em>, explique&nbsp;Edgar Morin, dans Où va le monde ?, Éditions de L&rsquo;Herne, 2007.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>L&rsquo;Homme et la Mort : lire Morin le jour même de sa mort</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a une ironie que Morin lui-même aurait savourée : mourir le jour où ses lecteurs redécouvrent <em><a href="https://amzn.to/439rclY" target="_blank" rel="noreferrer noopener">L&rsquo;Homme et la Mort</a></em>. Publié pour la première fois en 1951, revu et augmenté en 1970, ce livre fut son premier grand coup d&rsquo;éclat — et reste l&rsquo;un des textes les plus singuliers de la pensée française du XXe siècle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Son point de départ est archéologique, presque préhistorique : la sépulture. Morin observe que c&rsquo;est l&rsquo;enterrement des morts — avant l&rsquo;outil, avant l&rsquo;écriture, avant la cité — qui constitue le premier geste proprement humain. Les hommes de Néanderthal enterraient leurs morts, rassemblaient parfois leurs corps. Ce souci de la mort, dit Morin, est «&nbsp;<em>le passeport sentimental</em>&nbsp;» de l&rsquo;humanité — moins visible que l&rsquo;outil, mais plus révélateur.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>« Il est un autre passeport sentimental, qui ne fait l&rsquo;objet de nulle méthodologie, de nulle classification, de nulle explication, un passeport sans visa, mais qui contient une révélation émouvante : la sépulture, c&rsquo;est-à-dire le souci des morts, c&rsquo;est-à-dire le souci de la mort. »</em>, explique&nbsp;Edgar Morin, dans&nbsp;<em>L&rsquo;Homme et la Mort</em>, Seuil, 1951 (éd. revue 1970).&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais&nbsp;<em>L&rsquo;Homme et la Mort&nbsp;</em>n&rsquo;est pas un livre d&rsquo;archéologie. C&rsquo;est un livre sur nous. Sur notre incapacité contemporaine à regarder la mort en face — à l&rsquo;intégrer dans nos vies plutôt que de la reléguer dans les hôpitaux, les pompes funèbres et les euphémismes. Morin montre que plus les sociétés s&rsquo;individualisent, plus l&rsquo;angoisse de mort s&rsquo;intensifie : dans les groupes archaïques, où l&rsquo;individu se fond dans la communauté, la mort est moins terrorisante parce que la perte de soi l&rsquo;est moins. C&rsquo;est la modernité — avec son culte de l&rsquo;individu, de la performance, de la jeunesse éternelle — qui a fabriqué notre rapport pathologique à la finitude.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pourquoi lire ce livre aujourd&rsquo;hui ? Parce qu&rsquo;en 2026, dans un monde où les promesses transhumanistes de vie prolongée indéfiniment coexistent avec des guerres qui fauchent des milliers de vies chaque jour, la question de la mort n&rsquo;a jamais été aussi chargée de contradictions. Morin ne nous donne pas de réponses consolantes. Il nous donne quelque chose de plus précieux : des outils pour regarder.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Où va le monde ? : le prophète qui avait vu</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Si <em>L&rsquo;Homme et la Mort</em> est le livre de la profondeur anthropologique, <em><a href="https://amzn.to/49rWYOH" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Où va le monde</a></em> ? est le livre de l&rsquo;urgence politique. Publié initialement en 1981, réédité chez L&rsquo;Herne en 2007, ce texte bref — moins de cent pages — est d&rsquo;une densité et d&rsquo;une actualité qui confondent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Morin y règle ses comptes avec les faux prophètes de la prospective. Ces experts qui, dans les années 1960 et 1970, croyaient prédire l&rsquo;avenir en projetant les tendances du présent, se sont « <em>régulièrement trompés</em> », comme le reconnaissait lui-même Robert Gibrat, président des Sociétés statistiques de France. Pourquoi ? Parce que leur conception de la causalité était linéaire : passé connu, présent stable, futur prévisible. Or, dit Morin, le monde fonctionne autrement — par rétroactions, par bifurcations, par émergences imprévisibles. <em>« Le passé est construit à partir du présent. La rétrospective fait sans cesse de la prospective. Et c&rsquo;est pourquoi le futur est toujours une surprise. »</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce que Morin appelait en 1981 la «&nbsp;<em>méga-mort</em>&nbsp;» — la mort massive, industrielle, que le XXe siècle avait inventée — résonne différemment à l&rsquo;heure où les conflits armés se multiplient, où le détroit d&rsquo;Ormuz est fermé, où les crises climatiques, sanitaires et géopolitiques s&rsquo;enchaînent à un rythme qui dépasse la capacité d&rsquo;adaptation des institutions. Sa notion de «&nbsp;<em>polycrises</em>&nbsp;» — des crises qui s&rsquo;alimentent mutuellement, dont les effets s&rsquo;enchevêtrent jusqu&rsquo;à rendre vaine toute solution sectorielle — est devenue le vocabulaire courant des économistes, des géopolitologues et des écologues.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Où va le monde ?</em>&nbsp;plaide pour ce que Morin appelait le «&nbsp;<em>sursaut d&rsquo;humanité</em>&nbsp;» — une prise de conscience collective que l&rsquo;humanité est une et que sa survie passe par la reconnaissance de cette unité. Non pas comme idéal abstrait, mais comme nécessité concrète face à des menaces qui ignorent les frontières. En 2026, cette intuition n&rsquo;a rien perdu de sa pertinence — elle en a gagné.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Ce que nous perdons</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">On dira que Morin était parfois touffu, répétitif, que&nbsp;<em>La Méthode</em>&nbsp;est plus souvent citée que lue, que son optimisme humaniste résistait mal à l&rsquo;épreuve du réel. Ces critiques ne sont pas sans fondement. Mais elles passent à côté de l&rsquo;essentiel : dans une époque de spécialisation obsessionnelle, où le biologiste ignore le sociologue qui ignore le philosophe, Morin représentait une forme de pensée — la pensée complexe, dialogique, capable de tenir ensemble les contraires — dont l&rsquo;absence se fait chaque jour plus cruellement sentir.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il avait 104 ans. Il travaillait encore. Son dernier livre, <em><a href="https://amzn.to/4nZayPn" target="_blank" rel="noreferrer noopener">La Méthode de « La Méthode »</a></em>, est paru en 2024. Il ne considérait pas avoir fini. Dans un monde qui a besoin de penseurs capables de relier ce qu&rsquo;il sépare, de nommer ce qu&rsquo;il refuse de voir, de résister à la simplification confortable — Edgar Morin manquera.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>« Éveiller l&rsquo;humanité, aujourd&rsquo;hui, se confond avec la nécessité de réveiller l&rsquo;humanité, c&rsquo;est-à-dire de provoquer le sursaut d&rsquo;humanité qui puisse arrêter la marche à la mort. »</em>, déclare&nbsp;Edgar Morin, dans Où va le monde ?</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Chiencoro Diarra&nbsp;</strong></p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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		<title>Le mari, ce bien trop partageable</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Chiencoro]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 05 May 2026 02:00:00 +0000</pubDate>
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<p>Entre jalousie, rivalité et perte des repères, les trahisons sentimentales entre amis révèlent une crise profonde de la confiance et des valeurs sociales en Afrique de l’Ouest.</p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Trahir son amie en séduisant son mari, ou convoiter la femme de son meilleur ami : derrière ces histoires de « taper dans le dos », popularisées dans la culture populaire ouest-africaine, se cache un malaise plus profond. Entre jalousie, rivalités et effritement de certaines valeurs sociales, ces trahisons sentimentales disent beaucoup de l’état des relations d’amitié et de confiance dans nos sociétés.</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">L’amitié féminine serait-elle devenue un sport extrême ? Dans certains cercles, on ne parle plus de «&nbsp;<em>meilleure amie</em>&nbsp;», mais de meilleure ennemie potentielle. Car la nouvelle tendance, celle qui s’insinue dans les conversations entre confidences et soupçons, ressemble à un mauvais remake de télénovela : la copine qui finit par s’installer… dans le foyer. Oui, celui de son amie. Et parfois même dans le lit conjugal. On appelle ça trahison, duplicité, ou, pour reprendre une expression populaire d’Afrique de l’Ouest popularisée par le groupe ivoirien&nbsp;<em>Magic System</em>, «&nbsp;<em>taper dos</em>&nbsp;» : frapper dans le dos de celui ou celle qui vous faisait confiance.&nbsp;&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans cette étrange compétition sentimentale, certaines amitiés ressemblent à des auditions pour le rôle de coépouse. On se confie, on pleure ensemble, on critique le mari… et quelques mois plus tard, surprise : l’amie s’intéresse soudain de très près au même mari. Comme si la frontière entre solidarité féminine et opportunisme sentimental s’était évaporée. Les confidences de salon deviennent des notes stratégiques, les secrets conjugaux des modes d’emploi. Et pendant que l’une se plaint des caprices du mari, l’autre observe, analyse… et parfois tente sa chance.&nbsp;&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il faut dire que certaines scènes frôlent l’absurde. Dans un monde où tout se partage – selfies, statuts, confidences – la chambre conjugale semble parfois devenir un espace trop ouvert. Les amies passent, s’installent, rient, commentent la vie du couple comme si elles étaient membres du conseil d’administration. Résultat : quand les limites disparaissent, les tentations s’invitent. Certains avancent même, mi-sérieux mi-superstitieux, que laisser une amie trop longtemps dans son salon finirait par l’amener jusqu’à la chambre.&nbsp;&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais ce petit théâtre de trahisons n’existerait pas sans un second acteur : l’homme. Car l’époux qui cède aux avances de l’amie n’est pas exactement un monument de loyauté. Entre virilité mal placée et vengeance conjugale, certains se découvrent soudain un talent pour transformer une querelle de couple en catastrophe familiale. Et le pire, c’est que certains applaudissent encore ce genre d’exploit, comme s’il s’agissait d’une performance sociale.&nbsp;&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">La polygamie, diront les juristes improvisés, n’interdit pas d’épouser l’amie de son épouse. Certes. Mais toutes les règles de la vie en société ne sont pas écrites dans un code. Il existe aussi ces frontières invisibles qui permettent à la confiance de survivre : ne pas convoiter ce qui appartient à l’ami, ne pas transformer l’hospitalité en stratégie de conquête. Quand ces limites disparaissent, la société se transforme en un champ de suspicion où chacun surveille son voisin – et parfois même son ami.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et pour être honnête, la trahison n’est pas un monopole masculin. Certaines femmes aussi franchissent la ligne rouge en trompant leur mari avec… le meilleur ami de celui-ci. À force de «&nbsp;<em>taper dans le dos</em>&nbsp;» des autres, chacun finit par attendre le coup suivant. L’amitié devient prudence, la confiance devient naïveté.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au fond, ce phénomène raconte quelque chose de plus inquiétant qu’un simple adultère : une crise des valeurs sociales. Ce qui était autrefois honteux devient parfois sujet de plaisanterie. On s’en vante presque, comme si séduire le partenaire d’un proche relevait d’un trophée.&nbsp;&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">À ce rythme, il faudra peut-être bientôt ajouter une règle simple à nos manuels de savoir-vivre : si vous tenez à votre couple, choisissez vos amis… avec autant de soin que votre partenaire.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Chiencoro Diarra </strong></p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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		<title>Le carburant, nouvelle arme des guerres hybrides en Afrique</title>
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		<pubDate>Tue, 14 Oct 2025 09:21:35 +0000</pubDate>
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<p>Examinez comment la pénurie du carburant en Afrique devient une arme dans le conflit et affecte les gouvernements.</p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>De Maiduguri à Bamako, les groupes armés ont compris qu’un État s’étouffe plus sûrement par la soif d’essence que sous le feu des armes. Face à la pénurie, chaque gouvernement africain invente sa riposte : entre escortes, innovations locales et quête d’une souveraineté énergétique retrouvée.</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">En juin 2025, depuis Moscou, le président de la Transition, le général d’armée Assimi Goïta, avertissait : «&nbsp;<em>La guerre que nous menons est une épreuve de longue haleine. Elle ne se gagnera ni en un an, ni en deux… mais il faut tenir bon.</em>&nbsp;»</p>



<h2 class="wp-block-heading" id="h-quand-la-guerre-se-mene-a-la-pompe"><strong>Quand la guerre se mène à la pompe</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Un an plus tôt, à Sikasso, il avait détaillé les nouvelles formes de menace : le terrorisme armé, le terrorisme communicationnel et le terrorisme économique. C’est ce dernier qui, aujourd’hui, frappe au cœur du Mali, à travers l’instrumentalisation de la pénurie d’essence.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les longues files devant les stations-service de Bamako et de certaines capitales régionales ne sont plus le simple signe d’un dérèglement logistique. Elles traduisent une guerre silencieuse où le carburant devient une arme stratégique. Depuis plusieurs semaines, les convois reliant les ports d’approvisionnement au centre du pays subissent des attaques répétées. Résultat : blocus partiel, flambée des prix, et tentatives de déstabilisation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais le peuple malien ne s’y trompe pas. Il sait que derrière ces manœuvres se cachent les parrains étatiques étrangers du terrorisme, nostalgiques d’un ordre ancien. Et face à cette guerre hybride, l’État malien s’appuie sur les principes de la nouvelle Constitution : respect de la souveraineté, choix du peuple et défense de ses intérêts vitaux.</p>



<h2 class="wp-block-heading" id="h-le-precedent-nigerian-boko-haram-et-la-guerre-des-reservoirs"><strong>Le précédent nigérian : Boko Haram et la guerre des réservoirs</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Au nord du Nigeria, Boko Haram a très tôt compris que le carburant est la sève de l’État moderne. Dès 2015, le groupe interceptait les camions-citernes, volait le pétrole et le revendait au marché noir. Interpol le rappelle : «&nbsp;<em>Le financement terroriste s’appuie sur la fraude, le rapt, le commerce illicite de pétrole, de charbon ou d’or.&nbsp;</em>»</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les conséquences furent désastreuses : hôpitaux paralysés, forces armées immobilisées, économie locale asphyxiée. Abuja répondit par la militarisation des routes, l’escorte des convois et la coopération avec le Tchad et le Niger. Le pétrole devint, littéralement, l’or noir du conflit.</p>



<h2 class="wp-block-heading" id="h-en-centrafrique-le-carburant-comme-instrument-de-chantage"><strong>En Centrafrique, le carburant comme instrument de chantage</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">À Bangui, en 2021, les rebelles de la CPC bloquaient les corridors venant du Cameroun. La capitale suffoquait : plus d’essence, plus d’électricité, plus de transport.<br>Le président Touadéra réagit en confiant la sécurisation des convois aux forces russes de Wagner. Brutale, mais efficace, cette stratégie fit du carburant un symbole de souveraineté retrouvée. Elle permit à Bangui de diversifier ses approvisionnements et de rompre sa dépendance vis-à-vis de Douala.</p>



<h2 class="wp-block-heading" id="h-somalie-yemen-l-energie-comme-levier-de-domination"><strong>Somalie, Yémen : l’énergie comme levier de domination</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">En Somalie, les milices d’Al-Shabaab taxent le diesel, financent leurs opérations et étranglent Mogadiscio. Au Yémen, la coalition saoudienne a transformé le pétrole en arme de siège, privant des millions d’habitants d’électricité et de soins.<br>Face à ce blocus, les Houthis ont réinventé leur économie : véhicules au gaz, cuiseurs solaires, réseaux parallèles d’approvisionnement. L’énergie, là encore, devient un instrument de pouvoir politique.</p>



<h2 class="wp-block-heading" id="h-le-cas-malien-entre-sabotage-et-resistance"><strong>Le cas malien : entre sabotage et résistance</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Au Mali, cette guerre invisible prend une tournure géopolitique. Les groupes armés, soutenus par des puissances étrangères hostiles à la Confédération des États du Sahel (AES), née en juillet 2024, contrôlent certains corridors, sabotent les routes et visent à épuiser la Transition.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Bamako a choisi la riposte souveraine : ouverture de corridors alternatifs, sécurisation militaire des transports essentiels, constitution de stocks stratégiques et investissement dans les énergies locales — notamment le solaire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La logique est de transformer la pénurie en tremplin vers la souveraineté énergétique. Comme l’a si bien dit le président devant la communauté malienne en Russie, «&nbsp;<em>il faut savoir transformer les défis en opportunité&nbsp;</em>». C’est pourquoi cette crise pourrait voir émerger au Mali, dans le secteur du transport notamment, de nouvelles initiatives pour que plus jamais de telles situations ne se reproduisent.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading" id="h-l-afrique-laboratoire-d-une-guerre-energetique-mondiale"><strong>L’Afrique, laboratoire d’une guerre énergétique mondiale</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Derrière ces crises locales, c’est une recomposition mondiale de l’énergie qui s’opère. Les grandes puissances, au nom de la transition «&nbsp;<em>verte</em>&nbsp;», imposent leurs standards et leurs dépendances. Pendant que les États-Unis exportent leur gaz liquéfié, l’Europe pousse ses biocarburants, et la Chine contrôle 77 % de la production mondiale de batteries.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais sur le continent, un autre récit s’écrit. Des mini-raffineries nigérianes aux corridors sahéliens, en passant par les fermes solaires du Soudan, l’Afrique expérimente sa propre autonomie énergétique. Une lente marche vers l’indépendance — arrachée, plus que concédée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Car au fond, cette guerre du carburant raconte la même histoire : celle d’un continent qui apprend, dans la douleur, que l’autonomie énergétique précède l’autonomie politique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Désormais, chaque litre d’essence n’est plus seulement une ressource, c’est un symbole de souveraineté. On tient un peuple par ses réservoirs mieux que par ses chaînes. Au Mali, cette phrase n’a jamais sonné aussi juste.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>A.D</strong></p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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		<title>Un tir sur un drone, mais c’est l’Algérie qui se crashe moralement</title>
		<link>https://saheltribune.com/un-tir-sur-un-drone-mais-cest-lalgerie-qui-se-crashe-moralement/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Sahel Tribune]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 08 Sep 2025 06:49:26 +0000</pubDate>
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<p>L'attaque de drone au Mali soulève des questions sur le régime algérien et la nature des relations entre voisins en Afrique.</p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Sous les sables de Kidal, un drone détruit, une hypocrisie éventrée.</em></strong><strong><em>&nbsp;Le geste d’Alger n’est pas seulement une violation de l’espace aérien, c’est l’aveu d’un régime qui confond voisinage et tutelle.</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Il fallait oser. Alger l’a fait. Dans la nuit du 31&nbsp;mars au 1ᵉʳ&nbsp;avril — date propice aux mauvaises blagues — le régime algérien a abattu un drone malien de reconnaissance dans le ciel de Kidal, ont informé les autorités maliennes de la transition. Un tir prémédité, revendiqué à demi-mot, qui ressemble à s’y méprendre à un « <em>poisson d’avril </em>» géopolitique… sauf que, cette fois-ci, la plaisanterie a couté cher.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Car ce n’est pas seulement un aéronef qui est tombé en flammes à Tinzaouatène, mais aussi l’illusion d’un voisinage apaisé. En détruisant l’appareil, Alger a également pulvérisé le principe sacro-saint de non-agression inscrit dans la charte onusienne. La frontière, censée séparer deux peuples frères, s’est muée en ligne de fracture où la mauvaise foi se conjugue avec la condescendance. Au pays de l’« <em>hirak</em> » muselé et des généraux omniprésents, on préfère tirer sur un drone malien que de viser, enfin, les véritables ennemis&nbsp;: les trafiquants et djihadistes qui, ironie cruelle, circulent dans le même espace aérien… mais eux, en toute impunité.</p>



<h2 class="wp-block-heading" id="h-en-algerie-on-filme-la-lucidite-strategique"><strong>En Algérie, on filme la lucidité stratégique</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Depuis Bamako, la riposte est juridique. Une plainte en bonne et due forme déposée devant la Cour internationale de justice, a informé le gouvernement malien en début de week-end dans iun communiqué. Un geste symbolique ? Peut-être. Mais surtout un signal&nbsp;: le Mali, lassé des sermons paternalistes, rappelle qu’il n’est plus ce cadet docile que l’on tance du haut de l’Atlas. Face aux drones détruits, Bamako oppose le droit brandi. Face aux accusations algériennes de « <em>violation d’espace</em> », la transition malienne répond par une violation manifeste du bon sens.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le plus triste dans cette affaire ? Que le régime algérien, engoncé dans ses réflexes de puissance régionale frustrée, préfère la pyromanie diplomatique au réalisme coopératif. À Kidal, le drone malien filmait le désert. À Alger, on filme un autre désert&nbsp;: celui de la lucidité stratégique.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>A.D</strong></p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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		<title>La brousse dans la cité : deux animaux tombés pour l’urbanisation</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Chiencoro]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 25 Aug 2025 09:40:46 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p><strong>🔗 Découvrez plus sur notre blog :</strong> <a href="https://votresite.com">Sahel Tribune</a></p>
<p>L'abattage d'un buffle et d'un éléphant au Burkina Faso révèle les défis de la cohabitation entre l'homme et la faune sauvage.</p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Un buffle abattu sur l’asphalte de Ouagadougou, un éléphant terrassé au cœur du marché de Bobo-Dioulasso. En une seule journée, le Burkina Faso a vu la brousse s’inviter brutalement en ville. Ces scènes tragiques ne disent pas seulement l’urgence sécuritaire face aux bêtes affolées ; elles révèlent surtout la faillite d’une urbanisation incontrôlée et d’une conservation faunique délaissée, où l’homme et l’animal se retrouvent piégés dans une cohabitation impossible.</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Un buffle foudroyé sur le bitume de Ouagadougou, un éléphant terrassé au milieu du marché de Bobo-Dioulasso&nbsp;: voilà les images cruelles qui, en une journée, rappellent à quel point l’Afrique vit désormais sur une ligne de fracture entre la modernité urbaine et une faune sauvage reléguée à l’étroit. Le spectacle de ces abattages en pleine rue — quatre balles de gros calibre pour abattre le pachyderme, une rafale sèche pour neutraliser le buffle — n’est pas seulement l’illustration de l’urgence sécuritaire. C’est aussi, et surtout, la démonstration sanglante de ce que coûte l’urbanisation anarchique, le braconnage, la fragmentation des habitats naturels.</p>



<h2 class="wp-block-heading" id="h-la-cohabitation-forcee-faute-de-vision"><strong>La cohabitation forcée, faute de vision</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a quelque chose de dérangeant, presque de symbolique, à voir un éléphant — roi des savanes, figure totémique de l’Afrique des origines — s’effondrer dans le vacarme des échoppes et des vuvuzelas. Non pas terrassé par un chasseur, ni par un braconnier à l’ombre d’une réserve, mais par les forces de sécurité d’un État acculé à choisir entre la vie des citadins et le maintien d’un mythe. En quelques minutes, ce colosse des steppes est devenu un danger public, et son abattage, une fatalité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">De Ouaga à Bobo, la même scène. L’animal, d’abord curieux, devient menaçant parce qu’enfermé dans un labyrinthe de béton et d’asphalte. Le buffle de Balkuy, affolé par les motos et les klaxons, fonce sur la foule comme pour rappeler qu’il n’est pas un bovin docile, mais une force brute de la nature. L’éléphant de Kuinima, lui, n’avait que déplacé quelques étals avant que la panique humaine, comme toujours plus dévastatrice que le danger réel, n’impose son exécution.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Derrière ces faits divers se cache une vérité plus vaste&nbsp;: l’Afrique perd ses frontières invisibles entre l’homme et la faune. Les couloirs écologiques disparaissent, les forêts s’amenuisent, les villages deviennent villes et les villes, métropoles. Résultat&nbsp;: les lions ne rugissent plus que dans les zoos, les éléphants errent jusqu’aux carrefours, et les buffles deviennent des intrus condamnés à mort. La cohabitation forcée, faute de vision, se solde par des cadavres géants sur le bitume.</p>



<h2 class="wp-block-heading" id="h-inventer-une-strategie-credible-de-coexistence"><strong>Inventer une stratégie crédible de coexistence</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Faut-il blâmer les forces de sécurité ? Non. Elles ont choisi la vie des riverains face à l’imprévisible. Mais le vrai procès est ailleurs. Il vise l’absence de dispositifs modernes de capture, la lenteur des programmes de conservation, et l’incapacité des États à anticiper. Les éléphants ne connaissent ni les frontières administratives ni les cadastres urbains ; ils suivent des routes ancestrales que l’homme a barrées de goudron et de béton.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au-delà de l’émotion, nul ne peut s’empêcher d’y voir une métaphore&nbsp;: dans le tumulte d’un continent en mutation, l’animal sauvage incarne cette part d’Afrique que l’on sacrifie chaque jour sur l’autel d’un développement précipité. Quand un éléphant tombe à Bobo, ce n’est pas seulement une bête qui meurt ; c’est une civilisation qui renonce un peu plus à son équilibre millénaire avec la nature.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Reste une question, lancinante&nbsp;: combien d’animaux devront encore tomber dans nos rues avant que les capitales africaines n’inventent une stratégie crédible de coexistence ?</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Chiencoro Diarra&nbsp;</strong></p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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		<title>Mali : cinq ans pour briser le miroir colonial</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Chiencoro]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 19 Aug 2025 10:31:21 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p><strong>🔗 Découvrez plus sur notre blog :</strong> <a href="https://votresite.com">Sahel Tribune</a></p>
<p>Cinq ans de souveraineté : une transition qui a ouvert les yeux sur les vérités cachées du néocolonialisme en Afrique.</p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Cinq années de transition ont suffi à mettre à nu ce que l’on taisait depuis des décennies : la duplicité des interventions militaires occidentales, le piège dans la diplomatie, le pillage organisé des ressources africaines. Au Mali, la rupture assumée avec l’Occident a ouvert les yeux d’un continent entier. Désormais, le mensonge néocolonial ne passe plus.</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">On se souvient du fracas du 18 août 2020. Un coup d’État militaire, vite suivi d’un second, faisait basculer le Mali dans ce que d’aucuns appellent encore avec dédain « <em>une parenthèse</em> ». Cinq ans plus tard, il faut se rendre à <a href="https://saheltribune.com/le-second-mandat-de-donald-trump-un-miroir-des-defis-de-lafrique-et-du-monde/">l’évidence</a> ; cette transition, prolongée, mal aimée à l’étranger, souvent décriée par les commentateurs de salon, aura produit un effet inattendu. Elle a décillé les yeux. Pas seulement ceux des Maliens, mais, par ricochet, ceux d’un continent entier.</p>



<h2 class="wp-block-heading" id="h-plus-barkhane-montait-en-puissance-plus-les-drapeaux-noirs-s-etendaient"><strong>Plus Barkhane montait en puissance, plus les drapeaux noirs s’étendaient</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Car sous nos tropiques, il est des vérités qu’on savait, qu’on chuchotait, mais qu’on n’osait pas dire trop fort, bien que des groupements de citoyens commençaient déjà à les dénoncer à travers des manifestations ou des lettres ouvertes. La transition malienne, elle, les a jetées à la face du monde. L’échec français dans la guerre contre le terrorisme ? Acté. La duplicité du franc CFA, cette monnaie coloniale qui perdure sous un vernis d’indépendance ? Révélée. Le pillage en règle des ressources naturelles africaines par des <a href="https://saheltribune.com/souverainete-economique-le-mali-rachete-la-mine-dor-de-morila/">multinationales étrangères </a>? Démontré, preuves à l’appui.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et voilà qu’au détour d’une <a href="https://saheltribune.com/bnda-un-capital-majoritairement-nationalise-pour-le-developpement-agricole/">décision de souveraineté</a> — l’expulsion des forces Barkhane en 2022 — le peuple malien découvre que neuf années de présence militaire française avaient non pas réduit la menace djihadiste, mais coïncidé avec son expansion. Cruelle ironie : plus Barkhane montait en puissance, plus les drapeaux noirs s’étendaient. À Bamako, les autorités parlent aujourd’hui de libération. Et dans les rues de Ouagadougou ou de Niamey, des foules acclament ce choix.</p>



<h2 class="wp-block-heading" id="h-nationalisation-des-mines-strategiques-nbsp"><strong>Nationalisation des mines stratégiques&nbsp;</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Autre tabou brisé : celui du franc CFA. Depuis 1945, cet instrument sert d’ancrage aux économies d’Afrique de l’Ouest. Mais à qui profite-t-il ? Certainement pas aux peuples. Comme le rappelait&nbsp;<a href="https://bamada.net/ce-nest-pas-une-monnaie-africaine-le-franc-cfa-est-un-obstacle-a-la-souverainete-economique-du-continent-affirme-le-professeur-moussa-diallo">un économiste malien</a>&nbsp;en 2024 : «&nbsp;<em>Le CFA, celui qui le détient ne l’utilise pas. Celui qui l’utilise, ne le détient pas.&nbsp;</em>» En d’autres termes, une monnaie sans souveraineté. Quand Bamako décide d’ouvrir ce débat, c’est tout un continent qui réalise l’absurdité d’un système monétaire sous tutelle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et puis il y a l’or. Ce métal qui brille à Londres et à Dubaï, mais qui laisse la terre malienne exsangue. <a href="https://www.africangoldreport.org/fr/mali" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Soixante-cinq tonnes</a> extraites chaque année, dont les profits échappent largement au pays. En janvier 2025, la <a href="https://lactualite.com/actualites/le-mali-saisit-trois-tonnes-dor-de-la-canadienne-barrick-dans-un-litige-fiscal/#:~:text=Un%20haut%20responsable%20de%20Barrick,pas%20autoris%C3%A9%20%C3%A0%20parler%20publiquement." target="_blank" rel="noreferrer noopener">saisie de trois tonnes d’or</a> appartenant à Barrick Gold, d’une valeur de 240 millions d’euros, a servi d’électrochoc. Pour la première fois, l’opinion découvre comment ses richesses étaient siphonnées par des compagnies étrangères sous couvert de contrats léonins. Depuis, le Burkina Faso et le Niger ont suivi, nationalisant à leur tour des mines stratégiques.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Faut-il encore parler de l’uranium ? Ressource vitale pour les centrales françaises, dont&nbsp;<a href="https://afriquexxi.info/L-uranium-nigerien-au-service-de-la-grandeur-de-la-France">30 % provenait</a>&nbsp;du seul Niger. On comprend mieux, dès lors, l’obsession sécuritaire de Paris dans la région. Il ne s’agissait pas seulement de protéger Bamako, Niamey ou Ouagadougou, mais aussi d’assurer le courant électrique de Marseille et de Lyon.</p>



<h2 class="wp-block-heading" id="h-le-voile-s-est-leve"><strong>Le voile s’est levé</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui s’esquisse, c’est une recomposition géopolitique. Au Mali, la coopération avec Moscou et Pékin, moquée par les chancelleries occidentales, a permis d’affirmer une évidence : l’Afrique n’est pas condamnée à choisir toujours la même tutelle. En septembre 2024, l’élévation des relations Mali–Chine au rang de <a href="https://www.studiotamani.org/171664-le-mali-et-la-chine-vers-un-partenariat-strategique" target="_blank" rel="noreferrer noopener">«<em>partenariat stratégique </em>»</a> illustre cette diversification. Quant à la création de l’Alliance des États du Sahel (AES), en septembre 2023, confédération entre Mali, Niger et Burkina, elle marque un séisme politique : sortie de la CEDEAO, projet de monnaie commune, solidarité régionale affichée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Bien sûr, tout n’est pas rose. La situation sécuritaire demeure précaire, les attaques djihadistes continuent, l’économie malienne souffre d’un assèchement des financements extérieurs. Mais l’essentiel est ailleurs : le voile s’est levé.</p>



<h2 class="wp-block-heading" id="h-le-mali-a-servi-de-miroir"><strong>Le Mali a servi de miroir</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Car ce que cinq années de transition ont légué, c’est un vocabulaire, une grille de lecture nouvelle. « <em><a href="https://saheltribune.com/aes-la-souverainete-au-coeur-de-lengagement/">Souveraineté</a></em> », « <em>panafricanisme</em> », « <em>anti-impérialisme</em> » : des mots qu’on croyait désuets, qu’on entendait dans les manuels d’histoire, et qui redeviennent des armes politiques. Pour la jeunesse africaine, hyperconnectée et avide d’images, c’est un récit mobilisateur. Les « <em>videomans</em> » maliens qui relaient en bambara les discours anti-impérialistes d’Assimi Goïta touchent plus de cœurs que n’importe quelle dépêche de l’AFP.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors oui, il y a des limites, des excès, des contradictions. Mais il y a aussi une certitude : le Mali a servi de miroir. Dans ce miroir, les Africains ont vu l’étendue du pillage, la complicité de leurs élites, et la possibilité d’un autre chemin. Que ce chemin mène au salut ou au désastre, l’histoire le dira. Mais une chose est sûre : les yeux sont désormais ouverts.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et un continent qui ouvre les yeux ne les referme jamais.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Chiencoro Diarra&nbsp;</strong></p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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		<title>ÉDITORIAL – « Du bac promo » à la promo zéro : retour sur quinze ans de faillite éducative</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Chiencoro]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 04 Aug 2025 08:38:06 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Edito]]></category>
		<category><![CDATA[abandon scolaire]]></category>
		<category><![CDATA[approche par compétences]]></category>
		<category><![CDATA[Assimi Goïta]]></category>
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<p>Le taux d'admission au Bac malien en 2025 n'est que de 27,48 %. Découvrez les raisons de cette baisse alarmante.</p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
]]></description>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Avec un taux d’admission au bac&nbsp;2025 de seulement 27,48&nbsp;%, le système éducatif malien confirme sa descente aux enfers, entre réformes mal maîtrisées, désengagement collectif et dérives numériques non encadrées.</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Un chiffre, d’abord. Un seul. 27,48&nbsp;%. C’est le taux de réussite au baccalauréat malien en 2025. Un taux qui, comme ceux des années précédentes, peine à franchir le seuil des 30&nbsp;%, désormais devenu une barrière symbolique, presque mythique. À tel point qu’on pourrait croire qu’il s’agit d’un plafond de verre éducatif, gravé dans le granite de notre déclin scolaire. Pourtant, ce chiffre, aussi sec que glaçant, raconte beaucoup plus qu’un simple échec collectif. Il dit l’histoire d’un système qui ne se réforme qu’en façade, d’une pédagogie qui s’est noyée dans ses propres sigles, et d’un pays où l’école a perdu sa boussole — quand elle n’a pas tout simplement déserté le navire.</p>



<h2 class="wp-block-heading" id="h-le-systeme-scolaire-confronte-a-des-difficultes-nbsp"><strong>Le système scolaire confronté à des difficultés&nbsp;</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">À bien y regarder, les statistiques dessinent un paysage d’effondrement progressif&nbsp;: 38,75&nbsp;% en 2021, 25,73&nbsp;% en 2023, 27,23&nbsp;% en 2024, puis ce pâle 27,48&nbsp;% pour 2025. Autrement dit, la génération actuelle n’échoue pas par hasard. Elle hérite non seulement d’un système miné depuis plus d’une décennie, mais aussi bénéficie de la période de la lutte implacable contre la fraude dans les examens et concours. L’année&nbsp;2008 — 50&nbsp;% de réussite — fait désormais figure d’eldorado éducatif, une époque où, ironie tragique, les examens furent organisés après une année quasi blanche, avec des surveillants de fortune et un seul trimestre effectif. Preuve, s’il en fallait une, que l’apparence de rigueur ne suffit pas à produire des résultats. La détermination des élèves aussi est un facteur important.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il faut dire que depuis 2010, l’introduction de l’approche par compétences (APC), sans formation adéquate des enseignants ni manuels adaptés, a brouillé les repères des enseignants et des élèves. L’enseignant n’est plus un transmetteur de savoir, mais un « <em>facilitateur</em> » — encore faut-il qu’il ait les moyens de faciliter quelque chose. En réalité, ce changement de paradigme pédagogique n’a jamais quitté le stade de l’expérimentation mal maîtrisée, abandonnée à des contractuels mal formés, des classes surchargées et des bibliothèques fantômes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans un article publié dans la&nbsp;<em>Revue internationale d’éducation de Sèvre</em>, et qui s’intitule « <em>Les grandes réformes de l’école malienne de 1962 à 2016</em> », Seydou Loua, explique&nbsp;: « <em>les difficultés d’application de cette réforme curriculaire par l’approche par compétences sont nombreuses. Les enseignants dénoncent notamment l’insuffisance de formations adéquates, de matériels, de temps, de ressources humaines. Beaucoup d’acteurs font une confusion entre la pédagogie convergente et l’approche par compétences, car la convergence entre les langues nationales et le français n’est pas clairement élucidée. </em>»</p>



<h2 class="wp-block-heading" id="h-les-smartphones-les-nouveaux-tableaux-noirs"><strong>Les smartphones, les nouveaux tableaux noirs</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">À cela s’ajoute un effondrement silencieux de la concentration et de la motivation des élèves, happés par TikTok, Instagram et leurs dérives addictives. Les smartphones sont devenus les nouveaux tableaux noirs de cette génération, sauf que rien n’y est enseigné — si ce n’est l’art de l’oubli et de la distraction. Certains misent sur l’intelligence artificielle pour tricher plus habilement, sans même savoir l’utiliser. L’IA, au lieu d’être introduite comme un outil pédagogique structurant, est laissée à la merci des plus débrouillards. Résultat&nbsp;: on ne lit plus, on ne révise plus, on ne rêve même plus d’excellence.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans son mémoire intitulé&nbsp;<em>« Impacts des réseaux sociaux sur les élèves du lycée public de Niamakoro »</em>, soutenu en 2023 à l’École normale supérieure (ENSUP) de Bamako, Sidiki Konaté explique que les réseaux sociaux sont comparables à la langue d’Ésope&nbsp;: à la fois bénéfiques et néfastes. « <em>Le téléphone portable affecte souvent le bon déroulement des cours et est source de perturbations pendant les heures d’activités. Il entraîne également une distraction de l’esprit des élèves, les détournant des tâches données par l’enseignant en classe.</em> » L’utilisation des réseaux sociaux via le téléphone portable influence donc négativement le processus d’apprentissage et reste une problématique d’actualité. Une problématique pourtant rarement au cœur des recherches dans notre pays.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading" id="h-fermer-les-reseaux-et-rouvrir-les-cahiers"><strong>Fermer les réseaux et rouvrir les cahiers</strong><strong></strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">À cela, une réponse collective s’impose. Non, le Mali ne manque pas de cerveaux. Il manquait d’une vision, d’un plan, et surtout d’un courage politique pour transformer le système éducatif en profondeur. Un baccalauréat qui exclut 7 élèves sur 10 est un baccalauréat qui ne joue plus son rôle d’ascenseur social, mais celui de broyeur de destinées. C’est ce que les autorités de la transition ont compris en organisant en 2024, les États généraux de l’éducation en vue d’analyser sans complaisance les maux qui minent le système éducatif malien. Le discours du ministre de l’Éducation nationale, Amadou Sy Savané, lors de l’ouverture de ces travaux est assez révélateur&nbsp;: « <em>L’Histoire nous apprend que, à chaque changement de la société, correspondent des changements au niveau de l’éducation. Nous devons dès lors, avec toute l’objectivité requise, examiner tous ces changements et nous y adapter pour le bonheur des enfants du Mali. </em>»</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il faut repenser l’école avec et pour les réalités maliennes, et non pas plaquer des modèles venus d’ailleurs, sans traduction possible sur le terrain. Il faut intégrer l’IA, encadrer l’usage des smartphones, investir dans les manuels et les bibliothèques, former les enseignants à la nouvelle donne, et surtout, replacer l’effort et le mérite au centre de l’apprentissage. Il est temps de fermer les réseaux et rouvrir les cahiers. Car le vrai scandale aujourd’hui, ce n’est pas que 72&nbsp;% des candidats échouent. C’est que tout le monde s’y soit habitué.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Chiencoro Diarra&nbsp;</strong></p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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		<title>Le Mali face à lui-même</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Fousseni TOGOLA]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 28 Jul 2025 00:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Edito]]></category>
		<category><![CDATA[Amadou Hampâté Bâ]]></category>
		<category><![CDATA[autorité des anciens]]></category>
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<p>Adoptée en 2025, la Charte nationale pour la paix et la réconciliation au Mali remet à l'honneur les mécanismes endogènes de résolution des conflits. Parenté à plaisanterie, palabre, respect des anciens : autant de valeurs ancestrales que le pays veut réactiver pour consolider sa cohésion sociale.</p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
]]></description>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>À l’heure où le Mali cherche à recoudre son tissu social déchiré par des années de violences, la Charte nationale pour la paix et la réconciliation sonne comme un retour aux sources. En réhabilitant les mécanismes endogènes de résolution des conflits — palabre, cousinage à plaisanterie, respect des aînés — ce texte marque une tentative assumée de synthèse entre valeurs traditionnelles et institutions modernes. Un pari ambitieux sur l’âme malienne, que seule une appropriation collective pourra transformer en levier durable de stabilité.</em></strong><strong></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">En remettant, le 21 juillet 2025, au Centre international de conférences de Bamako (CICB), le projet de <em>charte nationale pour la paix et la réconciliation</em> au président de la Transition, l’ancien Premier ministre Ousmane Issoufi Maïga n’a pas simplement transmis un texte. Il a formulé, à travers un vocabulaire d’une densité rare, une sorte de pacte moral avec l’histoire, une tentative de reconquête des fondations profondes de la société malienne. « <em>La charte nationale souligne la nécessité de résoudre les crises et les conflits en privilégiant les modes alternatifs et les mécanismes endogènes de prévention, de gestion et de règlement des conflits qui ont montré leur efficacité </em>», a-t-il déclaré, dans un souffle où perçait la nostalgie d’un ordre ancien que les convulsions modernes ont ébranlé.</p>



<h2 class="wp-block-heading" id="h-la-sagesse-parle-toujours-d-une-meme-voix"><strong>La sagesse parle toujours d’une même voix</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Mais au-delà de cette volonté de restaurer des équilibres perdus, c’est à un véritable manifeste de civilisation qu’on assiste. «&nbsp;<em>Pour ce faire, elle met en exergue certaines valeurs partagées de la Nation : les alliances et la parenté à plaisanterie, l’autorité des parents, la conscience professionnelle, le dialogue, la dignité, l’honneur, le pardon, le patriotisme, le respect des aînés, la solidarité, la tolérance, l’hospitalité, l’humanitude, l’humilité, la loyauté, le multilinguisme, le travail et la vertu&nbsp;</em>», a encore précisé le président de la commission de rédaction, énumérant ce qui pourrait s’apparenter à une charte morale de l’âme malienne.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Car l’Afrique — et le Mali en particulier — n’a pas attendu la&nbsp;<em>Déclaration universelle des droits de l’homme</em>pour inventer des moyens de gérer les tensions et les désaccords. Le conflit n’est pas un champ de bataille, mais un désordre à rééquilibrer ; la parole, un instrument de justice. Comme l’écrivait Amadou Hampâté Bâ en prêtant ses mots à son maître Thierno Bokar, «&nbsp;<em>tous les maux de nos sociétés se résument à l’intolérance et l’incompréhension&nbsp;</em>».&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce constat trouve un écho inattendu chez un penseur à l’opposé du monde mandingue : Karl Popper. Dans son œuvre sur la «&nbsp;<em>société ouverte</em>&nbsp;», ce philosophe austro-britannique, souvent cité mais rarement médité en Afrique, écrivait que la discussion rationnelle est «&nbsp;<em>le meilleur antidote aux conflits</em>&nbsp;». Là encore, l’écoute, le débat contradictoire, la recherche de solutions collectives sont au fondement de la paix durable. De Mopti à Vienne, du Mandé à Oxford, la sagesse, semble-t-il, parle toujours d’une même voix.</p>



<h2 class="wp-block-heading" id="h-faire-une-synthese-des-valeurs-anciennes-avec-les-nouvelles-nbsp"><strong>Faire une « synthèse » des valeurs anciennes avec les nouvelles&nbsp;</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">À ce legs immatériel, il faut ajouter l’intelligence des sociétés d’initiation, creusets de formation civique et morale. Ces espaces, aujourd’hui négligés voire marginalisés, ont pourtant façonné des générations de jeunes Maliens avec une conscience aiguë de leur place dans la communauté. L’amitié scellée entre «<em> camarades d’initiation </em>» valait tous les contrats écrits. On ne tuait pas un frère, mais dialoguait en vue de  trancher ensemble, au nom du groupe.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans le Mali traditionnel, le «&nbsp;<em>ne me fais pas honte</em>&nbsp;» du vieillard ou encore «&nbsp;<em>mieux vaut la mort que la honte</em>&nbsp;» valait bien plus que mille injonctions légales. Les sociétés d’initiation, les alliances à plaisanterie, les mariages stratégiques entre familles étaient autant de garde-fous qui faisaient du tissu social un filet résilient.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce projet de charte ne vise donc pas à faire table rase du présent, ni à idéaliser un passé figé dans l’imaginaire. Il ne s’agit pas d’un retour à l’âge du griot-roi, mais d’une démarche de «&nbsp;<em>synthèse</em>&nbsp;». Une démarche que ne renierait pas Kwamé Nkrumah, qui, au lendemain de l’indépendance du Ghana, appelait à fusionner les vertus du monde ancien avec les exigences de la modernité. Le Mali post-crise, le Mali en transition, s’inscrit dans ce sillon. Il ne s’agit pas de nier l’utilité des institutions modernes, mais de leur injecter une âme. De faire une «&nbsp;<em>synthèse</em>&nbsp;» des valeurs anciennes avec les nouvelles afin d’avoir des valeurs plus fortes permettant de mieux réguler la société et la transformer en havre de paix.</p>



<h2 class="wp-block-heading" id="h-la-depersonnalisation-du-nbsp-sujet-francais-nbsp-nbsp"><strong>La dépersonnalisation du «&nbsp;sujet français&nbsp;»&nbsp;</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Mais pour que cette charte ne reste pas un texte solennel relégué dans les tiroirs de la République, encore faut-il qu’elle vive, qu’elle circule, qu’elle s’incarne. Cela suppose une pédagogie inédite. Une fois son adoption, il serait indispensable, vu que les «&nbsp;<em>sociétés secrètes</em>&nbsp;» sont mortes dans la plupart de nos contrées, d’enseigner ce document dans nos écoles, nos espaces publics de discussion, à travers les médias, mais aussi impliquer les autorités et légitimités traditionnelles pour une large appropriation de son contenu. Toutefois, à quoi bon écrire la paix si personne ne l’apprend, ne l’entend, ne la prononce ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce processus est d’autant très important qu’il fera taire les détracteurs qui essaient de faire croire que le processus de rédaction de ce projet a été exclusif. Pourtant, à en croire les différents discours lors de la remise du projet au président de la transition, toutes les couches ont été impliqués.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il faut aussi oser poser la question dérangeante : si les sociétés anciennes étaient si fortes, qu’est-ce qui a bien pu entraîner leur décadence ? La réponse tient à la longue ombre de la colonisation. Non, elle ne fut jamais une entreprise philanthropique, si ce n’est dans les déclarations de ses commis. Le projet colonial, dans sa matrice la plus intime, fut un projet de substitution culturelle. Il fallait déraciner pour mieux régner. Il suffit d’analyser la littérature classique africaine pour s’en convaincre&nbsp;: «&nbsp;<em>Le colonisateur a voulu avoir de “purs produits intellectuels de la culture française”. Pour ce faire, il a entrepris de “nous vider de nous-mêmes pour nous emplir des manières d’être, d’agir et de penser du colonisateur”.&nbsp;</em>», pour reprendre Amadou Hampaté Bâ.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et cela a, en partie, réussi. «&nbsp;<em>On ne peut dire que, dans notre cas, cette politique ait toujours échoué. À une certaine époque, la dépersonnalisation du “sujet français” dûment scolarisé et instruit était telle, en effet, qu’il ne demandait plus qu’une chose : devenir la copie conforme du colonisateur, au point d’adopter sa coutume, sa cuisine, souvent sa religion et parfois même ses tics.</em>&nbsp;» Loin d’être de simples anecdotes, ces comportements traduisent une aliénation qui a désarticulé les repères fondateurs de nos sociétés.</p>



<h2 class="wp-block-heading" id="h-il-est-impossible-de-proposer-un-systeme-tout-fait"><strong>« Il est impossible de proposer un système tout fait. »</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">L’accoutumance a la peau dure, dit-on. Et même après l’indépendance, les réflexes sont restés. L’État africain postcolonial a souvent été une pâle copie de l’État jacobin français, décalé, vertical, déconnecté. Mais voilà qu’aujourd’hui, sous l’effet d’un désenchantement global, d’une crise de légitimité politique et d’une résilience populaire, des nations comme le Mali tentent un virage. Le départ de la France, les réformes constitutionnelles, la montée d’un souverainisme culturel assumé… Tout cela participe d’un chantier plus vaste : celui de la reconquête de soi. Non pas en rejetant en bloc l’apport occidental, mais en procédant par synthèse.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et ce que disait François Mitterrand à La Baule, en 1990, dans son discours sur la démocratisation de l’Afrique, n’en est que plus éclairant : «&nbsp;<em>La France n’a pas à dicter je ne sais quelle loi constitutionnelle qui s’imposerait de facto à l’ensemble de peuples qui ont leur propre conscience et leur propre histoire et qui doivent savoir comment se diriger vers le principe universel qu’est la démocratie.</em>&nbsp;» Avant d’ajouter : «&nbsp;<em>Il est impossible de proposer un système tout fait.&nbsp;</em>» Voilà qui devrait faire réfléchir ceux qui, à Paris, Bruxelles ou Washington, confondent démocratie et «&nbsp;<em>copy-paste institutionnel</em>&nbsp;».</p>



<h2 class="wp-block-heading" id="h-ce-qui-vaut-pour-la-politique-vaut-pour-la-societe"><strong>Ce qui vaut pour la politique vaut pour la société</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">À travers l’Afrique, des traditions ancestrales de résolution des conflits — du Rwanda à l’Éthiopie, du Soudan à la Tanzanie — démontrent que la paix durable ne se décrète pas uniquement par le droit positif, mais se tisse dans les fibres vivantes de la communauté. Qu’il s’agisse des juridictions «&nbsp;<em>Gacaca</em>&nbsp;» rwandaises, du système «&nbsp;<em>Gadaa des Oromo</em>&nbsp;» ou des médiations foncières en Tanzanie, ces dispositifs endogènes privilégient la vérité, la réparation et la cohésion sociale, là où les mécanismes étatiques échouent souvent. Ils prouvent, en somme, que la sagesse des anciens, la parole échangée et la justice enracinée dans les cultures locales restent des leviers puissants pour restaurer la paix et prévenir les ruptures sociales.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La démocratie ne se résume pas à des urnes et des bulletins de vote. Elle s’incarne aussi dans des valeurs partagées, dans un socle culturel accepté. Et ce socle, au Mali, ce sont ces vertus que la charte vient rappeler : l’humilité, le dialogue, le sens de l’honneur, le respect des anciens, la capacité à pardonner.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui vaut pour la politique vaut pour la société. La charte nationale pour la paix et la réconciliation ne prétend pas imposer un système, mais raviver un esprit. Celui d’un Mali réconcilié avec lui-même, lucide sur son histoire, et résolument tourné vers un avenir pacifié. Si l’on veut que demain ne ressemble pas à hier, il faudra plus qu’un texte. Il faudra une pédagogie du respect, une volonté partagée, et un courage moral.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et c’est là, précisément, que tout commence.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Fousseni Togola&nbsp;</strong></p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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		<title>Chronique — Sextorsion à Dakar : La mécanique de la honte</title>
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		<pubDate>Tue, 22 Jul 2025 08:34:59 +0000</pubDate>
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<p>La sextorsion à Dakar met en lumière un phénomène de cybercriminalité qui affecte des milliers de victimes en Afrique de l'Ouest.</p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Au Sénégal, l’arrestation d’un homme soupçonné d’avoir orchestré pendant six ans un vaste chantage à la « sextape » remet en lumière un phénomène en pleine expansion&nbsp;: la sextorsion numérique. Entre technologies de pointe, complicité sociale et impuissance institutionnelle, l’Afrique de l’Ouest affronte une cybercriminalité qui se professionnalise, ciblant une jeunesse vulnérable dans le silence et la honte.</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Il s’appelait El Hadj Babacar Dioum. Du moins, c’est le nom inscrit sur la fiche d’arrestation que la division spéciale de la cybersécurité a glissée, jeudi&nbsp;17&nbsp;juillet, dans la main du procureur. Âgé de 38&nbsp;ans, domicilié à Dakar, sans profession déclarée mais probablement plus rentable que toutes celles répertoriées par l’ANPE. Son crime ? Un chantage numérique d’un raffinement presque industriel&nbsp;: 5 000 victimes sur six ans, et un silence général en guise d’aveu collectif.</p>



<h2 class="wp-block-heading" id="h-une-industrie-plus-rentable"><strong>Une industrie plus rentable</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">On croyait la « <em>sextape</em> » chasse gardée des stars et de leurs frasques numériques. Il n’en est rien. À Dakar, la mécanique de la honte était méticuleusement huilée. Sur deux sites parmi les plus consultés du pays, un pseudo à la sonorité historique — Kocc Barma — étalait les vidéos intimes de jeunes hommes et femmes, parfois mineurs, souvent piégés à leur insu. Puis venait le chantage, tarifé en moyenne à 300&nbsp;euros. Pas de sentiment, pas d’idéologie&nbsp;: juste le business, froid, implacable.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’homme qui se cachait derrière ce théâtre de l’humiliation avait appris à brouiller ses traces&nbsp;: VPN, identités numériques falsifiées, paiement en cryptomonnaie. Une traque patiente, faite de recoupements bancaires et d’écoutes techniques, a permis aux policiers de mettre la main sur lui. Ils ont, dit-on, célébré l’arrestation comme une victoire d’étape. Ils auraient tort de s’y arrêter.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Car Dioum n’est pas un cas isolé. Il n’est que la face émergée d’une cybercriminalité en mutation rapide, ancrée désormais dans le tissu social ouest-africain. Depuis Lagos jusqu’à Abidjan, en passant par Accra ou Bamako, la fraude numérique, la sextorsion, le piratage de comptes bancaires ou les rançongiciels ne relèvent plus de l’anecdote criminelle. Ils forment une industrie. Mieux structurée que bien des PME locales, plus rentable que le commerce de la mangue séchée ou des téléphones reconditionnés.</p>



<h2 class="wp-block-heading" id="h-les-morts-numeriques-nbsp"><strong>Les morts numériques&nbsp;</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Un signe ne trompe pas&nbsp;: la montée en puissance des « <em>Yahoo Boys</em> » au Nigeria, des « <em>Sakawa boys</em> » au Ghana, ou des « <em>brouteurs</em> » en Côte d’Ivoire. Tous jeunes, souvent diplômés, rarement sans ressources techniques. Leur arme n’est plus le revolver mais l’algorithme, le deepfake, la manipulation émotionnelle. Leurs victimes ? De jeunes hommes et femmes piégés sur les réseaux sociaux, exposés aux regards d’une société qui juge vite et protège peu. Une société où l’honneur familial l’emporte sur la plainte déposée. Résultat&nbsp;: la plupart des victimes préfèrent se taire, ravaler leur honte, et, parfois, se détruire. À Lagos, un adolescent américain de 17&nbsp;ans s’est suicidé six heures après avoir été piégé. L’Afrique n’a pas encore chiffré ses propres morts numériques.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais le mal est plus profond encore. Il réside dans la vulnérabilité institutionnelle. En Afrique de l’Ouest, 90&nbsp;% des entreprises n’ont aucun protocole de cybersécurité. Moins d’un tiers des pays disposent d’un système de traitement des preuves numériques. La CEDEAO a beau multiplier les stratégies et les acronymes, rien ne remplace la volonté politique et l’investissement durable. Or, il est plus facile pour nos États de subventionner des élections que de financer une cellule d’enquête numérique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Faut-il alors désespérer ? Pas encore. Des opérations menées par Interpol ont déjà permis des centaines d’arrestations. Des plateformes de signalement voient le jour. Des juges s’intéressent enfin à ces affaires autrefois classées « <em>divers</em> ». Mais la route est longue, et le terrain miné.</p>



<p class="wp-block-paragraph">On dit que Kocc Barma, le vrai — celui du XVIIe&nbsp;siècle — était un philosophe wolof qui dénonçait l’injustice avec ironie. Que penserait-il de ce pseudonyme récupéré par un maître chanteur&nbsp;2.0 ? Sans doute qu’il est plus facile d’usurper un nom que d’en respecter l’héritage.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans cette affaire, il ne reste plus qu’un espoir&nbsp;: que la honte change de camp.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>A.D</strong></p>
<p><em>Publié par <strong>Sahel Tribune</strong> – Votre regard sur l'actualité du Sahel et du monde.</em></p>
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